‹ Fressin; histoire, archéologie, statistiqueChapitre 15 sur 136 · CHAPITRE VIL · texte numérisé non relu

CHAPITRE VIL

Les Seîllière.

Les bois de Sains, Fressiii et Créquy n'avaient pas été vendus à la Révolution. Ils étaient restés la propriété du Prince de La Tour d'Auvergne, sans pourtant qu'il en pût jouir, le gouvernement révolutionnaire les ayant mis sous séquestre. Ils furent enfin rendus à leur légitime propriétaire le 6 décembre 1814.

Mais ils étaient grevés de toutes les hypothèques possibles. Il existait, tant sur M. le prince de La Tour d'Auvergne que sur ses auteurs, trente-huit inscriptions dont le total s'élevait à plusieurs millions.

En vertu de plusieurs jugements prononcés entre M^ G ode froy- Maurice- Marie- Joseph^ prince de "La Tour d* Auvergne, et ses créanciers, ils furent mis en vente et adjugés, par le tribunal de la Seine, le 28 novembre 182 1, à l'ancien notaire Ferdinand Lefebvre, de Paris, pour la somme de six cent vingt mille francs.

Le 5 juin 1824, M. Lefebvre revendit nos trois bois à Messieurs Seillière, père et fils, moyennant in\ prix principal de sept cent cinquante mille francs. Le père, M, Florentin Seilliere, banquier à Paris, était acquéreur pour un tiers ; le fils, M. Nicolas Seillîère, l'était pour les deux tiers.

Le i*^"^ décembre, Messieurs Seillière payèrent les 750,000 francs de la manière suivante :

l** A M. Saint-Didier, receveur général des finances,

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pour remboursement des fonds versés par lui àLefebvrc,

en 1821 150.000 »

2° Aux créanciers des La Tour d'Au-

vergne.

3** Intérêt du prêt Saint- Didier .

4° Intérêts dûs aux créanciers 5° id.

Total.

La multiplicité des créanciers nécessita quantité de comptes, de décomptes et de rectifications, si bien que Messieurs Seillière n'eurent définitivement réglé cette affaire que le 10 janvier 1841.

Dans l'intervalle, le 25 juin 1825, à la suite d'une expropriation forcée contre M. Auguste- Adrien Bacqueville, médecin, résidant à Arras, le tribunal civil de Montreuil adjugea à Monsieur Nicolas Seillicrc, moyennant vingt-trois mille six cent-cinquante francs de prix principal, la maison de Bacqueville de la Vasserie et ses dépendances, c'est-à-dire la villa actuelle de M. le baron Seillière. Quoique l'expropriation ait été faite à la requête d'un officier de santé d' Auchy-les- Moines, la première payée fut madame Marie- Madeleine Pecqueur, épouse séparée quant aux biens de M. Bacqueville. Elle reçut vingt-quatre mille deux cent trois francs trente-deux centimes, à valoir sur le montant principal de ce qui lui était dû par son mari pour ses reprises et droits matrimoniaux. Les intérêts ajoutés au prix principal de l'adjudication avaient élevé la somme à payer au chiffre de vingt-quatre mille huit cent trentedeux francs, cinquante centimes.

Le 31 juillet 1826, par suite de la liquidation de M. Florentin Seillière, le tiers de la propriété des trois bois, tiers appartenant à M. Seillière, père, fut attribué

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à M. Nicolas Seillière, qui devint ainsi propriétaire de la totalité desdits bois.

M, le baron Nicolas Sriliière, banquier, chevalier de la Légion d'honneur, avait épousé, à Saint-Quentin, le 23 pluviôse an IV, sous le régime de la communauté de biens, aux termes de la coutume générale de Lorraine, madame Marie- Anne -Elisabeth Paillette, laquelle, d'après son contrat de maiiage, était usufruitière des biens de son mari. Un inventaire fut fait le 7 janvier 1845, après le décès de M. le baron Nicolas. Ce décès amena une licitation entre majeurs et mineurs. Le cahier des charges fut déposé au palais de justice de Paris par l'avoué Chevalier, le 4 novembre 1845, et la vente fixée au 3 décembre. Il y avait treize lots, dont les quatre premiers pouvaient être réunis. Ces quatre lots étaient: 1° le bois de Fressin ; 2"^ la forêt de Créquy; 3° le bois de Sains; 4° une maison à Fressin avec un jardin, trois pièces de terre et une petite pièce de bois, c'est-à-dire les acquisitions de 1824 et de 1825. Le vieux château appartenait encore aux Durfort-Civrac (i).

Le bois de Fressin contient cinq cent huit hectares ; il est divisé en huit triages dont chacun est aménagé en dix-huit coupes égales. Le taillis est essences de chênes, charmes, hêtres et noisetiers. Il est garni de futaies en chênes et autres essences. Dans ces cinq cent huit hectares sont compris les- quatre-vingts hectares du triage du Godiamont, lequel est séparé du grand bois par la rue de la Lombardie.

(1) Les neuf autres lots comprenaient une maison à Paris, boulevard des Capucines ; un hôtel, rue de la Chaussce-d'Antin; une maison à Paris, vue Blajiche; la nue propriété d'une autre maison, à Montmartre ; l'île et le domaine de Putcaux; deux terres, à Méru (Oise); la ferme de Kettzinjj et celle de la Canardière, h Gondrcssangcs (Mcurthe). La mise à prix de ces neuf lots s'élevait à un million quatre cent six mille cinq cents francs.

Le bois de Fressin fait pointe sur ceux de M. le duc d'Havre.

La mise à prix est de six cent quarante mille francs.

La forêt de Créquy comprend cinq cent cinquante hectares, divisés en quinze triages, aménagés en dixhuit coupes. La mise à prix fut de quatre cent soixantedix mille francs.

Le bois de Sains comprenait deux cent trente-deux hectares, en cinq triages, divisés pareillement en dixhuit coupes. La mise à prix fut de deux cent quarante mille francs.

On observe que les coupes se font en mars ou avril et en novembre.

La maison de Fressin, bâtie sur deux hectares ; le jardin de vingt-sept ares ; la pièce de terre de trentecinq ares» et une autre de quarante-deux ares, for^ maient le quatrième lot, dont la mise à prix fut de vingt mille francs. Total de la mise à prix des quatre lots réunis : un million trois cent soixante-dix mille francs.

La vente était fixée au 3 décembre Ï845. et l'entrée en jouissance au i" janvier 1846.

Le vendeur exige que, jusqu'à paiement intégral du prix, les adjudicataires devront conserver le régisseur ainsi que les gardes, et les payer selon les conventions anciennes, observant que le total des traitements n'excède pas la somme de trois mille quatre cents francs par an.

Les enchères partielles furent au total de deux mille deux cents francs, ce qui portait la mise à prix des quatre lots à la somme de un million trois cent soixantedouze mille deux cents francs. Ils furent adjugés réunis à dix-sept cent cinq mille francs pour prix principal, auquel il faut ajouter pour frais de vente huit mille six cent onze francs, onze centimes.

Lks Sbignburs

L'adjudication fut faite au profit et pour le compte de Madame Camille-Zoé Seillière, fille adoptive de M. le baron Nicolas Seillière et de Madame Seillière, épouse dûment autorisée de Monsieur le baron Frauçois-Floren* tin- Achille Seillière, demeurant ensemble, 6i, rue Saint- Lazare, à Paris.

Le cahier des charges imposait à l'adjudicataire Tobligation de reprendre en plus le mobilier de la maison de Fressin au prix d'estimation, qui était de cinq mille huit cent cinq francs.

Madame la baronne Achille Seillière était héritière pour moitié de M. le baron Nicolas Seillière ; donataire dudit baron, aux termes de son contrat de mariage du 6 février 1838 ; légataire en vertu d'un testament du 28 août 1838.

La vente avait été faite à la requête :

1° de Madame Veuve Nicolas Seillière ;

2° de Madame Camille-Zoé Seillière , épouse de M. Achille Seillière ; En présence :

i^ de M. le baron François-Florentin-Ernest Borderès Seillière, propriétaire, célibataire, fils adoptif et héritier pour moitié de M. le baron Nicolas Seillière, et légataire universel, avec Madame Debelleyme, de l'universalité des biens qui ont composé la communauté entre M. et M™** Seillière, et de l'universalité des biens provenant de M. le baron Seillière ;

2® de Madame Jeanne-Eugénie Borderès, mineure émancipée par le fait de son mariage avec M. Charles- Adolphe Debelleyme, avocat ;

3^ d'un sieur Boucher, exécuteur testamentaire de feu M. le baron Nicolas Seillière.

M. le baron Achille Seillière, aux termes de son contrat de mariage reçu par M" Foucher, notaire à Paris, prédécesseur de M® Segond, le 6 lévrier 1838,

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était marié sous le régime dotal avec société d'acquêts.

En. 1845, Madame la baronne Achille avait acquis les bois de Fressin, Sains et Créquy, et la maison de Fressin avec ses dépendances.

Les achats vont se continuer.

Le 5 juillet 1847, M. le baron Achille acheta pour deux mille sept francs vingt-sept ares, vingt centiares, aux héritiers, sous bénéfice d'inventaire, de Louis- Joseph Gravelle, de St-Vandrille, commune d'Embry. M^ Choppin, notaire à Fruges, et le tribunal de Montreuil firent cette vente.

Huit jours après, le 13 juillet 1847, à la vente Brutel, Duqucnoy, Benteux, M. le baron acquit un hectare, sept ares, cinquante centiares, qu'il paya sept mille francs. Le contrat fut fait par M*" Viollette, notaire à Fressin.

Le 14 novembre, même année, c'était un petit manoir autrefois amasé, rue d'Enfer, près du Godiamont, d'une contenance de neuf ares, venant d'Hilaire Bruchet, que le baron achetait pour trois cent soixantequinze francs de principal. Notaire : M*^ Viollette.

Le 13 novembre 185 1, les Ochin de Capelle et d'Abbeville vendaient au baron Seillière une terre à labour, sise à Royon, au pâtis Roboitel, d'une contenance de deux hectares, six ares quatre-vingt-sept centiares, moyennant trois mille vingt-huit francs de principal. Notaire : hi" Viollette,

Le 2 août 1852, le baron Achille acheta pour cinq mille francs aux Civrac le clos du vieux château et les ruines. C'était une fantaisie, une dépense improductive, mais qui indiquait de la part de l'acquéreur une sorte de prédilection pour Fressin. On vit, en effet, Monsieur le Baron venir en ce pays avec les deux baronnes, et y séjourner plusieurs mois pendant la saison d'été. La baronne Achille s'intéressa au sort

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des jeunes personnes; elle voulut à la fois leur donner du travail et les préserver du mal, en créant un ouvroir qui fut établi au Château Bleu (école actuelle des garçons), et fut placé d'abord sous la direction d'une Sœur de la Sainte-Famille, puis confié à une demoiselle. Mais cet essai ne répondit point aux espérances que l'on avait conçues; Touvroir fut supprimé. Quoi qu'il en soit, les dix ou douze ans que la famille Seîllière vint en ce village firent du bien à plus d'une famille. Quelques-unes y trouvèrent le point de départ d'une honnête aisance; quantité de pauvres aussi éprouvèrent l'effet de la charité de Madame la baronne Achille. Nos registres de paroisse mentionnent également son nom avec reconnaissance.

C'est l'enclos des Ruines que nos châtelains ont à cœur d'élargir. Quantité de maisonnettes s'étaient élevées sur le terrain de l'antique manoir et bordaient la rue des Hures, conduisant au bois. Depuis plus de deux siècles, Fressin ne voyait plus ses seigneurs. S'était-on permis de s'établir sur leur propriété comme sur un flégard ou plutôt comme sur une terre inoccupée ? Ou bien s'y était-on créé une apparence de droits au moyen de quelques largesses faites à des employés peu rétribués ? Ce sont là des questions malaisées à résoudre. Ce qui est certain, c'est qu'au commencement de ce siècle, nombre de naturels de Fressin avaient leurs chaumières sur le terrain des anciens sires de Créquy. M. le baron Achille Seillière tint à réintégrer ces parcelles dans son domaine.

Nous le voyons, les 20 et 21 décembre 1853, acheter pour dix-huit cents francs aux Lhomme, Restitute Grenier, etc., dix-huit ares, soixante-dix centiares. La maison a été démolie et le terrain renfermé dans l'enclos des Ruines. Notaire : M^ Emile Viollette.

L'acquisition du 31 janvier 1854 a été faite au

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terroir de Royon. M. le baron paya cinq mille francs une pièce de terre de trois hectares, soixante six ares, soixante-trois centiares, venant des Lefebvre de Raye et de Capelle.

C'est aussi une terre à labour qu'il acheta le 12 juin de la même année, pour le prix de deux mille cinq cents francs, de Henri-Joseph Leblond, alors maire de Saint-Pierre-lez-Calais. Cette terre, d'une contenance de un hectare, soixante et onze ares, soixantesix centiares, était sise au fond Judith.

A la date du 24 décembre, il faut mentionner l'achat de trois ares près le vieux château, à Albertine Branquart, femme d'Auguste Isambourg. Cette parcelle, actuellement plantée de sapins, fut vendue cinquante-deux francs.

Un an plus tard, le 25 décembre 1855, la parcelle achetée par le baron fut encore beaucoup moins considérable. Elle n'était que de vingt et un centiares. Il la paya cent cinquante francs, à cause de la maison, à Jean- Baptiste Delespine, qui la tenait du sieur Vaast-Floride Vaillant.

Le 12 juillet 1856, le même Jean-Baptiste Delespine vendit au même endroit une autre parcelle de un are quatre-vingt-quatorze centiares, sur laquelle était bâtie une petite maison. M. le baron paya le tout cinq cent soixante-six francs.

La commune de Fressin céda à M. le baron Seillière, le 13 avril 1858, quinze ares quarante centiares pour la somme de quatre cent soixante-dix-huit francs, cinquante centimes, et, le lendemain, 14 avril 1858, une parcelle de deux ares soixante-neuf centiares pour quatre-vingt-quatorze fr., quinze c. Cette double vente a été faite administrativement, après délibération du conseil municipal de Fressin et approbation du préfet. Il s'y agissait d'un peu d'excédent de la voie publique.

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Les vingt ares de manoir amasé vendus au baron par Liévin et Philogone Gamain, Joseph Brogniart et la veuve Gamain, furent payés quinze cents francs. Le contrat fut fait le 12 février 1860.

Le 10 février 1861, M. le baron acquit, pour le prix de six cent soixante-dix francs, onze ares quarantehuit centiares, de Ludivine et Télesphore Branquart.

Le 15 décembre de la même année, il payait troii cents francs une parcelle d'un are cinquante centiares à Albéric, Augustin, Norbert, Henri et François Delespine.

La commune de Fressin trouvait encore le moyen d'embellir la voie publique et d'encaisser deux cent quatre-vingt-treize francs quatre-vingt-quinze centimes en cédant à M. le baron six ares, trente centiares, venant d'un ancien chemin déclassé et de l'excédent de la route d'Aubin. Le contrat, qui est du 9 novembre 1864, a été fait par M" Emile Viollette, ainsi que tous les autres.

Madame Camille-Zoé Seillière mourut à Paris le 5 mai 1866, âgée seulement de 49 ans. A la suite de ce décès, M^ Emile Viollette fit, le 20 juin 1866, l'inventaire du mobilier du château de Fressin, Un acte de partage des 13 et 19 septembre attribua au baron Achille tous les meubles et immeubles de la famille, dans l'arrondissement de Montreuil.

Du mariage de M. le baron Achille Seillière avec Madame Camille-Zoé Seillière étaient nés quatre enfants, trois fils et une fille:

1° M. Maximilien-Nicolas-Florentin-Alexandre-

Roger Seillière ; 2° M. Marie-Nicolas-7?rt'/;;//7w^/ Seillière^ né à

Paris, le 27 août 1845; 3*^ M. Marie-/^r^///£?/5-Alexandre Seillière, né à • Mello (Oise), le 7 avril 1849;

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4° M™^ Anne- Alexandrine-y^^«;//?-Marguerite Seilliere, qui épousa, en 1858, M. Charles- ^ Guillaume- Frédéric-Marie-Boson de Talley-

rand Périgord, prince de Sagan, décoré de Tordre de Médjidié, en Turquie.

Ou a vu précédemment que les deux baronnes Seillière, la veuve du baron Nicolas et la baronne Achille, avaient paru se plaire à venir passer quelques mois de la belle saison à Fressin. Ceci dura environ dix ans, de 1846 à 1856, lors des premières années des quatre enfants. Le baron Achille y venait aussi faire un bref séjour, et s'y faisait accompagner de quelques amis intimes, qui complétaient une réunion des plus intéressantes au point de vue des mœurs de la société d'alors. Comme il n'y avait pas de chemin de fer conduisant jusqu'à Hesdin , on arrivait à Fressin par le chemin du Nord jusqu'à Abbeville, où l'on prenait des voitures de louage qui faisaient leurs quatorze lieues dans la journée. Le voyage était fatigant, mais il n'était pas sans charmes. A Fressin, le baron Achille passait une partie de son temps à chasser avec ses amis, et la baronne s'occupait de ses enfants, qui étaient accompagnes d'une gouvernante et d'un précepteur. Parmi les amis intimes qui accompagnaient le maître de la maison, maison très confortablement installée sous une apparence modeste, on peut citer Messieurs Charles et Alfred Bocher, frères del'éminent homme politique, qui se sont fait eux-mêmes un nom dans l'armée, Charles ayant été l'aide de camp du maréchal Canrobert, Alfred étant mort général de divibion ; on peut citer encore M. Jaurès, alors capitaine de frégate, mort en 1870, vice-amiral, après avoir commandé avec distinction notre escadre au Japon.

Pendant son séjour à Fressin, le baron Achille invitait à sa table, merveilleusement servie, à la grande

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manière des grands financiers de cette époque, toutes les personnes notables du voisinage, M.Viollette, entre autres, et la famille Le Noir, sa plus proche voisine. Le baron et la baronne étaient très aimés. Leur séjour à Fressin était une fête pour le pays, un bienfait pour les fournisseurs et pour les pauvres. L'église de la pa^ roisse n'était pas oubliée; le dimanche, tout le monde se rendait à la Messe.

Le mariage de M«"® Seillière a interrompu ces voyages annuels de la famille. Les magnificences du château de Mello, et des goûts moins champêtres et moins simples retenaient les enfants, devenus des jeunes gens, dans les environs de Paris, auprès de leurs relations fort brillantes et nombreuses (i).

A la mort de sa mère, M. Roger Seillière était majeur. M. le baron Achille eut la tutelle légale de ses deux autres fils qui eurent pour subrogé tuteur M. le prince de Sagan. Quant à la princesse de Sagan, elle était émancipée par le fait de son mariage. Les quatre enfants étaient héritiers, chacun pour un quart, de Madame leur mère.

Le 27 juillet 1869, M. le baron Achille Seillière acquit de César Dautremer, moyennant douze cents francs de prix principal, quatre-vingt-quinze ares quarante centiares de terre à labour, sise à Créquy, au Bois-de l'Ane. L'acte de vente fut écrit par M^ Bailly, notaire à Fruges.

Sentant sans doute sa fin prochaine, M. le baron Achille Seillière voulut mettre ordre à ses affaires et régler la situation de chacun de ses enfants.

Monsieur le baron Roger Sinllière, en vertu de l'acte de liquidation et de partage passé devant M^ Segond,

(l) Cette page a été écrite sur des renseio^nements qui nous ont été donnés par le plus vieil ami des enfants du baron Achille Seillière.

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notaire à Paris, le 19 février 1872, devînt propriétaire des bois de Fressîn, Sains et Créquy, ainsi que de la maison des Bacqueville, devenue le château de Fressin. De plus, les i^*^ et 2 mars 1872, M. le baron Achille Seillière vendit à son fils, M. Roger Seillière, demeurant avec lui à Paris, rue Saint-Dominique- Saint-Germain, 131, les acquêts de la Communauté, savoir les dix-huit articles précédemment énumérés, dont dix-sept dépendant de la société d'entre M. le baron et M™^ la baronne Achille Seillière, et le dixhuitième de l'acquisition faite à Créquy par M. le baron Achille, après le décès de son épouse. Il fallut y ajouter les meubles et objets mobiliers garnissant le domaine de Fressin . Les droits de M. le baron Achille en propriété étaient fixés, en 1872, à vingt millions, sept cent trente-deux mille deux cent quatrevingt-quatorze francs, dix centimes. D'après le contrat passé devant M* Segond, notaire à Paris, les i^"" et 2 mars 1872, M. Achille vendit à M. Roger les dix-huit articles pour vingt-huit mille trois cent six francs quarante-cinq centimes ; les effets mobiliers pour quatorze mille quatre cent dix francs ; ensemble : quarante-deux mille sept cent seize francs quarante-cinq centimes.

Depuis 1872, Monsieur le baron Roger Seillière tsX seul de sa famille propriétaire à Fressin, Créquy, Sains et Royon. Il parut quelque temps avoir la pensée sinon de se fixer auprès de nous, du moins d'y passer une notable partie de l'année. Il fit construire en 1872-73 un important chenil entre le château actuel et le château féodal. Quelques années il y entretint une meute d'environ 200 chiens. Les écuries renfermaient une vingtaine de chevaux, et les employés occupaient un gracieux chalet, oti nous fûmes heureux de trouver un abri en 1887.

Matériellement l'équipage était avantageux au com-

merce local; mais la médaille avait bien son revers. Le chenil est maintenant abandonné, les stalles des chevaiix sont vides. La vie et le mouvement n'y reparaissent que de temps à autre, quand des amateurs y amènent une meute étrangère et organisent quelques parties de chasse.

Après^Ia mort de madame la Vicomtesse Le Noir, arrivée le 29 mars 1888, M. le baron Roger Seillière acheta la maison de campagne avec ses jardins et dépendances, de la contenance de 2 hectares, 8 ares, 26 centiares, moyennant la somme de vingt-cinq mille francs. Acte du 17 Novembre 1888; notaire; M" Waulle.

Le baron vient rarement à Fressin, et ses apparitions y sont aussi brèves que rares. On serait si heureux pourtant de Vy voir résider, entouré d'une charitable baronne et d'aimables enfants! Il s'intéresse néanmoins à sa châtellenie. On lui doit la belle horloge du clocher, le pont de la Lombardie, et quand nous avons fait appel à sa générosité pour notre sacristie, il nous a fait adresser l'ornement qui nous manquait. Outre le chauffage qui leur est assuré moyennant un facile travail, les pauvres du village recueillent toujours au château des aumônes régulières et abondantes, qui leur sont remises par le représentant de M. le baron, sans préjudice des secours exceptionnels que ledit régisseur est autorisé à leur accorder selon les circonstances et les besoins (i).

(i) Pour publier tous les détails et les chiffres qui abondent dans ce chapitre, nous avons sollicité Tagrément de M. le baron Roger Seillière.

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