‹ Frère JacquesChapitre 27 sur 41 · DETOUR A PARIS · texte numérisé non relu

DETOUR A PARIS

ne l'aime pas, et son regard lui cause un trouble, une gêne qui ne sont pas naturels; elle croit remarquer en lui une sorte de contrainte qu'elle ne peut définir; lorsqu'elle paraît, Dufresne semble embarrassé, il sort si madame Dolban est présente; il se tait, si le hasard le fait se trouver seul avec la femme de son ami: mais ses yeux suivent alors tous les mouvements d'Adeline , et ils ont une expression qu'elle ne peut supporter.

Quelques jours après la conversation qu'il avait eue avec sa femme , Edouard rentra cbez lui d'un air triomphant; son visage était radieux , ses yeux brillaient de plaisir. « Qu'avez-vous donc, mon gendre, que vous « est-il arrivé ? » dit la maman Germeuil , « vous sem- « blez bien satisfait ?... — Mais en effet , et j'ai sujet de « l'être... — Mon ami , tu vas sans doute nous faire par- « tager ta joie... — Oui , mesdames, vous allez, je l'es- « père , cesser de dire que je me berce de chimères : par « le hasard le plus heureux , j'ai fait dernièrement con- « naissance avec un riche étranger qui veut se fixer en « France. Il cherchait une maison vaste, jolie et toute « meublée, dans un des plus beaux quartiers de la ville; « je la lui ai trouvée ; il l'a vue, en est enchanté, l'achète, « me donne six mille francs pour mes soins, et le ven- « deur m'en envoie autant pour ma commission... Eh « bien, n'est-ce pas charmant? voila douze mille francs « de gagnés en un moment... — Oui , mon gendre, mais « depuis trois mois vous courez pour attraper ce mo- « ment-là ! —Douze mille francs !... Cela vaut bien la « peine que l'on se donne!... — Il est vrai, mais dépareilles « affaires doivent être rares i... — On en fait d'autres. — « Elles ne sont pas toutes aussi heureuses ! — Ah ! si l'on « gagnait tous les jours douze mille francs, on serait trop «Jieureux ! — Il me semble que dans cette affaire vous

«n'avez pas eu besoin de l'entremise de Dufresne? — « Oh ! il m'en procurera de plus belles encore... Mais il « faut, pour bien faire, que j'aie un cabinet... Vous « sentez bien que lorsque mes clients viendront me « parler, je ne pourrai les recevoir ni dans un salon, ni « dans une chambre à coucher... 11 faut un cabinet bien « garni de cartons... Cela impose; et comme ici il n'y a « a pas moyen d'en avoir un convenable... nous démé- « nagerons... — Quoi . mon gendre , vous voulez quitter « ce logement... — Ah ! mon ami !... c'est ici que nous « avons été unis par maman... C'est ici que l'hymen a « comblé nos vœux , et je m'y trouvais si bien ! . . . — Ma « bonne amie, on est bien partout quand on est riche. « Nous prendrons un logement beaucoup plus beau... Ce « salon est trop petit. . . — Il est assez grand pour rece- « voir des amis... — Oui , mais on ne reçoit pas que des « amis , on a des connaissances ! ... — Mon gendre , vous « voulez afficher un luxe au-dessus de vos moyens , y «pensez-vous?... — Madame, je veux faire fortune, « c'est, je crois, une ambition très louable ; pourquoi ne « tenterais-je pas ce que mille autres ont essayé avec « succès? Ai-je moins de mérite, moins de talents que « mes devanciers ? je puis vous prouver le contraire : « quel est ce fabricant, dont le nom est dans toutes les « bouches, dont les richesses sont immenses et le crédit « illimité? Il est venu à Paris sans un sou, il ne savait « qu'écrire et calculer; il est entré comme petit commis « dans ce magasin dont il est aujourd'hui propriétaire; « mais il avait de l'ambition , il a beaucoup travaillé , et « tout lui a réussi. Ce financier, qui fait à la Bourse des « opérations immenses, est arrivé de son village en de- « mandant l'hospitalité dans les auberges , couchant <• sur la paille et ne mangeant que du pain... heureux

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