‹ Fressin; histoire, archéologie, statistiqueChapitre 14 sur 136 · CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI

Les Durfort de Civrac.

A p rès M . de L ap 1 a n e , le Dictionna ire h istoriq ne d u département cite la famille de Civrac comme ayant succédé aux La Tour d'Auvergne en qualité de seigneurs de Fressin. La vérité est que la famille Seillière, comme on le verra plus loin, entra seule en possession des bois de Fressin, Créquy et Sains. Cependant le nom de Civrac nous est signalé à propos du vieux château féodal. 11 faut en tenir compte.

Pendant que les bois des La Tour d'Auvergne étaient tenus sous séquestre, le château de Fressin fut vendu révolutionnairement par la nation avec quelques autres biens. Le vieux château fut acheté à la nation par le meunier Jean-Baptiste Grenier, qui le revendit à M. Godefroy-Maurice-Marie-Jobeph de La Tour d'Auvergne, c'est-à-dire qu'il le rendit à son légitime propriétaire, par acte passé devant M^ Viollette, notaire à Fressin, le 15 avril 1804. Le prince de La Tour d'Auvergne le revendit, le 5 février 18 10, au sieur Vital Metzy, de Paris, qui, le 28 avril 181 1, le rétrocéda à ^iadame I^'rançoise- Honorine- Adélaïde de La Tour d'Auvergne, épouse de

XXXI. — Monsieur le Marquis de Durfort Civrac, qui s'en mit de suite en possession en le louant au dit sieur Jean-Bapitste Grenier. C'était, pour Madame de Civrac, un bien de famille.

€ Le manoir où sont les débris de l'ancien château, entouré de fossé, et contenant six quartiers, plus un autre manoir amazé nommé la maison seigneuriale,

contenant une demi-mesure t), c'est en ces termes que la maison de Fressin était désignée, en 1779, dans un rapport officiel {i),

XXXII. — Le clos de l'ancien château seigneurial, ruines, fossés, broussailles et manoir, d'une contenance de trois hectares trente-sept centiares, selon Tancienne matrice, de deux hectares soixante ares vingt centiares, selon la nouvelle, passa ensuite aux enfants des précédents, à savoir :

1° Monsieur Marie-Emeric de Durfort-Civrac et son épouse dame Marie- Charlotte- Emilienne de Sesmaisons, demeurant à leur château de Beaupréau ;

2" M. Marie-Henri-Louis de Durfort-Civrac, l'd. ;

3« M^"" Marie- Elisabeth- Anne de Durfort-Civrac, n/.;

^0 j^jme Marie-Laurence- Françoise de Durfort-Civrac, épouse de M. Victor-Emmanuel Pourroy de Lauberivière de Quinsonas, demeurant à Paris, rue des Saints- Pères ;

jo ^me Henriette- Amande de Durfort-Civrac, épouse de M. Antoine-Léon-Paul Leclercq de Juigné, capitaine d'état-major, demeurant à Beaupréau.

Le 2 août 1852, le mandataire desdits propriétaires vendit le vieux château de Fressin au mandataire de M. le baron François-Florentin Achille Seillière. La famille Seillière était déjà propriétaire des bois de Créquy, Sains et Fressin, comme on le dira plus loin. Le château fut acheté cinq mille francs, qui furent payés comptant. L'acte fut reçu par M^ Brasseur et son collègue, notaires à Fruges.

M. le baron Seillière a soin de faire observer dans r EtablisscfPient de propriété des bicfis de Fressin, qu'il n'a pas acheté le château à la nation, mais qu'en

(1) Archives dkp. : C. FJai (V Artois. Centit-me 1779- Fressin f** i. 2 — Le château de Créquy, crij^é sur 9 mesures, était occupé, en 1779, par un de Magny, — Id.

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1852 M"^® de Civrac en avait depuis plus de quarante ans la possession paisible et non interrompue. Il rappelle l'origine ancienne de cette résidence des seigneurs de Créquy, sa restauration en 1450, sa prise par le comte de Rœux er X552, et sa destruction ultérieure. 11 se plaît à énumérer les maisons qui s'y succédèrent, les Créquy, les La Trémoille, les La Tour d'Auvergne, etc.

La famille de Créquy fut représentée à l'Assemblée générale des Etats d'Artois, qui se réunit pour la dernière fois à Arras en 1788, par Monsieur de Créquy, marquis d'Hesmont, demeurant au château d'Hesmond, par Hesdin (i) ;

(1) Des registres de catholicité de la paroisse d'Hesmond, il appert que les Créquy d'Hesmond résidèrent presque constamment dans leur château . Us acceptaient facilement de tenir sur les fonts du baptême les enfants de leurs tenanciers.

L'ancien château féodal d'Hesmond fut démoli à la fin du XVIIl® siècle, et remplacé par le château actuel, qui fut construit en pierres du pays. Le marquis de Créquy confia la conception du plan et la direction des travaux à son intendant Bergevin. M. de Laplane, qui estropie un peu ce nom en écrivant Bergerin, nous apprend que ledit intendant, pour flatter l'orgueil de son maître, voulut donner au château d'Hesmond quelque ressemblance avec celui de Versailles. Ce n'est point l'effet que cette habitation produisit sur la nouvelle marquise de Créquy. Quand le marquis voulut y introduire sa jeune femme, au lieu des compliments qu'il comptait recevoir, il ne fut pas peu surpris de l'entendre observer que la maison n'était ni assez vaste, ni assez somptueuse, eu égard à leur fortune. La tradition ajoute même qu'elle se fâcha tout rouge, qu'elle refusa d'entrer dans une pareille bicoque, et qu'elle repartit tout droit pour Paris. « Parua, sed apta mihi, » aurait vertement répondu le châtelain : « Elle est petite, mais elle me convient ». Quoi qu'il en soit, ces quatre mots se voient encore gravés en lettres d'or sur ujie plaque de marbre noir, au-dessus de la porte du château.

L'intendant Bergevin avait gagné par ses hypocrites flatteries la confiance de son maître. Avant de partir pour l'émigration, le marquis lui vendit le domaine d'Hesmond, avec faculté de rémérer. Mais Bergevin n'eut rien de plus pressé que de faire annuler la

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et par le baron de Contes des Granges, de Planques, au château de Bucamps par Hesdin.

Ces messieurs descendaient des anciens seigneurs de Fressin.

Il faut aussi dire deux mots de la fameuse marquise.

La marquise de Créquy, née Renée-Caroline- Victoire de Froullay, au château de Montflaux, en 1714,

clause du réméré par le tribunal révolutionnaire, et de se faire mettre en possession du château à titre définitif. Les paysans de l'endroit, qui aimaient leur seigneur, malo^ré les singularités de son caractère, — M. de Laplane écrit que c'était un origiiial de première classe, — furent exaspérés de cette lâche conduite, et firent à Bergevin les plus terribles menaces. L'infidèle intendant, sous le coup de la terreur, n'osa plus dès lors sortir de chez lui. Nouveau Pygmalion, il ne touchait plus qu'aux mets préparés sous ses jeux, et se nourrissait exclusivement des volailles de sa bassecour, et des légumes de son jardin. — Il ne sortait que le soir. Encore faillit-il plus d'une fois être lapidé par les villageois qui lançaient des pierres par-dessus les murs d'enceinte. L'ancien curé de Verchin, M. Adam, qui était d'Embry, nous a jadis raconté au sujet de cet harpagon des aventures désopilantes. Il n'est point de farces que les gamins ne lui aient faites. Le seul homme, un homme de sa trempe, à qui il risquait parfois de se confier, ne lui épargnait pas non plus les avanies. — « Oh! Monsieur, quel affreux rêve j'ai fait! — Eh quoi! Qu'as-tu rêvé? — Oh! Monsieur, je ne puis vous le dire. — Dis-le donc, imbécile. — Non, Monsieur, je ne le puis, ne l'exigez pas. — Si, je le veux. — Non, ce n'est pas possible. — As-tu bientôt fini? — Eh bien! puisque vous le voulez, j'étais en enfer, — La belle affaire! n'esi-ce pas là ta place? — Sans doute; mais j'ai vu un grand fauteuil entouré de quantité de diables affreux. — Et puis ? — Et puis, j'ai demandé pour qui ce fauteuil? — ICt qu'est-ce qu'on t'a répondu? — C'est pour M. IJcrgevin. —

Las de cette vie de paria, Berj^evin vendit son château à une bande noire, puis il quitta le pays, et se réfugia à Paris, où il mourut misérablement.

Quant au marquis, il était mort dans l'émigration, sans laisser d'héritier direct. En lui s'éteignit la branche des Créquy d'Hesmond.

La bande noire alithia les fermes du domaine et une partie des bois séculaires qui ornaient le parc. Toutefois, les démolisseurs épaifi^nèrent le château. Il leur tut repris par un sieur Lemaire, qui le revendit, vers 1840, à M. Christian de Werbier, lequel le laissa à son beau-fils. M. Léonce de Bournonville .

Cette esquisse a été écrite d'après M. de Laplane, et surtout d'après dei notes dues d M, Fauquembergue, ancien instituteur, à M» L. de BouruonviUe^ et à un ancien jardinier du château d*Hesmond. Notes recueillies par M. Ro^er Rodiére.

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est renommée par son esprit ; mais elle n'a pas écrit le livre intitulé: Souvenirs de la Marquise de Créqui ( 1834-1835, 7 vol. in-8) qui lui sont ordinairement attribués. L'auteur de cette supercherie littéraire est M. de Courchamps, On prétend même que ce nom est un trompe-l'œil de plus, et que le prétendu comte de Courchamps couvre Télucubration sans authenticité d'un certain Causen (de Saint-Malo").

La marquise de Créquy se serait vantée d'avoir été considérée par Louis XIV dans son berceau, d'avoir reçu peut-être les baisers du grand roi, et d'avoir été, à ses derniers jours, l'objet des attentions du premier consul Napoléon Bonaparte, Elle mourut à Paris, âgée de 89 ans, le 2 février 1803.

Son époux, Charles-Marie, sire et marquis de Créquy, de Hesmond, Bianchefort et Canaples, avait toujours été occupé de son régiment, de son gouvernement et de ses devoirs. Aussi, l'auteur des Souvenirs fait-il malicieusement dire à la marquise, que, trente ans mariée, elle avait été trente ans heureuse.

Charles-Marie, sire et marquis de Créquy, fils de la célèbre marquise, naquit le 18 décembre 1737. Il se distingua durant la guerre de Sept Ans (1756-1763), et fut fait maréchal de camp.

Les Lejeune de la Furjonnière revendiquaient le nom de Créquy, prétendant descendre de Raoul, sire de Créquy, surnommé Lejeune. Or, ce Raoul, qu'il ne faut pas confondre avec le Raoul légendaire, est mort en Palestine sans avoir été marié. Le marquis Charles-Marie engagea contre la famille Lejeune un procès qui fit beaucoup de bruit. Un arrêt du parlement de Paris, en date du i^'^ février 1781, repoussa la prétention des Lejeune. C'est dans la personne de Charles-Marie de Créquy que s'est éteinte la maison de ce nom.

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D'après les Souvenirs^ ce dernier Créquy aurait eu un fils auquel il aurait survécu.

Tancrède- Adrien-Raoul de Créquy, prince de Montlaur, petit-fils de la célèbre marquise, mort longtemps avant son aïeule, descendait directement, par son octaïeule Anne de Bourbon - Vendôme, du roi saint Louis. Il avait pour mère Marie- Anne-Thérèse de Félix du Muy, marquise du Muy et de Sévigné, comtesse de Grigiian, baronne de Chantai, etc..

Le dernier Créquy était donc prince de Montlaur, marquis de Muy et de Sévigné, comte de Grignan, baron de Chantai.

Adrien-Hugues de Créquy, comte de Canaplcs, vîdame de Tournay, résidant au château de Canaples, était l'oncle du dernier Créquy.

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