‹ Frere et soeur drame en cinq actesChapitre 87 sur 94 · ACTE Y · texte numérisé non relu

ACTE Y

DE SIVRY

Moi, me battre avec vous ! avec le frère de ma femme ! jamais !

ROBERT, avec un rire convulsif.

Une comprend pas !... il ne comprend rien!... Ce mariage, je l’ai jugé indispensable, il satisfait aux lois du monde... mais il me faut davantage, il me faut la vie du misérable qui a souillé mon blason, qui a flétri mon bonheur !... tu te battras!

DE SIVRY

Non.

ROBERT

Le crime est donc toujours lâche ?

DE SIVRY

Comte de Sullauze !

ROBERT

J’attends l’exception.

DE STVRY, faisant quelques pas pour se retirer.

Ce n’est pas un duel, c’est un fratricide que vous me proposez; je n’accepte pas, non, rien au monde ne m' y contraindra, monsieur..

ROBERT

Rien, dis-tu?... excepté ceci, peut-être! (il lui donne un soumet.)

DE SIVRY, poussant un cri de fureur.

Oh! ta vie va payer cet affront !...

, ROBERT

Dans dix minutes, ici... Ton ami Verneuil te servira de témoin. Tu choisiras tes armes, là, dans ce buisson ; elles y sont depuis ce matin. Ecoutez, de Sivry : ce n’est point ici un de ces duels de bonne compagnie, comme vous les traitez sur le continent, une de ces grotesques parades que des poltrons jouent à la porte Maillot, en croisant des lattes d’arlequin devant de faux témoins; un de ces combats pacifiques où les haines, les armes, les mains, tout tombe et disparait devant une première goutte de sang!... Nous ne connaissons pas, nous, ces raffinements de courtoisie; nous ne nous battons pas pour nous laisser vivre. Quand le plomb et le fer se croisent en terre corse, le spectre de la mort est toujours là qui attend, et il ne se retire jamais sans avoir son butin; comprends-tu?

DE SIVRY

Vous allez voir si je comprends.

(il sort.)

Page 1