AVANT-PROPOS O
autrement? — mais ne seraient plus Parisiennes.
Et elles travailleront ainsi jusqu'au moment où, la journée finie, on remontera vers la famille, à moins que, déjà émancipée, on ne s'attarde à mi-chemin dans la chambrette où attend l'amoureux.
La descente est inquiète, ces patrons habitent au diable, inquiète et toujours un peu ensommeillée.
Le retour se fait gravement, voilette sur les yeux, un petit sac noir à la main, en jeunes personnes conscientes de leur dignité, et qui ne veulent pas être suivies.
C'est tout au plus si la friquette s'arrêtera, rien qu'une seconde, pour voir ! devant une vitrine ; ou bien encore, — car il faut bien des refrains à l'atelier, — parmi la foule qui entoure quelque rapsode installé en plein air, dans un carrefour, et jetant aux échos de Ménil montant ou des Batignolles une romance sentimentale, chef-d'œuvre nouveau dont l'auditoire suit les paroles sur l'imprimé.
L'heure charmante, l'heure bleue de cette journée, c'est, pour la friquette, de onze à
midi, l'intervalle de repos que l'usage accorde.
Il faut, à la vérité, prendre le temps de son déjeuner là-dessus. Mais soixante minutes, c'est si long ! il peut tenir tant de choses en soixante minutes ! Et, d'autre part, un déjeuner se becquette si vite, quand on a ses dents de seize ans, sur la table en marbre des restaurants à dix-huit sous et des crémeries. Un quart d'heure y suffit, et quelquefois moins d'un quart d'heure.
Puis, tout de suite la promenade, deux par deux, trois par trois, bras dessus bras dessous et barrant la rue.
Fières comme Artaban, quelques-unes pas plus hautes qu'une botte, elles s'en vont à petits pas pour bien montrer que rien ne les presse. En nombre, elles se croient chez elles. Elles sont chez elles, en effet. La rue, entre onze heures et midi, appartient à la friquette, de même que l'aire aux friquets lorsque les batteurs sont partis.
Nulle préoccupation d'arriver vite comme le matin, ni de se donner un air d'importance comme le soir.
En cheveux — un chapeau est trop long à