Épilogue
chaires el confessionnaux, les tableaux accrochés, et toute celte encombrante pacotille dont on remplit aujourd'hui des églises que l'on n'entretient même plus, tout cela devrait être tracé en grandes capitales sur les murs des classes des séminaires.
Mais si le vandalisme inconscient des curés mérite le hlàme, que penser des industriels qui déshonorent la profession d'architecte ou de sculpteur au point irencouragor les destructions et la perversion du goût pour en vivre ? — Chacun sait que rien n'estplus Honorable que de gagner sa vie, mais qu'il y a cependant des façons de la gagner interdites aux honnêtes gens.
Pour compléter les observations que me suggère votre intéressant article, il me reste deux remarques à faire : la première est une erreur qui s'est glissée sous voti'e plume, (^es exemples de chaires antérieures au XV® siècle ne sont pas rares : l'Italie est très riche en chaires des XIl^, Xlll*^ et XI V*^ siècles ; le reste de l'Europe en possède ; à Paris même, nous avons pour le XIV« celle du réfectoire de Si Martin des Champs.
Ma dernière observation est une addition à faire à la liste de vos statues. Celles de la Vierge et de St Jean accompagnaient, selon Tusage, le crucifix de l'arc triomphal. X Fressin, ces statues existent encore dans le grenier, et par une particularité peu commune, elles sont dos à dos, taillées dans le même morceau de bois. Ce groupe devait être |)lacé sous la croix, dans le grand arc qu'elle surmonte, il est en bois, I^e grou[ie ayant été détérioré, on en avait exécuté une copie, qui, à son tour, est allée rejoindre l'original dans le grenier de l'église.
A part ces quelques petits détails et les observations que j*ai pris la liberté de vous soumettre, jo crois qu'il serait difficile de rien ajouter à votre intéressante m()nogra[>hie.
Je vous remercie encore du plaisir (jue cette lecture m'acausé et je vous prie. Monsieur le Curé, d'agréer mes plus respectueuses salutations.
Enlarï.
662 Frbssin
La question de l'origine des sires de Créquy est pour nous d'une importance tout à fait secondaire. C'est l'histoire de Fressin que nous avons voulu écrire, non celle de la famille de Créquy. Mais on nous accordera bien qu'il n'était pas possible de faire l'histoire de Fressin sans mentionner cette famille. Les pierres ellesmêmes auraient crié et protesté contre notre silence. Elles portent l'écu des armes- des Créquy peint à l'intérieur de notre église et sculpté à l'extérieur dans les assises de la muraille. Il fallait donc parler du château féodal de Fressin et de l'église de Frçssin. Ce n'est pas de notre faute si ce n'est pas à Créquy que l'on va voir ces ruines et ce monument. On ne peut contester non plus que les sires de Créquy résidaient à Fressin au XI V^ et au XV* siècles.
Mais nous sommes allé plus loin. Nous nous sommes, paraît-il, exposé à la contradiction, en nous aventurant sur un terrain où les preuves font défaut. Voici ce que nous aurions eu tort d'écrire, en parlant de Fressin, dès les premières lignes de notre Préface ; € Les érudits savent que cet ancien bourg fut le berceau de la famille des Créquy. » Croyant faire plaisir et sans prévoir que nous allions soulever un orage, nous avons communiqué une épreuve de cette préface à deux personnes de Créquy que nous supposions devoir s'intéresser à notre travail.
Elles ont trouvé que la phrase plus haut citée était agressive, provocante, et deux écrits vont paraître, nous assure-t-on, pour démontrer que Fressin n'est qu'un petit fief de Créquy, que les sires de Créquy sont originaires de la vallée de la Créquoise, et l'on va
ÉpiLOftUE 663
rendre au village de Créquy Thonneur que nous lui aurions ravi. On aurait de nombreux et décisifs documents qui nous seraient restés inconnus.
Nous regrettons sincèrement, non d'avoir écrit la phrase qui nous est reprochée, mais que cette phrase ait pu indisposer quelqu'un. En annonçant notre travail, il nous a paru tout naturel d'en signaler les côtés intéressants. Mais il était loin de notre pensée de vouloir déposséder le village de Créquy d'une gloire à laquelle nous ne savions pas qu'il prétendît. Ce qui est certain, ce qui est incontesté; ce qui pour nous est l'essentiel, c'est que les sires de Créquy sont originaires de cette contrée, quel que soit l'endroit précis où ils s'abritaient à l'époque où ils ont commencé à figurer dans l'histoire.
Les êrudits savent Mais écrire pareille chose.
nous objecte-t-on, c'est traiter d'ignorants ceux qui professent l'opinion contraire ; c'est tout au moins leur refuser la qualification d'érudits. On nous a demandé de retirer cette phrase.
Nous ne nous croyons pas si coupable.
M. Terninck, M. de Laplane et M. le chanoine Robitaille sont les trois écrivains qui ont traité les derniers de Fressin et de Créquy,
L'étude de M. Terninck sur le château et l'église de Fressin, consacre quatre pages sur onze à l'histoire des sires de Créquy. M. Terninck écrit que nos seigneurs habitèrent d'abord sur les rives de la Créquoise, et qu'ils vinrent delà, vers l'an 1300, se fixer sur les bords de la Planquette. Toutefois il écrit de cette famille : < Son origine est inconnue. > IDonc il ne place pas plus son berceau à Créquy qu'à Fressin,
N'oublions pas que le travail de M. Terninck fait partie des publications de la Commission départementale des Monuments historiques du Pas-de-Calais.
664 Frbssin
En 1873, M. H. de Laplane écrivit que « Fressin est antérieur à Créquy de plusieurs siècles. > L'auteur des Abbés de Saiiit-Bertin glorifie plus la famille de Créquy que n'a fait M. Terninck ; car, selon lui, cette famille aurait créé le village de Créquy, tandis que, selon M. Terninck, Fressin était déjà un bourg important quand les Créquy vinrent s'y fixer.
En 1875, M. le chanoine Robitaille, écrivant pour Y Annuaire diocésain l'histoire du canton de Fruges, fit sienne l'opinion de M. de Laplane sur l'origine des sires de Créquy.
Sans doute, l'autorité de ces deux écrivains n'est pas au-dessus de toute contestation. On reconnaîtra pourtant qu'elle n'est pas sans quelque valeur,
M. de Laplane n'est pas le premier venu. Il est un des fondateurs et il fut longtemps le secrétaire général, puis le président de la Société des Antiquaires de la Morinie. Nous pouvions, nous devions supposer qu'il ne s'était pas prononcé sans avoir étudié à fond les titres et les chroniqueurs.
Quant à M. le chanoine Robitaille, nous pourrions faire observer que son travail a été agréé par la Commission départementale pour le volume Montreuil du Dictionnaire historique et archéologique du Pas-de- Calais.
Ainsi, M. Terninck, qui fait venir nos seigneurs de Créquy à Fressin, écrit néanmoins que leur € origine est inconnue >. D'autre part. M, de Laplane et M. Robitaille sont d'avis que les Créquy sont originaires de Fressin.
Cela ne suffit-il pas pour expliquer, pour excuser, pour justifier la phrase que l'on nous reproche ?
D'autant plus que l'on aurait bien pu attendre quelque temps avant de l'attaquer. Car, outre que nous n'avons consacré que peu de pages à cette ques-
Goo^li