‹ Friquettes et friquetsChapitre 11 sur 28 · LE BON POTACHE · texte numérisé non relu

LE BON POTACHE

Ce jour-là, je voyais amer, s'il m'est permis d'employer la métaphore hardie d'un misanthrope de ma connaissance, et les choses de ce monde m'apparaissaient non pas en noir, mais vert jaune, couleur de bile.

Pourquoi, sans aucun motif particulier de tristesse, voyais-je amer ce jour-là ?

Peut-être était-ce sous l'influence des mélancoliques retours qu'évoque dans une âme inquiète le trop rapide automne de Paris, à qui parfois il suffit d'une nuit pour joncher les gazons de toutes les feuilles mortes, et montrer autour du jardin, derrière des rangées d'arbres subitement eclaircis, une silhouette de ville aux mômes endroits où la veille on

pouvait se croire seul et bien loin dans un cirque d'épais feuillage. Peut-être... Enfin, quoi qu'il en soit, le Luxembourg me semblait triste. Surpris par le froid, les moineaux - poussaient des cris plaintifs, de même qu'en hiver, quand la neige encapuchonné les haies ; les ramiers se tenaient en boule sur la branche des hauts platanes, dont les corneilles, ennemis héréditaires, ne daignaient plus leur disputer la possession ; les canardsmandarins, peints comme des jonq avaient moins d'entrain à brouter la berge herbue du petit lac ; les cygnes, l'œil inquiet et dur, semblaient prévoir l'instant où, le jet d'eau se figeant en transparentes stalactites, il leur faudrait un mois, deux nijis, vivre prisonniers dans la cabane ; e'c les carpes elles-mêmes, les carpes de la fontaine de Médicis, circulaient au fond du bassin, languissantes et gelées.

A vrai dire., je comptais pour m'égayer un peu sur le pittoresque et amusant spectacle qu'offre un dimanche, au jour tombant, le boulevard Saint-Michel, de l'autre côlé des grilles.

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