‹ Frère et soeurChapitre 6 sur 7 · L HOMME DU PEUPLE · texte numérisé non relu

L HOMME DU PEUPLE

royaux en hommes, et qui leur ai coupé les moustaches, moi-même, a l'efiet de les sauver quand la brune a été venue ! Moi qui ai porté à l'Hôtel- de-Ville une cassette pleine d'orque j'avais trouvée sous le lit de Charles X ! Je pouvais bien la garder, j'étais tout seul dans le moment. Eh bien oui ! j'ai été corsaire. Eh bien oui ! j'ai été contrebandier. Et dans ce tempslà, on n'y crachait pas, sur les corsaires! quand le plus riche négociant de Dieppe prenait par la main Balidar-aux-Jarretières-d'or, Balidar le brûleur de flottes, et le faisait asseoir dans son bal, tout plein d'huile et de goudron, sur les robes de soie des belles dames. L'état de contrebandier n'a pas été non plus un déshonneur pour tout le monde , il faut croire, puisque le minislie des finances Ta fait pendant quinze ans, et que vous lui tirez votre chapeau, a ce minisire des finances, qui avait des pains de sucre en bois , toujours les mêmes , à ce qu'on dit , pou r se faire payer

33{> l'homme du rjan.E.

la prime d'exportation! C'est curieux, vraiment , que M. Louis Bonnin qui doit l'argent de ses éludes aux contrebandes de son père , s'en vienne me faire de la morale à propos de cela! Son père m'a t-il payé mes parts de prise, seulement , son voleur de père qui nous prouvait si bien que le tiers de mille francs fait dix pistoles? Mais voilà! Soyez riche, et tout est dit: vous êtes honnête! Eh bien, qu'on ait donc le cœur de convenir que c'est la misère qui est un crime, que c'est la misère que l'on poursuit! Avouez donc que les haillons du peuple vous chagrinent et vous dé-plaisent , afin que nous sachions pourquoi vous jetez tant de boue dessus! Et puis , après cela , nous vous demanderons , puisque la moitié des criminels ne savent pas lire , pourquoi vous ne voulez pas que les pauvres apprennent, pourquoi vous nous forcez k perdre nos enfans dans les filatures, au lieu de les envoyer à l'école. Est-ce que c'est notre faute , k nous?

l'homme du peuple. 337

Est-ce que l'ouvrier qui gagne quarante sols peut élever ses enfans? Il n'a qu'a ne pas en faire, vous direz! C'est juste. Au moins apprenez-moi comment il arrive qu'on n'est pas pris quand on vole un million, et qu'on est mis aux galères pour cent sous; comment un épicier qui vend à faux poids paie *roTS francs d'amende, et me fera pourtant condamnerh six mois de prison, si je vais reprendre dans sa boutique la chandelle qu'il m'a donnée de moins! Et le boulanger aussilEt le marchand de tabac aussi! Ou bien , s'il vous déplaît de m'en dire si long, ne venez donc pas me chanter que nous sommes éganx devant la loi , quand nous ne sommes égaux que devant la mort! Et encore! vous savez bien que le pauvre vit moins long-temps que le riche , l'ouvrier que h^ maître.... Heureusement! Une vie de douleurs dure toujours assez. Faites excuse, messieurs ; je dis là un tas de choses que je ne devrais

pas dire. Ce n'est p;iS à im pauvre prolétaire

■r Ti 'y).

338 l'homme du peuple.

comme moi , qu'il appartient de critiquer les affaires du gouvernement. Le travailleur souffre et meurt: c'est son lot. S'il a trop de chagrin, eh bien! les droits-réunis sont la pour lui vendre du vin qui l'empoisonne. S'il manque d'ouvrage, le Mont- de -Piété lui prête trois francs sur la couverture de son lit. Le procureur du roi a raison , nous n'aurions pas dû nous battre en Juillet! ce n'était pas la peine. Les jésuites valaient bien les banquiers! Enfin, messieurs, le fait est que j'ai commis un vol, et vous pouvez me condamner; mais ma conscience ne me dira pas plus après qu'avant que j'ai mal fait. Si je vais aux galères, les enfans de celle qui a élevé Georgetlo me béniront peut-être! et M. Valéry lui-même n'aura pas, j'en suis siir , le front de me jeter la pierre : car je lui paie spn silence par le

mien. J'ai fini.

Michel fut acquitté à sept voix contre

cinq.

Ctt ittt U lu "^àclje.

Quelques semaines après, trois voitures revenant de la mairie s'arrêtèrent à la porte (l'une maison de la rued'Anjou-Saint-Honoré. Dix personnes en descendirent. C'était la famille Duplessis , augmentée depuis un instant d'un gendre et d'un oncle. Après elle

venaient les quatre témoins du mariage d'Eugène, choisis, selon la volonté de Paul , parmi les personnes avec lesquelles le frère d'Alice avait soupe au concert de la duchesse.

M. Valéry donna la main a sa nièce et bientôt chacun prit place autour d'une table splendide , repas de noces dont le député de Dieppe faisait les honneurs.

A l'exception d'Eugène qui paraissait heureux de s'être enfin conduit comme un honnête homme,, on eût dit que ces gens ne célébraient pas un mariage , mais un enterrement. La tristesse et la contrainte étaient sur tous les visages; les regards ne s'échangeaient que craintifs et douteux. Le père avait été amené là, contre son gré, par surprise; il haïssait cette union, non point pour ellemême , mais parce qu'elle était l'ouvrage de son fils j il en voulait à Fletcher de s'être prêté à une trahison pareille ; il avait cédé, en grommelant, à la peur de voir rejaillir sur son

nom le tléshonaeiir de sa tille , a l'appréhension de cet artifice légal si moqueiisement appelé sommation respectueuse. Quant à Valéry , il avait beau s'observer , beau s'eflforcer ; le masque ne tenait point sur sa figure! Il suait à mouiller ses habits, la fièvre courait en ruisseaux de feu dans ses artères ; Sidney , Michel , les lettres de change, le testament, souvenirs de crime et de honte , se croisaient en lui comme autant de scies ardentes sous lesquelles fumait son cerveau.

La mariée^ abattue etchétive, osait à peine lever les yeux sur Eugène, sur Paul, sur sa mère; elle restait oii on l'avait placée, elle semblait abîmée dans la confusion de sa grossesse devenue visible pour tous. Elle se rappelait, toute na vrée, les malins regards des curieux delà mairie, ricanans gobe-mouches, flâneurs insolens qui trouvent toujours moyen de jeter sur les plus nobles alliances le crachat visqueux de leurs

sales commentaires. On supprimerait les ridicules formalités du mariage, rien que pour échapper a la glose cynique des Diogènes de la municipalité!

Madame Duplessis, toujours pieuse, toujours bonne, toujours résignée, remerciait Dieu du courage de son fils et du salut de sa " fille. Elle aurait eu presque de l'orgueil , la sainte mère , en pensant qu'Alice était la femme d'un conseiller référendaire ; mais en dépit de son indulgence, en dépit de la charité chrétienne , elle rapprochait le neveu de Toncie , et l'idée d'être forcée désormais d'avouer pour son parent l'homme qui avait perdu et ruiné son mari, lui mettait les larmes aux yeux.

Les quatre témoins qui n'avaient jamais vu des teintes si funèbres colorer un jour de noces, se reportaient nécessairement aux circonstances où s'était noué le drame terrible dont ce mariage ne devait point être la der-

LA FliN l)t LA TACHE. 345

nière péripétie ; ils pressentaient une catasirophe prochaine, inondée de pleurs et de sang. Us regardaient, ils écoutaient en silence; et plus d'une fois il leur arriva de se reprocher les insultes qui les avaient conviés à ce sinistre banquet.

Au milieu de tous, Paul était le plus triste et le plus malheureux. Sa tâche de frère allait finir, et depuis la veille il la résumait dans sa pensée. Depuis la veille, il se demandait ce qu'il avait fait, ce quil avait gagné , ce qu'il avait réparé en définitive! à quoi avaient abouti sa fière insurrection contre la Famille, ses efforts solitaires contre la société. Il se cherchait une gloire, uu triomphe; il ne trouvait que défaite et opprobre. Comme Icare , il s'était élancé audacieusement audessus du monde, sans penser à la cire de ses ailes ^ et la cire avait fondu au vent des passions humaines, et le bruit de sa chute retentissait en lui pesant et formidable comme le

tonnerre ! li avait reçu sa sœur innocente , il la rendait coupable ; cette fleur arrachée de la tige s'était flétrie dans ses mains imprudentes; le rejeton poussait verdoyant au pied de l'arbre, en le coupant, il l'avait desséché. Et pour sortir d'une lutte si mal engagée , si dépîorablement soutenue , quel avait été son moyen? Un moyen vulgaire, le moyen de tout le monde! Il était allé trouver le séducteur de la jeune fille , le profanateur de la vierge, et il lui avait dit de choisir entre le mariage et le combat! Gomme c'était neuf! comme c'était grand! comme il y avait de quoi se vanter! N'était-il pas méprisable et honteux que lui, si arrogant, si superbe dans ses anathèmes contre les préjugés, eût fini tout simplement par sacrifier sa sœur à un préjugé? que pour sauver la brebis du loup, il n'eût su qu'enfermer la brebis avec le loup? Encore lui avait-il fallu implorer le consentement paternel et provoquer l'intervention

LA Fli\ DE LA TACHE. 347

de la Famille , pour remettre en servitude l'esclave jadis afifranchie! Qui donc devait se glorifier maintenant, de la Famille ou de lui? Sur quelle tête fallait-il placer le laurier ou la cendre ? — Je me suis cru fort, s'écriait-il, et je n'étais qu'orgueilleux; j'ai cru que je fendrais le chêne, et le chêne s'est refermé sur mes mains!

Ce fut en songeant à toutes ces choses déplorables que le pauvre frère porta, d'une voix mélancolique , la santé d'usage : — Au bonheur des nouveaux époux! — Puis, comme il lisait dans les yeux de sa mère un appel angélique à l'union et h l'oubli, il se leva , et s'approchant humblement de M. Duplcssis , il s'efforça de le toucher et de fattendrir. La prière errait sur ses lèvres blanchissantes. Au premier JTiot prononcé doucement, au premier geste de pardon , il allait se soumettre, il allait s'agenouiller! Mais le père resta dur et froid ^ il repoussa celte main suppliante

qui cherchail la sienne en tremblant. Il ne vit dans son fils qu'un ennemi terrassé, il trouva juste que sa malédiction se fut si cruellement accomplie : et sans même honorer d'un regard le malheureux vaincu , il lui dit avec une ironie glaciale : — Vous n êtes donc pas content, monsieur, du succès de votre lutte avec moi?

— 0 mon père ! répondit Paul , vous disiez vrai il y a trois ans , vous auriez bien du m'écraser le jour que ma mère me mit au

monde! Mais patience! patience, mon

père! vous n'aurez plus long -temps à me haïr... Regardez comme je suis vieux, déjà! Voyez! mon front est plein de rides ^ et mes

cheveux sont gris Ne hochez pas la tête,

mon père! ce n'est point la débauche qui m'a sillonné le visage, c'est le jeûne : ce ne sont point les plaisirs qui m'ont rendu chauve , c'est la douleur... Voilà trois ans que je bois mes larmes, et elles étaient si amères, qu'elles

m'ont empoisonné Patience, patience!

j'espère mourir bientôt. Et votre haine, dites, votre haine durera -t-elle phis que ma vie? Ne donnerez -vous à l'enfant de ma sœur qu'une malédiction à épeler, quand on le mènera voir la pierre de mon tombeau?

A cette apostrophe déchirante , le père regarda son fils, et il fut touché.

— Vous parlez de haine , dit-il ; et vous oubliez , Paul , que c'est vous qui m'avez appris la haine ! Que vous avait fait cet homme qui fut mon sauveur et mon ami , quand vous êtes venu l'insulter et le menacer chez moi ? Que vous avait-il fait, lui si bienveillant et si tranquille , pour détruire brutalement son bonheur, pour renverser, comme un furieux, ses espérances et les miennes? Car elles étaient liées, elles étaient solidaires ! Car mon repos dépendait de son repos , mon bien de son bien ! Vous saviez tout cela, je vous l'avais

dit!.... Répondez-moi , mon fils; que vous avait fait M. Valéry?

— Rien, mon père. J'étais le frère d'Alice voilà tout.

— Et , parce que votre sœur le haïssait , sans savoir pourquoi peut-être , vous l'avez haï? Et c'est après avoir si peu raisonné votre aversion pour lui que vous me reprocheriez la mienne pour vous? Pour vous qui m'avez outragé dans ma paternité, dans mes droits de chef de famille! pour vous qui m'avez fait ce jour-là douter de la vertu de votre mère î pour vous qui m'avez désolé, ruiné! pour vous qui m'avez chassé de France , et votre mère avec moi! Savez-vous que nous étions sans ressources à Londres, mon fils, et que nous y serions morts de faim , sans doute, si une maison de banque, instruite de nos malheurs par ce généreux ennemi, ne nous eùl aussitôt prêté son mystérieux secours?

— ' Que dites-vous, mon père? interrompit

le jeune homme. Est-ce que INI. Valéry se serait vanté, par hasard, de vous avoir fait donner la gérance de Clerkenwell?

— Non pas, non pas... dit vivement Tonde des nouveaux mariés. Je ne suis pour rien là-dedans.

— A la bonne heure! reprit le frère d'Alice... A chacun ses œuvres! On n'égorge pas les gens pour le plaisir de les secourir après ; n'est-il pas vrai, monsieur?

Et il se tut. Les témoins remarquèrent un grand bouleversement dans la physionomie du député.

— Qui donc , alors , m^avait recommandé à MM. Coutts? demanda le père tout surpris.

— C'est lui! c'est Paul! répondit la mère, heureuse de proclamer le bienfait de son enfant. Pardonne-moi, mon bien-aimé, mais tu l'as dit : a chacun ses œuvres!

Le père sentit une larme rouler sous ses paupières.

— *Si VOUS avez fait cela, Paul, dit-il d'une voix profonde'ment altérée, c'est pour votre

mère, sans doute, et non pour moi Mais

n'importe, c'est bien ! Car en sauvant votre mère, vous m'avez sauvé.

— Je n ai eu ni cette joie, ni cette puissance, mon père, reprit solennellement le jeune homme. Votre salut vient d'une autre main, main froide et morte à cette heure, hélas ! Celui qui n'est plus que poussière, et qui cependant couvre encore notre famille de sa faveur protectrice, le noyé de Granville^ sir Henry Sidney, vous a suivis à Londres, comme il avait suivi à Dieppe l'assistant de sa fin déplorable, M. Valéry. C'est h son souvenir sacré, invoqué par ma bouche en présence des banquiers du Strand, que vous devez de ne pas avoir été servante, ma mère, et vous, mon père, d'être resté chef, au lieu de devenir commis. Que grâces soient rendues à la sainte mémoire de Sidney! Emplissez votre verre,

LA FIN DE LA TACHE. 3o3

mon oncle , et si vous en avez la force , vide/, le sans pâlir !

11 dit ces derniers mots avec une amertume effroyable. Le père, tout entier à ce qu'il venait d'apprendre, ne les entendit pas.

— Allons! s'écria-t-il, que le passé soit oublié. Nous avons tous eu des torts, je le reconnais... mais ce jour devait les réparer. Nos deux familles étaient destinées à s'unir, mon cher Valéry! Venez, mon fils; donnez-moi votre main, et ne pensons plus à ces fâcheuses querelles.

Paul se jeta dans les bras de son père. Madame Duplessis pleurait de joie.

— Maintenant , reprit l'ancien négociant, embrassez votre oncle, Paul. Je le veux.

— Ne me demandez pas cela, mon père ! dit le frère d'Alice en baissant la tète.

— Je le veux, vous dis-je !... M'avez-vous donc surpris votre pardon?

— Mon pardon!... mon pardon !... Oh! si T. 11. 23-

VOUS me l'avez vraiment accorde, versez mon sang en récompense ! demandez-moi le reste de ma vie!... Mais n'exigez pas ce qui est audessus de mes forces , ce qui me dégraderait à vos yeux comme aux miens... IN'exigez pas que je presse la main de cet homme!

— Vous êtes chez votre oncle, Monsieur ; vous êtes en ma présence ! Votre besoin d'outrager est donc bien brutal pour que vous ne puissiez pas vous taire, même aujourd'hui, même ici?

— Mais je me taisais, mon père I. . . Je serais parti sans lui rien dire. . .C'est vous qui me Vavez vanté ! C'est vous qui m'avez poussé vers lui î Tenez, qu'il vous dise lui-même si notre réconciliation est possible ! Qu'il vous dise si nos mains ne se sécheraient point en se touchant!

— Votre père nous a donné l'exemple , Monsieur, répondit le député avec effort: je suis prêt à faire comme lui... à pardonner.

— V.ous voyez! reprit le négociant.

LA FIiN DE LA TACHE. 355

— Mais c'est monstrueux, cela 1 s écria le jeune homme, hors de lui. Mais le bandit, après vous avoir dépouille', en vous laissant nu et sanglant sur le chemin , ne vous cric pas : — Je te pardonne !

— Je ne sais en vérité ce qu'il veut dire ! osa répliquer l'oncle d'Eugène en s'adressant à M. Duplessis.

— Il est fou, répondit le père. C'est qu'encore il me parlait de haine, tout-à-riieure !

— Paul, savez-vous qu'on se bat et qu'on se tue pour des paroles moins insultantes que celles qui viennent de vous échapper? dit Eugène en pâlissant.

— Vous aussi ? repritle frère d'Alice, vous aussi? Déjà! Oh oui, mon père, je deviendrai fou! Le neveu oublie comment on a traité sa femme! Messieurs, vous étiez de ce souper chez la duchesse; vous avez entendu l'épouvantable aveu du Conseiller-d'État!... La langue me brûlerait dans la bouche, s'il me fal-

lait répéter de telles infamies en pi c'sence de ma mère... Eh bien, Eugène ne s en souvient plus aujourd'hui, et M. Valéry me pardonne! Ce n'est rien encore ! ... Si vous saviez le reste !!

— C'est une chose curieuse, dit le représentant de Dieppe, en parlant toujours à son ancien patron. Voila trois ans qu'il m'accuse comme cela, vaguement. Mais que je lui demande des preuves, et vous verrez.

— Des preuves? Oh! vous voilà fier, vous vous riez de moi !... Parce que vous savez que Michel les a brûlées, les preuves ! Eh bien donc, soyez heureux^ soyez triomphant 1 Je n'ai plus rien a faire entre vous et vos victimes. Vous serre la main qui voudra, témoin de la mort de Henri Sidney ! Vous estime qui pourra, riche héritier d'un frère sans fortune ! Mais n'attendez de ma part ni grâce, ni oubli! Trop de larmes ont arrosé la haine que je vous porte... Et si la faiblesse de ma sœur, si le repentir de votre neveu ont désarmé le frère

en moi, l'homme reste, entendez-vous bien, implacable comme la fatalité , inévitable comme la mort !

A ces mots, il se leva pour sortir. Tous le regardaient avec terreur, quand la porte s'ouvrit brusquement : c'était Michel qui entrait , tenant Georgette sous son bras.

Paul courut à son vieil ami, et l'embrassa eu pleurant. — Michel , Michel ! lui dit-il , pourquoi as-tu jeté cette lettre au feu !

- — De quoi? répartit le matelot.... attendez donc que j'aie au moins salué la compagnie ! Dieu merci, il m'en a fallu, dàpi^ial, pour monter l'escalier! Les domestiques étaient fièrement solides à leur consigne. J'ai eu peine d'en bousculer deux. Dame! je voulais un peu entrer , moi ; j'avais à faire ici. Je serais bien venu plus tôt, mais ma nièce était à la répétition , et j'ai mieux aimé l'attendre, pour l'emmener être de la fête avec moi. Bonjour, messieurs ! bonjour , ma chère dame Duples-

sis ! La voilà, votre petite Georgette! Elle est devenue belle fille, pas vrai? Bonjour, madame... je peux dire cela, n'est-ce pas , madame A'^alery la jeune ? Hé bien , vous êtes donc mariée, hein?

— Tu vois, mon bon Michel.

— Et... vous êtes mariée avec celui que TOUS aimez? c'est bon, c'est bon! ne rougissez pas pour cela... Qui ne dit mot consent , c'est connu. Ah ! si Jean Bonnin de Granville avait été un honnête homme comme M. Eugène , tu aurais encore ta mère, ma pauvre Georgette!... Mais bah! cela m'aurait peutêtre empêché de faire ce que j'ai fait. Tenez, mademoiselle Alice, c'est-à-dire madame Valéry, puisque tout est pour le bien, voilk une commission que je me suis chargé de vous faire. Le camarade qui m'a lu l'adresse , m'a dit qu'il y avait dessus : pour Alice Duples-

f-lS , LK JOUR DE SON MARIAGE AVEC CELUI Qu'eLLE

A1MEF5A.

Et le matelot tira de sa poche la lettre aux cinq cachets louges.

— Elle n'est donc pas brûle'e ? s'écria le jeune homme.

— Cette farce ! re'pondit Michel. Le plus souvent que j'aurais jeté au feu une chose pareille !... Mais voilà ce que je me disais : — Si je donne tout de suite l'objet k M. Paul, il est bon enfant , il sera capable de se laisser entortiller par M. Valéry ou par les juges, est-ce que je sais , moi ! Et j'en aurai été pour mes peines. — Du tout, du tout ! S'ils m'avaient condamné , avant de me faire mon affaire , je vous aurais enseigné ma cachette. Au lieu qu'étant quitte de tout , et voyant que la lecture ne devait être que pour le jour de la noce, j'ai attendu... Et voilà !

La foudre était tombée sur Valéry. 11 voiikit s'échapper ; mais Michel s'était déjà rejeté contre la porte , et il n'y en avait qu'une dans Tappartement.

Paul baisa cette lettre précieuse , et prenant sur la table un couteau , il coupa le cordon des sonnettes. M. Valéry se débattait avec Michel.

— Garde-le bien! garde-le bien, Michel i dit Paul au brave matelot. Il ne faut pas qu'il sorte ! Si tu le laisses aller , tout est perdu !

—Soyez tranquille! répondit le bonhomme, nous sommes de force tous les deux.

— • Tu veux bien, mon Alice? reprit le frère, palpitant d'espérance et de joie: tu veux bien que j'ouvre cette lettre , n'est-ce pas? Tu veux bien me payer nos trois années de douleur et de misère, dis?

— Oh oui, mon frère j lis! répondit la jeune femme qui sentait son cœur lui briser la poitrine.

— Eugène, Eugène ! s'écria l'oncle^ dans une détresse inexprimable... c'est à elle ou à vous! Ce n'est pas à lui!

— Il faut une main innocente pour lever sans profanation la pierre d'un sépulcre! ré-

LA FLN DE LA TACHE. 36 f

pliqua Paul, en déchirant la funèbre enveloppe. Demain, Monsieur, demain votre neveu sera le maître ! Ceci est la fin de ma tâche, entendez-vous!... Aujourd'hui, mes droits sont encore vivans. Silence donc! silence et respect! Henri Sidney va parler, et tant pis pour la tête que ses paroles écraseront!

Voici la lecture qu'il fit, et que tout le monde écouta, la bouche béante.

illon 'Ztstamtnt.

« Avant d'aller rendre à Dieu mon ame inutile, avant d'aller rejoindre celui que je pleure depuis six ans, je dois obéir aux voix sacrées de mon père et de Dieu qui m'ordonnent la reconnaissance envers toi , ma sœur d adoption, fille douce et belle comme ton nom ; envers ta mère aussi , sainte femme si malheureuse et si méconnue; parce que vous deux m'avez seules consolé dans ma douleur ineffaçable, parce que vous deux.

seules m'avez aimé. Ce que je vais faire donc . c'est pour être béni après ma mort, pour que là-haut j s'il est vrai que nous y allons, lu viennes au-devant de njoi, mon père, me dire que je t'ai imité, qu'une fois en ma vie j'ai été digne de toi!

« Et d'abord je déclare , je jure par ta mémoire illustre, ô mon noble père! que j'ai été chassé injustement de la maison de mon hôte ; je jure que madame Duplessis n'a jamais cessé d'être le vivant exemple de toutes les vertus. J'appelle la malédiction et Topprobic sur les hommes qui ont calomnié ce qui est saint; je les dénonce et les reconnais coupables de ma mort, je dis qu'ils m'ont assassiné! Car il m'était impossible de vivre, on le sait bien, après que ma présence avait fait venir l'outrage sur une si belle renommée . C'est pourquoi, malheur aux infâmes dont la ^ langue me tue! Qu'ils soient abandonnés de leurs femmes <H méprisés <le leurs cnfans!

LA FIN Dï LA TACHE. 36^3'

Que mon image sanglante marche devant eux pendant le jour et les tienne éveillés pendant la nuit !

« Et maintenant, comme je sais que la seule chose qui puisse soutenir et consoler la meilleure des mères est l'espoir du bonheur de sa fille, moi, Henry Sidney, libre de mes actes et de ma fortune, sain de corps et d'esprit, devant Dieu et devant les hommes , je fais et institue mademoiselle Alice Duplessis héritière unique des biens de mon père , tels qu'ils sont aujourd'hui réalisés et montant à cinquante mille livres sterling. Je charge mes honorables amis et banquiers de Londres , messieurs Coutts et Flctcher, dépositaires de cette somme, d'en faire la remise entière et tidèle a mademoiselle Alice Duplessis immédia lement après son mariage. Mais j'attache à ce legs une condition rigoureuse et sans l'observation de laquelle je le déclare nul et impossible; c'est que les parciis île ma sœur

364 LA FhN DE LA TACHE.

(l'adoption ne la gêneront jamais dans le libre choix de son époux; car en faisant mon testament ainsi, je n'ai voulu que sauver Alice d'un malheur semblable à celui qui dévore sa pauvre mère. Hors cette liberté du mariage de ma légataire, ou sa majorité avant le mariage, ou son veuvage avant sa majorité, je supprime donc mes dispositions en ce qui touche mademoiselle Alice, et je les reporte sur son frère, Paul Duplessis. Telle est ma volonté dernière. Que Dieu garde ceux qui m'aiment, et me prenne en pitié! »

Granville, le 22 août 1822.

Henry Sidney,

Avec le testament étaient les diverses pièces qui devaient assurer sa religieuse exécution; entre autres la copie d'une lettre écrite par Sidney aux banquiers de Londres pour accompagucr Tenvoi cacheté d'un double de ce

teslament , avec défense de l'ouvrir avant le mariage ou la majorité de la fille de M. Dnplessis. Puis venait un bordereau des créances à recouvrer pour le compte du malheureux Anglais, avec cette annotation écrite et signée de sa propre main , comme le reste :

« Messieurs Coutts et Fletcher n'auront point à se faire rembourser les quatre mille livres sterling que j'ai prêtées à M. Duplessis dans le mois de novembre i 821 . Mon désir est que cette somme ne soit jatiiais réclamée à mon hôte. Quand l'état de ses affaires le lui permettra , et je m'en rapporte à sa conscience, je pense qu'il pourra employer cet argent à une fondation où les vieux marins de Granville trouveront, comme cela se fait dans mon pays, un asile et du pain. H. S. »

Un profond silence suivit d'abord cette triste et solennelle révélation. Le père et la

mère, Paul et Alice, confondaient leurs regards pleins de larmes. Eugène oubliait d'avoir pitié de son oncle, tant ces soixante mille francs de rente tout-à-coup tombés à sa femme Témerveillaient. Les témoins attendaient la fin, comme ils eussent attendu la dernière scène de quelque drame magnifique. Le député ne songeait plus k s'évader de la chambre ; il restait immobile et glacé en face de Michel, terrible instrument dont le hasard s'était armé contre lui.

— Voilà donc, dit enfin le frère pénétré d'horreur, et de regret, et de joie, pourquoi M. Valéry voulait épouser ma sœur à tout prix! pourquoi il vous conjurait à genoux, mon père et ma mère ! pourquoi il vous éblouissait de sa feinte générosité 1 Voilà donc le secret de tant de douceurs, et de soins, et de pleurs innombrables! 11 fallait bien, en offet , que le démon se métamorphosât et prît la parole de l'ange; il fallait bien charmer et

L\ Ii\ DE LA TACHE. 307

séduire; il fallait bien se faire aimer, en un mot, afin de rester dans les conditions du testament, afin que les douze cent mille francs de Henry Sidney n'attendissent point le veuvage on la majorité d'Alice! Eh bien , mon père, dites à présent! ai-je eu tort de placer ma main de rebelle entre un tel gendre et votre fille ? Deviez-vous me renoncer , 6 nK)n père! parce que j'étais ma sœur a cet homme? Etait-il vraiment insensé, était-il vraiment digne de damnation et de mort , l'enfant qui avait flairé un voleur sous Thonnète enveloppe de votre associé , et croyezvous toujours avoir sagement et justement agi , le soir du jour fatal , quand vous avez dit à vos ouvriers : — • Mettez h la porte de chez moi cet homme et cette femme! c'est mon fils et ma fille que j'ai maudits?

Le père ne répondit rien. Seulement il prit

la main de Paul , et la serra convulsivement.

— Mais les cent mille francs! s'écria-t-i( ,

les cent mille francs que je lui avais donue's pour rembourser Sidney?... Qu'en a-t-il fait, alors?

— Il vous les a prêtés, mon père, dit le jeune homme. 11 s'en est servi pour bâtir sa fortune et votre ruine, pour devenir votre maître au lieu de voire commi;^, pour vous tenter, pour vous perdre, pour rendre son neveu puissant et vos enfans désespérés , pour se faire député et vous faire mendiant! N'est-ce pas de l'argent bien employé, dites?

— Oh mais!... c'est impossible, cela! murmura le négociant suffoqué de honte et de colère. La raison recule devant tant d'horreurs... Comment savez-vous ce que vous me dites-là , mon fils ?

— Tenez, mon père , répondit Paul en ouvrant son portefeuille, voici la copie littéral >>^ de deux lettres de change acquittées à Londres parla maison Coutts. Elles étaient parmi celles que votre caissier devait remettre à

Henri Sidiiey. Regardez j vous voyez votre endos et celui de l'Anglais... quel nom, à présent, lisez- vous sous ces deux noms?... celui de Valéry!

— C'est sûrement ce tripotage-là qu'ils étaient en train de faire sur le chapeau de M. Valéry, pendant que je regardais du haut de ma roche, fit observer le matelot.

— Vous étiez là? dit le négociant.

— Un peu, que j'y étais! Je ne pouvais rien entendre, mais je voyais tout. Sans cela, csL-cc que j'aurais su que c était la lettre aux cinq cachets rouges qu'il s'agissait d'eflfaroucher?

— Ainsi , reprit M. Duplessis, l'héritage de son frère

— Était votre part dans l'héritage de Sidncy, mon père! acheva le jeune homme.

— C'est bien !... Je sais tout maintenant, je vois tout oh!! Laissez, Paul, laissezmoi! Il faut que j'aie la vie de ce monstre!

— Monsieur! s'écria Eugène en lui barrant le passage, vous l'avez dit tout-à-l'lieure, nous sommes chez mon oncle; et vous ne pensez pas que je souffrirai

— Est-ce que je vous parle! est-ce que j'ai affaire a vous? interrompit le négociant furieux. Ah mais! j'y songe! vous devez être son complice, au moins, vous qui vous êtes engraissé et paré de son vol ! Comme on ne voulait pas de lui , qui est vieux , vous êtes venu , vous qui êtes jeune! Vous étiez d'accord sans doute! Il fallait que ma fille épousât un Valéry, c'est vrai ! Il ne fallait pas que l'héritage de Sidney sortît de votre famille! Eh bien, voyons : partie égale , monsieur! mettez-vous avec votre oncle contre Paul et contre moi !

Alice et sa mère se jetèrent à genoux.

— Mon père , vous ne toucherez pas a un tel homme ! dit Paul , et vous n'obligerez pas votre fils a traiter en ennemi le mari de votre fille ! Sur votre honneur, Eugène ,

savLez-Yous ce que contenait cette lettre? — Je ne le savais pas moi-même ! s'écria toul-a-coup le député en relevant la tète et s'avançant fièrement jusqu'au milieu de la chambre. L'Anglais, en me confiant son testament , ne m'en avait point confié les termes. Mais je l'ai gardé cependant , mais j'ai voulu m'en servir, comme j'avais gardé les cent mille francs , comme je me suis fait riche et votre maître a tous avec les cent mille francs, parce que je voulais me venger de toi, Duplessis! parce que depuis vingt-six ans je te hais d'une haine amassée goutte à goutte , enlends-tu! d'une haine mortelle et profonde, et bien froide et bien consommée , n'est-ce pas , puisque tu ne l'as jamais vue ni sentie , quoiqu'elle te frappât tous les jours. Oui! j ai voulu ta ruine, et je l'ai accomplie ! Oui , j'ai voulu ton déshonneur sous toutes les formes! ton déshonneur de mari, et j'ai fait courir dans les caqucls de Granville que ta femme

ctait la maîtresse de ton pensionnaire, et que lu le savais bien , et que tu avais trafiqué de ton lit avec le jeune millionnaire! ton déshonneur de marchand, et je t'ai attaché au poteau de la traite , j'ai écrit sur ton front de juge consulaire le baptême infamant des négriers! ton déshonneur de père . el j'ai dit à Paris que ton fils et sa sœur vivaient ensemble incestueusemenll ton déshonneur de citoyen , et tandis qu'on te chassait de la chambre de commerce , on me nommait député ! .l'ai voulu et j'ai fait tout cela, parce que je te hais à la mort, je te dis! Parce que tu m'as volé, il y a vingt-six ans, le seul bonheur pur et honnête qu'il m'ait jamais été permis de désirer et d'entrevoir, parce qu'au moment oii le père d'une femme que j'adorais , que j'avais vu venir toute petite et grandir sous mes baisers de frère , allait peut-être me la donner, à moi, pauvre commis qui n'avais que. ma constance et mon humilité, tu es

arrivé toi, brillant cl hardi, tu as brisé mes espérances en te jouant, tu m'as rejeté dans la servile et honteuse poussière qu'un instant j'avais osé secouer. Alors je suis allé chez toi, Duplessis l'armateur de corsaires! j'ai voulu suivre mon ame que tu m'enlevais, et je t'ai haï davantage quand j'ai vu comme tu la traitais, cette pauvre femme, comme tu flétrissais , comme tu déformais dans tes mains ardentes et brutales , la tendre fleur de mes jours, la séduisante figure de mes nuits. Tu te souviens de ce que tu m'as fait soufî"rir, dis-moi, pendant ma longue détention dans ce cachot sans air et sans lumière que lu appelais ton bureau! Tu sais que j'étais ta brute, ton forçat, ton esclave, que tu m'enlevais le sommeil et le pain, que tu avais oublié mon nom pour me baptiser de vingt sobriquets grossiers ou insulta ns que tu variais à ta fantaisie ! Tu sais que par toute la ville on se riait de moi , on me disait sans amour-propre

31i LA Fin de la tache.

el sans cœur, parce que seul, parmi tes nombreuses victimes, je ne m'étais pas encore lève pour te cracher ma démission à la figure ! C'est que chez toi , Duplessis , j'avais un bonheur de sauvage, une joie de bête féroce ! Je voyais ta femme malheureuse, et dans ses larmes, je buvais ma vengeance, je respirais ma vo]uplc dans ses soupirs ! Et puis j'avais fini par t'étonner de ma persévérance impassible , de mon obéissance d'idiot, et tu m'avais honoré de ta confiance, tu sais bien! et j'attendais, j'appelais le moment d'en abuser. Tu me payais douze cents francs par an pour faire ta forlune, orgueilleux marchand! Je devais te donner toutes mes forces et toute ma pensée pour trois francs par jour, avare ! Et moi qui valais mieux que toi , et que tu payais si peu , j'ai voulu t'abaisser h mon niveau, j'ai employé k te ruiner plus d'intelligence et de sueurs qu'il ne m'en aurait fallu pour l'enrichir. Oh 1 lu n'appretidras jamais, mon maître, tout ce

que je t'ai tendu de pièges et dembùches , tout ce que j'ai semé sur tes pas de calomnies et de mensonges, tout ce que j'ai fait naître de germes de faillite autour de toi! Enfin l'Anglais est venu : son testament t'a dit le reste. Oh ! je me suis bien vengé! J'ai été bienheureux quand je t'ai vu à ma merci, toi que j'avais volé, t'imposant la honte par la reconnaissance, et la servitude par l'intérêt! Comme je t^ai blessé dans ta fierté! Comme je t'ai humilié dans ton insolence! Comme je t'ai déchiré dans tes affections ! Comme je t'ai abondamment rendu le mal pour le mal! Et c'était juste! il fallait cela! Car tu m'avais dépravé, Dnplessis; tu avais empoisonné en moi toutes les sources du bien. Je n^étais ni un loup ni un tigre quand tu m'as pris cette Sophie, .mon étoile, ma vierge, mon dieu! Je savais aimer, Duplessis ! je savais pleurer, je valais mieux que toi, encore une fois! Demande a Eugène si j'aurais été un père sans entrailles.

Demande à Michel, demande à les enfans eux-mêmes si mes yeux- ne se mouillent jamais, tes pauvres enfans que j'ai tant fait

souffrira cause de toi Maintenant j'ai fini.

Maintenant tu sais tout, et je te brave! Car tu ne peux rien contre moi, je te tiens, te voilà lié! Ta fille est ma nièce, mon neveu est ton gendre ; et ton orgueil n'osera jamais me traîner devant un tribunal. Je suis vengé, et bien vengé.,. Adieu!

Il sortit à ces mots, et personne ne lui coupa le chemin.

Le père était resté assis , sans geste et sans voix : ses doigts crispés mordaient comme des griffes les bras de velours de son fauteuil. Paul et Alice s'approchèrent de lui pour -le consoler. Mais ils le trouvèrent mort, frappé d'apoplexie.

FIN DU LIVRE TROiSIÈML.

FKERE ET SOEUR

Page 1