QUATRE MOIS DE MARIAGE. — NOUVEAUX PROJETS
Edouard, sa femme et la maman Germeuil sont établis dans la jolie maison de Villeneuve-Saint-Georges. Edouard , qui n'a point parlé de son frère , a tremblé en approchant du village , et il est encore plus ému en mettant le pied dans la demeure de ses parents. Il croit à chacpue instant qu'il va rencontrer son frère , et le jour de son arrivée , il ne veut point absolument se promener dans les jardins. Cependant il est bien décidé à faire à Jacques un bon accueil et à le présenter à la famille de sa femme; mais, tout en prenant cette résolution, il éprouve un embarras , une crainte vague, qui jettent un secret mécontentement dans son âme.
Le second jour de son arrivée à la campagne , il questionne secrètement le concierge de sa maison : « Est-il « venu du monde en mon absence?... avez-vous revu cet « étranger... cet homme qui se tenait toujours au bout « du jardin?... — Non, monsieur, non , je ne l'avons « plus aperçu , et personne n'est venu pour vous voir. »
Edouard respire plus librement, et il revient plus gai près des dames. Le temps s'écoule, on n'aperçoit plus la tête à moustaches. Madame Germeuil en fait quelquefois la remarque en riant, elle ne se doute pas alors du mal qu'elle cause à son gendre; mais enfin on finit par oublier entièrement cette particularité, et Edouard recouvre sa tranquillité.
Le cœur d'Adeline n'a point changé : toujours tendre ,
sensible , elle aime son époux avec idolâtrie , elle est heureuse dès qu'il est près d'elle et tant qu'elle peut lire dans ses regards les mêmes sentiments , le même amour, le même bonheur. Elle porte dans son sein le gage de la tendresse d'Edouard. C'est un nouveau sujet de joie, d'espérances , de projets pour l'avenir. Toute au bonheur de devenir mère, Adeline est moins étourdie, moins vive, elle songe déjà qu'une imprudence peut être funeste à son enfant.
On a peu de société à la campagne, mais Edouard est encore amoureux de sa femme , et il n'éprouve aucun ennui. Quelquefois cependant il trouve les soirées longues , le piquet de la maman Germeuil lui semble éternel , et les promenades dans les environs lui paraissent un peu monotones. Mais les caresses d'Adeline sont toujours agréables et ses baisers aussi doux.
Un beau jour une. voiture s'arrête devant la maison d'Edouard ; deux dames et un cavalier en descendent et entrent dans la cour. Le concierge demande le nom des étrangers pour les annoncer à ces dames qui sont dans le jardin. Mais on veut surprendre la famille Murville , et une des deux dames qui paraît conduire ses compagnons prend de suite le chemin du jardin en invitant ses amis à la suivre.
On aperçoit enfin la société. Madame Germeuil et Adeline se lèvent avec surprise et courent au devant de madame Dolban. — « Eh quoi! c'est vous, ma chère amie!... '■ On n'est pas plus aimable ! — J'ai voulu vous surpren- « dre ; il y a longtemps que je me promettais ce plaisir, «• car j'aime passionnément la campagne. J'ai emmené « ma petite cousine Jenny, qui se faisait une fête de m'ac- « compagner, et, comme il nous fallait un cavalier, j'ai « pris la liberté de vous amener M. Dufresne , qui est