‹ Frère JacquesChapitre 4 sur 41 · OU L ON REVOIT L HOMME A MOUSTACHES · texte numérisé non relu

OU L ON REVOIT L HOMME A MOUSTACHES

On arrive à Paris bien affamé, comme vous le pensez. On demande vite à dîner. Les domestiques se dépêchent , se poussent afin d'aller plus vite, et en se poussant , en se cognant , on prend une chose pour une autre, on renverse les sauces, on laisse brûler un mets, on sert l'autre froid ; enfin , on fait tout de travers : c'est ce qui arrive souvent quand on veut trop se hâter.

Les domestiques n'attendaient plus leur maître pour dîner; le vieux Raymond ne conçoit pas qu'ils reviennent à jeun ; cela lui donne fort mauvaise opinion de l'endroit où ils ont été, et la cuisinière est bien fâchée de n'avoir pas deviné cela. Cependant nos voyageurs trouvent tout délicieux : la cuisine de maître Bonneau était encore présente a leur pensée.

fî2 Fliî-nF. JACQUES.

Le lendemain de cette journée mémorable, Adeline était trop fatiguée pour accompagner Edouard à Villeneuve-Saint-George, et , comme on avait donné parole, à M. Renâré, il fallut bien que la jeune épouse consentit à laisser son mari seul.

Murville promit d'être peu de temps absent; il comptait revenir pour le dîner. « Prends garde, » lui dit madame Germeuil , « de faire de mauvaises rencontres!... « — Je parie , maman , que vous songez encore à cette « figure à moustaches que nous avons aperçue dans le « fond du jardin. . . ■ — Ma foi , je ne m'en défends pas, et « je vous avouerai même, mes enfants, que j'en ai rêvé « toute la nuit. — Ce n'est pas étonnant : lorsque quel- « que chose nous a violemment émus dans la journée, « notre imagination frappée revoit en rêve le même ob- « jet. Mais cela ne veut pas dire qu'il faille en concevoir « de tristes pressentiments.

« En vérité, maman, vous allez me rendre inquiète, » dit Adeline; «je voudrais déjà qu'Edouard fût de re- « tour... Et pourtant il faut être bien enfant pour crain- « dre sans sujet!... Allons, pars, mon ami, reviens « vite , et surtout ne dîne pas à YÉpée couronnée. »

Edouard baise la main de madame Germeuil; il embrasse sa femme... comme on l'embrasse le lendemain de son mariage, quand on a trouvé la première nuit tout ce qu'on espérait . ou quand on croit l'avoir trouvé , ce qui est la même chose, et ce qui arrive à bien des gens qui ne s'y connaissent pas et qui se croient bien fins.

Il arrive à Villeneuve-Saint George, et descend de cabriolet devant la maison qui va dans un moment lui appartenir.

« M. Renâré est-il ici?» demande-t-il au concierge. « — Il est déjà chez le notaire , monsieur. — Diable !

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