‹ Frère JacquesChapitre 7 sur 41 · ON REVOIT L HOMME A MOUSTACHES. G · texte numérisé non relu

ON REVOIT L HOMME A MOUSTACHES. G

bile et muet; ses yeux se portaient parfois sur l'ami de son enfance , mais la grosse redingote , les vieilles guêtres et surtout la barbe longue , retenaient l'élan de son cœur qui lui disait de se jeter dans les bras de son frère , sans s'arrêter à considérer sa mise , et à chercher qu'elle pouvait être sa situation.

Tout-à-coup une idée paraît frapper l'imagination de Jacques, il s'adresse brusquement à Edouard : « Mon- « sieur, » dit-il , « il ne serait pas impossible que vous «connussiez mon frère, vous paraissez vivre dans le « grand monde et vous habitez ordinairement Paris ? — « Il est vrai. — Peut-être avez-vous entendu parler d'É- « douard Murville?... — Oui... je... je le connais... — « Vous connaissez mon frère ? — C'est moi qui suis Edouard Murville?... »

Edouard prononce ces mots d'une voix si faible qu'un autre que Jacques n'aurait pu les entendre , mais celuici écoutait attentivement, et, avant que son frère eût terminé sa phrase, il avait sauté à son cou et le pressait fortement dans ses bras.

Edouard se laissait embrasser d'assez bonne grâce ; cependant les maudites moustaches le contrariaient toujours ; il ne se sentait pas à son aise , et ne savait s'il devait se réjouir ou se chagriner d'avoir retrouvé son frère.

« Ah ça, pourquoi donc ne t'es-tu pas nommé plus «tôt, » dit Jacques, après avoir de nouveau embrassé Edouard , « est-ce que tu ne devinais pas qui j'étais?... « — Si fait... cependant je voulais être certain... — Et «toi, tu es donc riche... heureux?... — Mais... oui... « — Tu es marié.. . où est ta femme ? je serai charmé de « la connaître. — Ma femme... »

Edouard garde le silence, le souvenir d'Adellne , de madame Germeuil , les soupçons que cette dernière a

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conçus la veille en apercevant la figure a moustaches; les manières brusques et la mise plus que négligée de Jacques, qui contraste si fort avec la sienne , tout cela tourmente l'esprit du jeune marié, qui , déjà faible et irrésolu de caractère, cherche vainement à accorder son amour-propre et les sentiments que la vue de son frère lui fait naître.

« A quoi diable penses-tu donc ! » dit Jacques en poussant Edouard parle bras? — « Ah ! je réfléchissais... il " se fait tard... et il faut que je retourne à Paris ; des af- « faires importantes y nécessitent ma présence. »

Jacques ne repond rien , mais son front se rembrunit , et il s'éloigne de son frère de quelques pas.

« Et vous , Jacques , que faites-vous maintenant ? — « Rien , dit Jacques , d'un ton sec et en considérant Edouard avec attention. — « Rien!... quels sont donc « vos moyens d'existence? — Jusqu'à présent je n'ai rien « demandé à personne... — Cependant, vous ne parais' « sez pas fortuné... — Je ne le suis point en effet !... — « Quelle idée de porter des moustaches semblables... Ce « n'est pas ainsi , je pense , que vous comptez venir voir « nia femme... — Mes moustaches ne me quitteront « point; si votre femme est une bégueule et que ma \ ue ■« lui fasse peur, soyez tranquille, elle ne me verra pas « souvent ! — Vous m'entendez mal... ce n'est' pas cela « que je veux dire... mais... il faut que je vous quitte. .. « on m'attend à Paris... je ne vous offre pas de vous em- « mener maintenant avec moi... d'ailleurs vous attendez « quelqu'un dans ce village, à ce que je crois... — Oui... «j'attends un camarade , un ami. »

Jacques appuie sur ce dernier mot, eu jetant sur son frère un regard expressif.

« Allons... je vous laisse, » dit Edouard après un

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