‹ Fricots politiques [microforme]Chapitre 4 sur 21 · I. de lait · texte numérisé non relu

I. de lait

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tant

bonheur accablant pour mon cœur reconnaissant, devoir écrasant pour mon esprit trop restreint pour pouvoir embrasser dans son vaste ensemble le vaste génie dont je vais vous entretenir. Néanmoins, messieurs, le sujet présente tant d'aspects féconds et variés que je crois, votre patriotique indulgence aidant, pouvoir y faire honneur, au moins en partie; voire bienvaillance fera le reste. (Qui! oui!) La vie de Sir Georges, g'ande comme lui-même, est parsemée de faits historiques et d’exploits sublimes-qu’il me suffira de passer en revue pour m'acquitter en cette circonstance de la tâche qui m'est imposée. C'est ce que je vais faire.

M. Tac ié :—Bene! Bene!

M. pe La Bnuène, fils:--M. Cartier naquit à St. Antoine, chez son père, qui descendait en droite ligne de ce fameux Jacques Cartier qui découvrit le Canada. De sorte que Sir G2orges en descend lui aussi.

M. Tacué :—Veré! veré ! talis pater talis filius !

M. DE LA BRUÈRE :—Dès sa plus tendre enfance le jeune Georges démontrait qu’il était appelé à de grandes choses ; à peine sa langue put-elle articuler quelques mots, qu’il bégayait déjà sur les genoux de sa mère: Grand Typne! Cauchon! Deliste ! Bréhaut ! Schiller ! paroles incompréhensibles alors mais dont la significamystérieuse nous est connue aujourd’hui.

Comme vous le savez, la précocité de l'intellisence et son développement trop rapide produisent une réaction souvent fatale sur le physique : aussi l'enfant fut-il malingre, faible, maladif et souffreteux. L'époque de la dentition fut terrible à traverser d'autant plus que, phénomène extraordinaire, les dents de sagesse lui percèrent en même temps que les autres ! (Sensation profonde.)

A trois ans il eut la rougeole, à quatre la coqueluche, à cinq une grippe qui faillit nous l'enlever à la fleur de son âge !

M. TacHé, lout ému :—Nous l'avons échappé belle.

M. DE La BRruèREe :—Ces maladies n’entravèrent nullement la course rapide de cette intelligence vivace et ardente vers le but de toutes ses ambitions—le bien du pays et de ses concitoyens. Georges faisait des progrès inouïs, tels qu’à huit ans il servait la

M. TACHÉ :--Ce cher enfant!

M. DE LA BRuÈRE :-—Et qu'il parlait couramment le français et l'anglais.

Tous :—Pas possible !

M. DE LA BRuËRE :—Et à dix ans, je tiens ce fait üe source authentique, Georges plaida sa première cause à la Cour des Commissaires !

M. Le CourE be Keroacx :—Ce cher bébé !

M. DE LA BRUËÈRE :—Et à quinze ans il était consulté à dix lieues à la ronde sur les questions les plus épineuses de droit et de théologie et faisait autorité en ces matières !

M. Ginouano :-—V'là pourtant l'homme que les rouges méprisent ! M. DE LA BRUÈRE :—Son père le mit au collége : durant huit ansil fit la barbe à tous ses condisciples et même à ses professeurs.

M. Tacné :—Mais non! mais non! Cartier n’a jamais rasé personne.

M. DE LA BauÈRE :—Oui ! oui ! mais allégoriquement, en fait de thème, version, latin, grec, chimie, poésie, etc...

M. Tacué :—Bene! Sufjicit! Distinquo !

M. DE LA BauËRE :—A chaque fin d'année Cartier revenait chez son papa écrasé sous le: poids des prix et des couronnes avec des bulletins irréprochables.

Ses admirables facultés oratoires frapperent les hommes marquants de l’époque qui s'empressèrent de conseiller à son père de le consacrer au barreau.

M. Ginouanp :— Quel barreau ?

M. DE LA BRUÈRE :—Au barreau......des avocats.

M. Ginouarp :— Ah! je comprend! ma fine!

M. DE LA BRuÈRE :—Durant sa cléricature les troubles de 1837 commencèrent : M. Papineau qui ne faisait rien sans le consulter l’entraîna avec lui, M. Cartier fit des prodiges en fait d'organisa tion. Les chefs patriotes l'envoyèrent à St. Denis pour y concentrer les forces canadiennes et les commander comme général. Il arrive : de suite, captive par sa parole éloquente, 500 braves se groupent à ses côtés et se préparent à battre les Anglais, on s'arme, on se retranche; on ne voit partout que des soldats, canons, sabres et pistolets ; le drapeau canadien flotte majestueusement au-dessus du camp et Cartier est là qui commande du geste et de la voix, don:iant à l'armée improvisée l'exemple de la discipline unie à la bravoure.

M. TacHé :—Bene, Petrus, bene ! Honor tibi qui bene par!lat !

M. KEROACK :— Amen !

M. DE LA BRuËRE :—Mais voilà les anglais farouches qui s’avancent : Gore les conduit ; les patriotes frémissent à la vue des fils barbares de :a sanguinaire Albion ; 800 soldats et 3 canons se dressent devant eux; les trompettes retentissent, les armées rangées en batailles s’ébranlent, les canonniers brandissent les mêches meurtrières, l'infanterie met en joue, les cavaliers, le sabre au poing, s’'élancent.…

M. PEerrauLT :—Baissez-vous braves Canadiens, ils vont tirer !

M. DE LA BRuËRE :—La mitraille et les balles vont se répandre en jets meurtriers ; le sang va couler, le carnage va commencer ! ……... Que fait M. Cartier ? Il part, courageux comme le lion du désert, brave et frémissant d’une ardeur sans égale et se rend à St. Antoine pour chercher des munitions !

M. Tac :--J’en aurais fait autant.

M. DE LA BRUÈRE :—Forcé de s’expatrier, il passa 2 ans à Cooksakee. où Ini le grand homme, fut contraint de faire de la brique

sent ! our vivre ; c'est là qu'il acquit cette profonde connaissance de la

huit angue anglaise qui le distingue à un aussi haut degré.

eurs. Il revint et se consacra uniquement à l'exercice de sa profes-

| per- sion. Une clientèle immense lui permit d'acquérir en peu d’années une influence immense : à l’age de 26 ans on lui offrit deux

ait de ou trois fois une place dans le ministère : il refusa par modes-

tie; plus tard, élu malgré lui député, il prit de suite un tel ascendant en Parlement que les rouges tentèrent de le faire assassiner !

chez M. Tacué :—Horribile dictà ! (Sensation, mouvement prolongé.) avec M. DE La BruènE : — Un spadassin démocrate lui chercha querelle et un duel en fut la conséquence. Heureusement qu'avertie mar à temps, la police se rendit avant les combattants sur le terrain et re de les désarma.

UXE voix :—Tant mieux !

M. DE LA Bruëre :-—M. Cartier avait 34 ans alors : six ans plus tard il fut ministre.

M. Raymonp :—Enfin !.........

1837 M. DE LA BauèRE :—-[it que n’'a-t-il pas fait dans sa longue carsulter rière politique et ministérielle qui couvre 23 des années les plus anisa glorieuses de nos annales ! Il laissa s’accomplir une foule de réncen- formes ; il mit la main à toutes les grandes mesures : nous lui al. Il devons le Grand Tront, le Pont Victoria, l'abolition de la tenure ves se seigneuriale, la décentralisation judiciaire, le code civil, ie code is, ON de procédure, les lois municipales, notre système judiciaire, notre 8, Ca- armée, notre marine, la confédération, le Nord-Ouest, l'annexion 1euse- des Esquimaux, le chemin de fer Intercolonial, notre commerce, geste notre industrie, nos manufactures, notre prospérité, nôtre natiodisci- nalité, notre langue, nos us, nos coutumes, le maintien de notre

religion et de nos institutions, nos places; votre shérifat, M. Taché. M. Tacué, saluant les larmes aux yeux :-Benedictum sit ! Alleluia M. DE LA BRuËRE :— Votre géole, M. Choquette, votre place,

'avan- M. Boivin, l: vôtre M. Chicoine.

es fils M. PErRauLrT :—C'est pourtant vrai, Jérôme ! ns se M. DE LA BRUÈRE :—La vôtre papa !

ran- M. DE LA BRuëRE, père, onvrant l'œil droit :—Que veux-tu mon êches Pitte ?

e au M. DE LA BRruËÈRE, fils :—Vos contrats de bois, Camille (M. Lussier salue.) rer ! M. DE LA BRuÈRE :—Et moi la mienne ! (Bravos) Oui, messieurs, ndre il a tout fait et tout donné, notre grand chef; il a mené l’Angle. ncer ! terre et les Etat-Unis par le bout du nez, forcé la première de le on du sirer et les seconds de nous ôter le traité de réciprocité qui gèend à naient nos cultivateurs en les empêchant de garder leurs grains. leurs bestiaux et leurs produits chez eux.

M. Girouanp :—C'est vrai !

o0k- M. DE LA BRUÈRE :—T1l a eu le génie de comprendre qu’il fallait rique purger le pays de la partie impure de sa population : en augmen-

tant les taxes et antravant notre commerce avec les américains, il a réussi à chasser du Bas-Canada environ 300,000 Canadiens indignes de ce nom dont nous sommes pour toujours débarrassés. Pour assurer notre prédominance sur les anglais, il nous a réunis aux autres provinces de l'Amérique du Nord et maintenant au

lieu de lutter un contre un, comme c’étaitavant lui, nous sommes

un Canadien contre trois anglais et nous n’en n’avons que plus de mérite ! Pour sauvegarder davantage la race française dans la Confédération, il a stipulé pour nous dans le pacte fédéral que jamais le nombre de nos représentants ne serait augmenté et tout e contraire pour les anglais! Comme il n’y a de pays riches que ceux qui sont très endettés, en dix-huit ans, il a su porter de 34 à 100 millions notre dette publique !

M. GENDRON :—Oui, oui !

M. Tac :—Salus, honor gloria quoque Georgii Cartieri !

M. DE LA BRUËRE :—dJe ne finirais jamais s'il me fallait vous retracer tous les actes marquants de cette belle vie si bien remplie!

M. A. Rayuoxp, baillant, à M. R. Raymonp, baillant aussi :—Je m’endors, papa !

M. R. Raymonp :—Imite le docteur, mon fils, ronfle.

M. DE 14 BRuÈèRE :—Eh bien, il vit encore, messieurs, plus fort et, plus robuste que jamais.

M. R. RaymoN»p, poussant du coude M. de la Bruère, père :— Parles.t-il bien ton Pelo un peu ?

M. DE LA BRUÈRE, père, ouvrant l'œil gauchr ‘:—Rien d'étonnant à cela, Rémi, il a têté jusqu’à sept ans!

M. DE LA BRUÈRE, fils :—Que de services il peut rendre encore ! Jugez-en par le passé : il nous a fait l'existence agréable et facile.

M. Tacué :—Vere ! Cartierus nobis hæe otia fecit, Alleluia !

M. KEnoack :—Amen !

M. DE LA BRüuÈRE :—Continuons donc à l'entourer de notre amour et de notre affection; soutenons-le ardemment ce grand cœur qui à passé sur la terre en nous faisant du bien! Tant que Québec possédera un tel chef, notre province ne pourra qu'augmenter en influence et en prospérité ; nos places restent assurées, des emplois nouveaux encore plus lucratifs viendront à leur tour : heureux en ce bas monde par la grâce de M. Cartier, le pain sur la planche assuré pour nos vieux jours grâce à M. Cartier, en le suivant fidèlement nous restons dans le chemin de la justice et de la vérité et nous irons avec lui dans la céleste Jérusalem !

M. J. A. CnaGNow, bénissant :—C'est ce que je vous souhaite de tout mon cœur au nom de M. Cartier!

Applaudissements prolongés ; enthousiasme indescriptible. Tous les convives serrent tour-à-tour l’orateur épuisé sur leur cœur, excepté MM. de la Bruère, père, et A. Raymond qui ronflent. M. Gendron mêle ses larmes de joie avec celles de M. Taché.

M. Girouard s’évanouit d'émotion. M. Kéroack lui fait respirer Ï

ins, il sindi- ‘assés.

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des sels. MM. Perrault, Lussier et autres font le serment de mourir pour M. Cartier.

Quelques rondes de liqueur remirent dans leur assiette les convives repus et bientôt la conversation devint générale, Que d'esprit dépensé ! Que de bons mots malheureusement trop nombreux et pour cela trop vite oubliés! M. A. Raymond faisant assaut de finesse avec M. Girouard, M. Kéroack, fils, assommant de calembourgs, M. de la Bruère, père, dormant les poings fermés ; M. Kéroack, père, chuchottant des psaumes à l'oreille de M. Perrault.— Quel spectacle réiouissant, admirable, sans pareil!

De temps à autre un couplet épicé éclatait comme une fusée promenant le fou rire par toute la salle, avéc accompagnement du glou glou des bouteilles et äu choc des verres. Combien nos bons Canadiens s'amusent à un parti de tire dans notre bonne Province de Québec !

Soudain M. J. A. Chagnon se penche à quelques lignes du conduit auditif de M. le président et rougissant, murmure tout bas quelques mots, M. Raymond opine du bonnet, sourit et frappe sur la table comme rorateur des Communes. Le silence se rétablit ; M. le président annonce que M. Ghagnon offre de lire des vers de son crû, composés pour l’occasion. (Gris de : C’est bien! des vers! des vers !)

M. Ginouanp :—Des verres ! nous en avons assez pourtant! Ce sont des bouteilles qui nous manquent!

On chutte impito,ablement l'interrupteur, et le paète sortant son calepin, déploie deux longues feuilles de /ooscap, attachées bout à bout et toutes couvertes de lignes d'inégales grandeur.

Il tousse, se mouche, se redresse, rejette en arrière les boucles de sa chevelure lustrée et dit :

M. le Président—J'ai cru moi, prosateur inexpérimenté, mais poète comme tout jzune homme l’est, ne faire mieux que de mettre en vers les idées et les principes qui doivent servir de guides dans la politique aux adolescents intelligents etinstruits. Je vous

en offre la primeur, Comme nous sommes en famille, il n’y a pas de mal à vous lire pareille chose : a’. reste le fonds même de ce morceau poétique m'a été inspiré, dicté, pour ainsi dire, par nos chefs. \. Chicoine l’a approuvé (M. Chicoine salue) le fonds es’ exact; si la forme pêche pardonnez-le-moi en considération de

a jeunesse et ‘? mes bonnes intentions. Au reste, voici Messieurs, jugez :

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