‹ Frère JacquesChapitre 37 sur 41 · LE VBAI PEUT QUELQUEFOIS N ETRE PAS VRAISEMBLABLE · texte numérisé non relu

LE VBAI PEUT QUELQUEFOIS N ETRE PAS VRAISEMBLABLE

La neige a tombé avec plus de violence qu'a l'ordinaire; l'ouragan rompt à chaque instant des branches d'arbres et les repousse au loin sur les routes qui deviennent impraticables. Huit heures sonnent, et il fait nuit depuis longtemps.

Adeline, que le bruit de la tempête rend plus triste qu'à l'ordinaire, n'a point quitté sa chambre de la journée. Catherine vient de descendre Ermance , et de la coucher près du lit de sa mère qui est assise sur une chaise et ne veut point encore, se livrer au repos, malgré les prières de la vieille domestique. Le maître du logis fait sa partie habituelle avec Dupré, et Lucas vient de prendre son gros livre , lorsque la sonnette de la grille d'en* tréesefait entendre.

LE VRAI PECT n'ÈTRE PAS VRAISEMBLABLE. 357

« On sonne » dit M. Gerval, « du monde aussi tard , « par le temps qu'il fait !... — C'est fort singulier ! » répète Lucas. « — Faut-il ouvrir, monsieur? «demande Dupré. « — Mais il faut d'abord savoir qui c'est... peut- « être des voyageurs qui ne peuvent aller plus loin, qui « se sont égarés dans les montagnes , ou des malheureux « que les villageois m'ont adressés, comme cela arrive « quelquefois... j'entends Catherine; elle va nous dire « ce que c'est. »

Catheriue a été regarder à la grille et elle remonte prendre les ordresde son maître... « Monsieur, «dit-elle, « ce sont trois voyageurs, trois marchands, à ce qu'il « paraît, car ils ont des ballots sur le dos. Ils demandent « l'hospitalité pour cette nuit, ne pouvant continuer de « marcher parce qu'il y a plus de deux pieds de neige « sur le chemin ; l'un d'eux est un pauvre vieillard qui « paraît souffrir beaucoup du froid. Faut-il les recevoir? « — Certainement, et de notre mieux. — Mais, mon- « sieur, » dit Dupré, « trois hommes... la nuit... cela est « peut-être imprudent? — Eh! pourquoi donc, Dupré? « ce sont des marchands , l'un d'eux est âgé !... qu'avons- « nous à craindre? il est tout naturel qu'on cherche à <■ s'abriter par un mauvais temps ; dois-je laisser des gens « se morfondre dans ces montagnes, de crainte de rece- « voir des vagabonds?... ah! mon ami, s'il fallait tou- « jours lire dans le cœur de ceux qu'on oblige, on ferait « trop rarement du bien! va vite ouvrir, Catherine... ne « laisse pas ces étrangers plus longtemps à la porte... toi, « Dupré, fais grand feu afin qu'ils puissent se sécher, et « Lucas leur préparera la petite cbambre que je réserve « toujours aux voyageurs. »•

Catherine descend et ouvre la grille aux étrangers qui l'accablent de remercîments. Les deux plus jeunes sou-

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tiennent le vieillard par-dessous les bras, et ce n'est qu'avec peine qu'ils parviennent à lui faire monter l'escalier pour arriver au premier, dans la chambre où les attend le maître de la maison.

« Soyez les bien venus , messieurs, » dit le bon Gerval en les engageant à s'approcher du feu. « Faisons d'abord » reposer ce vieillard... il parait bien fatigué... — Oh! » oui , monsieur, » dit le vieil étranger d'une voix cassée; « le froid m'a tellement saisi que , sans le secours de mes «enfants, je serais resté en chemin!... — Vous allez « vous remettre, bonhomme... Messieurs, débarrassez- « vous de ces ballots qui vous gênent... on va les porter « dans la chambre que je vous destine. »

Les marchands déposent dans un coin de l'appartement plusieurs paquets qui paraissent contenir des toiles, des mouchoirs, de la mousseline; Dupré, qui est un peu méfiant, s'approche et examine les ballots. Un des jeunes gens s'en aperçoit, il s'empresse d'aller en ouvrir plusieurs et montre sa marchandise au vieux domestique. « S'il y a quelque chose de votre goût , choisissez , mon- « sieur, » lui dit-il , « nous ferons en sorte de bien vous « arranger.

«Merci,» répond Dupré qui voit que son maître paraît mécontent de l'inspection qu'il fait des paquets. « Nous verrons mieux tout cela demain matin. »

Les deux marchands se rapprochent du vieillard et s'asseyent devant la cheminée. Catherine apporte une bouteille de vin et des verres, et Lucas vient prendre les * ballots qu'il va porter dans la chambre du second.

« Voilà qui vous remettra en attendant le souper, » dit M. Gerval en versant du vin aux étrangers. « Buvez, « messieurs , il est bon.

« Volontiers , » dit celui des jeunes gens qui avait déjà

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