SCENE IV
LE ROI, GRAVILLE. TARCHIN, 8ew-.v«crs, Foule, puis TRANQUILLE, ensuite RIPAILLE, JKAN-LF.-BRUN. BLANCHE et JEAN-LE- BLOND.
lk boi. riant. Ah! l'excellente figure! (A Grar HU.) Comment le nommes-tu ce grand bonhomme-!» ?
graville. Sire, on le nomme frère Tranquille. VAftCuiM, à part. Jusqu'à présent, je n*ai encore rien découvert!
le roi. Comte, je t'avais ordonné de m'amuser, tu m'arnmes ! Tu es un loyal sujet.
graville, s'inclinant. Sire!...
il Bui, regardant au dehors. Le voilà qui vient... Il a l'air d'un hibou que les rayons du soleil ort surpris. (0nrù.‘ Je n'ai jamais vu d'homme si furt pour dormir debout! Que nous a-t-il raconté avec sou grand œuvre ?... La pierre philosophale!. . . Johanne» Tertio*, te pape Jean, des in folios, de la poussière, des caves pleinrs de rubis et de diamants! 1a troisième maiion de Sxturne! et la cinquième porte du ciel ouverte à deux battants! (U rit.) Faite* place! faite» place! vous dis-je! El criez avec moi gloire et honneur au maître de la science ! ( Tout le monde se range.) tods. Vivat! vivat I
tranquille. On leur a dit que j'avais résolu les sept problème*, que j'avais franchi le troisième degré.
tarchin, ô part. J'espère que mon ellébore produit ion effet !
tranquille. Je suis le fort des forts. Si je vcui, celle foute va se prosterner a mes pieds; j'ai travaillé vingt ans pendant le jour et durant la nuit, je suis monté plus haut qu'aucun fils d'Adam, à l'échelle mystique du savoir. Je suis près du but radi'-ux et splendide, j’ai -enlevé un coin ..a voile suprême : Fins hardi mille fols qua les porte-glaive, j'ai combattu avec mon esprit ctj'ai réduit en poudre les remparts énigmatique* élevés autour de la science.
Tors. Vivait rival! (On te range, et turle trône on aperçoit le roi Salomon. Sur les marches sont assis des esclaves noirs. ) tranquille, à cette apparition, s'avance et s'incline. Salomon! mon maître !
lk roi. Il vaut son priant d'or. Comte, tu me le donnera*, dis? (Graville s’incline.) Chut!... ne bougez pat! ie vais lui parler. Approche!
tranquille, stupéfait. Fondateur du temple... le roi. Adepte, tu e* parvenu jusqu'à la porte redoutable... tu ai tourné les sept feuillets du livre de la rie... le* seotbrauclirs du nambrau l’é* elairent, et il n’y a plut qu'un rideau entre loi et la clarté suprême.
tr arqvili.r, /perdu. Seigneur... seigneur!
La nul. ie suis Salomon le maître, et je t'apporte l'anneau qui est le signe du grand oruirr accompli. ( A part.) Bab! donnons-lui notre anneau; il vaut ça. ( Il fait signe à un esclace gui s'approche suivi de quatre autres. Le noir fiorte un carreau de velours sur lequel le Hui dépose son anneau. Ensuite Us cinq esclaves marchent vers Tranquille .;
tranqu 1 . 1 .F, nuiront un genou à terre. L'anneau, l'anneau de Salomon !
le roi. prends! — Ht maintenant tu n'as plus qu'a former un souhait !... Tu possèdes la toute puissance. . Que va-t-il nous demander?
ripaille, sortant du groupe à droite , ù part. J'ai fait la moltiéde ma besogne... mais comment préicnir Tranquille .. il est fou !.. que le diabic étranglé le Florentin!
TRAsgmxn. Un souhait! un seul!... tous les trésors de la terre si je veux 1 la richesse inépuisable pour faire heureuse, toujours, toujours puissante et forte, l'eiislrnce indéfinie!... mauvais pcrc!... des trésors!... qu’en ferais-tu? les enfants!... je veut revoir mes enfants!.- je veux ..
riva lut, passant derrière lui. Armngnac!
tranquille, son* se retourner. Armagnac ! Eh quoi! jusqu'ici, dtns ce sanctuaire ou je me croyais dégagé de tous le» lien* de la terre, je sens encore cette chaîne!... c'est le devoir I c'est ledesiinl...Oh ! non !...non !... Je n'bésiie plu.-! — Je vais ordonner!... i mouvement dans la foule, tes esclaves reprennent leurs places.) le nm. Ah! il s’est décidé!
TRARQniiB. Puissances! puissances! puissances! je veux voir l'héritier de mon maître! [Jeanle-Hrun parait dans la foule à droite, amené fuir Itipaille qui lui désigne Tranquille. Il va ù lui.)
jear-le- brun. A Truiiiyuil/tf. C’est donc vous qui me demandez, brave homme ? nie voici!
ripaille, à pari. L'autre est sauvé!
le roi. Etrange sur mon honneur!
rnilQDILil, dans l'extase. Jean, mon petit icigneur I (Sa main se porte sur la poitrine de Jeanle-Brun dont il écarte les plis de la tunique; à la rue de l’écusson qu'il reconnaît, scs genoux fléchissent et il s’affaiblit tous T émotion ) ms le-prur. Qu'cst-ce qu'il a doue, ce pauvre hotmnc-là?
r.RAviuE. Serait-ce lui?
tarchir. Eh ! non !... c’est le page de madame Blanche! (On rit. — Jcmi-le ürun fait asseoir Tranquille ù droite sur le derant.)
le roi. descendant de son trône, à Graville.
Décidément j’en ai assez de ton fou! — A boire! la roOLI. A boire:
i.E roi. Mais où est donc la reine... ne m'avaitclic pas fait espérer ..
GRiTiLLl. Sire! elle s’eicuse auprès de voit»... il faudra que Jupiter se passe d'Ilébé. — .Mais il y eut toujours chez les comtes de la Marche une coupe où le roi seul trempe ses lèvres... Pages, apportez la coupe royale. (TnrcAi» remonte au fond et ra prendre la coupe qu’un page porte sur un plateau. — Il la remet au Rot.)
gravi lus. à part. Le sort en est jelél LE roi. Je bois à vous, mes dames!
ri. arche, fuirait au fond. Elle n reprit les habits de la reine de Saha. F.lle s'avance vers le Roi. Sire, je viens accomplir ma promesse. (Elle prend la coupe.) gravhix. Planche 1
tarchir. Je l’avais fait prévenir cependant.
bi.arciif. La reine de Soba va essayer le breuvage du roi Salomon.
JKar-le-rlond, paraissant i gauche, s’élance ver s Planche fui prend la coupc etUi rend aux pages. Sire, je vous sauve la vie, i vous i-t à etlr... Lardez cette coupe... elle c«t empoisonnée!... [Us Personnages travestis viennent entourer le Roi; J can-lc-Hhnd remonte au fond.)
jear-lf.-bi.omi. A moi, gardes et cbevalierf | du roi!
Le roi. descendant sur le devant suivi du Blanche, regardant GraritU et sa suite. Est-il vrai, mes maîtres?
c, h avilis. Vrai Dieu! une pareille infamie! la ol'ciifsse, sur le devant, a Blanche, gui tue»! tomber dans ses bras. Ab! Planche, pardon!
jf.avi i.-blonk, montrant la garde écossaise rangée au fond, au Ilot. Sire, vous êtes le maître ici!
grath.LE, dJean-le-Blond. Qui êtes-vous donc ? JEa.r-le-w.ord, avec force. Je suisl... [Se reprenant.) Je suis page de madame Planche d'Ann, ignuc .. cl mon devoir est de veiller sur elle!... (// passe devant lui et va à Blanche et d sa mère.)
le hui. Ah! ahl mes compagnons, vous avez voulu assassiner le roi de France!
tr vRoi’ii.i.E. Le roi 1 le roi de France 1... Où suis-je donc?
jear-le-brl'r, penché vers lut. Pardieu! vous êtes chez monseigneur de Graville!
tranquille Chez Graville!...
tarchir, à part. Ce doit être l’un ou l'autre. graville. Lequel des deux?
tarciiir. Je vais le savoir. (Au Roi.) Sire, ce jeune page a dit vrai, cette coupe doit être empoisonnée!... car il y a ici uti nomme qui veut venger son père mort sur l’échafaud !... (Afouternenf dan* la foule.) On vient de me dire et je Mis que le Pis de Jacques d’Armagnic était ici... tous. D'Armagnac!
tarciiir. Dans celte fête, au milieu de nous! Et si l'enfant y est, la mère doit y être..
tranquille. Lst-cc que je ne t'ai retrouvé que pour le perdre aussitôt?
jevx-lb brin. Comment?...
TRANQUILLE. Tais-toi!
le roi. Ah! vraiment; il existe donc ce couple mystérieux-., ce d'Armagnac et sa mère, dont Ici aventures fabuleuses se perdent dan* la nuit des légendes. Vive Dieu! eît-cc que l'enfant arrive à Page d’homme reviendrait me poursuivre comme son père a poursuivi le roi Louis XI. mou pere? S'il en est ainsi, je donne (e plus beau jojuu de ma couronne à qui me le montrera.
tarciiir. Sire, c’est moi qui vais le faire sortir de terrel... Gardez 1rs issues... (fi remonte au fond, et fait placer la garde écossaise à toutes Us entrées.)
Lt nt cuisse, à J ean-lc-Blond, qui fait un mouvement pour s’élancer. O h! pour ta mère!
ripaille, à la Duchesse, a Jean-lc-Blond et à Blanche, qui sont tous trois sur le devant à gauche, bas. Pas un cri, pas un geste, je vous sauve! JHAR-LE-RioNP, avec joie. Itipaille I le roi. Eh bien! j'attends! fais comme tu l'as dit! le danger est passé, nous allons rire!
tarciiir. Eh bien! s'ils sont ici, h louve et le louveteau, qu'ils nous écoutent, et s'il leur rest du sang dans les veines, que le rouge leur monte au visage! Je ne parlerai pas de l'aicul, le counéble, qui n'était qu'un traîne et un pillard,». .Mais voulez-vous savoir ec qu'était Jacques d’Armugnar, que nous portâmes, une uuit, au gibet des balles?
tranquille. Viens, viens, mon petit Jean, viens, vien-l’en :
jEtvLE-uRt x. Pourquoi cela?
i.e roi. Je ne le vois pas encore venir ton Jean d'Armagnac?
tarchir. C’est que je n'ai pas fini!... Voulezvous savoir ce que c'était? eh bien, ou disait autour du gibet : ce n'est pas assez pour le misérable qui a fait tant d’orphelins et tant de veuves... une claie, une claie I... pour traîner son corps dans la boue de nos rues... et au-dessuv de la rlaie. un écriteau avec ces iroii mots: Menteur, voleur et lèche.
JIAR-LE-BLORD, avec un cri étouffé. Ab! ina mère!
RLANcitF, Il y va de sa vie!
tjurquilik. Entends tu ?
jean- le-brun. Qu'cst-ce que ça me fait?
tranquille. Ahl bien, bien, tu as raison...
mai* viens, je t'en prie, viens!
le roi. Je ne vois toujours pas venir ton d'Armagnac.
tarciiir. C’est que je n'ai pas Uni. sire '... Il y avait dans cette maison-là une infamie plus honteuse que l'infamie de l'aleul et que l’infamie du père... il y avait cette femme perdue qu on appelait la duchesse Isabelle.
la DUCHESSE. Mon fil* ! tais toi ! lais-loi [Blanche
et la Duchesse te jettent au-devant de Jean-U- Blond. que Ripaille saisit par le bras.) tranquille. Tu as ton épée?
tarchir. Oui, il y avait celte créature, vingt fois déshonorée...
tranquille. Tire ton épée!
tarcuin. Et savez-vous ce qu'elle faiMit le jour même où son réprouvé de mari mourait sur l'échafaud? elle faisait débauche avec je ne Mis quel valet, qui avait nom frère Tranquille. (Ou rit.) tranquille. I)onne-la-moi!
jean ll-bhun. Due veux-!u faire? je sais m'en tenir mieux que toi!
tranquille. Eh bien! va venger ton père et défendre ta mère.
la duchesse. Ab! il donne le change à leurs poignards... il nou» sauve! ( Jeande-Br un s'élance tt frappe Tarchin au visage du plat tie son épée.) graville. Le voilé! qu’on l'arrête 1 tranquille. Je l'ai perdu!
le roi, passant entre Graville et Jean-le-Brun. Oui oie donner ici des ordres en présence du roi ? Croyez-vous, mes maîtres, que y ai été dupe de vos comédies?... j’ai dit: jusqu’à voir, c'est vu... Tu as bien fait, mon compagnon, j'aurais fait comme toi... et si vraiment tu t'appelles Armagnac, viens me voir demain à l'hôtel des Tournelle*... Armagnac et Valois sont cousins... Sire de Graville! je me souviendrai de votre hospitalité!. .. Allons, messicursl [Il sort précédé de ta garde écoiifliie et *uici de ta cour. — Les autres Seigneurs sont près de Graville ■) tarchir. Quant à toi, Armagnac, je rallends ce soir à l'arrivoir du Louvre.
jrar-le-brur. J’v serai I JRAR LE-BLORD. Moi aussi, j'y serai.
jear-lb-bacr. Adieu l Tranquille !
tranquille. Knf«ni, je ne te quitte plus! — (Le rideau tombe.)