‹ Fressin; histoire, archéologie, statistiqueChapitre 7 sur 136 · H. DE ROSNY · texte numérisé non relu

H. DE ROSNY

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tradition constante ou se présente à nous avec des parchemins authentiques. Or, la légende d'un Baudouin III, créé Baron d'Artois en 1007, est vraiment trop dépourvue de vraisemblance. La province d'Artois date du règne de saint Louis : ni la chose ni le nom n'ont existé auparavant. Baudouin de Créquy sera donc pour nous Créquy le grand baron^ et non le baron d* Artois.

Baudouin I" épousa Marguerite de Louvain, dont il eut:

P Bouchard, son successeur à Fre.ssin ;

2^ Henri, seigneur de Bierback, qui laissa une postérité ;

3*^ Anne, mariée à Warin, sire de Craon. III — Bouchard vivait en 1052. Il épousa Richilde, ftUe de Hermez, comte de S'-Pol, dont il eut, entre autres enfants :

IV. — Gérard, qui alla en Terre-Sainte en 1096 et épousa Yolande, fille de Baudouin III, comte de Hainaut et d'Yolande de Gueldres, dont il eut :

1° Radulphe ou Raoul, son successeur à Fressin ;

2° Geoffroy;

3° Baudouin;

4° Anselme ;

5° Mahaut, qui épousa Baudouin de S^-Omer.

V. — Raoul, bire de Créquy et de Fressin, accompagna le roi Louis VII à la deuxième croisade. M. de Laplane croit qu'il fut le premier qui prit les armes et le nom de Créquy, nom dont l'origine serait, d'après l'étymologie peut-être fantaisiste de Malbrancq, la vaste forêt connue avant lui sous l'appellation de Cresequiuvi, crcsciacnm ucmorosnin^ bois planté de créquiers ou pruneaux sauvages.

Dans la suite , on aurait bâti un château dans la vallée de la Créquoise , et le village qui se serait

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formé autour de ce château aurait porté le nom de Créquy.

Ce bois, planté de aréquiers, nous laisse quelque peu sceptique. Je trouverais plus vraisemblable de faire dériver Fressin de Fraxinetum, lieu planté de hêtres, à moins qu'il ne signifie la terre des archers, étyniologie qui pourrait bien venir de Fraxinus.

Le légendaire Raoul vécut donc sous Louis VII

M. de Laplane le fait vivre un siècle plus tard. Selon cet auteur , Raoul serait allé à la croisade non avec Louis VII , mais avec saint Louis , dont il aurait partagé la captivité après la funeste bataille de la Massoure en 1250. C'est confondre deux personnages distincts.

Quoi qu'il en soit, Raoul de Créquy est le héros de la légende si connue, légende embellie par la poésie, élevée par elle aux honneurs de la scène française , et qui, dépouillée des créations fantaisistes des romanciers, offre encore un véritable intérêt, et conserve un caractère historique dans Tesprit et les mœurs du temps.

Le récit du «larmoyant romancier >, intitulé: Epreuves et sentiments , a inspiré les auteurs de la pièce de théâtre.

Cette pièce, composée par Dalayrac, sous le titre : Raoul, sire de Créqui, a été représentée pour la première fois au théâtre italien, le 31 octobre 1789. Elle a été reprise , à l'Opéra Comique , à l'occasion du Centenaire et de l'Exposition, le 5 juillet 1889. Son succès a été plus grand, et elle a été plus applaudie en 1889 qu'au siècle passé. Alors la province était en défaveur, tandis qu'aujourd'hui elle tend à reconquérir son ancien prestige. Voici ce qu'en écrivait Grimm dans sa Correspondance littéraire :

< Comédie en trois actes et en prose, mêlée d'ariettes,

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< paroles de M. Mouvel , musique du chevalier Dalay-

< rac. Le sujet de cette pièce est tiré d'une nouvelle

< de M. d'Arnaud . C'est plutôt une pantomime

< qu'une pièce; mais c'est une pantomime fort dra-

< matique, et surtout fort pittoresque. »

En 1889, la musique fut revue par M. Lacôme.

Depuis plusieurs années déjà, Raoul avait donne son nom et sa main à une noble dame, Mahaud, fille de Renaud, sire de Craon et d'Ennoguen de Vitré , et ils vivaient heureux dans leur château de Fressin. Avant de quitter la demeure de ses pères pour prendre avec son roi le chemin de la Palestine, Raoul avait brisé, selon l'usage, son anneau nuptial, dont chacun des époux devait conserver la moitié comme souvenir de mutuelle affection et en signe de reconnaissance.

Blessé dangereusement en faisant à son roi un bouclier de son corps, Raoul tomba au pouvoir des Sarrasins. Un Turcoman barbare le charge de fers, et lorsque par un miracle il est rendu à la vie, Mehémet l'accable d'outrages et l'assujettit aux travaux les plus vils. Un fils de cet infidèle, touché de compassion,

« En voyant ce pauvre martyr,

< Dans ses ennuys,

« Se consumer au souvenir

< De son pays >,

ose briser les chaînes de Raoul. Affranchi de sa longue et cruelle captivité, Raoul s'embarque ; après avoir essuyé la plus terrible tempête, il touche le sol de la France et arrive bientôt dans les environs de son castel. Sur le bruit de sa mort, son Adèle bien-aimée , vaincue par les persécutions du sire de Renty, allait le suivre à l'autel. Raoul se présente à elle couvert des haillons de la misère et tellement défiguré par

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