LE BOX POTACHE
travers la grille du jardin les pelouses sous le clair de lune.
Puis, s'étant assis sur la bordure de pierre taillée, il alluma une vieille pipe, dont il tenait, par modestie ou bien par habitude de prudence, le fourneau caché dans le creux de sa main.
Moi je songeais, en latin, ma foi ! « Macte anima... Courage, jeune homme, dernier représentant des vertus simples, espoir mal peigné de la patrie, qui, laissant ceux de ton âge dépenser leurs jeunesses enthousiasmes en monnaie, te conserves, pour l'avenir, précieux'et brut comme un lingot ! »
Huit heures sonnèrent à l'horloge de la S or bonne.
Le bon potache se dressa, flaira l'air, consulta sa bourse, et je le vis, quelle ironie i je le vis se diriger, lui, mon potache, le bon potache, vers un des établissements stigmatisés plus haut, sur les rideaux duquel des femmes, la tète en arrière, le corsage bombé, et portant des plateaux, se dessinaient en ombres chinoises.
— « Sta viator] arrête, infortuné! «Mais
il allait toujours, il allait tandis que se déroulait le flot de mes philippiques intérieures.
Il allait du côté de la brasserie qui, automatiquement, s'entrouvrit pour le recevoir.
Mais, rassure-toi, Monselet, il n'entra pas, et tu vas comprendre combien fut douce ma surprise.
Près de la brasserie, sous une porte cochère, luisaient, rouges dans l'obscurité relative, les braises du fourneau d'un marchand de marrons. C'est devant cet homme d'Auvergne que le bon potache s'arrêta. Il fit ses achats gravement sans paraître se soucier de quelques féminines railleries. Puis, ingénu et fier, le cœur content, les poches pleines, il disparut dans la direction de Louis-le Grand, exhalant au passage une bonne odeur de cosses grillées.
Et, m'écriant au contraire de Titus : « Tu n'as pas perdu ta journée! » je revins chez moi, ô Monselet, pour crayonner à ton intention ce léger croquis du bon potache.