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1866 — 955 habitants.
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La plupart des maisons démolies étaient des maisons d'ouvriers ou de mendiants. Malgré cela, il y a encore à Fressin une quarantaine de ménages qui sollicitent les secours de la charité, ce qui ne se voit nulle part à égale proportion, du moins dans un pays agricole.
Cependant Fressin a gagné sous certains rapports. Il a eu naturellement sa part dans les améliorations de notre époque. De bonnes petites routes le relient aux routes nationales de Rouen à Saint-Omer et de Montreuil à Mézières ; ces routes lui rendent faciles les communications avec les localités voisines. Les voitures roulent légères et rapides sur les fins graviers, là où autrefois le chemin se confondait avec le lit de la rivière ou les échancrures abruptes du ravin.
Les mendiants de Fressin ne sont pas tous absolument misérables. Il ne faut pas exagérer. On envoie bien souvent les petits enfants demander leur morceau de pain, tandis que Ton a dans l'étable une chèvre au gros pis et parfois une vache avec son veau. Vers janvier et février, il y a de l'argent partout. On a livré le tabac. La commune compte une bonne soixantaine de planteurs, parmi lesquels peu de riches. C'est autant de voix sur lesquelles peut compter le candidat officiel, quels que soient le nom et la forme du gouvernement. Tout ce monde-là vit sans trop de misère, et il est inouï qu'un pauvre y ait manqué de pain.
Il n'y a, du reste, aucune industrie à Fressin. On n'y connaît guère que des rentiers, dont le nombre va tous les jours diminuant, des cultivateurs, des ouvriers de ferme, des planteurs de tabac et quelques hommes de métier.
Il y a six principales exploitations agricoles: l'une au centre du village; les autres à l'Épaule, à Barles, au Plouy, à l'Ermitage et au Tronquoy.
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Il y a une fabrique de pannes au Fond de Barles sur la route nationale.
Fressin eut longtemps deux études de notaires; elles se sont confondues en une seule en mars 1837; M* Georges- Emile Viollette succéda alors à M^^ Jacques Viollette et Augustin Louvet.
Pour les écoles, les sexes furent séparés dès l'année 1830. Un prêtre éminemment charitable, d'une charité vraiment intelligente, M. l'abbé Alexandre Héame, originaire de Fressin, fonda une école de filles, qu*il donna, sans aucune réserve, à la Congrégation de la Sainte-Famille d'Amiens (i). 11 assura, de plus, l'entretien de cette fondation en la dotant d'une propriété. Il comptait toutefois sur la rétribution scolaire pour parfaire le traitement des trois Religieuses. La commune de Fressin jouit donc, depuis plus de soixante ans, d'une précieuse institution qui lui a fort peu coûté.
Depuis 1882, l'instituteur de Fressin a un adjoint.
Fressin est mentionné dans les Guides et dans certaines Géographies comme un endroit a visiter. En toute saison l'on y rencontre des touristes ou des curieux. En été, spécialement à l'époque des vacances, il ne se passe point de semaine qui n'y amène, et parfois de bien loin, des archéologues ou de simples amateurs, qui viennent, les uns isolément, les autres par groupes, admirer les ruines imposantes du vieux château des Créquy et la monumentale église élevée par les mêmes seigneurs.
Car Fressin est un lieu historique. Ce nom est plein de souvenirs.
Le roman et le théâtre ont rendu populaire la
(i) On verra en son lieu que, si les sexes furent séparés en l83o, les Sœurs n'arrivèrent qu'en i834.
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merveilleuse légende de Raoul de Créquy, dont les aventures à travers les hasards et les misères de la croisade eurent leur dénouement historique au château de Fressin, Des guerriers, des prélats, des diplomates naquirent en ce château.
Il y a là un double sujet d'étude qui provoque les recherches de l'historien, et il semble qu'il y a là aussi un devoir qui s'impose à un gouvernement soucieux d'honorer les gloires nationales : le devoir de veiller à la conservation de cet édifice et de ces restes.
Eglise et château appartiennent à cette noble architecture qui doit nous être particulièrement chère, parce qu'elle est essentiellement nationale, dirons-nous avec un savant archéologue ; à ce beau système de l'ogive qui marque un triple affranchissement : celui de l'art français, qui renonce à tout emprunt byzantin ou grec ; celui du culte catholique, qui ne veut plus rien devoir aux temples de l'Olympe ; celui, enfin, de la nation, qui célèbre son émancipation et abrite sa liberté à l'ombre de ses beffrois.
Toutefois, le château et l'église de Fressin ne datent point de la belle époque du style ogival, qui fut le XIII*^ siècle ; ils paraissent être du XV^ siècle, époque du gothique flamboyant. Ils sont contemporains l'un de l'autre : le soubassement est identique à l'église et au château ; c'est un damier, moitié gresserie, moitié cailloux supérieurement taillés. Ce qui reste de nervures au château indique aussi la même ogive qu'à l'église.
Si le lecteur veut bien se donner la peine de nous suivre, nous lui parlerons du château de Fressin et des seigneurs qui l'ont habité ou possédé. Puis nous essayerons de lui donner une description exacte et complète de l'église. Et enfin, nous retracerons, aussi
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détaillées que possible, les annales de la paroisse et de la commune.
Les seigneurs avant le village; car, sans eux, Fressin ne serait point. Mais il ne faut pas s'attendre à une histoire dans le sens adéquat du mot. Ce serait hors de nos moyens et hors de notre sujet. La famille de Créquy s'est, paraît-il, subdivisée en douze branches. Il nous suffira de marquer en larges traits les a :tes principaux des seigneurs de Fressin et de donner la succession chronologique des dits seigneurs.
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