I.A Paudissk
Bien qu'il soit anormal que des élèves ecclésiastiques soient placés sous la direction de maîtres laïques dans un établissement laïque, nous n'avons pas gardé un mauvais souvenir de notre passage par le collège d'Arras, où nous n'allions, du reste, qu'en qualité d'externes.
De tous les maîtres que nous avons eusi il n'y en a point qui nous ait autant charmé que M. de Mallortie, notre éminent professeur de rhétorique.
Une des belles journées de notre vie, ce fut celle où nous finies nos adieux au Collège et au Petit Séminaire d'Arras, la journée du 12 août 1850.
Outre les classes du Collège, nous avions au Pelit Séminaire des Cours Supplémentaires ou répétitions générales ; chaque semaine, on faisait aussi une composition, et, à la fin de l'année, il y avait une distribution de prix. Cette distribution se faisait simplement dans la salle d'études, le matin, vers onze heures, celle du Collège ayant lieu l'après-midi, dans la salle des Concerts.
Au Petit Séminaire, on ne pouvait avoir que trois prix : le prix d'Instruction religieuse, dont chaque cours, la philosophie exceptée, réunissait plusieurs classes; le prix d'Excellence, que l'on nommait le prix d'Eminence, et enfin le prix de Composition sur la principale faculté de la classe. Or, le matin du 12 août 1850, je reçus des mains de Son Eminence le premier prix d'instruction religieuse en philosophie ; mon nom fut appelé le premier.
J'étais loin pourtant d'être le premier élève de la classe. Le soir, au Collège, j'eus le second prix de dissertation latine et le second prix de dissertation françai.se. Je pouvais occuper ce rang aussi bien que deux ou trois autres de mes condisciples. Mais ni eux ni moi ne pouvions lutter contre M. Queste. Cependant
462 Frkss4N
le hasard voulut qu6 j'eusse vraiment mérité le premier prix d'instruction religieuse, parce que j'avais lu et médité dans l'Abrégé des Confétences de Wiseinan (un livre que l'on m'avait donné pour prix à Montreuil en 1845), la Question de la Règle de Foi des Catholiques et de la règle de Foi des Protestants, qui avait été traitée avec les mêmes divisions et dans les mêmes termes par M. Thomas, notre répétiteur, avantage que n'avait pas eu M. Queste.
Au cours de science, c'est-à-dire une classe sur deux, je faisais d'agréables lectures, ne les interrompant que pour regarder les expériences. M. Vasseur et M. Queste (je prie humblement M. l'Archiprêtre de Montreuil de me pardonner) n'en faisaient guère d'avantage. C'était chez moi ennui et inaptitude complète, simple dédain chez -mes condisciples.
J'ai donc quitté le Petit Séminaire sous les meilleures impressions.
Le i^^ octobre 1850, j'entrai au Grand Séminaire. N'étaient deux fatales journées, le 2 décembre 185 1 et la mort subite de M. Fréchon, je pourrais dire que j'y ai été constamment heureux. Je sortis de cette maison sous-diacre en juin 1853, et allai terminer l'année scolaire à la belle institution de Marcq, qui vient de célébrer avec solennité le cinquantième anniversaire de sa fondation. Je passai l'année 1853-54 au collège de Sainc-Wiiioc de Bergues, d'où j'allai au collège Sainte-Marie, à Aire, deux maisons qui faisaient alors partie de la Société de St-Bertfn. Je restai six ans au collège, Sainte-Marie. Ma santé, ébranlée depuis l'été de 1855, me força de sortir de la carrière de l'enseignement au mois d'août 1860. J'avais été ordonné prêtre le 22 septembre 1855, avec des condisciples de la classe qui nous suivait.
J'ai été fort heureux pendant ces sept années,
GooqI-,
La pAitoissE 463
surtout au collège d'Aire, où j'avais les plus grands élèves. La classe était une réunion d'amis. On y causait quelques minutes de omni re ; on était en si petit comité! Et puis on, expliquait les auteurs, on corrigeait les devoirs, toujours sans effort, ni contention, ce qui n'empêchait point les élèves de travailler bien fort. J*ai peut-être, à ce propos, à regretter d'être allé un peu loin dans certaines appréciations historiques. C'était le temps où l'hôte accidentel des Tuileries arrangeait à sa façon et publiait les noies que lui avait fournies Victor Duruy. Je croyais de bonne guerre de lui opposer la Vie de César de Lamartine. Or, quelques-uns de mes auditeurs.ont beaucoup fait parler d'eux, et certes, dans les Chambres, ils ont pris rang ailleurs que je n'eusse souhaité. La liberté politique s'unissait dans ma pensée aux traditions nationales ; en tout cas, elle ne devait pas être exclusive de la liberté religieuse.
Après deux mois de vacances et de repos, M. Delpierre, devenu curé de Béalencourt, détermina ma nomination à la petite paroisse de Crépy, détachée d'Ambricourt, et qui était vacante depuis quelques mois. J'y fus nommé le 2 octobre i8éo. Le poste n'était pas recherché. Les trois premiers curés de Crépy, mes prédécesseurs, le dernier surtout, avaient éprouvé beaucoup de déboires pour une misérable question de puits. Ce puits était presbytéral, selon les curés et selon le bon sens, banal selon quelques-uns. De plus, Crépy avait une pauvre église et un pauvre presbytère. Mais je ne faisais qu'entrer dans le ministère ; je ne pouvais pas être difficile.
Je passai dix-huit ans à Crépy. La question qui avait tant fait souffrir mes prédécesseurs fut tranchée par le concours de toutes les autorités : l'évêché, représenté surtout par M. Parenty et M. Lequette ;
4t5i Frbssin
rautorité civile, en la personne de M. Kéguelin de Rozières, juge de paix de Fruges ; mais surtout Tautorité du propriétaire, M. le marquis de Partz, dont l'intervention, en s'attaquant aux intérêts, détermina la soumission des opposants et leur reconnaissance par écrit des droits du presbytère.
Je fus généralement content à Crépy. Mes trois prédécesseurs n'avaient fait qu'y passer. En dix-huit ans rigoureusement réglen^entés j'y créai des traditions. J'y établis le culte de sainte Philomène, pour lequel j'obtins de grandes faveurs du Saint-Siège : ï° en juillet 1863, des indulgences perpétuelles, plénière et partielles; 2^ en janvier 1864, l'institution d'une fêle fixée à la date du onze août ; 3° un office propre dont le chant fut noté par M. Planque. Le curé de Crépy a le grand privilège de pouvoir réciter cet office qui est le même que celui de Mugnano au diocèse de Noie. J'ai pu mener ausssi à bonne fin l'œuvre de l'agrandissement et de la restauration de l'église. On venait de restaurer convenablement le presbytère, quand je quittai cette paroisse, où je laissais les restes mortels de mon père, de ma mère et d'une nièce. Depuis cinq ans, j'avais le binage d'Ambricourt, qui m'avait été impose en avril 1873. seulement pour quelques mois, mais que j'avais conservé avec l'attachement de la population. Jamais je n'avais été auparavant, et jamais je n'ai été depuis lors, aussi à l'aise, matériellement, que pendant ces cinq années. Je serais donc resté à Crépy, j'y aurais fini mes jours, si le Conseil municipal avait accueilli le projet formé par moi d'élever une tour à l'église pour achever d'embellir l'édifice et y placer une cloche que l'on m'avait promise. Peut-être ne pensai-je pas assez à ce que dit Notre-Seigneur en St Luc, ch. XIV: Hic homo cœpit œdificare et non pot tut consummare.
Digifeed-by
Go.rTsi
La Paroisse 465
Quoi qu'il en soit, en juin 1878, j'allai à Wailly-lez- Arras, où je trouvai une belle église, une bonne population, un presbytère convenable et un accueil enthousiaste. J'éprouvai beaucoup de consolations dans cette paroisse, à côté de quelques froissements. Ce qui m'y fit le plus souffrir, ce fut la rivalité des deux écoles de filles et la persistance de l'école laïque à vouloir persuader à la population que j'avais des préférences pour les élèves de l'école des Soeurs, et que ces préférences me faisaient manquer d'impartialité dans les examens de catéchisme, tandis que je me faisais une loi de la plus rigoureuse justice. J'appréciai aussi beaucoup l'amitié et la confiance dont m'honora M. Duriez de Vildesove, la piété de mes conseillers de fabrique, le concours que me donnèrent Madame Accart, M. Emmanuel Théry et d'autres encore, pour disposer les malades à recevoir les derniers sacrements, et enfin l'exemple réconfortant de la foi et de la résignation de beaucoup de paroissiens è l'article de la mort. J'ai rarement vu prier aussi bien et avec autant de ferveur qu'à Waîlly.
Cependant, le 10 mars 1885, j'étais installé àFressin, paroisse qui était vacante depuis deux mois.
Il n'y a pas lieu d'insister sur diverses restitutions que j'ai cru devoir faire pour effacer jusqu'à la dernière tface des dissentiments passés, comme de rétablir les chandelles de St Nicolas, Ste Catherine, la Ste Vierge et Ste Anne. Ce sont des institutions qui étonnent parfois les étrangers; mais il suffit qu'elles soient de tradition dans notre diocèse et maintenues dans les paroisses d'alentour, pour qu'il m'ait paru convenable de ne pas nous placer à l'état d'exception.
Une grande question se posa dès le jour de mon installation, celle de la restauration ou de la reconstruction du presbytère. L'ancien, quoique en torchis
466 Frbssin
et sans étage, avait son mérite. Il n'était pas trop mal distribué ; on allait directement dans la cuisine, la cour, le jardin, la chambre de M. le Curé et la grande salle, sans passer par aucune place intermédiaire. Il y avait pourtant deux chambres à coucher auxquelles on ne pouvait accéder qu'en traversant la salle. Le bâtiment principal occupait toute la largeur du terrain presbytéral, soit 29 mètres, les places à l'usage d'habitation étant continuées par une grange avec ses trois parties : l'aire à battre le grain et les deux annexes où l'on tassait les gerbes. La cuisine et le fournil formaient équerre avec le bâtiment principal. Parallèlement à ce bâtiment et fermant la cour au nord, se trouvait une construction légère, longue et étroite, nommée le Glen (i), servant de bûcher, de poulailler, d'étable, etc. Ce Glen était absolument en ruine ; mais le grand bâtiment avait encore une belle et forte charpente.
Les sentiments étaient donc partagés. Mais quand M. l'architecte Ronfort, appelé par M. le Maire, eut esquissé devant tout le Conseil municipal le devis de ce que coûterait une restauration convenable, le Conseil n'hésita plus. On fut unanimement d'avis de faire une conitruction nouvelle. L'initiative des délibérations émana du Conseil de fabrique. Le 5 juillet 1885, il vota 1500 francs, et alors on croyait bien que ce serait une simple formalité, et que la commune ne souffrirait pas que la Fabrique employât à la construction d'un presbytère un argent qui lui était si nécessaire pour l'entretien et l'ornementation de l'église* Loin de là : il fallut ajouter à ce vote; le 26 mai i88é, le Conseil de fabrique s'engagea pour un supplément de 150 francs.
(1) On voit sur les registres Glen, GJnUj Glanât. Aucun de ces mots n'est dans le Dictionnaire.
La Paroi.^se 467
Cela ne suffit pas encore à la Préfecture ; le 13 février 1887, il fallut de nouveau voter 150 francs. C'est donc un total de 1800 francs, payables en quatre annuités, que les exigences de l'Administration nous forcèrent de voter et de payer. On alla même jusqu'à demander aux sept membres du Conseil de « s'engager individuellement et solidairement à verser dans la caisse de la Commune de Fressin la somme de dix-huit cents francs votée par la Fabrique de ladite commune, à l'effet de subvenir à la reconstruction du presbytère, et ce à titre de garantie demandée et pour le cas où les ressources fabriciennes ne permettraient pas de le faire aux époques et dans les délais indiqués par le cahier des charges. > Ces Messieurs se montrèrent un peu surpris de ces exigences. Toutefois, ils signèrent sans difficulté l'engagement demandé, au risque d'y aller de leurs deniers, si un bouleversement politique venait à empêcher l'administration de l'église de faire honneur à sa signature. On ne peut désirer de meilleure preuve de l'accord qui existait entre nous tous. C'était le 23 juin 1887.
J'ai écrit que la Fabrique contribua pour la somme de 1.800 francs à la construction du nouveau presbytère. J'aurais pu écrire que l'église en fut pour ses 2.000 francs ; car on y affecta encore une .somme de 200 francs en dehors des crédits budgétaires et des fonds de la fabrique, 200 francs cependant qui, sans l'urgence, auraient trouvé leur emploi à l'intérieur de l'église. Je pourrais ajouter que j'y ai contribué moimême de mes deniers personnels, en petites sommes, dont le total ne laisse pas d'être très appréciable, pour divers travaux accessoires, non prévus au devis, mais néanmoins indispensables, sans parler des dépenses inévitables pour déplacements de mobilier et encouragement aux ouvriers.
4t)8 Frkssin
La Préfecture avait rejeté le premier plan de l'architecte. Le plan -donnait au bâtiment onze mètres de longueur, comportait des placards dans les chambres à coucher, une toiture en ardoises, quelques détails décoratifs. On nous écrivit qu'il fallait un style « calme ! » Le plan et le devis durent être réduits. Disons tout de suite que nous y avons beaucoup gagné. Tout en s'en tenant fidèlement au plan nouveau approuvé par l'administration, le Conseil municipal nous dota d'un presbytère préférable à celui dont le plan avait été rejeté. Il fit construire sur l'ancienne cave, qui' fut ainsi conservée, un petit bâtiment annexe, dont on fit une cuisine, une arrière-cuisine et un débarrassoir. La cuisine ayant sa croisée sur la rue permet de faire l'aumône aux pauvres sans aller à la porte, comme de voir quels sont ceux qui se présentent pour entrer. Le côté du bâtiment principal, qui devait être affecté à usage de cuisine, est partagé en deux petites places qui se communiquent, l'une pour salle à manger, reliée à la cuisine par un petit couloir, l'autre pour cabinet de travail, toutes deux ayant une porte sur le corridor transversal où se trouve l'escalier. Il devint dès lors inutile de diviser l'autre côté par une cloison mobile, comme il était marqué dans le plan, un tiers devant servir de bureau, et les deux autres tiers remplir la double destination de salle à manger et de parloir. Il résulta seulement de cette suppression de cloison, que la salle paraît bien courte relativement à sa largeur ; elle fait un peu l'effet d'un corridor, inconvénient qui eût paru moins sensible si elle eût été divisée en deux. Je crois bien qu'à recommencer on allongerait le bâtiment d'au moins cinquante centimètres, ce que Ton aurait pu faire sans provoquer de réclamation. A cela près, le presbytère de Fressîn est un des plus beaux de la
La Paroisse 469
région; il ne manque pas d'une certaine élégance ; il est surtout agréable et commode. Il y a à l'étage quatre chambres à feu, toutes donnant sur le palier. Celles qui prennent jour sur le midi jouissent d'un superbe panorama.
Hommage à qui de droit ! Nous devons ce presbytère, moi d'abord, mes successeurs ensuite, à l'activité de M. le Maire Viollette,à qui revient surtout l'honneur de l'entreprise ; aux deux Conseils de la Commune et delà fabrique, et aussi à la faveur dont M. Annequin, conseiller d'arrondissement, jouit auprès de l'Administration. M. Boudenoot, conseiller général, aujourd'hui député de Montreuil, nous obtint une subvention de l'État et nous exempta de l'obligation que l'on voulait nous imposer de vendre les terres de l'église,' ne conservant que la somme nécessaire à l'acquit des services religieux. En ce qui nous concerne, nous aurions préféré passer le reste de notre vie dans la misère que de consentir à cette spoliation.
Je dois aussi personnellement de la reconnaissance à M. le baron Roger Seillière et à M. de Saint-Aignan, son représentant à Fressin. Ils ont voulu que je fusse très convenablement logé pendant les quatorze mois que j'ai passés hors du presbytère.
Je déménageai en juillet 1887. Le nouveau bâtiment était couvert avant la fin de cette même année. Si la toiture porte la date de 1888, selon que l'a voulu M. Viollette, c'est que les pannes n'ont été définitivement placées qu'après l'hiver. Je m'installai clans la nouvelle construction en septembre 1888. Toutefois, les boiseries ne furent peintes et les miirs tapissés qu'en juillet 1889.
A part la solennité de l'Adoration perpétuelle et les premières communions, nous avons cru inopportun jusqu'à présent d'appeler des prédicateurs étrangers.
La dernière mission que la paroisse dut au zèle de M. Prin a trouvé beaucoup d'esprits mal disposés. En octobre 1886, notre ami, le P. Bernard de Laroière nous a fait envoyer le R. P. G ,.. des Frères-Prêcheurs. La parole harmonieuse de ce dominicain charma quelques dilettanti. En pareil cas, l'insuccès est plus fâcheux que la privation.
M. Prin n'avait point fait de premières communions en 1884 ; mais les enfants étaient préparés. J'achevai de les disposer et les admis à la Sainte-Table le 31 mai 1885. Pour l'avenir, la population de Fressin diminuant chaque année, et les enfants n'étant pas exposés à être entraînés dans les usines ou dans les mines, il m'a paru préférable de ne faire les premières communions que tous les deux ans, et J'ai choisi la même fête qu'autrefois à Crépy, celle du Patronage de S^ Joseph, le troisième dimanche après Pâques. Comme on n'est encore qu'au printemps, je rends ainsi aux familles les plus grands enfants, ceux de la première année, pour les travaux des champs. Ils ont le même avantage que si l'on communiait tous les ans en juillet. Les enfants sont, pendant deux ans, l'objet d'une préparation toute "spéciale, dans un cours qui est fait pour eux seuls, et Monseigneur m'accordant une prolongation de huit jours pour le temps des communions pascales, j'arrive à amener beaucoup de parents à accompagner leurs enfants à la Table Sainte. La dernière fois, cette circonstance a même déterminé un certain nombre de retours.
En 1885, je n'appelai aucun confrère à mon aide. Le I*'" mai 1887, les instructions du matin et du soir furent données par l'éminent et regretté directeur du Petit Séminaire d'Arras, M. le chanoine Hippolyte Briois. Le 12 mars 1889, elles le furent par M. Leroux, curé de Béalencourt, actuellement curé de Thiembronne.
ikJ
La Pakoisse 471
Le 19 avril 189 1, les instructions de raprès-midi furent données par M. Capelle, curé de Planques.
Le mardi 6 octobre 1885, Mgr Dennel vint pour la première fois visiter Téglise de Fressin. Il confirma les enfants de Fressin (35 garçons et 26 fiUes), et ceux de Planques et de }5ucamps.
Sa Grandeur, partie de Fruges après-midi, s'arrêta à Ruisseauville, et n'arriva qu'assez tard à Fressin. Après la cérémonie, Elle reçut au presbytère le Conseil municipal, le Conseil de fabrique, le Clergé, les Sœurs, les dames de l'œuvre des pauvres malades. Elle fit une courte visite à M. Raphaël Viollette, et au moment où l'on allumait les bougies. Elle partit pour l'église de Torcy, où l'attendaient depuis longtemps les enfants de Sains, de Torcy et de Créquy. M. Modeste Hélin, curé de St-Michel, à Lille, faisait les fonctions de vicaire général.
Le 9 avril 1888, Mgr Dennel vint à Planques, où l6 garçons et 17 filles de Fressin reçurent le sacrement de Confirmation. Le lendemain, il allait à Créquy, en passant par notre hameau de l'Épavile.
Enfin, Sa Grandeur vient de nous faire l'honneur de séjourner chez nous un peu plus qu'en 1885, et surtout de présider la cérémonie de l'érection d'un calvaire paroissial, destiné, selon l'intention de la famille qui en a fait don, à couvrir de son ombre tutélaire les restes de nos morts. Quelques-uns auraient désiré que ce calvaire fût placé à l'angle sud-est du cimetière, contre la rue ; mais à cette place il ne remplissait pas son but. L'avis^ de M. le Maire et le mien, partagé par la majorité du Conseil de fabrique, a été de le placer entie les deux portails de la façade-sud de l'église, de façon à ce qu'il ait cette partie du cimetière devant lui, que tous soient invités à lui rendre hommage pour entrer dans le lieu saint, et qu'il soit facile d'y faire la
station accoutumée aux processions du dimanche des Rameaux et du jour des Morts. Ma seule crainte était de commettre un contre-sens, défaire tort, par exemple, à l'admirable façade de réglise. Mais M. Clovis Normand, qui est en pareille matière un juge sans appel, nous a tirés d'inquiétude à cet égard.
Le mardi 7 juillet 1891, Mgr Deniiel (i) nous arriva vers quatre heures. Il confirma les enfants de Fressia (30 garçons et 36 filles), Coupelle-Neuve et Avondance, Canlers et Ruisseauville, Planques et Bucamps. Puis il bénit la croix du cimetière. Le sermon fut donné par M. le chanoine Leleux, vicaire général, et fut religieusement écouté. Le grand nombre des paroisse? convoquées pour la Confirmation, la cérémonie de la plantation de croix et la coïncidence de la fête communale
(1) Nous étions bien loin, en éciivant cette page, de penser que Mgr Dennel nous avait visités pour la dernière fois. D'autres pourront se reprocher d'avoir imposé des besognes supplémentaires à un évêque déjà surmené par l'excès de son zèle. Quant à nous, dès le jour où nous lui avons demandé de bénir notre calvaire, nous lui avons signifié respectueusement, mais formellement, que le discours devait être fait par M. le vicaire général, soit M. T.eleux, soit M. Depotter. M. Leleux a édifié et captivé son nombreux auditoire. Cela pouvait suffire. Mais Monseigneur ne crut pas pouvoir se dispenser de parler encore aux enfants et de le faire longuement.
La nouvelle de sa maladie, sitôt suivie de la nouvelle de sa iport, a douloureusement impressionné notre paroisse. — Pour nous, ce n'est pa? sans attendrissement que nous nous le représentons dans cette soirée oii il charma nos confrères et nos fabriciens par sa parole, tantôt élevée, tantôt enjouée, soit qu'il nous montrât la nécessité qui s'impose aux chrétiens, à l'heure présente, de s'unir pour la défense de leur foi, soit qu'il prît plaisir à nous taquiner personnellement. Nous le voyons encore, après comme avant le souper, parcourir à pas pressés les voyettes de notre jardin pour rafraîchir ses poumons. - Et, le lendemain matin, avant sa messe, avec quel bonheur il parcourait toute la maison, en visitait les coins et recoins, allait aux dépendances, ouvrant toutes les portes, voulant voir les poules, la chèvre, les lapins. Aux personnes de service qui le regardaient quelque peu étonnées, il disait qu'il voudrait être ainsi chez lui. Hélas ! Pourquoi ne s'est-il pas accordé plus souvent et à plus larges doses ces jouissances d'écolier en vacances, qui auraient prolongé ses jours et lui auraient permis, de faire plus de bien ?
La Paroisse
donnèrent à l'orateur un auditoire exceptionnellement nombreux.
Trois ans auparavant, le dimanche 29 juillet 1888, nous avions eu une cérémonie du même genre. Le Calvaire, qui fut bénit ce jour- là, était planté, à deux kilomètres de l'église, à la limite du territoire du côté de Planques, sur le terrain et aux frais de M. Dieudonné Branquart et de dame Aimée Leborgne, son épouse. M. lionvarlet, doyen de Fruges, présida la cérémonie et fit le sermon. M. Branquart y avait encore invité "MM. les curés de Planques et de Coupelle-Neuve. La procession se fit au chant des vêpres, à cause de la distance, sans pluie dans une journée pluvieuse.
Depuis notre arrivée à Fressin, le mobilier de l'église s'est accru de divers objets. Le 15 août 1885, ce fut une bannière du Sacré-Cœur, donnée par Marie Verdin, femme Legay, et inaugurée le jour même où mourut la donatrice. Cette bannière a été achetée par M, Tabbé Delzenne ; on ne m'a dit ni où ni à quel prix. La même année, la veille de l'Adoration, qui a lieu le V octobre, M. Biais, de Paris, nous envoyait un ornement complet, chasuble, tunique, dalmatique et chape, donné, à notre demande, par M. le baron Roger Seillière. Deux ans plus tard, nous recevions un ornement drap d'or mi- fin, de Madame de Helloy, d'Hesdin, à la sollicitation de Madame la vicomtesse" Lenoir, pour servir aux fêtes de second ordre et à la grand'messe les dimanches d'exposition mensuelle. Enfin, en février 189 1, Mademoiselle Hélène Annequin. à l'occasion de son mariage avec M. le percepteur Descle, nous permit de renouveler les bannières du Rosaire et de St-Joseph, qui avaient été données autrefois par Mademoiselle Zélie Briche, sa mère. Les nouvelles bannières, auxquelles on a laissé l'ancien sujet, sortent des ateliers de M. Biais, et ont coûté ensemble 250 francs.
474 Frkssin
Depuis qiielques années, l'on voit dans notre église des décoiations qu'on ne voit guère ailleurs; ce sont des tentures avec dômes et grandes oriflammes, blanches et rouges pour l'octave du Saint- Sacrement et l'Adoration, blanches et bleues pour l'Assomption et le Rosaire. M. Bonhomme ne voulait pas que l'on décorât son église ; c'était, selon lui, la défigurer. Théoriquement il avait bien raison. Mais une décoration qui n'est pas à demeuré, qui n'est placée là que pour quelques jours, ne peut point faire tort au monument; elle ne fait que relever une fête et éveiller la piété. Au surplus, on ne peut accuser la Fabrique de prodigalité à cette occasion. Ces décorations ne lui appartiennent pas ; ce n'est pas elle qui les a achetées ; ce n'est pas elle qui les fait placer ou enlever, comme ce n'est pas non plus à ses frais qu'à certains jours le chœur et le maître-autel brillent <ie l'éclat de centaines de bougies. Hi in cnrribus et hi in eguis,,.
Les principales délibérations du Conseil de fabrique, depuis notre arrivée à Fressin. ont eu pour objet :
1° en la séance du 5 juillet 1885, l'exécution du décret présidentiel du 16 mai 1879, relatîfau placement en rentes 3 J^ sur l'État du produit de la vente du mobilier de M. Bonhomme, estimé d'abord i893*'-5o, et qui s'est élevé à la somme de I9ii^'"95 cent.;
2^ le 3 janvier 1886, le legs fait par la demoiselle Victorine Bossu de 48 ares de terre, et la donation par la veuve Verdin de 5 fr. de rentes. ;
3° les différents votes pour la reconstruction du presbytère.
Le 17 avril 1887, M. Dieudonné Branquart, propriétaire, entra au Conseil de fabrique, en remplacement de M. Léon Bruchet, récemment décédé.
Nous pensons ne pas déplaire à quelques-uns de nos
Goo^-
La Pahoisse 475
lecteurs en terminant cette partie de notre travail par le coutumier paroissial et le tableau sommaire des revenus et des charges de la fabrique.
OOUTUMIER.
Horaire de l'office public. — A cause de l'étendue exceptionnelle de la paroisse, nous mettons deux heures et deijiie d'intervalle entre l'heure de la première messe et celle de la seconde messe les dimanches et fêtes.
A partir du i*"^ novembre, la messe basse est à 8 heures, et la grand'niesse à dix heures et demie.
Du dimanche des Rameaux à la Toussaint, la première messe est à 7 heures et demie, la seconde à dix heures.
Les Vêpres, en été' comme en hiver, sont à 2 heures et demie.
Cependant, aux fêtes de Noël, Pâques, Ascension, Pentecôte et des dimanches oii l'on a chanté la messe à l'intention des Chandeliers et Chandelières de Saint- Nicolas, de Sainte-Catherine, de la Sainte-Vierge et de Sainte-Anne, les vêpres sont chantées à. trois heures. Elles sont même retardées jusqu'à trois heures et demie ou quatre hetires, les dimanches où se font les deux grandes processions du Saint- Sacrement et le jour de l'Assomption.
Le jour de l'Adoration est le seul de l'année où la grand' messe soit à onze heures.
Le premier dimanche d'octobre , la grand'messe, chantée pour la Confrérie du Rosaire, est la première, à sept heures et demie. Ce jour-là, la messe de paroisse étant une messe basse, est retardée jusqu'à dix heures et demie.
476 Fkessin
Le jour de lâ première Communion des enfants, même règle qu'au Rosaire, si ce n'est qu'on va processionneliement chercher les communiants à l'école des Sceurs à sept heures et quart.
Les dimanches où la grand' messe de dix heures se chante en l'honneur de Saint- Nicolas, de l'Annonciation ou de Sainte-Anne, pour les jeunes gens, les jeunes filles ou les dames de la paroisse, on bénit l'eau et le pain, et on fait l'aspersion avant la première messe, qui maintenant est une messe basse, et l'on y fait les prières, les recommandations et publications du prône.
Dans la semaine. — A Crépy, je disais la messe à sept heures de Pâques à la Toussaint, et à huit heures de la Toussaint à Pâques.
A Fressin, j'ai consenti à modifier un peu mon règlement. La messe quotidienne a lieu à huit heures dans les plus courts jours, trois ou quatre mois; à sept heures et demie le reste de l'année.
L'heure de la prière du soir, qui précède toujours le salut, varie suivant les saisons. En juin, on la fait un dimanche ou deux à huit heures et demie.
Exceptionnellement, le jour de l'Adoration, le salut n'a lieu qu'à sept heures; on n'y fait point la prière du soir ; mais on y fait la procession du Très-Saint- Sacrement.
Remarque générale. — L'heure indiquée est celle où l'office commence et où finit la sonnerie qui doit durer un quart d'heure, soit dix minutes de volée et cinq de tintement. S'il arrive que le sonneur soit en retard, l'heure de l'office n'est point retardée pour cela ; la sonnerie seule est écourtée.
Quand l'heure sonne à l'horloge, on commence l'office, sans qu'aucune considération d'intérêt, de plaisir
Goo^l" "^*"^^t j
ou même de convenance le puisse faire retarder. L'appel près d'un malade en péril de mort peut seul donner lieu à une modification de l'horaire.
Horaire des offices particuliers. — Cet horaire peut subir divers changements, selon les conventions entre les familles et le clergé. En règle générale, la messe ne se dit à onze heures et demie qu'aux mariages de la classe extraordinaire ; à onze heures pour les mariages de la première classe, les enterrements de la classe extraordinaire et ceux de la première classe ; à dix heures pour les mariages et les enterrements de la seconde classe ; à neuf heures pour les mariages et les enterrements de la troisième classe ; à huit heures pour les mariages et les enterrements de la quatrième classe et pour les indigents.
Quant aux enterrements, l'heure indiquée est celle de l'unique ou du dernier service. Le temps que peuvent demander le convoi et les vigiles doit être pris par anticipation avant l'heure réglementaire ci-dessus.
Nous allons chercher nos paroissiens défunts à leur domicile, quelle que soit leur classe, et quelle que soit la distance, même de deux, trois ou quatre kilomètres, sans rien demander de l'indemnité prévue au tarif pour les convois. Mais on paie la conduite du corps, quand, après le service, on le fait transporter dans une autre paroisse.
Pour les Obits, Messe d'Anges et Messes à dévotion, les familles expriment leurs intentions à M. le Curé.
Confréries, Œuvres et pratiques de dévotions.— On a
vu précédemment que nous avons deux Confréries à Pressin, celle du Saint'Sacrement et celle du Saint- Rosaire, Quoique ces deux Confréries reçoivent les fidèles des deux sexes, notre Confrérie du St-Sacrement
478 FnEssm
se recrute principalement parmi les hommes, et celle du Rosaire parmi les femmes.
Pour être membre de la Confrérie du Saint-Sacrement à Fressin, il faut avoir fait sa première Communion, être âgé d'environ quinze ans, remplir exactement les principaux devoirs du chrétien, qui sont l'accomplissement du devoir pascal et l'assistance à la messe les dimanches et les fêtes d'obligation. On désire que les Confrères communient le Jeudi-Saint et le jour de l'Adoration, et que, ces jours là, ils fassent leur heure de garde devant le Saint-Sacrement. On leur conseille aussi de communier aux principales fêtes, telles que la Noël, la Pentecôte, le dimanche où se fait la solennité de la Fête-Dieu ou un jour dans l'octave, l'Assomption, la Toussaint, la fête de Saint Martin et le deuxième dimanche de chaque mois. Ce serait d'un bon et fortifiant exemple si ces conseils étaient suivis, •
Les Confrères ortt chacun un cierge qu'ils portent devant ou derrière le dais aux processions du Saint- Sacrement. Une quête est faite par l'un d'eux, les jours d'Exposition, pour les frais de la Confrérie; de i>lu5, chaque membre paie une légère cotisation annuelle. Chaque année, un jour de l'Octave de la Dédicace des Eglises, on chante un Obit solennel, avec un Nocturne et les Laudes, pour les défunts membres ou bienfaiteurs de la Confrérie. De plus, un obit semblable est chanté pour chaque Confrère défunt le premier jour libre après son décès. Enfin, dans l'Octave, du T. S. Sacrement, on chante des messes, suivant les ressources de la Confrérie, pour les Confrères et les Consœurs vivants et pour les personnes qui, pendant l'année, ont donné atix quêtes de la Confrérie.
Un Salut est chanté pour les Confrères le quatrième
/G0ogL.j-'ai
La pARors^E 479
jeudi de chaque mois. Nous ne demandons aucune rétribution pour cet office.
La Confrérie du Rosaire s'adresse à tous les fidèles, à condition de remplir le devoir pascal et de sanctifier le dimanche. Les enfants n'y sont pourtant admis que deux ans après leur première Communion. On célèbre avec solennité la fête du premier dimanche d'octobre. La procession au chant des Litanies de la Sainte Vierge, qui se fajt, à l'intérieur de l'église, tous les premiers dimanches du mois, après les vêpres, entre l'antienne majeure et le Tautnm ergOy se fait, le dimanche du Rosaire, dans les rues du village avec une solennité particulière. Généralement, un prêtre étranger y vient donner une instruction.
Tous les ans, le premier jour libre après la fête du Saint-Rosaire, un obit simple est chanté pour les Confrères défunts.
Aucune cotisation n\est exigée. Cependant, les Confrères et les Consœurs qui auront remis une offrande volontaire aux mains du trésorier, le jour de leur admission, et renouvelé chaque année cette offrande, si petite Isoit-elle, ont, après leur décès, une messe basse aux frais de la Confrérie.
Nous avons aussi une Congrégation Jes jeunes filles qui désirent mener une conduite spécialement régulière, en qualité à* Efifants de Marie, Ces jeunes filles, doivent être de Fressin, faire partie d'abord de la Confrérie du Rosaire et avoir subi une épreuve de deux à trois mois. Elles ont pour privilèges de porter la bannière et la statue de la Sainte Vierge aux processions. Parmi elles aussi sont choisies celles qui doivent porter des chandelles ou remplir diverses autres fonctions dans l'église. Elles ont une part spéciale à la messe qui est chantée pour les jeunes filles de la paroisse un dimanche voisin du 25 mars et le 25 novembre. Elles se réunissent