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CHAPITRE DEUXIEME La Jeunesse et l'Education

Les raisons du voyage à Paris, au mois d'octobre 1811, de la duchesse de Saint-Leu. — Une déclaration intéressante, à la mairie du IP arrondissement. — Le père nominal d'Auguste de Morny et son père effectif.

— Éducation de l'enfant, chez >!■"« de Souza. — Les faits et gestes de « Monsieur Auguste », sous la plume de sa grand-mère. — Ses premières dispositions d'esprit, ses ébauches poétiques; les pronostics divers fondés sur son avenir. — Une excursion en Allemagne ; rencontre impressionnante de Flahaut, de la reine Hortense et de leur fils, Auguste de Morny. — Changements apportés par la révolution de 1830; la haute faveur du général de Flahaut, à la cour de Louis-Philippe.

— Morny entre à l'école d'État-Major, en qualité de sous-lieutenant. — Son portrait, à cette époque, ses premiers succès auprès des femmes. — Départ pour l'Algérie. — Morny, pendant la campagne de Constantine; tableaux de guerre.* — Sa démission d'officier et son retour en France.

Tandis que Flahaut ondoyait ses rhumatismes à Bourbonne (1), la reine honoraire de Hollande, son amie, suivait une pareille cure, à Aix-les-Bains. Quoique à distance l'un de l'autre, une commune attente emplissait leur âme d'un même souci et commandait en même temps leurs pensées.

Le 31 août , à 9 heures du matin, Hortense quittait l'antique cité savoisienne, à destination de la Suisse. Elle se rendait à Genève, munie de passe-ports que le préfet du nouveau département français du Mont-Blanc avait fait libeller pour elle, sous un nom d'emprunt. Le temps de goûter quelque reposa Genève,

■ l) En cette saison de 1811, se voyait également, à Bourbonne, l'amie du général Berthier, la belle madame Visconti, dont le baron Gérard a laissé un portrait célèbre.

de séjourner deux semaines environ à Prégny, où Joi

phine avait acheté, récemment, une propriété toi

meublée, comme en prévision d'un hôte ou d'un évér

ment d'importance; puis, elle avait changé de directio

Le 14 septembre, elle écrivait à M'"*' de Boucheporn,

gouvernante de ses enfants, qu'elle aurait à accomp

un court voyage, pour différentes raisons dont l'u

était de visiter son frère; qu'elle serait à Paris, du

au 15 octobre, mais qu'on n'aurait pas à lui envoy

de lettres, à partir du 20 de ce mois, parce qu'el

serait toujours en course. En réalité, elle n'avait p

tant de chemin à faire; car, d'avance, elle savait

quelle rue de Paris et à quelle maison particulière (

cette rue se limiteraient vraiment... ses courses.

En cours de route, par des symptômes qui ne tror peut point, la nature l'avait avertie qu'elle aurait à hâter pour atteindre un asile discret. ^Ce ne fut pas ( son hôtel, au n° 8 de la rue Gerutti (i), qu'il lui convii de l'aller chercher, mais dans une maison de ph modeste apparence, au 137 de la rue Montmartre c l'incognito lui serait moins difficile à garder. Une femn de confiance était auprès d'elle, sans autre suite.

La voyageuse en touchant au but se sentit incom modée et dut gagner le lit, pour n'en sortir pas c plusieurs jours. Les détails de cette maladie passagèi ne furent pas ébruités. Uniquement on laissa dire qi « la duchesse de Saint-Leu » souffrait d'un lumbago ( que la douleur lui faisait jeter les hauts cris (2).

(1) Aujourd'hui, rue Laffitle.

(2) Ingénieuse à tourner les choses dans le sens où il lui plaisait de li présonttM-, M^e de Souza prenait sur soi de les raconter ainsi, dans ur lettre à la comtesse d'Albany :

« Votre penchant vient d'être bien malade, mais j 'espère ique ce sera u

Le vrai de l'hisloire, c'est que, le 22 octobre 1811, Tofficier de Tétat-civil du deuxième arrondissement enregistrait en bonne et due forme, en présence de deux témoins d'humble condition, deux artisans (l'un cordonnier et Tautre tailleur d'habits), la naissance de Charles -Auguste-Louis -Joseph Demorny. Selon les déclarations inscrites, il était issu de Louise-Emilie - Goralie Fleurj, épouse du sieur Auguste -Jean- Hyacinthe Demorny, propriétaire à Saint-Domingue (1).

Quelques-uns des nombreux chercheurs qui tenteront, après bien des années révolues, d'éclaircir cette énigme (maintenant dégagée de ses voiles), prétendront que le personnage ayant ser^i de père nominal au futur duc tirait ses origines de la Martinique, qu'il était chevalier

mal puLir un bien, et il parait que l'humeur s'est déplacée de la poitrine pour se jeter dans un lumbago, qui lui a fait jeter les hauts cris; mais on ne meurt pas d'un lumbago, et depuis qu'il la tient, elle ne tousse plus. Cependant, elle est toujours d'une maigreur affreuse. Dieu veuille la conserver, car c'est un ange ! »

il) Voici, relevé avec la plus scrupuleuse exactitude sur l'original (Registi-es de l'état civil de Paris, II« arrondissement), l'extrait de naissance du futur grand personnage d'Etat, duc de Morny.

« L'an mil huit cent onze, le vingt-deux octobre, à midi sonné, pardevant nous maire du III' arrondissement de Paris, soussigné, faisant fonction d'officier de l'état civil :

Est comparu le sieur Claude-Martin Gardien, docteur en médecine et accoucheur, demeurant à Paris, rue Montmartre, n° 137, division du Mail, lequel nous a déclaré que le jour d'hier, à deux heures du matin, il est né, chez lui, un enfant du sexe masculin, qu'il nous présente et auquel il donne les prénoms Charles-Auguste-Louis-Joseph, lequel enfant est né de Louise-Emilie-Coralie Fleury, épouse du sieur Auguste-Jean-Hyacinthe Demorny, propriétaire à Saint-Domingue, demeurant à Villetaneuse, département de la Seine. Les dites présentations et déclarations faites en présence des sieurs Alexis-Charlemagne Lamy, coi-donnier, âgé de 42 ans, demeurant à Paris, rue Buffaut, n° 25, ami, et de Joseph Manch, tailleur d'habits, âgé de 45 ans, demeurant à Paris, rue des Deux-Écus, n» 3, ami.

Lequel déclarant, et les témoins ont signé avec nous, après lecture faite.

Signé) : G.\edie>', Lamy, Manch.

Cretté. adjoint.

de Saint-Louis, qu'il avait des obligations envers l'impératrice Joséphine. De fait, il n'y eut point de chevalier de Saint-Louis s'étant appelé Demorny ou de Morny. Mais il exista un Auguste- Jean-Hyacinthe Demorny, officier au service du roi de Prusse, né à Saint-Domingue, qui donna ce nom (1) bénévolement au fils d'une reine détrônée et d'un général du Premier Empire; qui n'en eut pas, d'ailleurs, Texistence beaucoup plus large et qui, trois ans étant passés depuis cela, se laissa mourir d'une façon bien discrète, le o avril 1814, à Thospire de Versailles. ÎVi tout l'honneur qu'on supposa lui faire, ni les propriétés dont il cultivait l'hypothèse dans l'île des noirs ne l'avaient mis à l'abri d'une telle et si pauvre fin.

Charles de Flahaut avait gardé un silence complet sur ces événements, qu'il était censé ne pas connaître, silence commandé par le respect dû à la femme, à l'ancienne souveraine, et aussi par le souci de sa considération personnelle, de sa propre tranquillité. Loin de se prévaloir d'une si rare fortune, il écartait soigneusement des conversations, qui s'échangeaient autour de lui, tout propos capable de rappeler les marques de son intimité avec la fille de l'impératrice Joséphine.

Après la chute de l'Empire et le rétablissement de la monarchie bourbonienne, il fut encore moins désireux de sortir de son prudent mutisme. A présent qu'il avait plié sa tente, renoncé à la vie tapageuse des camps, pour mûrir d'autres desseins dans le calme d'une existence sans combat, sans heurt ni fièvre, il ne se sentait aucunement disposé à donner le vol à des indiscrétions.

(1) Le même nom, les esprits curieux le trouveraient dans un roman intitulé Les Revenants véritables ou les Aventures du chevalier de Morny^ par le marquis de rAuBÉPiNE, Paris, Barbu, an xiv, 1806, 2 vol. :n-12.

qui auraient eu le double tort d'être inopportunes et gênantes.

Quant à M""^ de Souza, sa mère, elle eût été la dernière a trahir ce que sa religion particulière — la religion du sentiment — lui prescrivait de tenir enfermé dans son cœur sous triple serrure. Par esprit de sexe, par des raisons tirées de sa personnelle expérience (quand Talleyrand fut jeune), elle avait des opinions très arrêtées sur le droit de la femme au mystère. Elle s'en expliquait franchement, ouvertement, un matin qu'elle tenait la plume et s'entretenait avec l'un de ses correspondants habituels. C'était en 1833, à propos de l'incarcération de la duchesse de Berry dans la forteresse de Blaye et de la déclaration consentie par cette princesse royale, lorsqu'il fut devenu impossible de cacher les suites de son mariage secret en Italie.

« Gomment la duchesse de Berry put-elle se fier à un renégat ?... Ce qui est sûr, c'est que je n'aurais pas fait comme la dame. Du moins, je l'espère; mais, certes, je ne l'aurais pas déclaré. Lorsque Struensée avoua au tribunal qu'il avait été l'amant de la reine Mathilde, M. de Chauvelin, qui était alors ambassadeur de France à Copenhague, se redressa fièrement en s'écriant : « Un Français l'aurait peut-être dit à tout le monde, mais ne l'aurait avoué à personne ». Je crois qu'une Française aurait toujours nié, et l'enfant dans son lit aurait soutenu que c'était le monstre de général, qui l'y avait apporté. »

Dans ce beau plaidoyer en l'honneur de la discrétion chevaleresque, M'"' de Souza parlait d'or. Seulement elle omettait un autre point, ayant aussi son importance: le droit de l'enfant à connaître, tôt ou tard, les

auteurs de ses jours. Ainsi Morny, qui, sa vie entière, supporta mal la contrainte où on prétendit l'enfermer, d'abord d'ignorer ses origines, puis, les ayant apprises, de n'en dire mot à personne, quand il eût voulu les crier à tout le monde, tempérait-il d'un certain grief son amour pour celle qui, tout en s'appliquant à former son âme et sa raison, s'était abstenue de lui divulguer les sources de sa vie. Il en faisait aussi le demi-reproche au général de Flahaut; il lui en voulait un peu de ne lui avoir découvert les fibres de son cœur paternel que lorsque preuve eut été faite de l'honneur (1) qui en rejaillirait sur lui-même, à se déclarer, entre amis, le père d'un tel fils... Au surplus,; pcrnr en revenir au cas de la duchesse de Berr}, puisqu'il en fut question tout-à-l'heure, il ne sera pas inutile de remarquer qu'elle ne pouvait différemment se résoudre; que les effets de sa regrettable liaison avec Je comte deLucchesi-Palli n'avaient plus à se dissimuler; qu'elle était enfermée prisonnière, observée; que les médecins étaient là; que l'enfant vint au monde; et que son premier mari étant mort depuis douze ans, il fallait bien qu'elle nommât quelqu'un d'autre. (2)

Aussitôt qu'Auguste Demorny eut ouvert les yeux à la lumière du jour, une rente viagère lui avait été assurée sur la fortune de Tex-reine, sa mère — une

(1) De l'honneur et du luolit. Partisan du coup d'Étal en 1851, Flahaut sera nommé, en 1853, sénateur de l'Empire et, en 1864, grand-chancelier de la Légioji d'honneur.

(2) Charles-Ferdinand, duc de Berry, fils de Charles X, ueveu de. Louis XVIII et père du comte de Chambord, périt, en 1820, sous le couteau de Louvel.

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renie non très élevée, Horteose de Beauharnais n'ayant jamais passé pour avoir la main très libérale (1). Cette mère invisible ne resta pas indifférente. Elle avait chargé le banquier Gabriel Delessert (2), un ami dévoué, le tuteur de l'enfant, delà tenir au courant des progrès d'une vie naissante, dont il ne lui était pas donné de connaître les sourires, en son berceau. Elle en recevait des nouvelles par une autre source et sans doute plus directe. Lorsqu'il sera parvenu à l'âge d'homme, elle en demandera encore, d'une façon détournée, à une grande dame de la Cour de Louis-Philippe, qu'elle aimera d'aimer son fils (3).

Auguste n'était resté que fort peu de temps aux mains des intermédiaires subalternes, qui SA^aient eu leur rôle à jouer dans cet imbroglio. Recueilli chez M""^ de Souza comme un enfant du dehors auquel on aurait eu des raisons particulières de s'intéresser, il j balbutia ses premiers mots, il y hasarda ses premiers pas trébuchants sous une surveillance tutélaire; rien ne lui manquait dans cette maison, hormis l'expansion des sentiments déclarés et complets. Ce qu'il fit jusqu'à cinq ou six ans, comment il apprit à lire, quels purent être alors les linéaments de sa pensée et le vague de ses sensations, le détail en serait oiseux, au cas où ses « papiers » auraient à nous révéler quelque chose sur ces commencements d'existence, communs à la plupart des créatures puériles.

il) Elle prélevait les dépenses avec mesure sur les deux millions de rente qu'elle tenait de l'empereur. Quoique M™' Cochelet, sa lectrice, ait beaucoup vanté son désintéressement, ses correspondances font foi qu'elle fut toujours très occupée des questions d'argent.

<2) Plus tard préfet de police.

i3i V. Frédéric Loliée, Les Femmes du Second Empire, pp. 160-168.

A mesure qu'il se dégageait des langes infantiles, l'affection dont l'entourait M""^ de Souza se rendait bienveillante, douce, éclairée, gracieuse même. On relevait avec une molle indulgence, d'où n'était pas absente la vraie tendresse. Lorsqu'un des portraitistes du futur homme d'État (mais non de ses meilleurs amis, je veux parler du comte de Maupas) avancera qu'il n'eut point dans son enfance ces leçons du premier âge, qui suivent l'homme et le soutiennent dans le cours entier de l'existence, il commettra une erreur involontaire peut-être, mais positive. L'âme d'Auguste Demorny s'était éveillée en la tiédeur d'un nid quasi maternel, sous la charmante influence de M""^ de Souza; elle s'y développait naturelle, spontanée, sensible et ne donnant guère l'idée du caractère de resserrement, que lui imprimeront, avec le temps, les influences desséchantes de l'ambition et des affaires.

A vrai dire, la maison n'était pas très gaie, malgré les fugues de bonne humeur qu'y faisait passer, par instants, Charles de Flahaut. Des deuils la visitaient fréquemment. Et, comme on savait les Flahaut fort mal en cour auprès du nouveau régime, les amitiés extérieures s'y espaçaient. En outre, l'état de langueur et de dépérissement rapide de M. de Souza, sa continuelle et profonde mélancolie y entretenaient une inquiétude permanente. La figure naturellement enjouée de la maîtresse du logis ne riait plus guère (1).

« Je n'ai de consolation et de distraction que par le petit Auguste, qui vient très bien », écrivait- elle. Il n'était qu'un enfant et faisait naître de lui une attente

(1) « Ma figure ne rit plus comme vous disiez. ^^ (Lettre de M'"^ de Souza d In comtesse d' A Ibany, 10 juillet 1812.;

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singulière. Que ce fût par une juste prévision de l'avenir ou que se mêlât à cette appréciation un grain d'amour-propre sur les mérites inhérents à sa descendance (réelle ou supposée), Talleyrand, chez lequel Flahaut le conduisait, de temps en temps, avait pressenti qu'il y aurait, pour celui-là, une grande destinée.

Peu à peu cette éducation devient à M™^ de Souza le principal intérêt de ses jours finissants. Elle y trouve un charme dont elle souffrirait trop, désormais, d'être sevrée. Le nom de ce « petit » qu'elle s'accoutume à aimer comme le fils de son fils, ou plutôt comme son propre enfant, sans oser lui en décerner le titre, revient à chaque instant, dans le commerce de lettres, qu'elle entretient avec des amis chers et éprouvés. Elle répète ses mots, elle dit ses jeux, ses menues occupations d'écolier. Éprouve-t-il quelque malaise? Elle en a l'âme tout affectée et, quoique pour son compte de si chétive résistance, elle se sentirait prête aux plus grandes vaillances afin de l'en délivrer. En sa neuvième année < Monsieur Auguste », comme elle aimait à l'appeler, inspirait des soucis par un peu de langueur dans sa croissance ; elle s'était armée aussitôt d'une décision hardie :

«[ Monsieur Auguste est triste. Il maigrit. On dit que les bains de mer lui feront du bien et, comme je le sais très nageur et fort aventureux, je mourrais d'inquiétude si je le savais, sans moi, s'exposant à ce perfide élément. Une vague m'emporterait peut-être cette légère personne, au lieu que, moi là, je suis bien sûre qu'il ne mettra pas les pieds dans l'eau sans avoir avec lui quelque vieux matelot pour l'attraper par une patte, s'il voulait aller trop loin. »

On l'a placé dans la pension Muron, d'où il suit

les cours du collège Bourbon. Les commencements ont leurs épines. Sa première et spirituelle institutrice, qu'il embrasse avec tant d'amour et qu'il appelle en lui parlant : « Bonne mère », sans avoir le soupçon qu'il est si près de la vérité, M"'^ de Souza appréhende déjà qu'on n'en exige trop de sa nature vive, où l'envie de' rire et de jouer ne se plie point sans peine aux austérités du grec et du latin. Étendant plus loin ses réflexions et songeant que le froid de la vie se fera sentir bien assez tôt pour lui, oui, plus tôt qu'il ne s'en doute, elle s'en attriste presque :

« Pauvre enfant! Que ne m'est-il permis de laisser évaporer son enfance, cette folie de jeunesse, qui passe si vite et pour ne plus revenir ! Mais il faut bien le laisser pâlir et piocher sur les dictionnaires. J'en demanderais, volontiers, pardon à Dieu! (1). »

Néanmoins, elle est tout heureuse, autant que s'en offre l'occasion, de consigner les marques de son avancement dans les sciences, voire même dans cette métrique latine qu'elle abhore (2), et d'en instruire les échos d'alentour. Non point que les succès eussent été immédiats et triomphants. En telle et telle année de moissons maigres, il n'avait emporté le moindre prix ni le moindre accessit ; on se souvenait d'une fois malheureuse où, pour tout gain, au concours, il avait reçu un grand mal de tête à compter les victoires de ses condis-

(t) Lettre à M. Le Roi, 13 octobre 1825.

(2) a Auguste en est à la troisième leçon de vers latins. Je tous les envoie, nies a faits devant moi sans dictionnaire; car, vous savez que pendant les vacances, il reste chez moi, mais il va. tous les jours, chercher des devoirs à la pension et il revient ensuite travailler sur ma table ronde. Je vois avec plaisir qu'il se donne de la peine et, lorsqu'il a réussi, il a une joie, une effervescence, qui sont de bon augure pour ses succès à venir. » (Lettre à M. Le Roi 20 aoAt 1824).

ciples. Mais, en progressant sur la route écolière, il s'était piqué d'honneur. Les distinctions étaient venues. On l'avait vu, par deux fois, s'inscrire au premier rang dans les compositions de sa classe. Il avait pris place entre les plus fiers convives rassemblés au banquet de la Saint-Gharlemagne. Et l'on s'en était réjoui, à la maison, ingénument.

Au jour de sortie hebdomadaire, on s'ingéniait à le garder le plus possible à la maison, dùt-il, par aventure, manquer une classe ou deux, comme nous en trouvons l'aveu dans ce fin billet au directeur de l'école :

Mon bon monsieur Muron,

Auguste et moi nous sommes priés à dîner, dimanche, chez la duchesse de Bedford ; or, comme Franklin prétendait que Dieu nous avait donné deux yeux dont l'un voyait le bien et l'autre le mal, je vous supplie de fermer ce dernier et de me donner Auguste à coucher, dimanche ; car on dîne fort tard en Angleterre.

Mille bonjours: vous éfiez, hier, comme je voudrais toujours

vous voir (1).

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