CHAPITRE II
Les Créquy
Nul no 8*7 frotte.
Qui s'y frotte 8> pique.
D'or au oréquier de gueules.
Plusieurs généalogistes font commencer la filiation des sires de Créquy avec Arnould-le-Vieux, dit le Grand ou le Barbu. Ils disent que ce troisième comte de Flandre, qui guerroya dans nos contrées, y fit bâtir un château-fort, qui fut ia résidence des sires de Créquy.
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Arnould-le- Vieux abdiqua en 958, et mourut en 964. Le premier château daterait donc du milieu du X^siècle.
Mais ce n'est pas une antiquité suffisante au gré de quelques-uns. La Biographie Hoefer signale l'opinion d'autres généalogistes, d'après lesquels il y aurait eu un Arnould de Créqtiy, dit aussi le Vieux ou le Barbu, en Tannée 857, c'est-à-dire un siècle plus tôt. Cet Arnould aurait été l'un des plus zélés serviteurs du roi Charles-le-Sîmple. Selon M. Tcrninck, il aurait été tué en combattant dans les armées de ce prince, et après y avoir accompli des prodiges de valeur.
L — Avec Ramelîn, nous avons enfin un personnage historique. Avec lui, nous voyons apparaître une famille dont on peut suivre sans lacune la descendance de mâle en mâle par ordre de priniogéniture.
Le père Anselme et Moréri sont d'accord pour donner pour souche, à la famille de Créquy, Ramelin, qui vivait en 986.
Saluons, avec M. de Laplane, cette noble famille des sires de Créquy, cette famille puissante et illustre, qui, pendant bien des siècles, eut à Fressin sa principale résidence. Iille possédait aux alentours de nombreuses terres à clocher, parmi lesquelles nous pouvons citer : Créquy, dont ils prirent le nom ; CONTES, qui servitlongtemps à désigner une branche cadette encore survivante; Fressin , Ruisseauville , Hesmond, Blangy, Salns-lez-Fressin, Cavron , Coupelle- Neuve, VVambercourt, Planques, Tokcy, Royon, Rlmboval. Wacquinghem, I^krnieulles, Offin , Bléquin. Cléty, Fléchin , Souverain Moulin, Langles, Frohans, Rouverel, Canaples, Pont- DormY ou PONT-RÉMY, etc., etc. On y peut ajouter Blécourt, Cléry, Auffeu, Ricky, Heilly, Bîer- BARCH, etc., etc.
Ramelin, sire.* de^ Fressin, épousa Alix, fille du
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seigneur d*Oisy et d'Honnecourt. Il fonda, en 986, de concert avec sa pieuse compagne, l'abbaye de Ruisseauville, qui fut placée sous l'invocation de la Sainte- Vierge, et porta le nom de Sainte-Marie-au-Bois, Sancta Maria ifi neinore. Cette maison fut offerte aux chanoines réguliers de Saint- Augustin, et releva de la Congrégation d'Arrouaise. Plusieurs Créquy voulurent dans la suite y avoir leur sépulture.
La question des origiives de la famille de Créquy, après bien des recherches, reste pour nous fort obscure 11 est certain que l'abbaye de Ruisseauville fut bâtie par un sire de Créquy, nommé Kamelin; mais nous n'avons pas de documents qui nous permetter.t d'affirmer où résidait ce Ramelin, ni de préciser d'une manière absolue l'époque où il fonda l'abbaye.
Un savant archéologue , qui , étant venu épouser à Planques une descendante des Créquy, s'est livré à des recherches d'où nous est venue sa notice sur Frcssin, M. Terninck, a écrit que la famille de Créquy habita assez longtemps la commune qui lui avait donné son nom, près de l'antique bourg de Fruges, et non loin du Septemvium , d'où rayonnaient plusieurs des voies romaines de l'Artois, alors encore en partie praticables. Elle avait bâti près des sources du ruisseau de la Créquoise un château-fort , dans lequel grandit et prospéra cette noble race Mais plus tard , en. 13CO, sans doute à la suite de guerres qui abîmèrent ce donjon , Créquy fut abandonné , et ses seigneurs allèrent bâtir à Fressin un imposant manoir , qui devint depuis le siège principal de la famille.
Cependant, aujourd'hui encore , on voit à Créquy les restes de l'antique château, ces fossés si profonds, dans lesquels la Créquoise prend sa source, et ces remparts en terre si élevés , au centre desqueh est située maintenant une habitation , moitié ferme , moitié château.
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Fressîn était, à cette époque, un bourg important. Aussi les seigneurs de Créquy s'y complurent-ils depuis lors , et n'ont-ils cessé de l'habiter jusqu'à sa destruction.
Telle est l'opinion de M, Terninck : d'après lui , nos seigneurs sont venus de Créquy à Fressin.
Tout autre est le sentiment de M. H. de Laplane. « Fressin , écrit-il , est antérieur à Créquy de plusieurs siècles. > Les noms de famille , abandonnés depuis la période romaine, n'avaient point encore reparu dans le nord de la France. Les fondateurs de l'abbaye de Ruisseauville s'appelaient tout simplement Ramelin et Alix, sans autre qualification de fief, de terre ou de seigneurie , ce qui indique qu'ils n'en avaient pas encore. Il n'est nullement question de Créquy à èette époque Plus tard, à la réapparition des noms patronymiques, au commencement du Xfl^ siècle, les seigneurs de Fressin auront pris ce surnom de Créquy, lequel , s'il faut en croire la plus vulgaire tradition , et s'en rapporter au Père Malbrancq, aurait pris son origine dans l'abondance des créquiers , arbre à crecques ou prunier sauvage {prunus silvesttis) , que produisait la contrée désignée alors dans les chartes sous l'appellation de crescqnium nemorosnm. Les descendants de Ramelin auraient ensuite imposé ce nom de Créquy à la terre qui le porte encore aujourd'hui, et ce. nom a été régulièrement porté jusqu'à ces derniers temps par tous les rejetons de cette noble branche des seigneurs de Fressin, < la même qui, en même temps qu'elle laissait son nom à un village dépendant de ses domaines, adoptait le blason d'or aw créquier de gueules, insensiblement métamorphosé, on ne sait trop pourquoi, par l'imagination des dessinateurs ou des poètes, çn un chandelier à sept branches. »
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Nous n'apprécions pas bien le sel de cette boutade finale.
On pourrait plaisanter avec autant d'esprit sur le lis de la Maison de France. Il ressemble plus à une arme de guerre qu'à la fleur parfumée et symbolique de nos jardins.
Mais laissons cela. Ce qu'il faut retenir, c'est que, selon M. de Laplane , les seigneurs de Fressin sont originaires de Fressin , qu'ils ont pris au XIl^ siècle le nom de Créquy, et qu'ils ont donné ce nom au village relativement moderne , dont ils seraient ainsi les fondateurs,
La raison de cette opinion., émise sans preuve, nous échappe complètement. Si Ramelin ne s'appelait point Créquy, il ne s'appelait pas non plus Fressin. Cependant , nous avions d'abord adopté ce sentiment , le supposant appuyé sur des documents sérieux , et croyant devoir donner toute notre confiance à l'autorité reconnue de M. de Laplane. Mais non, pas de preuves, rien qui puisse faire incliner vers cette hypothèse. Les paléographes que nous avons consultés , ou bien ont décliné leur compétence, ou bien nous ont déclaré que le système de M. de Laplane leur paraît insoutenable. Sans connaître assez le Père Malbrancq pour savoir combien ses explications étymologiques sont généralement hasardées, ils rejettent comme trop fantaisiste celle du nom de Créquy, dérivé de créquier, Créquy, selon eux, est plutôt un nom de lieu venant sans doute du nom de quelque ancien propriétaire gallo-romain. Ce nom de lieu est devenu, à son tour, comme beaucoup d'autres , le nom de la famille seigneuriale qui a possédé cette terreaux temps féodaux. C'est insensiblement et par le fait même de la possession que le nom de la seigneurie est devenu le nom de famille , quand les noms de famille se sont formés»
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Le fait que le nom de Créquy et non celui de Fressîn est devenu le nom propre de la famille possédant les deux seigneuries, tendrait a e'tablir que Crequy a été son point de départ.
Ce n'est point la famille qui dénomme la terre, mais la terre qui donne son nom à la famille qui la détient.
Cependant, quoique plus vraisemblable, cette opinion n'est rien ^moins que certaine. Car les trois villages actuels de Fressin, Sains et Créquy, sur le territoire desquels se trouvent les trois grands bois de la seigneurie, pouvaient fort bien ne faire autrefois qu'un tout sans séparation. Il ne nous est donc pas permis de dire que nos seigneurs ne sont pas originaires de Fressin, bien qu'il y ait une probabilité plus grande en faveur de Créquy.
Il y a eu un château à Créquy : il en reste des vestiges manifestes. Or, la terre de Créquy n'a jamais été séparée de celle de Fressin. Il n'en est pas de Créquy comme d'Hesmond, de Douriez et de dix autres lieux, où il s'établit des branches cadettes : Créquy et Fressin ont toujours appartenu à la branche aînée des Créquy. Cela étant, et Fressin ayant toujours été la résidence des sires de Créquy, du moins à partir de Tan 1300, comme l'affirme M. Terninck, on peut se demander dans quel but ces seigneurs auraient interrompu leur séjour à Fressin, abandonné ce village, pour y revenir ensuite. Ou bien nos seigneurs, originaires du village de Créquy, sont venus de ce village à Fressin, comme l'écrit M. Terninck; ou bien, s'ils ont résidé à Fressin dès l'origine, comme le veut M. de Laplane, il faut croire qu'ils ont élevé plus tard le château de Créquy comme une défense ou un fort détaché, sans y résider eux-mêmes. Du reste, à part les fortifications du vieux donjon, il n'y a
rien à Créquy, ni église, ni chapelle, d'où Ton puisse conclure au séjour ordinaire d'une famille seigneuriale.
Dire que le village de Créquy n'existait point et en donner pour raison que le fondateur de Ruisseauville s'appelait Ramelin tout court, surtout lorsque l'on prend soin d'observer que l'usage des noms de famille n'avait point encore reparu, c'est une argumentation dont nous ne saisissons pas la force.
Ceci soit dit sans méconnaître l'importance d'une opinion émise par M. Henri de Laplane, à la mémoire duquel nous devons personnellement respect et reconnaissance.
Quant à l'abbaye de Ruisseauville, on est loin d'être d'accord sur la date de sa fondation. Moréri donne l'année 986, et cette date est souvent citée. Hennebert l'adopte d'api es un cartulaire. D'autres prétendent que cette fondation n'eut lieu qu'en 1099, et ils la supposent l'œuvre d'un autre Kamelin, fils de Bouchard; ils se fondent sur l'épitaphe de ce Ramelin, qui aurait été découverte en 1349. C'est la date qu'adopte M. Terninck. M. de Laplane, et, à sa suite, M. le chanoine Robitaille, adoptent la date de 1127, que donnent Aubert le jMire et Foppens : Ramciimis... circa annnm 1127, Rivovi liant, vulgo Ruisseauville, fuudavit(MiRŒ\JS, I, in-f°, p 76, note).
M. de Laplane avoue que son sentiment n'a d'autre base que € le témoignage de deux savants et consciencieux chroniqueurs ». Les titres font défaut.
L'abbaye de Ruisseauville, écrit incidemment l'abbé Meunier, a été fondée par Ramelin de Créquy, fils de Bouchard, en 1099.
M. Deramecourt dit de même : l'abbaye de Sainte- Marie-au-Bois, de Ruisseauville, eut pour fondateur principal Ramelin de Créquy, qui l'affilia à la Congrégation d'Arrouaise, en 1099.
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Selon l'auteur du Dictionnaire des Abbayes, elle fut fondée, de Tan 1090 à l'an 11 37, par Ramelîn de Créquy, noble picard, et par Alix, sa femme.
Il est donc difficile et il serait téméraire de se prononcer catégoriquement sur cette question. A notre humble avis, il y a lieu d'admettre la date la plus éloignée, c'est-à-dire la fondation de Ruisseauville en 986. Cette date, acceptée par de sérieux auteurs, concorde mieux avec la chronologie générale. La Biographie Hoefer la tient pour certaine.
Il n'est pas invraisemblable que, fondée en 98e, l'abbaye de Ruisseauville ait été l'objet de la munificence des seigneurs de Fressin à des dates postérieures, comme en 1099, 1127 et 1137. C'est le contraire qui aurait lieu de nous étonner.
On cite en faveur delà fondation en l'année 1127 les lettres de Jean, évêque des Morins, érigeant en abbaye la cella de Ruisseauville. C'est une preuve, selon nous, que le monastère existait antérieurement, bien que non encore complètement organisé.
Nous venons de lire une étude étymologique, d'après laquelle Créquy dériverait du celtique craig^ pierre ; d'où les villages de Créquy et de Crecques. On nous dit de même qu'en langue celtique sin veut dire bois, forêt \ d'où Sains- les-Fressin. Mais le même nom ne peut pas dériver à la fois du celtique et du latin.
Selon M de Laplane, ainsi que nous l'avons vu, Fressin est antérieur à Créquy « de plusieurs siècles >, et ce sont les seigneurs de Fressin qui, sous le nom de Créquy, ont joué dès longtemps un rôle mémorable dans l'histoire.
Constater que les fondateurs de Ruisseauville ne portaient pas encore le nom de Créquy, fixer pour date à la fondation de Ruisseauville l'année 1127, écrire
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ensuite que les seigneurs de Fressin prirent le nom de Créquy au commencement du XII^ siècle, c'est, ce nous semble, se contredire tant soit peu. On échappe à ce reproche en adoptant la date de 1099 et surtout celle de 986
Un argument qui nous paraît décisif contre l'opinion qui place la fondation de Ruisseauville à la date relativement moderne de 1127, c'est qu'en 1137 l'évêque de Thérouanne, Milon de Selincourt, ancien curé de Verchin, prit des religieux dans la communauté de Ruisseauville pour peupler l'abbaye de Beaulieu à Ferques (i). Cela n'indique pas une maison qui vient d'être fondée. Quoi qu'il en soit, le fondateur de Ruisseauville est désigné dans toutes les histoires sous le nom de Créquy.
II. — Le fils aîné de Ramelin et d'Alix, Bauduin h% assista, en 1007, au siège de Valenciennes, et combattit dans les rangs de l'armée française, avec Baudouin le Barbu, comte de Flandre, contre Henri, roi de Ger- • manie, futur empereur d'Allemagne. On lui attribue la devise : Nul ne s^y frotte^ et le cri de guerre : A Créquy, à Créquy, le grand baron ! Mais M. Terninck, qui le désigne sous le nom de Baudouin III, écrit à tort que la bravoure qu'il montra dans la guerre de Flandre, lui valut le titre de < Baron d'Artois » Dans une étude d'histoire locale, surtout quand il s'agit de la question souvent douteuse des origines, nous croyons devoir enregistrer toutes les opinions, tenir compte de toutes les légendes La légende, lorsqu'elle est donnée comme telle, appartient à l'histoire. Elle donne aux faits qu'elle encadre leur physionomie vraie, et à la narration sa couleur locale. Mais nous ne donnons comme jait histoiique que ce qui nous est affirmé par une