‹ Frère JacquesChapitre 13 sur 41 · AVENTURES DU FREOE JACQUES · texte numérisé non relu

AVENTURES DU FREOE JACQUES

prenne note des demandes que l'on vient me faire. — Mais je ne veux pas être votre élève , puisque je ne veux rien apprendre. — J'entends fort bien , mon ami. Oh ! je ne veux pas vous casser la tête par un travail fatigant!... Je vous ferai faire des pilules, voilà tout. — Des pilules? — Oui, de toutes les grosseurs et de toutes les couleurs... Soyez tranquille, ce ne sera pas difficile... Mais ce n'est pas tout. — Que ferai-je donc encore? — Il faudra dormir à volonté et faire le somnambule, quand cela sera nécessaire... — Oh! pour dormir, ça!... je m'en acquitte joliment!... — -Vous répondrez en dormant aux questions que l'on vous adressera... — Si je dors, comment voulez-vous que je vous réponde?. . . — Mais c'est que vous ferez semblant d'être endormi , mon garçon... je vous expliquerai tout cela. Oh ! c'est une des principales branches de mon commerce.— Quand vous endormez les autres? — Non pas, mais quand je fais parler les somnambules , quand je leur fais donner des remèdes aux malades. — Ah ! un ' instant, je veux bien dormir, mais je ne veux pas donner des remèdes ni en prendre. . . On m'a même souvent fouetté pour cela chez mon père ! — Oh ! vous n'y êtes pas! des remèdes... ce sont des médicaments qu'on ; prend... — Avec une seringue... Oh! je connais ça !...

■ — Je vous dis que ce n'est pas de cela qu'il est question, i Vous parlerez en faisant le somnambule... Je vous ferai i votre leçon d'avance , et vous répondrez aux malades

■ ou aux curieux. — Eh bien ! je ne comprends pas du i tout. — Parbleu ! je le crois bien ; ceux qui questioni nent les somnambules n'y comprennent rien non plus, i et c'est justement ce qui fait le charme de la chose , si i on savait à quoi s'en tenir, il n'y aurait plus moyen de i gagner sa vie avec le magnétisme et le somnambu-

« lisme. Enfin , voulez-vous être mon compagnon et me "Seconder dans mes entreprises?... Je vous nourrirai « bien , je vous babillerai convenablement , et vous verrez « du pays , car je ne reste jamais longtemps dans le même « endroit. — Et pour cela il ne faudra que faire des pi- « Iules et dormir? — Pas davantage 1... — Allons, c'est « dit , je vais avec vous. »

Me voilà donc compagnon du petit bossu. Nous arrivâmes à la nuit dans un village ; mon conducteur chercha le meilleur gîte et nous fit servir un assez bon souper. Il me semblait fort commode de voyager à cheval , sans avoir à m'inquiéter de mes repas. D'ailleurs j'étais toujours le maître de quitter mon nouveau compagnon lorsque cela me ferait plaisir, et cette raison seule suffisait pour que je me trouvasse bien avec lui : la certitude d'être libre donne du charme à 1 "existence et répand sa douceur sur les plus légères circonstances de la vie; l'esclavage, au contraire, jette une teinte de tristesse sur la plupart de nos actions; il fait fuir les plaisirs, il ôte tout le charme à l'amour, toute la force à l'àme, toute la u.u'té à l'imagination.

Ce que je te dis là , Sans-Souci , ça n'est pas de moi ; mais c'est une phrase que mon parrain me répétait souvent et que j'ai retenue facilement , parce qu'elle s'accordait avec mes goûts.

En nous réveillant, le lendemain matin, mon bossu , qui s'appelait maître Graograïcus , nom que probablement il avait fait lui-même, et qu'on ne pouvait prononcer sans faire la grimace , ce qui le rendait tout-à-fait imposant , mon petit bossu , dis-je , me proposa une leçon de somnambulisme que nous devions mettre en pratique dans le premier endroit un peu important où nous nous arrêterions. J'acceptai. Il me fit asseoir, m'engagea à

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