‹ Frochet, préfet de la SeineChapitre 28 sur 38 · II. — SERVICE DE L'iNSTRlCTIOK PRIMAIRE · texte numérisé non relu

II. — SERVICE DE L'iNSTRlCTIOK PRIMAIRE

Paris possède aujourd'hui des ouvroirs, des salles d’asile, des établissements d’instruction primaire, des collèges municipaux, des écoles pour les études professionnelles; mais combien n’a-t-il pas fallu d’années et d'efforts pour rendre à Paris l’instruction véritablement publique? L’Empire n’a

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pas connu les salles d’asile. Au milieu des devoirs que lui imposai! la réorganisation de tous les services, pouvait-il s’arrêter un moment pour veiller à l’éducation de la première enfance? Une semblable institution fait la gloire des jours heureux et paisibles, où la société reposée perfectionne ses œuvres; mais l’Empire a connu l’instruction primaire. Comme tous les gouvernements, qui, de 1789 à 1832, ont eu l’honneur de présider aux destinées de la France, l’Empire a cherché la solution de ce grand problème. La Révolution avait dispersé brutalement les modestes et pieuses écoles que l’Église avait fondées è l’ombre des presbytères, et la Convention, poursuivant avec une ardeurfébrile le rêve chimérique de l'éducation républicaine, n'avait fait que détruire et n’avait rien pu fonder, il était urgent, il était nécessaire d’arracher à l'ignorance et au vagabondage les premières générations du siècle, et la loi du 11 floréal an X (1" mai 1802) doit être honorée à l’égal d’une loi d'ordre et de salut public.

Les écoles primaires figuraient depuis quelque temps au budget de la commune , mais la pénurie des fonds publics avait suscité des obstacles que la négligence et les préventions des parents avaient grossis. Douze instituteurs et douze institutrices, à chacun et à chacune douze cents francs : voilà le personnel et le premier budget de l’instruction primaire à Paris. Soyons indulgents! Était-il nécessaire de multiplier les écoles et les instituteurs quand les écoles restaient vides et les instituteurs inoccupés? Pour relever les écoles de filles d’un discrédit injuste, Frochot organisa dans chacune d'elles des ateliers de couture et de lingerie, mesure excellente et nouvelle qui fut alors couronnée d'un éclatant succès. A la faveur de l’ouvroir (car Frochot avait deviné et pour ainsi dire inventé l’ouvroir), l'instruction

primaire s’étendit. Dans la session de 1 SOC , un membre du conseil municipal faisait observer que les écoles gratuites ne suffisaient plus à l’instruction de tous les enfants indigents, et que dans le deuxième arrondissement, des particuliers avaient trouvé honneur et profit à ouvrir de nouvelles écoles. Frochot triomphait. 11 avait toujours compté sur le temps pour modifier l’opinion publique, qui considérait le calcul , l’écriture et la lecture comme des instruments inutiles dans une vie laborieuse. Avec non moins de sagacité, il avait toujours soutenu que le succès de l’instruction primaire dépendait de la situation matérielle et morale des instituteurs.

« 11 serait convenable, disait Frochot en l'an XI, d’établir dans les « campagnes de petites écoles où l’instruction serait bornée à la lecture, u à l'écriture, aux éléments du calcul; d'assujettir les cultivateurs à « une rétribution très-modique, et de donner aux enfants des indigents « l’enseignement gratuit. Je suis convaincu que le bien être des insti- « tuteurs est le meilleur moyen de répandre l'instruction primaire. »

En attendant que les lois et les mœurs eussent fécondé ces pressentiments d’un avenir bien éloigné, Frochot porta ses espérances et ses efforts vers les cinquante écoles de charité que contenait la ville de Paris. Dirigées tantôt par des frères de la Doctrine chrétienne et des sœurs de Charité, tantôt par des instituteurs et des institutrices laïques, soutenues par les subventions de l’administration, entretenues et surveillées par la charité privée, par les bureaux de bienfaisance, par le clergé de Paris , ces écoles furent à vrai dire le fond de l’instruction primaire sous l’Empire. A leur propos, Frochot disait un jour devant l’Empereur : « Je prends le bien où je le trouve. » — « Et l’on trouve toujours, lui répondit-il, quand on veut chercher. »

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III. — SERVICE RELIGIEUX. — ORGANISATION DES PAROISSES — FRAIS DU CULTE

La religion catholique subit la peine de son alliance politique avec la royauté. La Révolution la traita en suspecte, en émigrée, en ennemie de la République. Le jour où les Français commencèrent à se recueillir, ils cherchèrent un autel, une foi, un Dieu. Le catholicisme et le philosophisme se disputèrent les esprits. Le sentiment religieux rentra dans les cœurs. Les beaux esprits improvisèrent des religions nouvelles ; mais la foule , la foule immense et profonde des campagnes redemanda ses curés, ses cloches et ses églises. Bonaparte les lui rendit. Le Directoire avait proclamé la liberté des cultes; le premier consul décréta la protection des cultes. Los lois de 1795 disaient : L’État reconnaît tous les cultes mais ne les distingue pas. Le concordat de 1802 dit : « La religion catholique est la religion de la majorité des Français. » En 1795, le gouvernement ne salarie aucun culte; il reste étranger à leur organisation. En 1802, la République salarie tous les cultes, et intervient dans leur organisation. En 1795, défense est faite : en 1802, ordre est donné aux municipalités de fournir les édifices nécessaires à l’exercice des cultes et au logement de leurs ministres. Quel contraste ! Désormais l’Église et l’État s’entendent ; l’Église et l’État s’unissent : mais l'État entre dans l’Église, et le gouvernement dans l'administration des cultes.

« Le libre exercice du culte catholique, écrivait Cliaptal aux préfets, « est établi par la loi du 18 de ce mois (germinal an XI).

« Ce bienfait du gouvernement était sollicité par la presque totalité « des Français : il aura la plus heureuse influence sur l’esprit public « et la tranquillité intérieure, si par le concours de l'autorité civile, » les ministres du culte sont entourés de cette considération qui inspire b la confiance et commande le respect. Le gouvernement appelle à ce

« sujet les efforts de votre zèle pour le succès de ses vues. Votre pré- « voyance doit embrasser divers objets. »

Le premier devoir du préfet de la Seine et le premier soin de Frocliot avaient été de livrer à l’archevêque de Paris une maison épiscopale et l’église cathédrale. La loi du 1 8 germinal an XI (8 avril 1803) vint bientôt inscrire au budget départemental les sommes que les conseils généraux devaient appliquer à l’acquisition, la location ou l’entretien des maisons épiscopales, des églises cathédrales et de tous les objets nécessaires au service du culte dans ces églises. Les sommes furent imputées sur les centimes additionnels affectés chaque année aux dépenses variables.

S’il était difficile de réunir les éléments financiers du diocèse, il l’était plus encore d’organiser le régime administratif des paroisses. Frochot, maire de Paris, trouva dans cette partie de sa tâche un rôle plus important et des devoirs plus délicats que Frochot préfet de la Seine. Déjà le Directoire avait fixé à douze le nombre des édifices religieux. Chaque arrondissement possédait, en l’an VIII , un temple où les catholiques, les protestants, les juifs, les néophilantropes, pratiquaient les cérémonies de leur culte. L’archevêque de Paris , auquel la loi avait remis le soin de tracer les circonscriptions des paroisses, maintint dans un décret confirmé par un arrêté des consuls , le 1 7 floréal an X , la division en douze cures, division qui répondait aux douze justices de paix. Les douze temples furent rendus au culte catholique. On y joignit vingt-sept succursales.

Si la restauration desculles greva le budget du département de dépenses que l’on peut qualifier d’épiscopales, elle fil inscrire au budget de la commune les dépenses que l’on peut qualifier de paroissiales; mais de ces dépenses paroissiales, les unes frappaient toujours les communes, les autres par

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occasion. Ainsi, quelle que fùl la situation financière des fabriques, les communes et partant la ville de Paris étaient obligées de fournir les édifices religieux et le logement des ministres du culte.

En l'an XIII (1804), on comptait à Paris vingt-six églises non aliénées, et quatorze églises aliénées et louées comme succursales. Un avis du conseil d'État du 2 pluviôse an Xlll (23 janvier 1805) ayant décidé que les églises et presbytères devaient être considérés comme des propriétés communales, un décret du 20 juin 1810 autorisa la ville de Paris à acquérir les édifices , ou à louer, si elle ne pouvait les acquérir, tous les édifices nécessaires à l’exercice du culte. Comme les presbytères, sauf cinq, avaient été vendus pendant la Révolution, la ville de Paris se pourvut de logements ou paya des indemnités aux curés et desservants. A ces charges directement et spécialement imposées à la commune, venaient et vinrent se joindre un supplément de traitement pour les vicaires, l’entretien des églises, et même les frais du culte lorsque le budget de la fabrique était épuisé.

La réorganisation du culte catholique avait en effet pour base la reconstitution des fabriques. Tel fut l’objet de l’arrêté du 7 thermidor an XI (26 juillet 1803) et des décrets du 23 prairial an Xll (12 juin 1804), du 30 mai 1806 et du 30 décembre 1809. A partir de 1809, les fabriques eurent un budget dans lequel figurèrent en recettes le produit de leurs biens, la location des chaises, les oblations, les quêtes, divers droits parmi lesquels il faut noter les droits d’inhumation ; et en dépenses, les frais indispensables au service du culte, le traitement des vicaires, des prédicateurs, des officiers et des serviteurs de l’église, l’entretien des églises, presbytères et cimetières. Le budget des fabriques servit aux paroisses de budget intérieur et ordinaire : le budget municipal, de budget extérieur et supplémentaire.

« Si l’Etat, disait Portalis, assigne des fonds particuliers aux défi penses du culte, l'État ne pourvoit point à tout, et les libéralités des « fidèles ne sauraient suppléer à tout ce qui manque. Alors la com- « mune doit venir au secours de la société religieuse qu'elle porte dans * son sein. Il importe donc que les administrateurs de la commune « aient l'œil sur la conduite des administrateurs de la fabrique, puis- « qu’un emploi mal entendu des fonds spéciaux des fabriques lournc- « rail au détriment des communes. »

C’était expliquer très-nettement à quel titre les maires des arrondissements de I'aris siégeaient dans les conseils de fabrique, et pourquoi les fabriques étaient soumises au contrôle supérieur de l’archevêque de Paris et du préfet de la Seine.

Quant aux dépenses relatives au culte protestant, elles furent assignées, jusqu’en 1806, sur les centimes additionnels et comprises dans le budget départemental. Un décret impérial du 5 niai 1806 les mit toutes à la charge des communes, et la ville de Paris dut fournir aux trois pasteurs , à partir de 1807 , un supplément de traitement et une indemnité de logement, trois temples et certains frais de culte.

Voici les cadres et les conditions dans lesquels s’organisa le régime administratif de la société religieuse. On aperçoit la part nécessaire et considérable que le préfet de la Seine et le maire de Paris prirent successivement à l’organisation du service des cultes. Au point de vue moral comme au point de vue financier, cette grande œuvre exigea beaucoup de prudence et d’habileté; elle s’accomplit, en définitive, avec une heureuse rapidité. Chacun s’y prêta : clergé, administration , gouvernement, cherchèrent à aplanir toutes les difficultés que des esprits entiers ou chagrins auraient aisément rendues insolubles. Le préfet de la Seine suivit les ordres du gouvernement : le maire de Paris, le vœu des Parisiens : Frochot, la voix de sa conscience.

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