‹ Fressin; histoire, archéologie, statistiqueChapitre 90 sur 136 · L. Prin, firf · texte numérisé non relu

L. Prin, firf

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Le onze juillet 1878, M. le Vicaire-général Proyart adressait à M. Prin diverses pièces, par lesquelles Mgr Lequette lui permettait de bénir ou de faire bénir une chapelle de Jésus flagellé et trois grandes statues, à savoir celle de Notre-Dame de Lourdes, celle du Sacré-Cœur et celle de Notre-Dame du Sacré- Cœur, le tout solennellement et avec une procession.

La belle chapelle de Jésus flagellé en remplaçait une autre qui avait été bâtie sous la Restauration pour recevoir l'antique statue que des mains précieuses avaient sauvée à la Révolution. Cette nouvelle chapelle est tout à fait hors de proportion avec l'ancienne par ses dimensions comme par l'élégance de sa construction. Tandis que l'ancienne tournait le dos à la voie publique, la nouvelle a sa porte en face de la route, ce qui n'empêche point d'y aborder par le cimetière.

Le portail est surmonté d'un dais en forme de campanile abritant une petite statue de Notre-Dame de Lourdes, ce qui a peut-être l'inconvénient de tromper sur le vocable de la chapelle. L'ensemble fait une jolie petite construction romane, en briques et pierres, avec toit en ardoises. Au pied de la statue de la Vierge se lit cette inscription :

JE SUIS L'JMMAGULÉIi: CONCEPTION

M. Prin avait demandé l'autorisation de dire la sainte messe dans la chapelle de Jésus flagellé. M. Proyart lui fait observer que c'est là une question à part, qui ne peut être résolue qu'après mûr examen.

La statue de Notre-Dame de Lourdes fut placée dans le transept, à côté de la chapelle du Rosaire, au-dessus de la petite porte de la sacristie. M. Prin crut devoir faire peindre le panneau de muraille adjacent et y marquer les événements de Lourdes et

les demandes de la Vierge, sans prévoir qu'en moins de dix ans Thumidité aurait effacé ces peintures.

La statue du Sacré-Cœur et celle de Notre-Dame du Sacré-Cœur furent placées de chaque côté du maitre-autel. M. Prin ne nous a rien laissé qui nous fasse connaître la matière, la provenance^ ni le prix de ces trois statues, ni de celle de saint Benoît Labre, qu'il fit placer dans l'autre côté du transept, pour faire pendant à celle de Notre-Dame de Lourdes,

La bénédiction de la chapelle de Jésus flagellé et des statues fut l'occasion d'une grande manifestation religieuse, u Procès-verbal de cette bénédiction sera dressé sur le Registre de la paroisse, ») était il porté dans t'ordonnance épiscopale. M. Prin n'en arien fait. Aucun document ne nous dit quel jour de juillet ou d'août 1878 eut lieu la grande cérémonie. Nous avons dû questionner diverses personnes pour savoir qu'elle eut lieu le Dimanche 14 juillet. Il nous est également revenu qu'elle avait été très belle et qu'elle avait attiré beaucoup d'étrangers. On nous rapporte aussi que M. Prin, qui avait tenu à prêcher lui-même en cette circonstance, se trouva subitement indisposé, et s'affaissa dans la chaire qui avait été établie dans la cour de M. Waulle; mais cette indisposition n'eut point de suites.

La concession épiscopale exigeait trois choses :

1° Les fidèles qui voudront ériger un Calvaire ou faire construire une chapelle, devront préalablement consulter M. le Curé sur son emplacement, sur sa forme et ses dispositions ;

2^ prendre l'engagement de pourvoira son entretien ;

3® accepter la condition de laisser à la fabrique de l'église du lieu le soin de percevoir et d'administrer les oblations qui pourraient être faîtes au monument religieux.

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M. Prin gagna sa cause au sujet de la permission de célébrer la sainte Messe dans la chapelle de Jésus flagellé. L'Ordonnance épiscopale, provoquée et rédigée par M. Proyart, est du 6 septembre 1878. Un des considérants porte que « la chapelle de Jésus flagellé est un but de pèlerinage, surtout à l'époque du tirage au sort. » Il y est dit que Monseigneur veut, autant qu'il est en lui, « récompenser et encourager la piété de rhonorable famille qui a fait reconstruire ce monument religieux)). M! le Curé de Fressin est autorisé à y célébrer la sainte Messe une fois par mois, depuis le niois d'avril inclusivement jusqu'au mois d'octobre aussi inclusivement, et unefois à l'époque du tirage au sort. Il pourra, en outre , permettre en tout temps à un ecclésiastique d'y célébrer la sainte Messe pour une dévotion particulière.

Les dites lettres étaient valables pour cinq ans.

M. Prin devait les faire renouveler en 1883. Il paraît y avoir renoncé ; du moins il n'en a rien fivit.

Une chapelle si rapprochée de l'église ne peut avoir les mêmes privilèges qu'une chapelle éloignée, laquelle donnerait de temps à autre facilité d'entendre la Messe à des vieillards ou à des infirmes qui en seraient ordinairement privés.

Une Messe dans la chapelle de Jésus flagellé ne saurait avoir de raison d'être que si vraiment elle était un but de pèlerinage et une cause de dévotion, et encore, en ce cas, devrait-elle être pourvue d'un mobilier nécessaire.

Pour nous, il nous plairait assez que la Messe pût y être dite à la station du 25 avril et des trois jours des Rogations.

En 1878, la cérémonie de la première communion eut lieu le 17 novembre. Le mois précédent, le 27 octobre, M. Prin conduisit vingt-un garçons et

vingt-quatre filles à l'église de Torcy, pour y être confirmés.

Le 20 avril 1879. M Raphaël VioUette. conseiller municipal, assista à la séance du Conseil de fabrique comme délégué de M. Vaillant. Au compte. M. Waulle déclara 5.684 fr. 46 centimes de recettes, en y comprenant l'importance de la vente du mobilier de M. Bonhomme à placer sur l'État.

Les trois procès-verbaux du 20 avril 1879 sont les derniers qu'ait signés M. Emile Viollette et qui aient été rédigés par ses soins. Les onze pages suivantes sont de l'écriture et delà rédaction de M. Prin. Sauf pour le 4 janvier 1880, on n*y voit point d'autre séance que celle de Quasimodo, et, comme tous ses confrères, il ne fait qu'un seul procès-verbal. Nous avons déjà regretté le système de margination suivi par notre prédécesseur. Nous n'y reviendrons pas.

En 1879, la cérémonie des premières communions eut lieu le 8 juin.

M. Emile Viollette étant mort le I4 septembre 1879, fut remplacé, le 4 janvier 1880, par M. Jean-Haptiste Bruche. En cette séance, M. de Wailly fut élu président du conseil, et M. Bruche président du bureau, <fonctions, écrit M. Prin, que M. Emile Viollette cumulait irrégulièrement. »

Jusque-là on ne s'était occupé que des comptes ; mention n'avait jamais été faite, au procès-verbal, de la discussion ni du vote des budgets. M. Prin, dans ses procès-verbaux, signale les deux opérations ; mais il ne donne pas non plus le résultat du vote, je veux dire le total des recettes présumées et des dépenses notées.

Premières communions : en 1880, le 23 mai ; en 1881, le 12 juin ; en 1882, le 6 août.

Le 12 mai 1880, à la prière de M. Prin, Monseigneur

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réglementa les Expositions, Bénédictions et Processions du Très-Saint-Sacrement dans l'église de Fressin.

M. Prin avait Cait un tableau très étendu des jours où il aurait voulu avoir l'Exposition, laissant à Tautorité le soin d'effacer les jours qui ne lui conviendraient point. Il demandait la permission de faire l'Exposition aux fêtes de Pâques, Ascension, Pentecôte, Assomption, Toussaint, Noël et les jours des premières Communions.

jM. Proyart, outre l'Exposition mensuelle, celle de l'Octave de la fête-Dieu, du dimanche de la solennité du Sacré-Cœur et du jour de l'Adoration perpétuelle, fixe trois fêtes : Pâques, Pentecôte, Noël.

Mgr Parisis, observe M. Proyart, ne permettait que trois jours, et il voulait que ces trois jours fussent des fêtes de Notre-Seigneur. De fait, quand nous avons dû dresser le tableau pour Crépy, Mgr Parisis nous attribua l'Ascension au lieu de la Pentecôte.

A l'Assomption, continue le vénéré chanoine, il convient d'exposer la statue de la Sainte- Vierge à la vénération des fidèles et de la porter en procession. A la Toussaint, il convient d'illuminer les images des Saints, de les décorer, etc. La cérémonie de la première Communion exige beaucoup d'allées et venues, lesquelles, en présence du Saint-Sacrement, seraient de nature à dérouter la dévotion des enfants. La rénovation des vœux du Baptême, au lieu de se faire devant le Saint-Sacrement exposé, doit se faire aux fonts baptismaux, que l'on peut décorer.

Quant aux processions du Saint-Sacrement à l'intérieur, l'ordonnance de Mgr Lequette n'en accordait que trois : aux vêpres de la Noël et de Pâques et au salut de l'Adoration. En 1888, nous en avons obtenu une quatrième de Mgr Dennel, aux vêpres de la Pentecôte.

De plus, Sa Grandeur nous autorise à faire une

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procession du saint Rosaire, avec chant des litanies de Lorette, aux vêpres de l'Ascension, comme aux vêpres du premier dimanche du mois.

En 1880 comme en 1878, M. le chanoine Proyart remercie M. Prin des précieux renseignements historiques qu'il a bien voulu lui adresser... Il est vraiment à regretter que notre prédécesseur ne nous ait pas laissé copie du résultat de ses recherches.

Mgr Lequette administra la Confirmation, dans l'église de Torcy, le 25 octobre 1881, à 27 garçons et à 25 filles de Fressin. Ce devait être la dernière tournée pastorale du bon évêque.

Le 8 avril 1883, en la séance de Quasimodo, M. Jean- Baptiste Bruche, qui a quitté la paroisse, fut remplacé au Conseil de fabrique par M. Alfred de Saint-Aignan, régisseur, représentant de M. le baron Roger Seillière. On dressa, en cette séance, un nouveau tarif des chaises de l'église, basé sur l'importance des fêtes.

Le 3 septembre 1883, mourut Madame Louvet, précédemment Madame Viollette, née Cornélie Ringal. L'église lui doit les verrières en grisailles du chœur.

Les dernières communions que prépara M. Prin furent celles du 30 septembre 1883. Il n'y en eut point en 1884, et désormais cette cérémonie n'a plus lieu que tous les deux ans, et aux années impaires. •

M. Prin découvrit que la Fabrique continuait de percevoir une rente fondée par le curé Picquet, à la date du ii septembre 1749, sans acquitter l'obit annuel dont elle avait Ta charge. Mgr Meignan, par une ordonnance du 26 septembre 1883, régla que, pour réparer les omissions, on célébrera quarante Messes dans l'intervalle d'un an, à un franc l'honoraire, et qu'à l'avenir la fondation sera acquittée par une messe basse, à l'honoraire de i fr. 50. Une note de M. Prin, d'après l'avis de M. le vicaire général Roussel, porte

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que cette Messe, fixée au i8 mars, pourra être dite le dimanche au profit des séminaires.

La dernière séance du Conseil de fabrique sous M. Prin fut celle du 20 avril 1884. Sauf M. de Saint- Aîgnan retenu chez lui par la maladie, tous les membres y assistaient. Cependant le procès-verbal ne porte que trois signatures ; celle de M. le curé, celle de M. de Wailly et celle de M. Waulle. Messieurs Viollette, Léon Bruchet et Annequin se retirèrent sans signer, quoique* M. Prin ait écrit que compte, budget et élections, tout a recueilli l'unanimité des suffrages. Mais il y avait eu divergence à propos de certains projets de M. le Curé. On avait parlé de renouveler une partie du pavé de l'église et le portail de l'Ouest, et M. Prin avait proposé de débarrasser les deux piliers de la tour des boiseries qui les alourdissent et servent à masquer encore davantage le chœur. Le Conseil < à une voix près », écrit M. Prin, donna son adhésion à ce projet. Nous pensons néanmoins que c'est cette propositron qui fit disparaître les trois membres dissidents.

La proposition de M. Prin était très modérée. Il ne demandait pas que l'on touchât au lambris qui s'étend sur les murs de l'église, ce que pourtant on nous a bien des fois conseillé de tenter. Enlever les boiseries des deux pieds de la tour, c'était tout simplementassimiler ces deux piliers aux piliers des nefs. A la rigueur, les trois voix obtenues permettaient à M. Prin d'exécuter son projet. Il s'en abstint néanmoins, et il fit bien.

Mais ce n'était pas une concession de ce genre qui pouvait calmer les esprits surexcités.

Il avait essayé inutilement d'un remède plus sérieux en procurant à sa paroisse le bienfait d'une mission.

Elle eut lieu en décembre 1882, et fut prêchée par

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les RR. PP. Duhamel et Tholin, religieux Rédemptoristes. M. Prin espérait, sans doute, en rétablissant la paix dans les consciences, rétablir la paix dans la paroisse. Mais la parole de Dieu fut écoutée avec méfiance. A tort ou à raison, on se persuada que le Père Duhamel, généralement si bien accueilli partout, suivait un programme qui lui était tracé. S'aperoevant de cette froideur, pour ne pas dire de cette hostilité, il crut devoir être plus incisif. L'intérêt des âmes lui paraissait exiger cette sévérité. L'effet produit fut tout le contraire de ce qu'on pouvait désirer.

Deux ans durant, l'agitation des esprits se traduisit sous toutes les formes : chansons dans les cabarets, inscriptions sur les murailles, insultes directes et personnelles, insubordination de la part de l'enfance. On voulait pousser à bout le curé et l'amener à se retirer. Mais il entendait rester à son poste. On adressa alors à l'évêché un factum odieux. Mais l'évêché ne pouvait accueillir une pareille pièce sans paraître céder aux menaces ou s'associer dans une certaine mesure aux ennemis de la religion II en fut autrement quand les premiers de la commune, maire, conseillers municipaux, conseillers de fabrique (deux seulement exceptés), principaux cultivateurs, mirent leur signature au bas d'une requête qui fut appuyée par M. le doyen. L'autorité diocésaine fit comprendre à M. Pria que le bien des âmes exigeait qu'il fût déplacé.

Il se soumit avec humilité, a Père saint et toujours digne de louanges, l'heure est venue d'éprouver votre serviteur. Père aimable, il est juste que votre serviteur souffre maintenant quelque chose pour vous. Père à jamais adorable, l'heure est arrivée où votre serviteur doit être un peu méprisé, humilié, abaissé devant les hommes, mais pour se relever avec vous dans l'aurore d'un jour nouveau et pour être glorifié

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dans le ciel. {De Imitatione Christi, lib. III, cap. 50, V. 3). >

Quelques-uns, parmi les meilleurs, furent tentés de penser que TEvêché aurait pu se montrer plus ferme, et ne pas changer malgré lui ifti prêtre que le tribunal ecclésiastique le plus sévère aurait trouvé irréprochable. Mais ils ignorent que dans l'état actuel de l'Eglise de France, Tévêque dont on voudrait faire un autocrate, ayant faculté de nommer, de déplacer, de révoquer ad nntnm les curés succursalistes civilement appelés desservants, est le premier à souffrir de cet excès de puissance, de cette puissance anormale qui est en réalité pour lui une véritable servitude, puisqu'elle le livre en proie aux obsessions des coteries de village, aux do ut des châteaux ou aux exigences des Préfectures. Il serait, du reste, illogique d'invoquer l'ancien droit canonique pour protester contre le déplacement, puisque ce droit n'est plus observé pour la nomination.

Au cours de la procession du 15 août 1884, M. l'abbé Prin bénit la chapelle érigée par M"** veuve Verdin en rhonneur de Notre-Dame de Miséricorde, en remplacement d'une autre chapelle qui portait le même nom.

Le premier acte de 1885 inscrit sur le Registre de catholicité est rédigé par M. Prin, qui se déclare curé d'Haplincourt, mais ayant encore juridiction sur la paroisse de Fressin.

Intérim.

La paroisse resta vacante jusqu'au mardi 10 mars. Dans l'intervalle, les actes sont rédigés par M. Dhallendre, curé de Coupelle-Neuve, ou par M. Capelle,

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curé de Planques. M. le curé de Planques, chargé de la paroisse, y venait dans la semaine. M. le curé de Coupelle-Neuve y venait chanter la grand'Messe les dimanches , après avoir dit une première Messe à Avondance, où la voiture de M. Waulle Fallait chercher. M. le doyen de Fruges pourvoyait au service de réglisb de Coupelle.

Plusieurs auraient bien désiré être nommés curés de Fressin, desquels le vœu ne fut point agréé ; d'autres, paraît-il, y furent nommés, qui préférèrent n'y point venir, peut-être un peu à cause de la persécution dont M. Prin avait été victime.

Au premier aspect, la paroisse de Fressin séduit sous beaucoup de rapports, à cause de sa belle église, de l'éclat de ses fêtes, du nombre considérable de communions qui s'y donnent dans l'année, et aussi pour le charme de sa situation, ses bois, ses villas et les excellentes familles qu'elles abritent. Mais la médaille a un revers. Au point de vue spirituel, s'il y a un total considérable de communions, c'est qu'il y a des communions multipliées ; mais il y a un grand nombre, un très grand nombre d'hommes, hélas ! et même de femmes qui n'ont de chrétien que le nom, sans souci des intérêts de leur âme, ne remplissant pas l'essentiel devoir du catholique, qui est celui de la communion pascale; plusieurs mêmes négligeant le devoir encore plus facile de l'assistance à la Messe du dimanche. L'étendue de la paroisse en rend le ministère difficile pour un prêtre âgé; de son église il a deux kilomètres à faire pour Barles, deux pour le Plouy, trois pour les Presles, au fond de la Lombardie ; un et quart pour la rue de la Lance ; un et quart pour l'Epaule ; quatre pour l'extrémité de l'Ermitage. Et, si Ton croit à une co.npensation matérielle, on va au-devant d'une déception ; il y a à Fressin

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quantité de pauvres ; les grandes familles diminuent ou disparaissent ; et, de la part des familles moyennes, abandon complet de la vieille coutume, conservée ailleurs, des seconds et troisièmes services funéraires, le prétexte de l'élévation du tarif ( que nous avons pourtant réduit en supprimant les frais extraordinaires pour tentures; se trouvant là fort à propos pour couvrir la diminution de l'esprit de foi. Depuis quelques années, l'indifférence religieuse a fait un pas de plus ; on voit des familles fort à l'aise refuser à leurs défunts le service du bout de l'an. Il en résulte que nombre de paroisses d'étendue trois fois moindre et de population fort inférieure offrent à leur titulaire plus de facilité pour vivre honnêtement sans faire de dettes. On cite à ce sujet dans le canton une parole de M. l'abbé Bonhomme :

A Fressin, des révéri^nces ; A Lebiez, des fiiiances.

La beauté du site, la salubrité du climat, les souvenirs historiques, l'avantage d'être en quelque sorte en notre pays natal, nous firent néanmoins apprécier notre nomination comme une faveur. Du reste, Monseigneur Dennel voulut bien nous écrire qu'il était heureux de nous donner une bonne paroisse.

Charles-Antoine Fromentin.

Notre nomination fut signée le 20 février 1885. Mais diverses considéiations, partie dans l'intérêt de la paroisse de Wailly, partie pour raisons de famille, nous firent, avec l'agrément de l'autorité diocésaine, différer notre prise de possession et notre installation

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jusqu'au mardi lo mars. Le premier seuil que nous franchîmes fut celui de notre église, où nous fûmes introduit à la fois par les autorités de la paroisse et par M. le doyen Bonvarlet, accompagné de Messieurs les curés de Coupelle-Neuve et de Planques. Beaucoup de fidèles suivaient M. le maire et les deux Conseils venus à notre rencontre.

La petite allocution que nous adressâmes à nos nouveaux paroissiens parut faire plaisir. Voici à peu près en quels termes nous leur parlâmes ;

f X l'âge où je suis arrivé, et surtout quand on ne jouit que (1 une faible santé, on hésite à braver les embarras, les fatigues et les ennuis d'un déplacement onéreux ; on ne quitte une paroisse que pour prendre sa retraite. Telles étaient mes^ pensées il y a trois semaines encore. Dn reste, j'étais aussi bien à Wailly quil est possible d'y être. Cependant, me voici votre pasteur de par la volonté de Monseigneur TÉvéque, volonté bien flatteuse pour vous, bien agréable pour moi. « Je suis « heureux, m'écrivait Mgr Dennel, d'avoir pu, dès les premiers « mois de mon administration, vous appeler à la direction d*uoe « paroisse qui promet des consolations h votre ministère. »

« En ce peu de mots, Monseigneur fait le plus grand éloge de Fressin, et il manifeste rintérét qu'il |)orte à uu prêtre qui a été son collègue il y a trenle-deux ans.

« Il avait raison de louer votre paroisse. Vous avez une église qui est l'ornement de la contrée et qui est pleine de souvenirs; elle a vu, depuis plus de quatre siècles, vos pères se succéder sous ses voûtes : d'illustres personnages, des guerriers et des évéques, y venir prier ; certaines sculptures plus fraîches redisent enlin le nom du prêtre distingué auquel, il y a neuf ans, vous faisiez de splendides funérailles.

« Jb dois rendre hommage aussi à radmiuistration municipale, qui n'attendit point mon arrivée pour me donner 1 assurance de ses bonnes dispositions.

« El puis, c'est, avec bonheur que je retrouve ici le maître

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distingué et zélé, dont j'ai apprécié ailleurs le dévouement et l'esprit de foi (I).

« Je compte encore sur le concours bien précieux des chères Sœurs de la Sainte Familip, et vraiment, mes frères, vous êtes privilégiés, à l'heure où nous sommes, d'avoir des écoles ainsi dirigées.

« J'aurai aussi, pour m'aider, les exemples et les prières des personnes pieuses, de celles qui écartent les fléaux et attirent plus particulièrement sur une paroisse les bénédictions du Ciel.

« JVi quitté, au pays d*Arras, deux doyens bien vénérables, l'un mon supérieur (2), l'autre mon voisin (3), et des confrères excellents ; mais je sais que c'est pour retrouver ici un autre supérieur éminemment bon et des confrères non moins dévoués

« Devenu votre pasteur, je dois m'appli({uer d'abord à vous connaître^.. Dès demain, la quête du carénie me donnera l'occasion de vous visiter sans relard.

« Le bon pasteur doit aussi nourrir son troupeau, en lui annonçant la parole de Dieu et en pri.-uit pour lui,... C'est un devoir rigoureux pour nous de faire le catéchisme aux enfants et le prône aux grandes personnes. Je tâcherai de remplir ce devoir régulièremenf, mais par des instructions très courtes, afin (le ne pas nous fatiguer ni les uns ni les autres.

« On peut accorder plus de temps à la prière. Le prêtre, comme Moïse et Élie^ doit prier entre U* vestibule et l'autel, pour attirer sur son peuple la rosée c.*lesle.

« Le bon pasteur doit aimer sou troupeau, et, au besoin, donner sa nV jwnr ses brebis. Je crois que laccomplissement (le ce devoir me sera facile. Je sens que mon cœur s'ouvre pour vous tous, tous sans exception» sans préférence, . ou plutôt avec une prédilection manjuée pour les pauvres, les affligés, les malades et les pécheurs, afin de consoler les uns et de ramener les autres.

« Aimons-nous les uns les autres: supportez mes défauts avec la même indulgence qjie j'aurai pour les vôtres. Vivons dans la paix et l'unio:!. nous excitant mutuellement au bien,

(1) M. Tinst'.tuteur Herthe, prccédemrr.ent instituteur à Crépy.

(2) M. le chanoine de Taffin, doyen de St-N'icolas à Arras. (j) M. le chanoine Magniez, doyen de Rivière.

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nous prêtant réciproquement le secours de nos prières, aliu qu'après avoir été unis sur la terre, nous nous retrou vious tous au Ciel.»

Nous avions écrit et nous allions placer ici une autobiographie détaillée, que les indifférents auraient pu passer, mais que nos amis auraient lue avec plaisir et intérêt.

Réflexion fnite, nous supprimons ces pages. Le moi est haïssable. Au surplus, à l'âge où nous sommes parvenu, les rangs de nos vieux amis se sont singulièrement éclaircis. Il nous suffira donc de retenir le sommaire de ces Mémoires, et si nous nous arrêtons davantage sur nos premières années, c'est qu'il nous paraît utile de montrer ce qu'était, de 1830 à 1840, une éducation d'enfant dans une famille chrétienne de paysans de classe moyenne.

Plusieurs peut-être s'intéresseront aussi à ce qui sera dit de la vie de collège et de séminaire, à cette époque déjà éloignée.

Mon père, Aimable-Ernest Fromentin, qui avait successivement habité Auchy et Wamin, comme on l'a vu dès la première page de ce livre, épousa le mardi de la ducasse du Parcq, 14 septembre 1830, Rosalîe- Marie-Josèphe Hochart, fille de Jean-Baptiste Hochart et de Rosalie Varlet. Trois ecclésiastiques assistèrent à ce mariage: M. Bonnard, curé du Parcq, prêtre officiant ; M. Delannoy, curé de Wamin, et M, l'abbé Hippolyte Fromentin, filleul et dernier frère de mon père.

Je naquis de ce mariage le 13 juin 183 1, en la fête de Saint Antoine de Padoue, Au baptême, que je reçus le lendemain, on m'imposa le nom de ce saint séraphique, et celui de Charles, que je devais porter parce qu'il était le nom toujours porté jusque-là par l'aîné des Fromentin, et se trouvait être celui de mon

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parrain. Mon père était devenu le chef de la famille par suite de la mort malheureuse de son frère aîné Charles-François Rupert, arrivée à Auchy, le 14 décembre précédent.

La petite maison où je suis né et que j'ai pu conserver jusqu'à ce jour, appartenait à mon aïeul maternel. De ce côté, mes parents, maintenant bien éloignés, sont les Hannedouche, les Lombart et les Demarle du Parcq.

Ma grand'mère maternelle était originaire d'Auchy, d'une famille de treize enfants, qui fut élevée dans la ferme des Moines, devenue aujourd'hui la caserne de gendarmerie. Les Varlet d'Auchy sont tous mes parents, et j'ai là quantité de familles alliées dont je ne connais même pas les noms.

Du côté de mon père, j'ai pour parents les Fromentin d'Auchy, de RoUencourt et d'ailleurs, cousins germains, issus de germains et enfants d'icenx ; en remontant plus haut, les Ansel et les Démarest d'Auchy, les Déroziaux et les Leprêtre de Saint-Quentin, Rincq et MouUn-le-Comte en la commune d'Aire, les Bonsart et les Delhôtel d'Etrée-Blanche et de Wamiu, les Lejosne(i) et les Lœuillet de Wamin, les Lebel de Conchy et de Fillièvres, les Deboffe d'Aubrometz, etc.^ etc.

Mon grand^père, qui n'était qu'un simple ouvrier, était un inébranlable chrétien. Il conserva jusqu'à sa mort le costume de l'ancien régime pour les fêtes de l'église: culottes courtes, souliers à boucles, et bicorne. Il était fier d'être le marguillier de Notre-Dame-du- Rosaire, de quêter à cet effet le premier dimanche du mois, de veiller à l'entretien de l'autel, de commander

(I) Mon bisaïeul paternel, Charles Fromentin, avait épousé Maric- Charlotte-Françoise- Joseph Lejosne.

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les Messes de la neuvaine qui commençait le premier dimanche d'octobre. Dans la semaine, son bonnet de coton à la main, il récitait des prières en allant à son travail et en revenant à la maison. Passionné pour la viande, il s'en abstenait absolument depuis le mardi gras jusqu'au jour de Pâques, et pendant ces six semaines, sa fille et son gendre durent se contenter de potage maigre. Si mon père voulait user des adoucissements accordés par l'Église, après la Révolution, il ne pouvait le faire qu'avec du lard conservé en pâté.

L'aïeule n'était pas moins intransigeante, à sa manière. Le plus petit mensonge, le vol d'une épingle étaient pour elle des cas de condamnation sans appel. Je me serais cru damné, à dix ans, si j'avais cueilli, sans permission, dans le jardin de la mai.son, une grappe de groseilles! A l'église, rien n'aurait été capable de me faire tourner la tê4e, ni même de me faire regarder par curiosité à droite ou à gauche. C'était un temps, du reste, oti le précepte de St Paul était de rigueur ; femmes et filles n'allaient à l'église que sérieusement voilées, les plus âgées avec leur faille noire, les autres avec le capuce de leur mantelet ou avec un mouchoir sur la tête. Aux jours d'Exposition, c'est-à-dire environ trois fois tous les deux mois, nul n'aurait osé s'asseoir ; on restait debout ou à genoux toute la durée de la Messe et des Vêpres, Et aujourd'hui, quelques jeunesses trouvent que c'est trop d'avoir, pour se confesser ou communier, une voilette qui ne voile rien ! A pareil moment on devrait tenir plus de compte des Règlements diocésains et même des simples désirs de l'évêque.

A tout propos, au foyer de la famille, il était question de la Révolution. On y professait un grand respect pour les supériorités sociales. Mon aïeule avait un culte pour le nom de Bourbon. Elle méprisait et

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elle m'apprenait à mépriser les < Méchants >, et elle qualifiait ainsi non seulement ceux qui avaient dressé réchafaud, ceux qui avaient dépouillé les églises et brisé les statues des Saints, ceux qui avaient célébré les fêtes révolutionnaires, mais aussi et surtout ceux qui se donnaient des airs parce qu'ils étaient devenus riches en achetant des biens d'émigrés ou des biens d'église. Les enfants de ces parvenus ne trouvaient point grâce devant ses yeux. « C'est une mauvaise racine », disait-elle. Vienne une nouvelle révolution, on verra ce qu'ils sont !

Je n'ai pas souvenance qu'on m'ait beaucoup parlé de Louis-Philippe, ni des Journées de Juillet. Mais mon père parla plusieurs fois devant moi, avec une sorte de respect, de « l'Empereur » et des vieux < serviteurs >. C'était simplement un hommage rendu au grand capitaine. Je n'enten4is jamais ni bénir Napoléon, ni mapdire Bonaparte. Je ne sus point qu'il avait relevé les autels ni qu'il avait assassiné un Bourbon et persécuté Pie VII, ce pape plein de mansuétude qui avait consenti à le sacrer.

Mon père fut mon premier maître. Je savais lire et écrire quand on m'envoya chez le vieux Magister. Je n'avais guère plus de cinq ans. Deux ans après, le curé voulut me *donner des leçons. A neuf ans, en 1840, je traduisais avec force analyses V Epitome de Lhomond. J'ai encore mes premiers cahiers. Mais je ne sais vraiment à quoi cela m'a servi. Après quatre ans de latin je n'allai qu'en sixième, et j'ai toujours été le plus jeune élève de ma classe.

Je/dois hommage et respect à ceux qui m'ont élevé. Mes parents ont considéré leurs fonctions comme un sacerdoce. Mais leur sollicitude leur fit peut-être dépasser la mesure. Sous prétexte de me préserver de toift contact dangereux, ils me retinrent constamment

auprès d'eux ; il me fut interdit de prendre part aux jeux de palet, de barres et autres exercices auxquels se livraient les garçons de mon âge. J'étais frêle, il est vrai ; "mais ces exercices corporels, pris avec modération, n'auraient pu que me fortifier. Au point de vue moral, les récréations en public, si l'œil du maître n'y fait point défaut, présentent moins de dangers que l'abri trop tranquille de certains presbytères dont les mamans ne se défient point. Les curés ont parfois déjeunes frères ou des neveux qui n'offrent pas toutes les garanties désirables.

A côté de ce système d'éducation où l'imprudence se mêlait au rigorisme, je trouve une lacune. Le soir, la prière était faîte à haute voix, en commun ; c'était celle du catéchisme de Boulogne. Mais on ne me mit point de chapelet aux mains ni de médaille au cou. Et quand le moment fut venu de^ faire ma première Communion, si l'on m'inspira une grande crainte du sacrilège, si l'on s'occupa beaucoup de notre examen de conscience, ni le curé ni mes parents ne me firent rien entrevoir des amabilités de Notre -Seigneur au Très-Saint Sacrement. Hélas! c'était dans la note de l'époque. Dans les meilleurs collèges, et même dans les Petits Séminaires, c'était alors faire acte de piété que communier tous les mois. Le sentiment qui dominait, dans l'église de France comme dans la famille, e'était le respect et la crainte.

Je reçus le sacrement de Confirmation à Hesdin, des mains de son Eminence Mgr le Cardinal de la Tour d'Auvergne, le lundi des Rogations, 2 mai 1842. Je fis ma première communion au Parcq, le 15 août 1843. Je savais mon catéchisme sur le bout des doigts depuis longtemps, et je le comprenais beaucoup mieux que personne. Cependant M. le Curé ne me donna que la troisième place. Il mit avant moi deux pauvres enfants

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d'ouvriers qui, peut-être, ont récité un jour plus couramment que moi la lettre du livre. Mes parents ne crièrent point à l'injustice ; ils ne firent même aucune observation à ce sujet. Pour moi, je me félicite d'avoir été placé à la suite dé ces deux pauvres enfants.

Aux derniers mois de l'année 1843, il fallait aller en pension, sinon m'adresser à un quatrième maître dans le même presbytère, où deux curés n'avaient fait que passer. M. Delpierre, alors encore curé de St- Georges, conseilla à mon père de me placer au collège de Montreuil, chez M. Delwaulle.

J'y fis ma sixième et ma cinquième sous le bon M. Hautecœur, qui devait prolonger sa douce et édifiante existence jusqu'aux derniers jours de l'année 1890. A la rentrée d'octobre 1845, sur le conseil d'un compatriote, M. le chanoine Fréchon^ directeur au grand séminaire, j'aUai au/petit séminaire d'Arras, qui n'était alors qu'un internat dont les élèves suivaient les cours du collège communal. M. l'abbé Delwaulle fut affligé, presque froissé dé mon départ. 11 m'at/rait volontiers accordé les remises que plus considérables je comptais avoir à Arras. M. Fréchon estimait que le petit séminaire était l'abri naturel où se devait conserver et développer le germe d'une vocation ecclésiastique ; mais les vocations n'étaient pas moins soignées dans la maison de Mon treuil, dont le chef, le chanoine Delwaulle. avait su s'assurer la collaboration d'hommes tels que M. Hamille, M. Coupé et M. Hautecœur. On en a eu la preuve éclatante, aux fêtes jubilaires de ce dernier, le 25 juin 1887, alors que l'on vit plus de cent ecclésiastiques, tous élèves de Montreuil, former une couronne d'honneur autour de l'aimable vieillard, M. Fréchon tenait-il à m'avoir près de lui avec d'autres compatriotes ? Je me souviens d'avoir été admis dans sa chambre, d'y avoir vu MM. Liévin et Lequette,

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ses amis intimes, et d'y avoir fait, avec trois condisciples Hesdinois, une petite collation par lui-même servie. Mais, outre qu'on ne se compromettait point à rester à Montreuil, comme le prouve le grand nombre de dignitaires qui en sont sortis, M. Fréchon, quelques semaines après nous avoir reçus, quittait lui-même le grand séminaire. Il avait encouru la disgrâce dfi Cardinal pour être resté l'ami du chanoine Godart. La Révolution du 24 février 1848 le trouva libre : Il fut élu représentant du peuple à l'Assemblée nationale constituante, et, l'année suivante, à l'Assemblée législative. La faveur populaire lui rouvrit en même temps les portes de l'Evêché. Il protesta contre le Coup d'État du 2 décembre 185 1, et finalement mourut subitement, le lundi saint, 5 avril 1852, au grand séminaire d' Arras, où il suppléait avec bonheur M. Lequette, alors en pèlerinage à Rome.

De ce qu'on vient de lire il ne faudrait point conclure que j'ai regretté d*Hvoir fait la plus grande partie de mes études à Arras. Oh! les charmantes années que nous y ayons passées ! Oh ! les inoubliables impressions que nous y avons reçues ! Le 13 juin 1846, c'était l'inauguration officielle du chemin de fer du Nord par les ducs de Nemours et de Montpensier ; on nous conduisit au débarcadère pour voir les princes. Au mois d'octobre suivant, deux jours avant la rentrée, une circulaire nous annonçait une prolongation de vacances, à l'occasion du mariage du dernier fils de Louis-Philippe avec une infante d'Espagne. Le i^'" mai 1847, on nous menait sur la Petite Place pour voirie feu d'artifice qui y était tiré à l'occasion de la fête du Roi des Français. Le 25 février 1848, c'était une autre musique, mais c'était du nouveau, et le nouveau intéresse toujours les enfants. A notre réveil, le surveillant de dortoir, le regretté M, Delattre, nous apprenait la

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mort d'un jeune élève, Midy, dont la mère se trouvait à Paris alors en révolution, et la culbute de Louis- Philippe, suite inattendue de cette révolution.

Et puis, ce furent les Journées de Juin; nous allâmes au débarcadère (c'était le terme alors en usage), saluer la dépouille mortelle du général Négrier que l'on transportait à Lille ; et la nuit suivante, A. H., encore aujourd'hui vif et ingambe, haranguait, dans son sommeil, les insurgés et les soldats. Une pétition fut adressée par nous au Préfet pour que l'argent destiné aux livres de prix fût abandonné aux veuves et aux orphelins. La promulgation de la Constitution, l'élection de nos professeurs aux grades de la Garde nationale, étaient pour nous autant d'occasions de fêtes. Ce fut une année très mouvementée que l'année 1848. En novembre 1849, ce fut bien autre chose. Un principal nouveau, M. l'abbé Bercier, voyant à tort une injure à son adresse dans le sourire d'un bon jeune homme qui passait devant lui sans Ici moindre pensée hostile, se permit de souffleter ce jeune homme, un élève de notre classe, un élève cje philosophie, un nouveau compagnon qui nous arrivait du collège de St-Pol ; et un instant après, au lieu de s'excuser, ledit principal faisait irruption comme un ouragan au milieu de la classe' et, devant le professeur stupéfait et tremblant, * menaçait de nous foudroyer et de nous réduire en poudre. Résultat : trois semaines de repos. La classe de philosophie se mit en grève. Le père du souffleté cita le principal à répondre de son fait devant le tribunal correctionnel d'Arras, pendant que M. Wallon- Capelle exposait la question par correspondance à Mgr le Cardinal, en ce moment en tournée de confirmation dans le pays de Montreuil.

En attendant une solution, nous passâmes trois semaines fort agréables, à circuler, pendant les heures de

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classe, sur les promenades voisines de rétablissement.

Au bout des trois semaines, M. le principal Bercier fit arrêter le procès en payant les frais faits, et, dès lors, il fut charmant pour notre classe en général et pour l'élève Dusaussoy en particulier. Envoyé pour relever le Collège d'Arras et y faire fleurir ia discipline, il reconnut loyalement s'être mépris en s'attaquant à ceux qu'il aurait dû considérer comme les soutiens de son autorité.

L'affaire aurait abouti d'une autre manière, si Monseigneur eût été à Arras. Car il tenait singulièrement à l'Université. A la grande inspection, il recevait ordinairement à son palais épiscopal les deux Messieurs venus de Paris. Le lo août 1848 et le 13 août 1849, il vint encore à la salle des Concerts présider la distribution des prix du Collège qu'il aimait. Il n'y fit point de discours ; mais il fit entendre, en quelques mots pleins d'expression, qu'il se félicitait toujours de faire suivre à ses jeunes séminaristes les cours de l'établissement universitaire, parce que c'était, à ses yeux, le moyen d'éprouver les vocations.

L'allocution ne dut plaire à personne ; elle n'était point flatteuse pour l'Université, elle ne devait pas davantage être bien agréable au clergé. Cependant nul ne songea à protester.

Observerait-on aujourd'hui le même respectueux silence, ne crierait-on pas au scandale, si un autre prélat prenait occasion de la loi ^militaire pour exalter la sollicitude des hommes politiques à l'égard des vocations ecclésiastiques? Car enfin, puisque les jeunes lévites, que l'on appelle dans les casernes, ne doivent point faire le coup de feu en cas de guerre, mais servir dans les ambulances, pourquoi les faire sortir du Séminaire, si ce n'est pour les aff*ermir dans leur vocation et les rendre plus utiles à l'Église?

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