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DU COTÉ ALLEMAND

§ 1. — Engagement de F avant-garde de la 4^ division

bavaroise.

Le 3 août, la 4® division bavaroise, avant-garde principale de la III^ armée^ comprenait 12 bataillons (1), 4 batteries, 4 escadrons et 1 compagnie du génie.

Ce jour-là, il y avait au bivouac de la division, près de Bergzabern :

0 bataillons de la 7® brigade,

(I) Normalement, la 4* division bavaroise présentait : 14 bataillons dont 7 à la 7* brigade, 6 à la 8* et i bataillon en réserye non embrigadé. Sur ce nombre, un bataillon de chasseurs (le 5*) de la 8* brigade était encore dans les Vosges et un bataillon de ligne de la même brigade n'avait pas encore rejoint.

3 bataillons de la 8® brigade,

1 bataillon de chasseurs non embrigadé,

4 batteries,

2 escadrons,

i compagnie du génie.

Un bataillon de la 8® brigade, avec quelques cavaliers, se trouvait à Birkenhôrdt, en flanc-garde, à 5 kilomètres de Bergzabern, sur la route de Worder-Weidenthal, et 2 bataillons de la 7® brigade avec 2 escadrons formaient les avantpostes, à raison de un bataillon et un escadron à Ober- Otterbach, un bataillon et un escadron à Nieder-Otterbach, ces deux réserves fournissant des grand 'gardes sur le front : Schweigen — Kapsweier — Steinfeld — Schaidt.

La division du général Douay n'ayant atteint ses emplacements au sud de Wissembourg, le 3 août, qu'à 9 heures du soir, et le bataillon chargé d'occuper la ville n'y étant entré que plus tard encore, il est à présumer que la grand'garde bavaroise de Schweigen ne connut l'arrivée des Français que le lendemain, à la pointe du jour.

L'ordre de mouvement de la 4® division bavaroise pour la journée du 4 août disait que les bataillons et les escadrons d'avant-postes attendraient d'être dépassés par l'avant-garde avant de se rassembler. Cette prescription est classique.

Le bataillon de flanc-garde devait se porter, par BoUenbôm, Bobenthal et Germannshorf, sur Weiler.

L'avant-garde de la division Bothmer avait à marcher jusqu'à Wissembourg, dont elle s'efiForcerait de s'emparer en dépit de ses remparts, de ses fossés humides et de ses trois portes à ponts-levis, que l'on savait fermées depuis plusieurs jours.

Cette avant-garde, composée de deux escadrons, de deux bataillons et d'une batterie, déboucha vers 8 heures au sud de Schweigen. Le commandant de la division était auprès d'elle.

Les avant-postes bavarois avaient déjà reconnu la présence

de soldats français dans Wissembourg, et, de la hauteur de Schweigen, on voyait, à 3,500 mètres environ, des camps ennemis sur les plateaux du Geisberg et du Vogelsberg.

Sans plus tarder, la batterie d'avant-garde dépassa de 600 mètres environ la crête du mamelon de Schweigen et alla s'établir à 900 mètres du rempart, escortée par un bataillon qui déploya ses compagnies en tirailleurs, de part et d'autre de la ligne des pièces et à la même hauteur.

Ces dispositions prises, vers 8 h. 1/2, la batterie ouvrit le feu sur la ville. [Croquis nP 7.)

Les pentes sur lesquelles la batterie et son bataillon d'escorte s'étaient déployés, sont couvertes de vignes hautes très défavorables aux mouvements de l'artillerie, mais mas* quant assez bien des tirailleurs.

Les premiers coups de canon produisirent à Wissembourg l'effet d'une pierre lancée sur un nid de guêpes.

Instantanément, le rempart nord se garnit de défenseurs, et la fusillade éclata intense.

Ce début des Bavarois ne fut pas heureux.

Les l)aLles de l'infanterie française, déployée sur le rempart nord de Wissembourg, tombaient dans la batterie et en gênaient considérablement le service.

Une seconde batterie bavaroise vint se placer à côté de la première et n'eut pas plus de succès.

Après une heure et demie d'engagement, vers 10 heures, les deux batteries postées sur les pentes du mamelon de Schweigen se retirèrent du combat pour n'y plus reparaître, et pourtant, elles n'avaient perdu ensemble que 1 tué, 8 blessés et 21 chevaux. {Croquis n^ 8.)

Un peu après 9 heures, le second bataillon de l'avantgarde s'était déployé, en formation de combat, à l'est des batteries de Schweigen, pour faire face aux tirailleurs algériens arrivant sur la Lauter, entre Wissembourg et Alten* stadt. Ce bataillon était bientôt rejoint par les deux autres batteries de la division Bothmer, qui s'établissaient à proxî-

mité de la route de Schweigen à Windhof, à 800 mètres au nord de ce village.

Dans rintervalle, entre 9 et 10 heures, le général de Bothmer prenait, sous Tempire de craintes injustifiées, des mesures de protection tout à fait excessives et telles que le sort de ses troupes engagées eût été gravement compromis sans rintervention énergique et prompte du V® corps prussiea.

Ayant aperçu au loin des mouvements de troupes dans la direction du col du Pigeonnier, le commandant de la 4* division bavaroise s'imagina que sa droite allait être tournée par les Vosges.

Pour se garantir contre une attaque tournante de ce côté, il fit placer, à Touest de Schweigen, un bataillon de la 8* brigade, et, vers le Guttenberg, un bataillon de la 7* brigade, bientôt rejoint par les deux compagnies de réserve du bataillon d'avant-postes primitivement établi à Nieder- Otterbach. En outre, un autre bataillon de la 7* brigade fut envoyé au château de Saint-Paul, pour l'occuper. {Croquis n« 8.)

Si, sur les sept bataillons formant le gros de la division Bothmer pendant sa marche du 4 août, on défalque les trois bataillons et demi disposés en dehors de l'aile droite, on voit qu'il reste en tout, conmie infanterie disponible, deux bataillons, sans compter six compagnies d'avant-postes non encore rassemblées.

En un mot, à 10 heures du matin, la 4^ division bavaroise n'avait plus pour combattre devant Wissembourg que les deux bataillons d'avant-garde soutenus par deux autres que viendraient rejoindre plus tard six compagnies arrivant des avant-postes pour se réunir à Ober-Otterbach.

Commentaires.

Cette dissémination incroyable de l'infanterie bavaroise explique comment le faible bataillon du 71® jeté dans Wis-

sembourg et quelques compagnies du 1®' tirailleurs algériens, soutenues par une batterie de 4, purent tenir en échec la division Bothmer pendant près de deux heures.

Il parait aujourd'hui démontré que, livrée à ses propres forces, la 4® division bavaroise subissait, le 4 août, un échec complet sans que le général Douay eût besoin de faire appuyer le 1®' tirailleurs par d'autres troupes.

D'autre part, l'entrée en action de l'avant-garde bavaroise fut pitoyable.

Un efiet de surprise n'a de chances de réussir qu'autant que les moyens sont appropriés aux résistances à vaincre.

On savait Wissembourg occupé par une fraction plus ou moins forte de l'armée d'Alsace.

Il convenait donc de faire approcher trois ou quatre bataillons à courte distance du front nord et des portes collatérales avant de tirer le premier coup de canon. En outre, il fallait avoir, non pas une, mais quatre batteries divisionnaires en situation de combiner leur action avec le feu de l'infanterie descendue à faible portée des défenseurs.

Les fantassins bavarois, nombreux et menaçants, auraient attiré sur le rempart les fantassins français, et ceux-ci, canonnés en même temps par les batteries du Schweigen, auraient éprouvé de grosses pertes et se seraient cachés derrière la banquette, autorisant ainsi l'escalade ou le bris des portes.

L'engagement de la 4® division bavaroise devant Wissembourg, le 4 août au matin, les dispositions prises par le général de Bothmer afin de garantir son flanc droit pendant l'action, enfin la timidité, pour ne pas dire la mollesse, d'une infanterie qui n'osa pas quitter les roues de son artillerie, tout cet ensemble tend à démontrer que chefs et soldats de Bavière n'avaient, au début de la guerre de 1870, qu'une valeur des plus médiocres.

L'examen des opérations ultérieures des corps bavarois ne contredit nullement cette appréciation.

,^ 2. — Débouché des avant-gardes du V® et du XI® corps

et engagements consécutifs.

Le prince royal de Prusse, suivi de son état-major, atteignit, à 9 h. 1/i, la hauteur située entre Schweigen et Kapsweier. {Croquis n^ 8 ; une étoile bleue signale le point d'observation du prince royal.)

La position de la division Bothmer, à ce moment, était rieu moins que brillante.

Quelques centaines de turcos, qui venaient de se déployer le long de la Lauter, vers les moulins, menaçaient de franchir la rivière, et c'est avec beaucoup de peine que les tirailleurs de Taile gauche bavaroise parvenaient à les contenir.

Après s'être mis en relation avec le général de Bothmer, le commandant de la IIP armée envoya des officiers à Tavantgarde du V® corps et au XP corps pour leur prescrire de se rabattre promptement sur Wissembourg.

A l'instant où furent tirés les premiers coups de canon, vers 8 h. 1/2, l'avant-garde du Y® corps arrivait à Schweighofen, où elle se partageait en deux colonnes d'égale force, conformément aux dispositions de l'ordre d'armée de la veille, la pointe d'avant-garde (colonel Rex) devant passer la Lauter au pont de Saint-Rémy, le gros de l'avant-garde (colonel de Bothmer) au gué de Wooghaûser, situé un peu en amont. [Croqimn^ 7.)

Au même moment, la tête du gros de ce corps d'armée atteignait Klein-Steinfeld.

L'avant-garde Rex (3 bataillons, 1 batterie, 3 escadrons), après avoir franchi la Lauter, vers 9 heures, au pont de Saint- Rémy, commençait à s'engager sur la route de Lauterbourg, vers 9 h. 1/2, quand elle vit, marchant sur cette route, une colonne formée par la 41® brigade du XP corps, venant du pont du moulin de Bien-Wald. {Croquis n® 8.)

Le général de Saiidrart commandant la 9*^ division (5® corps), qui se trouvait auprès de Tavant-garde Rex, se porta audevant de cette colonne, sV rencontra avec le général de Bose, commandant du XP corps, et ces deux officiers généraux convinrent que l'avant-garde du V® corps aurait la libre disposition de la route pour avancer sur Wissembourg, tandis que les troupes du XP corps appuieraient au sud pour prendre la gauche du V* corps.

Vers 10 heures, Tavant-garde Rex atteignit les abords d'Altenstadt et commença son rassemblement sous la protection de quelques compagnies postées à la lisière ouest de ce viUage que les Français avaient négligé d'occuper. [Cro^ quis 'nP 9.)

A 10 h. 1/2, la batterie de Tavant-garde Rex alla occuper une position située un peu à Test du raccord des deux voies ferrées, sous la protection d'un bataillon déployé contre le talus du chemin de fer, et commença le feu sur Tartillerie française du Geisberg.

A la même heure, les deux batteries de la 41® brigade (XP corps), établies à 1000 mètres à Test de la ferme de Gutleithof, commencèrent à tirer dans la même direction.

Enfin, vers H heures, la batterie de la seconde avant>-garde du V® corps vint se placer à côté de celle de la colonne Rex. [Croquis n^ 10.)

L* avant-garde Bothmer ayant éprouvé des difficultés pour franchir la Lauter, son passage ne put se terminer avant 10 h. 1/2.

Au XP corps, la 42® brigade en avant-garde, pourvue d'une forte avance sur le gros, pénétrait dans Schleithal, à 7 heures du matin, puis se rassemblait, près de cette localité, pour couvrir le débouché du corps d'armée sur la rive gauche de la Lauter.

Celui-ci commençait à franchir cette rivière quand le bruit

du canon incita le général Bose à lui faire continuer la marche par la grande route de Lauterbourg à Wissembourg.

Nous avons exposé précédemment que la nouvelle avantgarde (41^ brigade) du XP corps abandonna cette route, à 9 h. 1/2, au profit de Tavant-garde du V® corps et appuya au sud.

A Klein-Steinfeld, la tête du gros du V® corps fit une halte d'une demi-heure pour attendre des nouvelles du combat engagé devant Wissembourg.

A 9 heures donc, le gros du Y* corps, dirigé par le général de Schmidt (commandant de la 10® division) sur les indications du général de Kirchbach (commandant du V® corps) continua sa marche vers Altenstadt.

La 18® brigade, qui tenait la tête, dut se rassembler à 500 ou 600 mètres d'Altenstadt, les 19® et 20® au nord de Schweighofen.

Vers 11 heures, la 18® brigade avait achevé son rassemblement, tandis que les 19® et 20® brigades étaient loin d'avoir terminé le leur. [Croquis n® 10.)

A la même heure, cinq batteries, dont deux de la 9® division et trois de l'artillerie de corps, appelées par le général de Kirchbach alors installé à la maison de douane de Windhof , prirent position au sud de ce hameau et ouvrirent le feu contre les turcos et les défenseurs du plateau de Geisberg. [Croquis n^ 10.)

Entre 10 h. 1/2 et 11 heures, six compagnies de Tavantgarde Rex sont lancées de la partie sud d' Altenstadt vers la gare de Wissembourg et s'avancent à cheval sur la grande route de Lauterbourg bordée de peupliers.

Les compagnies de turcos, engagées dans les prairies contre les Bavarois de l'autre rive, ne peuvent parer cette attaque ; mais d'autres compagnies, jusque-là maintenues en réserve à la gare, accourent et refoulent les assaillants.

Un enclos situé à quelques centaines de mètres à Test de

la gare est promptement garni de tirailleurs algériens, et c'est en voulant s'en emparer que tombèrent un peu plus tard le chef du 1®^ bataillon du 58® et ses quatre capitaines.

Un peu après H heures, le 47®, qui forme avec le 7® la 18® brigade, occupe Altenstadt avec trois compagnies et fait déboucher cinq autres compagnies en renfort direct des six compagnies de Tavant-garde Rex engagées contre les turcos venus de la gare, tandis que son dernier bataillon, en formation de combat, s'avance, par les prairies de la rive gauche, dans la direction de la porte de Landau.

Le bataillon du 58®, placé au talus du chemin de fer en échelon défensif, fait échouer par son feu les tentatives de quelques groupes de turcos pour envelopper la gauche des tirailleurs prussiens déployés à cheval sur la route de Lauterbourg.

Vers midi, les onze compagnies du 58® et du 47® qui luttent au sud de la Lauter, près de la route de Lauterbourg, parviennent à refouler les turcos jusqu'aux abords de la gare, après leur avoir enlevé l'enclos dont il a été question précédemment. Ces compagnies sont puissamment aidées par le bataillon du 47® qui remonte la rive gauche de la Lauter, déborde les turcos sur leur gauche et les fusille en flanc. {Croquis n^ 11.)

La 41® brigade (XI® corps), après avoir quitté la route de Lauterbourg réservée aux avant-gardes du V® corps et s'être rassemblée au sud et près de cette route, marcha en deux fractions, l'une, de deux bataillons, sur la ferme deGutleithof ; l'autre, comprenant le reste de la brigade, vers la profonde tranchée du chemin de fer qui commence au sud et non loin de l'embranchement des routes de Wissembourg à Seltz et à Soultz.

Ces dispositions prirent environ deux heures, en sorte que la 41® brigade n'arriva guère avant midi aux emplacements qui lui avaient été assignés par le commandant du XI® corps. [Croquis nP H.)

Pendant son mouvement, elle reçut des projectiles d'artillerie et des balles tirées des hauteurs du Geisberg; mais ses deux batteries, combinant leur action avec celle d'une partie de l'artillerie du Y® corps (42 pièces) établie au sud et au nord d'Altenstadt, forcèrent les batteries françaises à se retirer momentanément du combat.

Sur ces entrefaites, le général de Bose, commandant du XP corps, avait envoyé Tordre à la 42® brigade, en position d'avant-garde à Schleithal, de laisser dans ce village un bataillon et de venir prolonger la gauche de la 41« brigade. En outre, cet officier général faisait prévenir l'artillerie de corps et la 22® division de continuer au delà de la Lauter pour se joindre à la 21® division.

§ 3. — Préparation de l'attaque du Geisberg par la 9® division prussienne.

Entre midi et une heure, la demi-avant-garde du V® corps, Rex, et la 18® brigade, du même corps d'armée, réussirent à refouler sur la gare de Wissembourg les fractions du |er régiment de tirailleurs, bien postées entre cette gare et Altenstadt. Au même moment, la demi-avant-garde du V® corps, Bothmer, dépassait la lisière sud d'Altenstadt et se rassemblait près de la route (3 bataillons du 59®, 1 compagnie du 5® bataillon de chasseurs et 1 escadron du 4® dragons). {Croquis n^ 11.)

Le général de Kirchbach résolut alors de diriger contre les défenseurs du Geisberg toutes les forces dont il pouvait disposer immédiatement, à savoir : 3 compagnies du 47® (18® brigade), les 3 bataillons du 7® (18® brigade) et les troupes du colonel Bothmer. [Croquis n® 11.)

Un peu avant une heure, la batterie française qui avait accompagné les turcos s'était vue obligée d'abandonner une pièce pendant sa retraite vers les hauteurs du Vogelsberg et

trois compagnies de Tavant-garde Rex, postées en échelon défensif au talus du chemin de fer, s'étaient précipitées en avant pour s'en emparer.

Dispositif d'attaque formé par les bataillons et compagnies disponibles de la 9* division prussienne (général de Sandrart). poar rejeter les Français an delà des plateaux da Geisberg et du Vogelsberg (1 h. 1/4).

Ces compagnies (10® et 11® du 58® et 1"* compagnie du 5® bataillon de chasseurs) durent contribuer à Tactîon contre les hauteurs, conjointement avec les deux bataillons disponibles (1®' et 2® du 59®) de la demi-avant-garde Bothmer, en marchant sur les talons du 1®' tirailleurs algériens, qui se retirait vers son camp établi la veille au Yogelsberg. [Croquis no 12.)

En même temps, les autres fractions présentes, suivies des trois bataillons du 7®, furent dirigées vers le château du Geisberg.

La 10® division d'infanterie du V® corps, qui avait conmiencé son rassemblement au nord de Schweighofen, eut à le rompre pour suivre la 9® division au delà (sud) d'Altenstadt.

§ 4. — Prise de la gare et de la ville de Wissembourg.

Du côté de Wissembourg, la gare ne fut enlevée au groupe de turcos qui la défendaient qu'à 1 h. 1/2, bien qu'à cette heure-là les trois bataillons du 1®' tirailleurs fussent déjà parvenus à moitié distance de leur camp.

Anticipons un peu sur Tordre chronologique des événements, pour en terminer avec la défense de Wissembourg.

Vers 2 heures, trois bataillons bavarois pénétrèrent dans la ville par la porte de Landau, laissée momentanément sans défenseurs (1). Les deux premiers se rassemblèrent sans coup férir sur la place d'armes pendant que le troisième occupait la rue du Rempart-Nord. Le 2® bataillon du 74® (450 hommes) ne pouvait plus prolonger la résistance : il se rendit.

(1) Nous expliquerons, en détaillant les opérations de la division Douay» pourquoi les portes de Wissembourg furent abandonnées entre 1 h. i/2 et 2 heures par les compagnies du 74* chargées d'en défendre Taccès.

104 l^« PARTIE. — CUAPITRE IV.

^5. — Attaque et prise du Geisberg par la 9® division prussienne et Tavant-garde (41^ brigade) du XI® corps.

Tandis que commençaient, vers une heure, les mouvements de la majeure partie de la 9® division (V® corps) contre le Geisberg, le général Bose poussait la 41« brigade, de la ferme de Gutleithof et de la tranchée du chemin de fer, vers le terrain au sud du château de Geisberg. {Croquis n° 12.)

Les deux bataillons postés à la ferme de Gutleithof (2<^ bataillon du 80« et 2« bataillon du 87®, sous les ordres du' colonel de Colomb) se déploient et avancent en formation de combat, le bataillon de droite prenant sa direction sur le château, le bataillon de gauche en échelon refusé.

Les bataillons de la tranchée du chemin de fer sont formés sur deux lignes de deux bataillons chacune.

La première ligne (1®' et 3^ bataillons du 87®) marche vers l'espace compris entre Riedseltz et le château de Geisberg,

La deuxième ligne (3* bataillon du 80* et H* bataillon de chasseurs) prend pour direction le village de Riedseltz.

Ces divers mouvements préparatoires, exécutés entre une heure et 1 h. 1/2, avaient rapproché les 18«et 41® brigades jusqu'à 500 ou 600 mètres des troupes françaises postées aux abords du château de Geisberg.

A la même heure, la 42® brigade se formait à la lisière sud du Niederwald (Mundatwald, sur les cartes allemandes les plus récentes).

Entre 1 li. 1/2 et 2 heures, les tirailleurs de la 18« brigade et ceux de l'aile droite de la 41« refoulent les tirailleurs français vers le plateau des Trois-Peupliers qui domine le château de Geisberg à l'ouest. La houbloimière, au nord et près du château, est enlevée par les compagnies du 47«, pendant que, derrière elles, s'avancent, tambour l)attant, les trois bataillons du 7*^.

].£ COMBAT DE WISSEMBOUKG. 105

Le 3® bataillon du 7* vient prolonger Taile droite des compagnies du 47® ; son 2« bataillon se place à leur gauche, et le l®"* bataillon du même régiment se dirige sur les Trois-Pcupliers. Les tirailleurs prussiens quittent alors l'abri de la boublonnière et se précipitent vers le château, lorsque éclate, presqu'à bout portant, une fusillade terrible qui les force à chercher un refuge en arrière. [Croquis /i° 13.)

Pendant une heure (de 2 à 3), toutes les tentatives faites pour s'emparer du château échouent, bien que des canons braqués sur la porte située au sud l'eussent démolie et donné accès dans la cour du château.

Peine perdue, les Prussiens qui essayèrent de pénétrer dans cette cour, durent l'abandonner au plus vite sous le feu qui la balavait.

De leur côté, les défenseurs tentèrent une sortie en masse, les officiers en tète, précédés eux-mêmes du commandant Cécile, à cheval. Elle fut rejetée à l'intérieur par les feux rapides d'une nuée de tirailleurs embusqués à courte distance.

Alors, vers trois heures, après avoir brûlé leurs dernières cartouches, ces braves gens, au nombre de 450 environ, consentirent à se rendre. [Croquis n^ 14.)

§6. — Enlèvement de Schafbuch par l'aile gauche de la 41® brigade et tentative de poursuite par le 4® dragons prussiens.

Pendant l'attaque du château, l'aile gauche delà 4® brigade eut un engagement avec 300 ou 400 tirailleurs français établis à la ferme de Schafbuch et dans les vergers avoisinants.

Après que le Geisberg fut tombé au pouvoir de la 9* division, la 41® brigade fît un dernier effort, et ses tirailleurs coururent à l'assaut de Schafbuch pendant que ses bataillons de 2* ligne s'approchaient de Steinseltz par la vallée de Seltzbach. [Croquis n^ 14.)

Ce fut la dernière lutte de la journée. Le prince royal, arrivé, sur ces entrefaites, au Geisberg, ordonna de suspendre la poursuite, puis fit prescrire des dispositions pour la formation des bivouacs et le placement des avant-postes.

A ce moment, il dut regretter Téloignement de la 4« division de cavalerie, reléguée à la queue de la colonne du V* corps, et qui, aux termes de son ordre général du 3 pour la journée du 4 août, ne devait pas dépasser Obor-Otterbach.

N'ayant en fait de cavalerie disponible que le 4« dragons afiecté à la 9® division d'infanterie, le prince royal lui envoya l'ordre de se porter immédiatement des environs de la ferme de Gutleithof, où il se trouvait, dans la direction de Haguenau, sur les traces présumées des Français.

Ceux-ci avaient disparu dans les bois au sud de Steinseltz avec une telle rapidité que l'état-major de la IIP armée ne savait pas du tout de quel côté ils s'étaient retirés.

Le 4® dragons prussiens poussa jusqu'auprès de Soultz, fut accueilli à coups de fusil, et s'empressa de revenir à son point de départ.

Au retour, son chef adressa au prince royal le rapport suivant :

Conformément aux ordres donnés, la reconnaissance destinée à découTrir la ligne de retraite suivie par l'ennemi a été exécutée sur la route de Hagueoau et poussée jusqu'à Soultz. Il a été impossible de trouver ses traces nulle part. Sur la route elle-même on apercevait fort peu d'effets abandonnés.

Les quelques habitants qui ont été interrogés s'accordent à dire qu'un très petit nombre de Français a suivi cette route.

Soultz était occupée par de l'infanterie ennemie, et, pour ce motif, on n*a pu aller plus loin {?).

De la ligne des hauteurs au sud-est de Soultz, on pouvait apercevoir des masses d* infanterie assez considérables {i), La distance était trop grande pour permettre une appréciation exacte.

Signé : Von Sghenk,

Lieutenant-colonel commandant le 1*' régiment de dragons

de Silésie, n^ 4.

(I) Hallucination pure !

Le rapport qui précède se passe de commentaires. Il dénote un état d'âme que les cavaliers ayant fait la guerre comprendront et pourront même excuser.

On ne doit pas oublier, en ejffet, que les hussards et les chasseurs de Murât se montrèrent prudents, du 8 au 14 octobre 1806, tandis qu'après la victoire décisive d'Iéna leur audace ne connut plus de bornes.

§ 7. — Emplacements des Allemands après le combat.

Le croquis n^ 13 montre les emplacements de la IIP armée, le soir du combat de Wissembourg.

Malgré le désordre qui suit inévitablement un combat de rencontre et quoique la victoire procure généralement une assez grande sécurité, le réseau de sûreté est soigneusement établi.

La ligne des avant-postes extrêmes s'appuie, adroite (ouest), au village de Weiler, sur la Lautcr, et passe par Roth, Oberhoffen, Steinseltz, Riedseltz, Oberseebach, Schleithal et Niederlauterbach où elle est interrompue pour reprendre, au corps Werder, de Oberlauterbach à Motheren.

§ 8. — Perte du contact.

La IIP armée avait perdu tout contact avec son adversaire.

Le fait s'explique par l'absence d'une cavalerie nombreuse, et surtout, par la proximité du Hoch-Wald, massif boisé d'un accès difficile, dans lequel les débris de la division Douay allèrent en majorité chercher un refuge.

§ 9. — Forces engagées de part et d'autre et pertes.

• Tels sont, sobrement analysés, les combats que la 4® division bavaroise, la 9® division et la 41® brigade prussiennes

présentant, ensemble, 32 bataillons, 16 batteries et 10 escadrons, soit environ 50,000 hommes, soutinrent, le 4 août 1870, pour arriver à vaincre, en six heures, 6,000 Français.

Les pertes allemandes du 4 août furent :

A la 9*^ division prussienne. ... 55 officiers. 813 soldats. A la 41® brigade prussienne ... 20 — 300 —

A la 4« division bavaroise 16 — 347 —

Au total 91 officiers. 1460 soldats.

Sur les 4,500 hommes d'infanterie de la division Douay qui combattirent ce jour-là, 1000 en\T[ron furent tués ou blessés, et 1000 faits prisonniers, soit à Wissembourg et environs, soit au château du Geisberg.

§ 10. — Commentaires sur les opérations allemandes au combat de Wissembourg.

Les opérations tactiques des troupes allemandes, à Wissembourg, ne présentent pas le caractère harmonique que Ton est en droit d'attendre d'une armée homogène.

La 4® division bavaroise, la première engagée, a présenté, sous le rapport de la technique guerrière et de la bravoure des troupes, des résultats bien faibles.

Par contre, la 9® division prussienne a fait preuve d'une énergie peu commune, et, en général, les dispositions qu'elle a prises, sur Tordre des généraux du V* corps, étaient appropriées aux circonstances.

La 41® l>rigade du XP corps semble ne pas avoir montré la même vigueur, ni la même habileté.

Reprenons la série des faits, en ce qui concerne les troupes

des V® et XP corps, engagées, pour les examiner avec attention.

La prescription de Tordre de la IIP armée du 3 août,

d après laquelle la 17* brigade inixte devait se partager en deux moitiés, à partir de Schweighofen, Tune se dirigeant sur le pont de Saint-Rémy, Fautre sur un gué situé en aval, n'était pas heureuse.

On doit éviter les gués lorsqu'on dispose d un pont.

Qu'en est-il résulté?

La demi-avant-garde de gauche a perdu deux heures à organiser et à ejffectuer son passage, tandis que, réunie à l'autre moitié, elle fût arrivée à Altenstadt assez tôt pour rejeter, dès onze heures, les tirailleurs algériens jusqu'à la gare de Wissembourg, sinon plus loin.

Les généraux prussiens ont abusé des rassemblements préparatoires à l'action.

On conçoit que le gros du Y® corps ait commencé à serrer sur sa tête, au nord et près de Schweighofen, lorsque sa 18® brigade arrivait à Altenstadt. Il ne pouvait continuer sa marche à si courte distance de l'ennemi, et tout était préférable à son arrêt simultané sur la route.

Mais la 18* brigade, elle, n'avait pas à se rassembler en entier au nord d' Altenstadt, puisque l'un de ses régiments, le 47®, allait franchir en majorité le pont de la Lauter afin de se porter au secours du 58*.

Si le commandant de cette brigade, devançant sa troupe au galop, avait été reconnaître la situation au sud d 'Altenstadt, il aurait rencontré de ce côté son divisionnaire, le général de Sandrart, et aurait pu ainsi, sans perdre une minute, envoyer chercher un ou deux bataillons du 47®.

La 41® brigade, après que le général Bose eut laissé la route de Lauterbourg à la demi-avant-garde Rex, fut rassemblée, au sud et près de cette route, avant d'être dirigée, en formation tactique, partie sur la ferme de Gutleithof, partie vers le déblai du chemin de fer.

La précaution était bonne, parce que la brigade pouvait

être soumise, pendant sa marche d'approche en terrain découvert, aux projectiles de l'artillerie française, ce qui eut lieu.

Les combats offensifs engagés par Tinfanterie prussienne, à Touest d'Altenstadt d'abord, puis vers le château de Geisberg, présentent un caractère d'impétuosité irréfléchie non exempte de reproches.

Ainsi, le général de Sandrart, commandant la 9® division prussienne, lance, à 10 h. 1/2, sur la gare de Wissembourg, 6 compagnies de la demi-avant-garde Rex, dont le flanc gauche est heureusement couvert par 5 compagnies bien postées derrière un remblai du chemin de fer.

La faiblesse numérique de cette attaque amène un échec, attendu que la majorité d'un bataillon de turcos, en réserve à la gare, se précipite sur les assaillants et les refoule jusqu'aux abords d'Altenstadt.

Le terrain permettait de faire agir ensemble trois bataillons dans de bonnes conditions d'emploi. Mieux valait attendre qu'on les eût sous la main plutôt que d'exposer les 6 compagnies en question à un échec presque certain.

En général, les compagnies engagées ont déployé immédiatement en tirailleurs 2 pelotons sur 3, ou les 2/3 de leur effectif, et les bataillons ont conservé, au début du combat, deux compagnies en réserve.

Les compagnies de réserve ont conservé la formation en colonne jusqu'au moment de prendre une formation de combat.

Dès que les compagnies de première ligne étaient contenues par la puissance du feu de mousqueterie opposé, les compagnies ou bataillons de deuxième ligne, placés en arrière des ailes, appuyaient extérieurement pour venir prolonger la ligne de combat en s'eflorçant de déborder les flancs de l'ennemi.

L'entrée en action de l'infanterie, dégagée de tout forma-

lisiue, fut assurée par des capitaines ayant leur compagnie bien en main.

Les déploiements s'exécutèrent à la course, en avançant, et furent immédiatement suivis de feux rapides entrecoupés de bonds en avant.

Les officiers prussiens payèrent de leur personne, au moins autant, sinon plus, que les officiers français. De leur part, c'était une nécessité, leurs soldats étant moins bien doués que les nôtres — même de sang arabe — sous le rapport de la bravoure et de l'entrain.

Dans l'attaque de la gare de Wissembourg comme dans celle que la 9® division exécuta contre les défenseurs du Geisberg, les bataillons et même les compagnies, appartenant à des régiments différents, furent entremêlés sans qu'il semble en être résulté un inconvénient appréciable au point de vue de l'ensemble.

Vn tel résultat montre, mieux qu'une discussion théorique, que Tunité de doctrine tactique, acquise par la généralité des officiers, grâce à de bons règlements d'exercices et à des manœuvres annuelles intelligemment dirigées, peut suppléer à rincohérence plus ou moins grande de dispositions hâtivement prises sous le feu.

Or, sur le champ de bataille, il faut agir vite si l'on veut surprendre l'ennemi, le déconcerter par l'imprévu de nos attaques et, par suite, diminuer nos propres pertes.

La rapidité des évolutions, leur simplicité, leur adaptation instantanée aux circonstances, sont des qualités maîtresses qui procurent aux troupes des trois armes, quand elles les possèdent, une supériorité écrasante sur un ennemi demeuré fidèle aux formes surannées du XVIIP siècle.

Ces qualités, l'infanterie prussienne de 1870 les avait acqmses, au prix de labeurs aussi énergiques que patients, et

depuis, elle continue à les cultiver avec un zèle qu'explique leur importance aux yeux du haut commandement de l'armée allemande.

iïi V^ PARTIE. — CHAPITRE IV.

Un fait digne de remarque se dégage des luttes disproportionnées qui ont eu pour théâtre les bords de la Lauter et le mamelon de Geisberg.

Les constructions défendues par nos troupes sous Tempire des nécessités du moment leur ont procuré une capacité de résistance tout à fait extraordinaire.

Leur occupation, à titre de points d'appui de la lutte, n'entrait pas alors dans les idées du commandement français, trompé malheureusement par les conditions toutes spéciales de la guerre contre les Arabes, la seule qui lui fût familière.

Cette méconnaissance de la valeur des points d'appui fournis par les lieux habités, nous la constaterons de la façon la plus éclatante lorsque nous étudierons en détail les dispositions librement adoptées à Tarmée d'Alsace, le S août, en prévision de la bataille attendue sur la Sauer.

En résumé, le combat de Wissembourg, au point de vue allemand, n'est pas très instructif à cause de la disproportion (50,000 contre 6,000, ou presque 10 contre 1) des forces engagées de part et d'autre.

Son étude permet néanmoins d'apprécier chez les généraux de corps d'armée Prussiens un vif sentiment de camaraderie et de solidarité, des appréciations justes sur la situation; un emploi intelligent des armes et beaucoup d'énergie.

Le combat de Wissembourg donne déjà la mesure des qualités militaires que possédaient les troupes prussiennes, grâce à leur puissante organisation et au zèle apporté à leur éducation guerrière, en temps de paix, par un corps d'officiers excellent.

Ces qualités allaient s'affirmer de plus en plus au cours d'une lutte de cinq mois contre un adversaire mieux doué sous le rapport de la race, mais endormi dans une fausse sécurité, et qui, après avoir su mettre en œuvre, le premier, l'idée de la nation armée, s'était laissé surprendre, moins

d'un siècle après la Révolution, par l'attaque formidable du peuple allemand en armes.

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