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QUATRE MOIS DE MARIAGE

avec un jeune homme qu'elle voulait présenter chez madame Germeuil.

Dufresne avait de l'esprit , de l'usage du monde , de la gaîté lorsqu'il voulait être aimable ; et dans la demeure des jeunes époux il fit tout ce qu'il jugea convenable pour plaire à chacun. Empressé , prévenant , même avec madame Germeuil (il savait que la galanterie charme encore les mamans) , il fut aimable , réservé et respectueux près d'Adeline ; mais c'est surtout avec Edouard qu'il sut faire usage de toutes les ressources de son esprit, afin de captiver entièrement la confiance de Murville , dont il s'appliqua de suite à étudier le caractère, à connaître les goûts, à sonder les sentiments.

Tout prit un air de fête dans la demeure de Villeneuve- Saint-Georges. Trois personnes de plus dans une maison y apportent bien du changement . On chanta, on fit de la musique , des promenades , des parties de chasse , de pèche. Le temps s'écoula très vite pour Edouard , qui sentait le besoin d'avoir du monde. Mais il parut long à Adeline, qui ne pouvait plus dans la journée trouver un moment pour être en tête-à-tête avec son bien aimé.

Le troisième jour de son arrivée , madame Dolban parla de retourner à Paris. Edouard insista pour retenir la société encore quelques jours. Il ne pouvait plus se passer de Dufresne. Ils allaient tous deux à la chasse , à la promenade, le matin avant le lever de ces dames; Murville était enchanté de son nouvel ami. De l'esprit , de la gaîté , une humeur égale , une conformité de goûts lui rendaient Dufresne nécessaire, et lui faisaient un besoin de sa présence comme un bonheur de son amitié.

Adeline ne pouvait être jalouse de cette nouvelle liaison; cependant elle éprouvait une secrète peine devoir que sa tendresse ne remplissait pas assez le cœur de sou

mari , pour en exclure tout autre sentiment. L'amour est souvent égoïste , l'amitié même lui porte ombrage ; ce qui peut un moment charmer l'objet aimé, semble un vol à ce dieu exigeant. Mais cet excès d'amour est toujours excusable; il ne paraît un fardeau que lorsqu'il cesse d'être partagé.

Madame Dolban et sa société prirent congé des jeunes époux ; Adeline en éprouva de la joie : elle allait se retrouver en tète-à-téte avec Edouard; elle pourrait , sans réserve, l'entretenir de ses projets pour l'avenir, de l'éducation de leur enfant , et de toutes les douceurs qu'ils goûteraient en famille!... Merville vit avec peine s'éloigner la société ; mais il eut soin d'engager Dufresne à venir les voir souvent, et à passer à Villeneuve-Saint-Georges tous les moments que ses affaires lui laisseraient de libres.

Le soir, Adeline prit le bras de son époux et l'entraîna dans les jardins ; elle lui témoignait le plaisir qu'elle éprouvait de se retrouver seule avec lui ; elle serrait tendrement ses maius dans les siennes ; elle fixait sur lui ses beaux yeux remplis d'amour, et quelquefois , écoutant d'avance les illusions maternelles, elle lui faisait remarquer un léger mouvement de l'être quelle portait dans son sein. Mais Edouard était distrait , préoccupé ; tout en répondant à sa femme , il paraissait songer à autre chose qu'à ce qu'elle disait. Adeline s'en aperçut; elle soupira ; et la promenade se termina bien plus tôt qu'à l'ordinaire.

Le lendemain, on était rassemblé pour déjeuner; Edouard parla de Dufresne et du plaisir qu'il avait eu à faire sa connaissance. C'était un homme charmant, plein d'esprit et de moyens, et qui ne pouvait manquer de parvenir etdefaire une brillante fortune. « Mais, monami, »

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