‹ Frère JacquesChapitre 23 sur 41 · QUATRE MOIS DE MABIAGE. I · texte numérisé non relu

QUATRE MOIS DE MABIAGE. I

« charmé de pouvoir vous présenter ses hommages. » M. Dufresne salua profondément ces dames, et la maman Germeuil assura madame Dolban que les personnes qu'elle lui amènerait seraient toujours bien venues.

« Mais monsieur ne doit pas vous être inconnu , » reprit madame Dolban, « il était à la noce de ma chère « Adeliue , c'est madame Devaux qui vous l'avait pré- « sente. — Je crois me le rappeler en effet , » dit madame Germeuil; « mais ces jours-là on est tellement occupé « qu'on est excusable de ne point remarquer tous les jeu- « nés gens... Vous savez aussi combien dans la soirée « il s'est passé d'événements singuliers!... cette pauvre « madame de Volenville ! et ce M. Robineau ! — Ah ! ne « me parlez pas de cela , ma chère amie, ou vous allez « encore me faire mourir de rire!... Mais où est donc « Murville ? — Il parcourt les environs , il ne tardera « pas à rentrer; en attendant, venez vous reposer à la « maison. »

On se rendit au salon : Dufresne offrit sa main à madame Germeuil , et Adeline conduisit madame Dolban et sa cousine. Edouard ne tarda pas à revenir, il parut agréablement surpris en trouvant chez lui de la société. On a beau être amoureux , les plus agréables tête-à-tète lassent à la longue; aussi une coquette sait-elle les ménager, les rompre quelquefois , afin de les faire désirer ensuite plus vivement. Mais Adeline n'était pas coquette !... Revenons à notre société.

Madame Dolban était une femme jeune encore; elle n'était pas jolie, mais elle avait de la physionomie et ce que dans le monde on appelle de l'aisance et du jargon.

La petite Jenny était une jeune fille de dix-huit ans, bien simple, bien douce , et qui savait se taire lorsque sa cousine parlait. Quand à Dufresne, nous le connais-

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sons déjà , imparfaitement à la vérité, mais la suite nous le fera mieux juger.

C'était à la noce d'Adeline qu'il avait fait la connaissance de madame Dolban. En était-il devenu amoureux? Cela paraissait peu probable; cependant il avait agi comme un amant très passionné : faisant à la veuve une cour assidue , il avait aisément triomphé d'elle ; madame Dolban n'était point une vertu, mais elle avait l'art de cacher ses faiblesses, afin de pouvoir être reçue dans les sociétés où l'on tient aux mœurs et à la décence, et la maison de madame Germeuil était du'petit nombre de ces sociétés-là.

Dufresne avait pris un empire absolu sur l'esprit de madame Dolban , qui l'aimait passionnément et aurait tout sacrifié pour lui. Elle n'avait pas tardé à s'apercevoir que ce jeune homme , qui se disait homme d'affaires , courtier, agent de change , négociant , et qui prenait tous les titres , suivant les circonstances, n'était au fond qu'un chevalier d'industrie , n'ayant aucun état, aucune place , et vivant sans que l'on sût quels étaient ses moyens d'existence.

Une femme prudente eût rompu avec un personnage semblable : madame Dolban n'en eut pas la force ; au contraire , elle se livra entièrement à lui , lui ouvrit sa bourse , le laissa chez elle le maître absolu , et Dufresne usa sans ménagement de la petite fortune de son amie , lui assurant qu'il allait se lancer dans les affaires, et qu'avant peu il triplerait ses capitaux.

Guidé par un motif inconnu , Dufresne s'informait souvent d'Adeline et de son époux. Un jour enfin il témoigna le désir de se rendre à leur campagne : madame Dolban s'y prépara aussitôt ; elle emmena sa petite cousine, afin d'ôter tout soupçon d'une liaison trop intime

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