LIVRE TROISIÈME
Quand l'œuvre fut achevée, l'artisan s'assit auprès et la regarda long-temps. Puis il compta ce qu'elle lui avait coûté de sueurs et de larmes. Alors, hochant la tête d'un air de pitié, il méprisa son œuvre et lui-même. Fémx Pïat.
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Savez-vous ce que c'est que d'être seul k Paris, seul et perdu; seul et sans même ce qui procure au voleur le salut mercenaire d'un aubergiste ou d'un portier , de l'argent! seul et tout nouveau venu dans la ville, et ne parlant pas français, et n'osant demander ni secours, ni crédit, ni votre chemin k quel-
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qu'un? Avez Vous jamais subi cet isolement affreux, inhumain, qui fait qu'on se prend à pleurer comme dans un de'sert, au milieu de la foule, et du bruit immense qui sort de la foule, et du perpétuel ravage qui est le mouvement à Paris? Comme on se sent malheureux et à plaindre , n'est-il pas vrai ! comme on est saisi de détresse et désespoir entre ces deux rangées menaçantes de maisons où l'on ne connaît personne: villes de sept étages , qui se perdent dans leurs vapeurs ; babels aux mille fenêtres, où si, par impossible , quelque ami que vous ignorez vous cherchait d'en haut et vous appelait dans la rue, vous ne pourriez ni le voir ni l'entendre! Comme on est faible alors , et petit , et honteux , et tremblant! Comme on voit bien, comme on comprend amèrement tout de suite et du premier coup qu'on n'a que soi pour défenseur et pour frère dans cette perdition incommensurable, que le plus qu'on puisse
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inspirer après la défiance, la malveillance et le dédain, doit être une insolente et froide curiosité! Oh! malheur k Télranger pauvre qui vient a Paris , hélas! Tout ce qu'il voit le souffleté, tout ce qu'il rencontre le mord. Vous est-il arrivé un soir d'hiver, dites ! après une longue course sans but et sans espoir, les pieds dans la neige et dans la boue , n'ayant le dîner sûr ni là ni ailleurs, de vous trouver jeté aux somptueuses galeries du Palais-Royal, devant l'étalage d'enfer du café du Périgord, ou du café de Chartres , ce supplice sans nom , cette ironie féroce pour fliomme affamé qui passe? En ce cas, vous aurez vu défiler devant vous un interminable cortège de citadins tous abondamment repus et chaudement habillés , tous fiers et glorieux de ce double bonheur, tous secs et sans pitié pour vous : depuis le banquier qui prend les millions, jusqu'au filou qui prend les montres ; depuis l'ambassadeur, espion de palais , jusqu'au
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mouchard , espion de tavernes! gourmande et me'prisante cohue, semée de chansons, et de rires, et de cigarres, et de femmes à l'œil de feu qui souriaient à tous en marchant , excepté à vous, obscur et misérable étranger, planté là sans savoir où , avec votre mine maigre et triste , avec votre costume plus maigre et plus triste encore! A cette heure, n'est-ce pas, il vous a semblé que le hasard vous avait trop maudit; la peur et la colère vous sont venues: vousavezcru que l'heureuse multitude se moquait de vous, ou bien vous vous êtes replié sur vous-même , craignant peut-être de la voir vous saisir et vous dévorer: l'abandon, la misère, finissent par rendre un homme fou! Et quand vous preniez la fuite après cela, pauvres inconsolés, débris un instant adorés de quelque gloire passée de mode, Polonais, Italiens que nous couronnions les premiers jours, nonces, généraux, savans proscrits de la Russie et de fAutriche , à qui
maintenant la France compte et pèse les morceaux de pain j quand vous preniez la fuite après cela, n'avez-vous point heurté dans l'ombre , au coin d'une borne , quelque chose de tombé et de grelottant qui pleurait? Alors vous vous êtes penchés , dites ; et lorsqu'une mère, mourant de faim et de froid, pelotonnée autour de son enfant qu'elle tachait de réchaufifer ainsi, vous a sanglotté sa plainte en français, spectateur impuissant de tant de douleurs , vous avez senti votre cœur se fondre de désolation ; vous vous êtes demandé ce que c'est donc qu'une ville assez infâme pour laisser expirer de besoin et ses hôtes et ses habitans. Et plus que jamais malheureux de votre misère, plus que jamais déchirés au souvenir de cette patrie ou vous étiez grands et riches , de cette patrie , chère et noble esclaveque vous ne revendez plus^ n'avez-vous pas, voyez si je mens! n'avez-vous pas eu la pensée de vous jeter furieusement à travers la rugis-
santé tempête des rues , tourbillon insensé de voitures qui étincellent; de gens éperdus qui courent, et de cochers qui hurlent, et de flambeaux, et d'or, et de haillons, et de boue, et de chansons, et de larmes, pour vous y briser, pour vous y broyer ! pour qu'au bout de quatre jours, sur un tas de lambeaux, déjà verts et pourris, ne voyant personne venir réclamer cet informe cadavre, le gardien de la Morgue, avant d'aller souper, écrivit : inconnu?
Eh bien cependant, tout ce que l'on trouve à Paris d'égoïsme , de bassesse et d'inhospitalité ; tout ce que les gens de Paris nous donnent de droits à plaindre ou à mépriser les hommes , eux sans cesse à genoux devant une ronde idole d'or ou d'argent , eux qui mettraient en actions la cendre de leurs pères, l'honneur de leurs femmes, liunocence de leurs filles, si ces choses-là pouvaient se coter à la Bourse; tout ce qui révolte la conscience, tout ce qui afflige la bienveillance , tout ce qui ef-
fraie la raison du philosophe en présence de cette ville oii gouvernans et gouvernés semblent jouer à qui sera le plus menteur, le plus dur, le plus insensible et le plus vain; où Ion ne commet plus la moindre action à peu près charitable qu^à condition d'une récompense publique j oii celui-ci qui donne quarante sols, le prix d'une course de fiacre, pour apaiser les malheurs d'un incendie, exige la publication dans le journal de son nom , de sa demeure et de sa profession commerciale, ingénieuse façon d'escamoter le paiement d'une annonce; où sur vingt francs que coûte une fête d'Opéra effrontément intitulée au profit des pauvres, le souscripteur ne rougit pas de s'en faire rendre au moins quinze en musique, en danses, en belles femmes, en glaces, en feux , en fleurs , pour dire encore après cela qu'on l'a volé, sans doute ! où des gueux qui n'avaient rien ont gagné trente mille francs de rente à s'instituer les intelligens dispensateurs
des grâces et des aumônes royales; où l'on a vu je ne sais quel homme, distributeur de soupes qui lui coûtaient un sou la pièce , solliciter hardiment du pouvoir l'autorisation d'ennoblir son nom de famille en y ajoutant le civique sobriquet qu'un journalisme beaucoup trop enthousiaste lui avait jadis décerné; où régnent en plein cette corruption, cette prostitution enragées, ce dédain , ce mépris de tout ce qui n'est pas or, volupté, plaisirs, comme l histoire ne nous les montre qu'à l'heure fatale oii sonnait la mort des Empires ; où des savans , des artistes , qui sont pourtant son honneur et sa gloire, à cette ville, font ployer assez bas leur dignité pour mendier vilement auprès de quelque laquais à la grande livrée la faveur d'une invitation au bal des Tuileries, ainsi quele ferait un sous-préfet ou un employé des pompes funèbres! ville qui se dit bêtement libre , malgré le tumulte de tambours, etde soldats, et de canons toujours
en branle dans ses rues; ville toute prête, dîi reste , a se consoler d'être esclave , pourvu qu'on lui laisse le profit de l'esclavage, comme on le laisse aux mougiks de Pétersbourg et de Moscou; ville où l'on n'avance pas le pied enfin , sans trébucher à des hontes qui s'en vont gaîment et la tête levée , à des apostasies qui s'affichent, à des salelés décorées qui se vantent et qu'on salue; ou bien à des vertus qui succombent, à des courages qui mollissent.^ h des gloires qui s'affaissent et qui s'écroulent... Eh bien cependant! tout cela qui est si horrible, si dégoùtajit, pourrait h la rigueur pâlir (ît disparaître devant une comparaison. Il y a une autre ville, au monde, qui frappe plus cruellement l'étranger , qui lui ronge le cœur bien plus vite. Pour dissimuler noire fange pour cacher nos ignominies , nous avons, nous les Parisiens, un voile parfumé, un masque gracieux que nous nommons la politesse. Oui! chez nous la malvoillanco et
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la haitie n'excluent point une certaine gentillesse ; chez nous, deux hommes qui vont se déchirer et boirele sangl'un de l'autre, se demandent affectueusement des nouvelles de leur santé réciproque. Nous sommes vraiment très agréables et très charmans au premier aspect! Il faut nous connaître, il faut avoir vécu parmi nous pour nous trouver laids et repoussans : jusques-lk , ma foi ! l'étranger peut croire que c est notre police qui est inhospitalière, que c'est notre gouvernement qui est inhumain.... et non pa# nous, si bien faits à leur imasre pourtant!
Cette autre ville, c'est Londres.
Oui, c'est Londres ! Londres quatre fois grand comme Paris; Londres qui tient en population le huitième de l'Angleterre, deux millions d'hommes , tandis que Paris ne tient que le trente-deuxième de la France ; Londres, extravagante immensité dontquelqu'una pied ne ferait pas le tour dans sa journée ; Lon-
dres^ désolante cf magnifique accumulation de puissances, qui nous coupe une coudée de taille, à nous Français, quand nous y sommes, tout chagrins alors de trouver Paris si petit 1 Londres , la ville aux deux cent mille maisons, aux quatre cents églises, aux cent places plantées d'arbres, semées de fleurs, mais aux cent-cinquante hôpitaux , hélas ! mais aux dix-sept cents établissemens de charité!
Quand on voit Londres, pour la première fois, savez-vous bien , on a le vertige, on se tâte , on s'épouvante : il vous semble que vous assistez en rêve à quelque innombrable assemblée des phalanges humaines, comme en imaginait le Christ du phalanstère, ce réformateur sublime, Charles Fourier, pauvre homme de génie que la très équitable et très digne société française a laissé vivre et mourir, ignoblement couché sur le copie-de-lettres d'un marchand. Oui! on croit que dans ce coin d île, jeté sous un nuage de brume , au milieu
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des mers, le globe a envoyé tous ses habitans. On se dit qu'il est impossible que tant d'hommes appartiennent à une seule ville, si cette ville n'est pas la capitale de l'univers. Comment supposer en effet que les deux petites îles britanniques, qui ont déjà Edimbourg et Dublin, possèdent encore a elles seules la plus grande ville de l'Europe, et peut-être du monde : car au-dessus de Londres on ne peut mettre que Pékin , et quest-ce que Pékin ? qui a vu Pékin ? qui nous prouve, k nous autres, que Pékin n'est point une fable? Donnez un ciel à Londres , seulement le ciel de Paris , qui n'est pas beau, certainement^ aux quais vivans de la Tamise, triple, quadruple, décuple haie de navires aux ailes de toile ou de feu , ajoutez l'immobile bordure de pierre de la Seine ou de la INévaj et puis allez! cherchez parmi les capitales laquelle vous résumera mieux que Londres toutes les idées de splendeur , de grandeur, de richesse, d'activité, de puissance.
Vous en aimerez mieux une autre, peut-être ; vous admirerez, vous jouirez, vous vous plairez davantage ailleurs ; mais nulle part vous ne serez élonné , dominé , stupéfait comme à Lon dres. Car Londres pour le Parisien qu'on y débarque, c'est comme Paris pour un provincial qui vient d'Epinal ou d'Arras. Le bruit de Paris, cet ouragan, serait un murmure à côté du bruit de Londres, si les rues de Londres étaient pavées comme les rues de PqS'is, s'il était permis aux cochers de Londres de traiter leurs chevaux à coups de jurons et de manche de fouet. Prenez entre tous, par exemple, le notable marchand de Paris, lui qui a été commis-voyageur dans son temps, lui qui a vu le Havre et Marseille , ces deux orgueils de notre commerce , lui qui a tant admiré les bassins du Havre et le port de Marseille, et qui les trouvait si grands avec leurs futaies de mâts; vous le figurez-vous un matin, partant de la douane de Londres, beau palais
blanc du tisc, qui trempe ses pieds dans la Tamise, et oïl l'on perçoit par an trois cent millions de droits^ le voyez-vous, passant aux fossés de la Tour, entrer innocemment dans une grande maison qu'on dirait une auberge; et là, trouver au lieu de cour, une de ces incompréhensibles immensités qu'on appelle les Docks ^ les célèbres Docks de Londres : lacs creusés de main d'homme , où viennent s'enfermer par milliers les vaisseaux de l'Inde et de la Chine et du Brésil, tout joyeux , a ce qu'il semble , de laver dans Teau douce leurs flancs que la mer a verdis ; lacs où l'on ne voit pas l'eau , tant sont nombreuses et serrées les flottes qui se pressent à leur surface ; lacs aux rivages de brique tout rayés de chemins de fer , peuplés de magasins toujours pleins et toujours vides, à six ou huit étages sous le ciel , à quatre ou cinq sous la terre ; lesDocks, qui font battre justement et glorieusement le cœur de tout Anglais, où j^ai vu
des Marseillais et des Hâvrais rougir de honte et pleurer de rage, tant les bassins du Havre et le port de Marseille sont d insignifiantes cuvettes en comparaison ! Docks de la Compagnie des Indes-Orieiilales , qui couvrent vingt- huit acres de terrain! Docks-de-Londres, oîi un seul magasin, celui des tabacs , a quatre arpens d'étendue et est loué quatre cent millo francs! Tout cela lié ensemble par le plus beau chemin du monde , Commercial Road , roule ou rue en pierre, droite, et longue de plus de deux lieues : tout cela, entendez- vous bien , n'étant que le simple et nécessaire accessoire du port de Londres, un port comme on n'en connaît guères sans doute, puisqu'il commence a London-Bridgeel finitkDeptford, et quedeDeptford à London Bridge la rivière a trois milles de long! Et ce n'est pas tout. H y a les ponts : il y a le pont en fer de Southwark et son arche oi^verte de deux cent quarante pieds ; il y a le pont de pierre du
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Strand, construction que roii croirait l'œuvre des Titans, et qui s'appelle aussi le pont de Waterloo, sans que cela puisse nous trop humilier, je vous jure! car le souvenir est comme le désastre, grandiose et surhumain ; car le peuple anglais fut un grand peuple le jour où il comprit que pour un tel baptême il fallait un tel monument. 11 y a la Banque, une effroyable manufacture de papier-monnaie qui remplit quatre acres de ses ateliers; il y avait la Bourse , vieux palais tout brode', tout peuplé de marchands et de rois en pierre de Portland , donné à la ville de Lon diesparThomasGresham,etquela compagnie des merciers, fidèle gardienne du legs de l'illustre alderman , fit rebâtir après l'incendie de 1666, sans penser, hélas! que cent soixante douze ans plus tard, le feu dévorerait pour la seconde fois cette fastueuse offrande d'un millionnaire a ses concitoyens. Or, pour perpétuer la mémoire du feu de 1^66 qui fit de l^ondres
une ville presque toute neuve , il y a la colonne de Fish Street , plus haute de soixante pieds que notre colonne Vendôme, chefd'œuvre de rarchitecte de Saint-Paul , ChristopherWren, et qui a bien son sens, elle aussi !
Une autre façon de prendre idée de Londres. Voici Chiswell Street : entrez. Cette cour en pierre, c'est une cuve; cette salle en bois, c'est une citerne; cette chambre en cuivre, c'est une chaudière. Ne voyez-vous point là-bas un étang tout couvert d'écume PC'est une cuvée de bière qui refroidit. Vous êtes dans la brasserie de Whitebread, exploitation fabuleuse qui fut vendue vingt-trois millions il y a dix ou douze ans. Ailleurs, c'est le récipient de ces monstrueux alambics; ce sont des tavernes faites à l'image des brasseries, la vieille Taverne de Londres, dans Bishopsgate Street, et la taverne d'O'Connell, l'historique Taverne de la Couronne et de l'Ancre, dans leStrand.
Là se tiennent les meetings , ces terribles réunions anglaises de mille , de deux mille , de dix mille personnes , où les questions les plus vitales, les plus ardentes sont agitées hautement et librement, sans distinction d'état ni de classe, sans privilège aucun, sans nul souci de la police, ni du ministère, ni d'un pouvoir quelconque autre que le suprême pouvoir , seul vrai , seul juste au monde , le pouvoir de l'intelligence. C'est dans ces solennités de tous les jours, éclatantes preuves de son activité, de sa réalité politiques, que le peuple anglais doit nous paraître vraiment grand et imposant à nous autres , Parisiens, population hébétée, qui n'osons nous réunir ni nous associer vingt seulement sans la très haute et très difficile permission d'un préfet! a nous autres qui tremblons, qui fermons nos boutiques, qui prenons vite les armes, si par hasard une bande inoffensive d'ouvriers ayant fait le lundi vient à passer en chantant le long
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des rues ! à nous autres , peuple souverain , qui laissons brutalement défendre k une pauvre musicienne de gagner sa vie en public , parce que cette femme fut un jour traduite comme conspiratrice devant un jury qui l'acquitta! à nous autres, les gens libres et civilisés, qui souffrons qu'un sale agent de l'espionnage officiel vienne impunément la nuit briser notre porte et fouiller notre lit! Là-bas tant de liberté , ici tant de servitude : c'est a se cogner la tête de jalousie ! Liberté factice , disent les argumentateurs; liberté toute de forme et d'apparence! Quand ils diraient vrai! N'est-ce donc point quelque chose que lapparence , ô mon pauvre pays ! Te laisse-t-on seulement une forme de liberté, à toi? Tes législateurs n'ont-ils pas dernièrement imaginé de punir les gens en faute qui oublieraient de se dénoncer? Eh! bon dieu, valons-nous donc la peine qu'on nous la rende , cette liberté qu'on iious a volée? Ne sommes-nous point mépri-
sables et lâches, encore une fois! ISe sommesnous pas descendus au plus bas de l'indignité humaine ! Où est le courage, où est le dévouement, où est l'infortune, où est la gloire que nous n'ayons point méconnus, dégoûtés, dédaignés, souillés? Quelle vertu civique, quelle ipémoire chère à tous les peuples , quelle grande image d'aflVanchisseur ou de héros avons- nous omis d'insulter? Vivans ou morts, comment récompensons-nous ceux qui nous ont servis? quelles larmes versons-nous sur leurs douleurs? quelle couronne réservonsnous à leurs fronts? Qui s'occupe aujourd'hui de savoir ce que souflfrent et comment souffrent tant de soldais des saintes causes, prisonniers , proscrits courbés sons la charité étrangère , ou bien pourris au fond d'une geôle française ; tant d'écrivains du peuple dépouillés, ruinés j bâillonnés, blanchis d'amertume et de désolation? Egoïstes et blasés que nous sommes! si nous avions au njoins la
pudeur de nous taire , de donner le silence pour voile à nos ingratitudes, à nos sécheresses : mais non pas. A tout cela, nous trouvons convenable d'ajouter un cynisme de brutes : nous avons la féroce bêlise de vouloir justifier ce qui est infâme. Ainsi, Paris a un édifice pompeusement décoré du titre de Panthéon, dressé au plus haut de la ville, sous la figure élégante d'un gâteau de Savoie , comme a dit notre grand poète. Sur la corniche, on lit cette inscription monumentale :