‹ Frère JacquesChapitre 25 sur 41 · QUATRE MOIS DE MARIAGE. I ."» I · texte numérisé non relu

QUATRE MOIS DE MARIAGE. I ."» I

dit Adeline, « il me semble que tu ne peux encore bien « connaître ce monsieur.:. — En effet, » dit la maman Germeuil, «je crois M. Dufresne un galant homme, il « est aimable dans la société, et d'ailleurs madame Dol- « ban le connaît sans doute depuis longtemps!... Mais « enfin , mon cher Edouard, tu ne lui as parlé que de- « puis huit jours ; car il ne faut pas compter le jour de « ton mariage... tu étais alors trop préoccupé pour faire « attention à lui.

« — Oh ! oui, » dit Adeline en soupirant , « ce jour-là « on ne pensait qu'à moi... — En vérité, mesdames, « vous êtes singulières; faut-il donc si longtemps pour « connaître et juger quelqu'un ? Quant à moi, deux jours « me suffisent... d'ailleurs, quel intérêt engagerait Du- « fresne à se contrefaire avec nous ?.. . Il n'a nul besoin « de nos services , et vous savez que , dans le monde , « c'est notre intérêt qui nous guide constamment; mais, « hors cela, pourquoi se contraindre? Dufresne a de la «fortune... Il fait des affaires... — Quelles affaires? « — Ah! des affaires de bourse... de commerce... de «spéculation... enfin des affaires très brillantes, à ce « qu'il m'a dit. — A-t-il un cabinet, une charge? Est -il « avoué? agent de change? — Non !... non!... mais on « n'a pas besoin de tout cela maintenant pour faire son «chemin... D'ailleurs, mesdames, permettez-moi de « vous dire que vous n'entendez rien à tout cela... — En « vérité, mon ami, tu es bien aimable!... Et pourquoi « crois-tu que nous ne savons pas juger aussi bien que « les hommes ce qui peut ou non nous être utile ? — « Parce que vous n'êtes pas élevées pour cela.

« — Mon ami , » dit madame Germeuil, « l'éducation « ne donne ni l'esprit ni le jugement. Crois-moi , une « femme peut donner de fort bous conseils , et les hom-

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« mes ont presque toujours tort de les dédaigner. Le seul « que je puisse te donner maintenant est de ne point for- « mer trop légèrement une liaison intime avec un homme '< que tu ne connais que depuis huit jours. L'amitié ne « doit point s'accorder si vite... — Mais Edouard est « d'un caractère si bon , si facile. . . Oh ! je sais appré- « cier les gens. . . Je vous réponds que l'amitié de Dufresne «me sera fort avantageuse... — Comment cela?... — « Parbleu , je veux faire comme lui , et, pour augmenter « notre fortune , je ferai aussi des affaires. Je sens d'ail- « leurs qu'un homme ne peut pas vivre sans être occupé. « Quand nous serons à Paris , je ne me promènerai pas « du matin au soir ; je n'irai ni à la chasse ni à la pêche. . . « — C'est ce que je vous ai dit lorsque vous avez voulu « quitter votre place , » dit la maman Germeuil , « mais « alors vous ne m'avez pas écoutée. — Eh ! ma chère ma- « man, quand je serais resté vingt ans cloué dans un bu- « reau, à quoi cela m'aurait-il mené?... à devenir peut- « être sous-chef... quelques années avant d'être à la pen- « sion ; belle perspective!... au lieu de cela , je puis défi venir un jour très riche... — Comment, Edouard, est- « ce que tu as de l'ambition, maintenant? — Je n'ai point « d'ambition , ma chère Adeline; mais quand cela serait? « notre famille peut s'augmenter encore, et il n'est pas « défendu de penser au bien-être de ses enfants. . . — Sans « doute, sans doute!... » dit madame Germeuil , « mais « quelquefois en voulant courir après de vaines chimères « on perd ce que l'on a de certain... — Oh ! soyez tran- « quilles, mesdames, je ne courrai pas après des chimè- «' res... Je n'agirai qu'à coup sûr ; je ne me mettrai que « peu en avance, et d'ailleurs Dufresne me donnera de « bons conseils. »

Ainsi se termina cette conversation. Edouard sortit

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