RETOUR A PARIS. 1G
chez la jeune mère, afin d'avoir des nouvelles de sa filleule.
Edouard ne disait mot , mais il n'attendait que l'entier rétablissement de sa femme pour exécuter ses projets , et il désirait intérieurement que madame Germeuil persistât dans son refus de changer de logement , afin de n'avoir plus auprès de lui une belle-mère dont les conseils et les réprimandes commençaient à lui déplaire.
Adeline est toute au bonheur d'être mère; elle nourrit elle-même son enfant , malgré ce qu'a pu dire Edouard pour lui prouver que cela ne se fait pas dans la bonne compagnie ; mais cette fois Adeline résiste à son mari , l'amour maternel l'emporte , et ce nouveau sentiment modère un peu la force de celui qui jusqu'alors a régné en despote dans son cœur.
Depuis quelque temps madame Dolban va moins fréquemment dans la maison Murville ; Adeline et sa mère en ignorent la cause , mais elles ne sont pas fâchées de se trouver moins souvent avec Dufresne , qui ordinairement accompagne madame Dolban ; elles pensent qu'Edouard , en le voyant plus rarement , se livrera moins aux nouvelles idées de fortune qui lui ont été suggérées par ce jeune homme.
Ces dames se trompent : Dufresne n'a garde de négliger Murville dont il connaît maintenant parfaitement le caractère. Il sait tout le parti qu'il peut tirer de sa connaissance. Il a d'ailleurs de grands projets , que les événements nous mettront sans doute bientôt à même déjuger. Mais en homme habile , Dufresne attend que le moment soit venu pour exécuter ses desseins. Il voit que madame Germeuil ne l'aime pas ; la présence de la mère d'Adeline contrarie ses plans ; il cherche adroitement à semer la division entre elle et son gendre; il
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trouve moyeu de les séparer en faisant naître a Edouard l'idée de prendre un logement plus vaste pour y donner de brillantes soirées. Tous les jours les deux amis se voient ; ils passent ensemble une partie de la matinée , et lorsque le soir Murville quitte sa demeure , c'est encore pour se rendre dans les maisons où Dufresne lui a donné rendez-vous. Edouard ne peut plus se passer de son ami, il ne veut rien faire sans le consulter, rien entreprendre sans l'avoir vu!... Mais si sa femme lui donne un avis , si sa belle-mère lui fait quelque remontrance , Edouard se fâche , s'emporte et veut être le maître !... tandis qu'il n'est que le jouet de celui qui sait flatter ses goûts. Caractère bizarre ! faible par nature , entêté sans raisons , voulant être ferme et ne pas se laisser diriger par les autres , mais n'ayant pas assez d'esprit pour discerner ce qui est bien ; c'est ainsi qu'Edouard s'abandonne aux volontés de celui qui lui conseille en secret d'avoir de la persévérance , de la force dans ses projets , parce qu'il sait bien que c'est abnsi qu'il faut parler à un homme faible qui n'est à ses yeux qu'une matière ductile à laquelle il donnera la forme qu'il voudra.
La santé d'Adeline ne souffre point des nouveaux soins auxquels elle se livre; au contraire , ses traits paraissent encore plus doux , ses yeux plus tendres ; sa démarche plus gracieuse; elle est charmante lorsqu'elle tient son enfant dans ses bras , et sort le matin pour lui faire prendre l'air. Un autre que Murville trouverait Adeline embellie; mais un mari fait rarement de pareilles observations; il ne s'aperçoit que du contraire. A sou défaut, d'autres remarquent la beauté de sa femme , admirent ce qu'il ne voit pas , louent ce qu'il cesse de louer, et s'enflamment pour tout ce qu'il néglige ; c'est à quoi messieurs les maris ne songent pas , c'est ce dont