XV. — CONCESSIONS DE TERRAINS DANS LES CIMETIERES
Le convoi a quitté l’église et arrive au cimetière.
A la suite d’une enquête ouverte en 1763, un arrêt du Parlement avait ordonné, le 21 mai 1765, de fermer tous les cimetières ouverts dans Paris, et d’en créer huit, clos de murs, aux portes de Paris. L’entretien et l’établissement de ces nouveaux cimetières étaient mis à la charge des différentes paroisses qui devaient y contribuer dans la proportion de leurs ressources. Cet arrêt de règlement fut confirmé par la déclaration royale du 10 mars 1776; mais la Révolution suspendit l’exécution de mesures inspirées par la plus pressante nécessité. En l’an VIII, les cimetières de Paris offraient le spectacle du plus révoltant abandon. Cédant à un mouvement d'indignation, et d'ailleurs soutenu par le conseil muni-
FROCHOT
cipal qui, dès sa première session, avait laissé échapper les plaintes les plus vives, Frochot prit hardiment l’arrêté du 21 ventôse an IX (12 mars 1801) :
s Il sera établi, disait-il, hors de la ville de Paris, trois enclos de b sépulture publique : le premier au nord, le second à l’est, le troi- « sième au sud.
« Les enclos auront chacun au moins quinze hectares d'étendue, et a seront distants d’un mille des murs d'enceinte de la ville de Paris. b Le ministre de l'intérieur sera prié d'obtenir pour la commune de b Paris l'autorisation d'acheter le terrain nécessaire pour les trois a enclos de sépulture. »
Cette sommation eut un plein succès. Le conseil municipal , dans sa session de l’an X , s’associa aux généreuses démarches du préfet; le gouvernement prépara la loi du 17 floréal an XI (7 mai 1803) , qui autorisa l’acquisition des jardins du Père-Lachaise, et le cimetière de l'Est fut ouvert aux morts le 1er prairial an XII (21 mai 1804).
Sous l’ancien régime, le cimetière était une dépendance de la paroisse. La Révolution en fit une propriété de la commune. Ordre fut donné aux communes, par le décret du 23 prairial an XII (12 juin 1804), « d’acheter des terrains « hors des villes, de les enclore de murs, de les planter et b de les consacrer à l’inhumation des morts, » en un mot de suivre dans toute la France l’exemple que Frochot venait de donner à Paris. En même temps, le gouvernement reconnaissait à la commune propriétaire des cimetières le droit de concéder des terrains pour sépultures particulières, sous certaines conditions de fondation et de donation. S’appuyant sur ces prescriptions pour fermer les trois cimetières encore ouverts dans l’intérieur de Paris, Frochot déclara le 1 5 ventôse an XIII (6 mars 1805), que :
b Provisoirement, et jusqu'à ce que la portion et l'étendue des divers b cimetières de Paris fussent déterminées définitivement, il ne serait
« fait de concessions perpétuelles pour fondation de sépultures que « dans l'enclos de Montlouis, formant aujourd'hui le cimetière de l’Est.
Cet arrêté, qui devait rester en vigueur jusqu’en 1821, époque à laquelle le droit de concession fut étendu aux cimetières de Montmartre et de Mont-Parnasse, cet arrêté, dis-je, avait été dès l’abord approuvé et même loué sans réserve par le conseil municipal.
« Votre commission, s'écriait le rapporteur Quatremère de Quincy, « a cru qu’il convenait de payer un tribut d’éloges très-mérités au a zèle de l'administrateur, dont les vues aussi utiles qu’étendues sont « parvenues à embrasser dans l’objet soumis à votre délibération les « soins de la salubrité, ceux du trésor municipal et les intérêts de la « morale publique, l’eut-ètre le projet qui vous est proposé a-t-il un a droit de plus à votre approbation ! Pourquoi, en effet, vous dissi- « mulcriez-vous. Messieurs, que le préfet, en vous l’offrant, réalise vos a propres vœux ? »
Ce projet fixait le prix des concessions non perpétuelles à cinquante francs, et des concessions perpétuelles dans l’intérieur de l’enclos à cent francs le mètre carré ; il cédait gratuitement les terrains situés le long des murs d’enceinte, à la condition que le cessionnaire construirait, sur le plan adopté par l’administration , une des arcades dont la série devait former une vaste galerie autour du cimetière.
« De telle sorte , ajoutait le rapporteur, que le cimetière de l’Est « sera bâti aux frais des particuliers, et que la commune acquerra a gratuitement un grand édifice, un magnifique établissement et un a revenu, a
Dans une autre partie de son rapport, Quatremère de Quincy disait encore :
« Rien de plus facile que de former des vœux : mais dans une vaste < société , et au milieu de tous les embarras nés des démolitions suc- « cessives d’une révolution, il n’est pas facile à l’administrateur de a marcher aussi rapidement qu'il le voudrait. L’essentiel est qu’il « marche toujours , et toujours dans la même direction : c’est ce qu’a « fait le préfet. »
FROCHOT
En louant le passé, Qiiatremère de Quincy aurait pu engager l’avenir. Frochot ne s'arrêta pas à la création du cimetière (le l’Est, qui demeura pourtant une de ses plus belles œuvres. 11 suivit avec persévérance le plan qui devait bannir de Paris les cimetières intérieurs , et rejeter sur ses flancs les nouveaux champs de repos. En 1812, l’Empereur ayant pris en main la direction des grands travaux de Paris, revint sur cette question des cimetières, et chargea Fontaine, son architecte , de lui soumettre un projet d’ensemble. Sur le projet de Fontaine, le ministre de l’intérieur fit un contre-projet (11 février 181 3); mais tous ces travaux restèrent enfouis dans les cartons. L’Empire s’écroula, et en 1819 , Paris enterrait encore ses morts dans le cimetière nouveau du Père-Lachaise, dans les cimetières anciens de Montmartre, de Vaugirard et de Sainte-Catherine. Plus tard ces deux derniers cimetières furent supprimés à leur tour et remplacés par le cimetière de Mont-Parnasse.
Cette rapide histoire des recettes du budget ordinaire laisse à peine une faible idée de l’activité et de l’intelligence que Frochot déploya dans les difficiles conjonctures où la Révolution avait précipité l’administration. On a vu toutefois comment et dans quel étal Frochot avait pris cet ensemble de recettes, dans quelle mesure et dans quelle direction il l’étendit, avec quel zèle et quel succès il le consolida. Autour de l’octroi qui fit subitement la fortune de la ville, Frochot avait fait jaillir de nouvelles sources de revenus : mais ces sources de revenus devaient longtemps encore couler faibles et troubles, tandis que le grand fleuve de l’octroi allait desuilc porter l’abondance et la vie dans tous les services de la ville de Paris. Si le progrès des recettes ne suivit pas toujours le cours des calculs et des espérances, si tant
d’efforts ne reçurent pas sur-le-champ une profitable récompense, on ne peut pas dire que Frochot rencontra dans l’accomplissement de son œuvre des ingrats et des indifférents. Justice, justice prompte et éclatante lui fut rendue, et l’écho de la reconnaissance publique retentit encore dans l'histoire de la ville de Paris.
Budget de la tille de paris. — Dépenses. — I. Service municipal des mairies. — II. Service de l’instruction primaire. — III. Service religieux. — Organisation et frais du culte. — IV. Service militaire. — Garde municipale. — Garde nationale. — Pompiers. — V. Service de l'assistance publique.
En abordant le budget des dépenses de la ville de Paris, il ne faut pas oublier que ce budget se divisait en deux sections : la première embrassait les services confiés au préfet de la Seine; la seconde les services confiés au préfet de police. Le budget du préfet de la Seine fixera seul notre attention, comme il fixait seul l’attention et le contrôle du conseil municipal. Le budget du préfet de police n’était présenté au conseil que par mesure d’ordre et pour provoquer un vote sur l’ensemble des dépenses municipales.