‹ Frère et soeurChapitre 5 sur 7 · l'homme du peuple · texte numérisé non relu

l'homme du peuple

ment? qu'on ne doit ni ménagemens, ni pitic au pauvre égaré que la misère, ou Tamour, ou la faim, ou sa femme qui pleurait, ou ses enfans qui étaient nus, ont poussé du désespoir au crime? que l'homme a cessé d'être homme en un mot, en passant parla détention préventive, et n'est plus alors qu'une criminelle incarnation infailliblement dévouée au bagne ou à la guillotine? Oh ! malheur, malheur et reproche éternels sur ceux qui ont déclaré les juges inamovibles, qui n'ont point pensé aux habitudes cruellement glaciales que vingt années de cour d'assises ou de police correctionnelle peuvent développer dans une tête humaine ; qui ne se sont point ditqu^en présence et toujours en présence des erreurs et des crimes de ses semblables, on finit nécessairement par mépriser et haïr son espèce, par tomber dans une sorte de frénésie punissante, par voir des scélérats partout et des forfaits a tout propos, par sonlir mourir en soi jus-

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qu'au dernier souffle de la compassion et de la charité ! Ils font siéger les jurés quinze jours par an, et les juges toute la vie, ces législateurs ! Quelle impardonnaÎ3le contradiction!

La liste des témoins étant épuisée , le président, en vertu de son pouvoir discrétionnaire, interrogea Paul et Alice. Alors on vit Michel frissonner, et dans l'obscure foule qui peuplait le parterre de la cour d'assises , on remarqua un homme pâle et frémissant qui semblait dévorer chaque syllabe de ces nouvelles dépositions. Alice savait que Michel était sorti et rentré le sept août, elle ignorait tout autre chose. Quant à Paul , il allait commencer la touchante histoire de son vieil ami j mais l'organe du ministère public ayant déclaré que ces détails lui paraissaient étrangers au débat , le président renvoya le frère et la sœur à leur place , et la parole fut à l'homme du parquet.

Jamais on n'avait enlondu un si magnili-

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que réquisitoire. Tous ies gens de l'art qui étaient là purent s'en aller convaincus qu'il n'y avait point dans la judicature de poste trop élevé pour un tel homme. Les juges écoutaient, la tête tendue, la bouche ouverte ; les jurés se regardaient ébahis, confondus; les avocats se demandaient avec une secrète satisfaction , comment leur confrère , pauvre défenseur d'office , pourrait s'y prendre afin de détourner les foudres d'une pareille éloquence! Le substitut s'empara de la plainte abandonnée par la partie civile ;, il montra le représentant du peuple, un honnête et digne citoyen, sacrifiant son dommage personnel ;/ ses sympathies patriotiques, essayant d'arrêter le bras de la loi suspendu sur un voleur , parce que ce voleur avait eu quelques bons jours dans sa vie , parce que ce voleur était un combattant de juillet. En regard d'un pathétique éloge de ce qu'il appelait la noble faiblesse du député , le fougueux substitut fit

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saillir la tache honteuse imprimée par l'accusé sur la victoire des barricades, il demanda s'il était possible de trouver dans l'héroïsme prétendu de cet homme de quoi atténuer Tignominieuse action qui l'avait suivi, et s'il s'agissait donc tout simplement de peser deux faits dans la balance, abstraction faite des motifs qui avaient produit ces deux faits. Làdessus, il peignit en traits de feu la vie entière de Michel , vie de rapines, et de fraudes et de sang. Il prit le conscrit réfractaire fuyant les drapeaux de l'honneur, se dérobant aux privations glorieuses du soldat, secouant lâchement le joug de cette discipline militaire à laquelle des maréchaux de France n'avaient pourtant point dédaigné de se soumettre ; il le suivit, s'enrôlant sous un faux nom, sous un sobriquet de bandit, dans la hordèsanguinaire des corsaires de Granville, il le fit voir aux jurés tout rouge de carnage et d'incendie , éclairé par la tempête , pillant

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et massacrant le timide équipage des vaisseaux marchands, déshonorant la guerre et la France par l'indigne abus des Licences impériales. Puis il raconta la vie que ces hommes menaient à terre , au retour de leurs flamboyantes excursions ; il entra avec eux dans les cabarets de la plagR , il s'assit à leur table à côté des femmes perdues qui les assistaient dans leurs débauches, pauvres débris humains qu'ils forçaient à l'amour à coups de poing et de poignard ; il les promena par la ville , quand ils sortaient le soir, faisant rentrer a. leur aspect les habitans efl'rayés , brisant les lanternes , et les fenêtres et les portes, insultant les femmes et battant les maris. Ce fut ainsi qu'il atteignit la seconde phase de Texistence de l'accusé. Alors, il rappela comment cet homme avait échangé le tromblon du pirate pour l'aviron du contrebandier, comment, las d'écumer la mer, il s'était mis h voler le pays. Mais, cette fois.

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secriait-il , l'in diligence barbare d'une loi égoïste ne protégeait plus Michel Sansonnet , el la justice l'attendait armée, vigilante, inexorable. Il fut pris et condamné. Depuis, la police ne l'avait point perdu de vue. 11 était allé à Dieppe , et son protecteur, de tous les temps, M. Valéry, lemême,toujoursle même, aussi constant dans sa bienveillance que le matelot l'était dans son ingratitude, avait obtenu pour lui la permission d'aller résider à Paris. Une fois arrivé là , dit le substitut avec un superbe accent de douleur et d'indignation , on le voit aussitôt rechercher la comgnie des ennemis de son bienfaiteur! On le voit se lier avec un jeune homme et une jeune fille que leur père avait maudits et chassés dans sa juste colère; on le voit livrer sa nièce tout innocente et toute jeune, aux enseignemens libertins d'un comédien, au tourbillon empoisonné de la vie de théâtre. Voilà comme il entend la morale et les vertus

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de famille, le bon, l'honnête parent! Puis, viennent nos trois immortelles journées ; alors rinstinct de la destruction se ranime, la soif du sang se rallume en lui ; et il se bat , il se bat pour le meurtre , il se bat pour tuer , il se bat pour faire souffrir , pour faire hurler ses semblables : parce que c'est là son bonheur et sa joie ! On s'efibrcera vainement de l'ériger en patriote et en brave à vos veux^ vous ne laisserez point insulter ainsi le patriotisme et la bravoure, messieurs les jurés , vous ne verrez dans les hauts faits de cet homme que ce qu'il faut y voir , ToeuVre de la méchanceté radicale , de la férocité native ! Et tout de suite vous serez frappés comme nous l'avons été , de la sinistre analogie du présent et du passé de Michel ; vous vous direz qu'ainsi qu'autrefois le corsaire s'était fait contrebandier, faute de mieux, il a fallu logiquement que le tueur des rues en juillet devint voleur en août ! Ainsi, voyez,

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€onlinua-t-il j ce n'est même qu'un scélérat vulgaire ! Il ne sait risquer le meurtre qu'à l'heure déplorable où le meurtre est permis, son courage ne va pas plus haut que les hasards du vol, la criminalité des lâches! Le bagne est la demeure naturelle des hommes de cette tr€mpe ; le sauvage honneur de l'échafaud n'est point fait pour eux : vous enverrez Michel au bagne!

11 se tut ets'assit après sa sanguinaire conclusion. Chacun resta frappé d'étonnement, en voyant comme il paraissait tranquille, et prêt k recommencer. Ce fut un long murmure parmi le barreau; on mettait, comme nous l'avons dit, cet homme au-dessus de tout éloge ; on admirait que la province eut fourni uu talent si plein de force et de beauté; et dans la tribune des dames, une mère qui destinait sa fille à ce monsieur essuyait d'orgueilleuses larmes. .Mais Paul était éperdu , mais Paul se déchirait la |)oitrine!

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— Vous êtes donc un démon sous votre robe de procureur, s'écria-t-il en bondissant sur Je banc où sa sœur et Eugène essayaient de le retenir! Oh ! laissez, laissez que je lui parle , laissez que je lui demande où est la loi qui autorise de pareilles atrocités!

L'avocat du roi se relevait, impassible, il allait requérir contre l'insolent , mais sur l'ordre du président, les huissiers avaient déjà jeté Paul hors de l'audience.

Alors le défenseur de Michel , ayant salué la cour, entreprit de combattrele formidable réquisitoire. Mais il avait été vaincu d'avance^ et ses efforts se renfermèrent dans le système de dénégation adopté par l'accusé. Il ne connaissait pas son client, le pauvre homme, et puis il plaidait gratis, comprenez-vous bien!

Le vengeur de la société ne daigna point répliquer a. une défense si chétive.

Conséquemment le président annonça que les débals étaient clos, et avaul de les résu-

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mer, il fit cette question n laquelle on ne répond jamais : — L'accusé a-t-il quelque chose à ajouter pour sa défense?

Il allait comme à l'ordinaire^ passer outre, quand Michel se leva tout-à-coup.

— Ce n'est donc pas fini? dit-il avec un mélange de colère et de joie. Je peux donc encore parler? Alors c'est bon! Au fait, le métier de cet.homme-là serait trop commode! 11 n'y aurait pas de bon sens , que je me disais! 11 n'y aurait ni bon Dieu , ni justice, s'il fallait se laisser traiter comme j'ai été traité sans avoir seulement une pauvre parole à répondre. Si j'ai quelque chose à ajouter? Je crois bien que j'en ai! Ah ça , il paraît donc que vous m'avez reconnu , monsieur Louis Bonnin de Granville? autant dire mon neveu , puisque vous êtes le frère de ma nit-ce!.. Il paraît donc que nous ne sommes guère cousins, décidément? Vous avez toujours sur le cœur la volée que j'ai donnée à votre i)rave père, dans

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le temps! Savez-voiis que vous avez drôlement protité depuis la dernière fois? Pourtant vous étiez déjà bon U.Granville 5 vous aviez une fière langue, on peut le dire, et j'en sais quelque chose, moi, votre condamné a trois ans, à qui les cheveiixen ont blanchi! C'est égal! c'est dommage que feu votre père ne vive plus... Userait un peu contentde l'honneur quevouslui faites. Il faut convenir que j'ai de la chance. Aussi je vous ai bien senti eti entrant, j'ai eu peur de vous tout de suite! Et pensez que je jouais avec les caïmans quand j'étais petit ; pensez que je suis resté seul avec mon capitaine, et {.v> oui, sous le canon d'une frégate an-

glaise! Oh! vous auriez tort de renier l'auteur de vos jours! Vous êtes bien le fils de Jean Bonnin l'armateur, qui m'a tué ma sœur Marie! Je ne m'étonne pas si vous avez mis la vôtre à la porte de chez vous, il y a trois mois parce qu'elle venait vous dire , à deux genoux, que je m'ennuyais en prison, et vous

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prier de me faire juger un peu plus vite. Toutà-l'IiHire, tenez ^ quand vous parliez d'elle si agréablement, je me souvenais que votre père avait traite' Marie de salope le jour qne j'étais allé, tout en larmes, lui demander d'avoir pitié d'elle: et je vous trouvais bien ressemblans, tous les deux! Voilk donc un procureur du roi! C'est donc cela qui représente Sa Majesté! C'est du propre!... An fait, pour un état pareil, il faudrait fabriquer des hommes exprès. Je croyais d'abord, moi, qu'après le mouchard, il n'y avait plus que le bourreau ! je vois bien à présent que le procureur du roi leur rendrait des points.

— Accusé! vous outragez la magistrature, dit le pré.sident.

— La magistrature ! réjDartit Michel. C'est cela la magistrature! Ah bien, excusez! Un homme qui s'envient tranquillement le malin, après déjeuner, se mettre en colère contre des gens qu'il n'a jamais vus, c est la magis-

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trature? Un satané bavard qui, parce que vous lui dites : — Voila un accusé, — se croit obligé de vous le démolir au moyen d'un tas de balivernes que j'ai entendues cinquante fois à l'Ambigu et à la Gaîté, c'est la magistrature? Un aboyeur sans cœur et sans ame qui se met à couvert sous son capuchon noir pour exciter douze hommes contre un seul, pour amasser des murailles de boue et de sang autour d'un pauvre diable, qui n'a peutêtre eu la main mauvaise que parce qu'il avait l'estomac creux, c'estla magistrature ? Merci ! j'aime mieux ma sellette que son fauteuil ! Voila mon idée !

Le substitut était pâle de rage; il se pencha vers le président.

— Michel, dit celui-ci d'une voix émue, vous nuisez à votre cause. Je vais être forcé de vous ôter la parole.

— C'est lui qui vous fait parler ! répondit douloureusement le vieux matelot. Cela ne

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pouvait pas venir de vous, vous avez trop l'air d'un digne homme! Vous ne me voulez pas de nialaumoins. Après tout, j'ai peut-être tort de me plaindre: il est à son affaire, cet homme ! On le paie pour cela ! C'est fini, j.enez : ne soyez pas trop dur avec moi! Il faut faire attention que je suis un ouvrier, qui ne saiïpas dire les choses convenablement^ comme vous autres. Mon père était un maçon, qui est mort bien tristement, allez ! Un jour que l'entrepreneur qui avait bu un petit coup, venait de monter sur l'échafaudage pour regarder la tournure de sa maison, il y a une planche qui a tourné, et l'entrepreneur a dégringolé du haut en bas. Mon père a voulu le retenir, le pauvre vieux! mais il n'a pas pu, la poigne manquait; et ils sont tombés ensemble. Le pire, cest que dans la rue il se trouvait un tas de pierres et un tas de mortier : le bourgeois a eu le tas de mortier, doux comme un lit de plume ! Mon père a eu le tas de pierres, et il est mort.

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Excusez-moi si je pleure en vous disant cela. Messieurs, mais c'est qu'il m'aimait bien, mon pauvre père ! L'entrepreneur a donné cent francs pour le faire enterrer ; un brave homme, n'est-ce pas? Quand à ma mère qui était infirme, on l'a mise a l'hôpital : c'est nos invalides, à nous autres. Pendant ce temps-là, je finissais mon apprentissage de matelot, et le capitaine, en apprenant notre malheui , m'a dit: — Ne pleure pas, Michel j s'il te faut un autre père, tu n'as qu'à me prendre, je suis là ! — Six mois après, j'ai aidé a le coudre dans quatre aunes de toile, et puis les poissons en ont fait ce qu'ils ont voulu. Si le bon Dieu a pris son ame, il a eu raison ! car il ne lui enrevient pas de pareilles tousles jours- Tout cela, Messieurs, c'est pour vous faire savoir que mon éducation n'a pas été bien chenue ; on ne m'a appris que deux choses : aimer ceux qui m'aiment, et dire la vérité. Les marins ont cela de bon ; parce que, voyez-

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vous, un navire, c'est comme une lanterne, pas moyen d'y rien cacher. Aussi, lenezj je sens que j'aimai agi avec vous tout-ii-l'heure. C'est peut-être d'avoir reconnu le frère de ma nièce, je ne sais pas.,, enfin je n'ai pas été honnête homme ! j'ai menti. Cela fera peutêtre de la peine au brave avocat que vous aviez eu la bonté de me donner, mais je ne peux pas dire le contraire, j^ai menti. Oui, Messieurs, j'ai été chez M. Valéry le sept du mois d'août, le jour qu'on a fait le roi, et j'ai pris un paquet de papiers en forçant le bureau qui est ici, avec le ciseau que voilà. C'est tout.

— Ainsi, vous avouez? dit le président.

— Oui! répliqua Michel dune voix retentissante, et si c'était àrefaire, je le feriïis encore. Oh ! le procureur du roi n'a pas besoin de rire, O.'i peut commettre toute sa vie de ces scélératesses-là, et dormir tranquille après, n'ayez pas peur! Ecoutez-moi, Messieurs, et jugez, comme des bons et dignes bourgeois que vous

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êtes. Quant ma sœur a eu mis au monde l'enfant de M. Bonnin, elle s'est laissé mourir de chagrin et de honte : j'ai eu beau la consoler, le cœur n'y était plus! Alors il s'est trouvé à Granville une femme, je devrais plutôt dire un ange du bon Dieu, qui a eu pitié de la petite et de moi. Je ne vous raconterai pas tout ce qu'elle a fait pour le matelot et son orpheline, parce qu'il y aurait trop à en dire. Sauver la vie aux gens, ce n'est rien : l'affaire d'un moment, surtout quand c'est le jour, et quand ily a dumonde qui vous regarde! . . Mais nourrir un homme et un enfant pendant des années-, mais les habiller, parce qu'ils étaient nus, les soigner avec le médecin et tout parce qu'ils étaient malades, et mettre la petite à l'école, pour en faire une jolie fille bien élevée : et tout cela en se privant, tout cela en cachette d'un mari qui f aurait grondée, qui l'aurait battue peutêtre! Croyez-vous que ce n'est pas beau? Croyez-vous que ce n'est pas méritant? Eh

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bien, qu'est-ce que je pouvais lui rendre, à cette sainte femme ? Moi, un pauvre journalier, qui gagnais trente sols ? La reconnaissance d'un homme du peuple, ne voilà-t-ilpas quelque chose de frais ! Combien est-ce que cela pèse? Combien est-ce que cela rapporte? Le riche n'est-il pas bien récompensé quand le pauvre lui a dit merci ? L'homme du peuple, qui ne sait ni lire ni écrire, n'ose pas seulement avouer aux gens qu'il les aime : il aurait peur de ne pas dire les mots qu'il faut; il fait comme le chien, il pleure, il secouche aux pieds de sa bienfaitrice, et il les baise. Voilà ce que j'ai fait. Après cela, il m'est venu une idée. Elle avait des en fans aussi, elle, un fils et une fille. J'ai pensé à les aimer comme elle avait aimé Georgette, je me suis dit que j'aurais peut-être le bonheur de mourir pour eux, quelque jour... et j'ai attendu, messieurs. Alors il est arrivé que le père a mis les enfans h la poite, parce que le HIs qui est un

'Ç^fi^

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brave jeune homme, celui qui était là tout-à- 1 heure et que vous avez fait sortir à cause de M. Louis Bonnin, ne voulait pas laisser marier sa sœur contre son gré. J'étais à Paris quand ils sont venus tous les deux, sans appui, sans amis, a la grâce de Dieu et de la charité publique. Je les ai suivis comme un chien, je vous dis! comme une ombre. Us sou6fraient, ils étaient malheureux: cela faisait joliment

mon afifaire Il faut avouer pourtant que

je leur étais utile à peu près comme une quatrième roue h un tricycle! Le maçon est mangé par les maîtres, vous savez bien. Le bâtiment donne ui; peu, c'est vrai, mais on nous rabat toujours. La journée viendra bientôt à rien, parce que les maîtres s'entendent, et ils ont le droit, puisque ce sont eux qui font la loi! Et si l'ouvrier réclame, s'il dit au maître quand il le voit monter dans sa voiture : — Je voudrais bien manger quelque chose avec mon pain ; je voudrais bien meîlre des bas dims

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mes sabots! — vous le mettez en prison, le pauvre homme ! D'autant mieux que j'avais plus de mal que les autres à me tirer, moi, à cause de ma vieille surveillance, vous comprenez : on ne me donnait de l'ouvrage qu'en rechignant. On avait sûren)ent peur que j'emporte les pierres de taille ! Et puis je suis normand, etlesnormands, on ne lesaime pas. Parce que cela raisonne, im normand : celaveutquelquefoissavoircequecelafait. On préfère le limousin qui estplusbête, mais qui nedit rien. Enfin, j'aidais ces chers petits enfans comme je pouvais ; je me mettais toujours de la mauvaise commission dî.; planter le bouquet, une chose drôlement périlleuse , l'amour-propre des maîtres, quoi! une vraie bêtise : mais cela me valait quelques pièces de cent sous,et jelesportais à M. Paul, en cachette de sa sœur, parce qu'il ne voulait pas lui dire nos pelils arrangemens. Il l'aimait tant! Si vous aviez vu Comme il l'aimait et le mal qu'il se donnait

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pour elle, vous auriez vendu votre chemise, mon président. Mais ce n'était pas encore mon plan. Il me fallaitautre chose pour leur payer les bienfaits de leur mère. A la fin, j'ai su que leur tranquillité dépendait d'une certaine lettre cachetée en rouge qu'un Anglais avait remise autrefois à M. Valéry, et que M. Valéry gardait par devers lui, j'ignore pourquoi. 11 paraît, du reste, qu'il n'a pas jugé à propos de vous le dire. Alors, un jour que j'ai trouvémabelle, j'ai pris la lettre à M. Valéry, et je me suis sauvé avec. Ce qu^il y avait'dedans, je n'en sais rien, moi: cela ne me regarde pas. Mais ce que je peux garantir, c'est que M. Valéry n'osera jamais laréclamer, tout député qu'il est. Voilà tout bonnement la chose. Vous voyez si c'était la peine de vous dire que je suis un pirate et un bandit, que je me suis batlu en juillet par amour du sang I Ne croirait-on pas que j'en ai quelquefois bu, du sang ? Moi qui ai fait habiller quatre gardes

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