‹ Frère JacquesChapitre 39 sur 41 · LE VBAI PEUT NÈTHE PAS VRAISEMBLABLE. 3 (J · texte numérisé non relu

LE VBAI PEUT NÈTHE PAS VRAISEMBLABLE. 3 (J

« faut se battre je suis toujours là... n'est-ce pas, mon « père?... — Oh! sans doute! vous êtes une mauvaise « tête ! on le voit bien ! ... »

Catherine vient annoncer que le souper est servi dans la pièce voisine. « Allons nous mettre à table, mes- « sieurs , » dit M. Gerval en conduisant les nouveauxvenus dans la salle à manger. On s'assied ; le vieux marchand est à côté de son hôte. Dupré, ancien serviteur, est devenu l'ami de son maître , mange toujours à sa table; il se met à sa place ordinaire, mais M. Gerval remarque qu'il y a encore un couvert près de lui.

« Pour qui ce couvert , Dupré ? » demande M. Gerval. « — Monsieur, c'est pour notre jeune dame... ou sa « fille... si elles venaient. — Tu sais bien , mon garçon, « qu'elles dorment maintenant, Constance n'apasl'habi- « tude de veiller si tard!... — Elle ne dort pas , mon- « sieur, j'ai entendu du bruit dans sa chambre. »

Le vieillard jette un coup d'oeil sur ses deux compagnons, puis s'adresse à son hôte. « — • Vous avez des da- « mes chez vous , monsieur? si nous les empêchons de « venir, nous allons de suite monter dans notre chambre. « — Non pas ! je n'ai qu'une jeune femme et un enfant ; « la pauvre mère... hélas! est privée de sa raison!... « C'est une infortuuée qui a une âme trop aimante ! — Je « la plains!... — Buvons à sa santé , messieurs, » dit le grand Gervais en emplissant son verre et celui de son voisin.

« Cet homme-là ne se gêne guère , » se dit Dupré en regardant le marchand qui prend lui-même la bouteille , « diable!... il épuiserait bien vite notre cave. »

Le vieillard regarde de temps à autre son plus grand iils; il parait mécontent de le voir boire aussi souvent; il lui reproche de ne point se ménager. « C'est que le vin

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« de notre hôte est délicieux, » répond'celui-ci , « et vous « savez que je suis amateur, mon père... — Ne le ména- « gez point, » dit M. Gerval, « cela vous redonnera des « forces pour continuer demain votre voyage. — Volon- « tiers, mon cher monsieur, je suis d'avis de m'en taper « un tantinet. »

Dupré fait la grimace , il trouve que M. Gervais a des expressions singulières , et plus il boit , moins il garde de retenue. Le bon Gerval excuse cela et s'amuse de la gaîté du marchand qui ne parait pas autant plaire au vieillard.

« Bois donc, Jean, » dit Gervais en poussant son voisin , « tu es un pauvre sire!... et toi... ah! pardon... « c'est vous que je voulais dire , et' vous donc , mon cher « et honoré père... vous me faites des yeux qui reluisent «comme des culs de salière !... morbleu!... je suis le «seul bon vivant de la famille, n'est-ce pas... mon- « sieur?... M. de Gerval... à votre santé; à celle de votre « famille , de votre folle ; à la vôtre, vieux sournois , qui « nous regardez comme si nous venions de l'Arabie Pé- « trée... à la santé de tout le monde ! je suis généreux ! « — Excusez-le , monsieur, » dit le vieillard à Dupré , « mais quand il a un peu bu , il ne sait plus ce qu'il dit. » Dupré fronce le sourcil et ne répond rien. « Je ne sais « plus ce que je dis ! » s'écrie Gervais , « ah ! sacré mille « chiens!... vous croyez cela , mon cher père; eh bien ! « c'est vous qui en avez menti , comme un cuistre que tu « es... n'est-ce pas , Jean , que c'est un cuistre ? »

Le vieillard se lève furieux. « Sans le respect que je « dois à notre hôte , » dit-il , « je châtierais votre inso- « lence ; mais j'ai pitié de l'état où vous êtes : suivez- « moi, et n'empêchons pas plus longtemps monsieur de <• se livrer au repos.

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