B. — DU COTÉ FRANÇAIS
Etudions maintenant les opérations et Içs engagements de la division Abel Douay depuis son arrivée, le 3 août au soir, sur les hauteurs du Geisberg et du Vogelsberg, jusqu'au moment où elle fut dispersée par des forces décuples des siennes.
En examinant les faits avec attention, nous pourrons marquer en quelque sorte l'étiage des connaissances tactiques dont chefs et troupes étaient pourvus à cette époque, et nous trouverons aussi matière à des observations psychologiques de nature à faire entrevoir pour notre pays un avenir réparateur.
§ 11. — La soirée du 3 août.
Les instructions du général Ducrot, reçues, le 3, par le général Douay, lors de son passage à Soultz, portaient que, le 4 au matin, un régiment de la 2® brigade irait relever le 96" dans ses positions de Climbach, du col du Pigeonnier et du col de Pfafienschlich. Elles disaient aussi que la brigade de cavalerie de SepteuU devait être employée à des reconnaissances, soit au nord de Wissembourg, soit vers Lauterbourg.
Le 3 août, à partir de 9 heures du soir, la division installa ses bivouacs sur les hauteurs désignées par le général Ducrot (plateaux du Geisberg et du Vogelsberg), et le 2® bataillon du 74® fut envoyé à Wissembourg.
114 l'e PARTIE. — CHAPITRE IV.
Le chef de ce bataillon fit camper quatre compagnies dans la cour de la caserne et plaça les deux autres compagnies (1) en grand 'garde (I) sur le rempart nord de la ville, dont les portes furent fermées et les ponts levés, sans un poste extérieur.
Le général Douay alla en \'ille, vers 11 heures du soir, vit le sous-préfet (2), ainsi que quelques notables, et reçut de leur bouche la confirmation des renseignements qui montraient Tennemi à Schweigen et dans les autres localités entre Vosges et Bien-Wald.
Une fois les camps formés, chaque brigade disposa deux grand'gardes d'une compagnie chacune (une par régiment) à quelques centaines de mètres en avant du front de bandière, et celle de droite de la première brigade fut établie face à Test.
Ces grand'gardes étaient donc interposées entre les camps et le grand poste de Wissembourg, mais ne communiquaient pas avec lui.
Ajoutons que le bataillon de Wissembourg ne fut pourvu d'aucun cavalier.
Pour se conformer à ses instructions, le général Douay prescrivit que le 78® partirait, le 4, à 5 heures du matin, pour Climbach, en passant par Roth et le col du Pigeonnier, et qu'un détachement, composé de deux escadrons du 11® chasseurs, d'un bataillon de turcos et d'une section d'artillerie, sous les ordres du colonel Dastugue, exécuterait, à la même heure, du côté de Wissembourg et d'Altenstadt, une reconnaissance.
§ 12. — La matinée du 4 août.
Le 4 août, dès le réveil, des corvées de vivres, ainsi que
(1) Eq 1870, les bataillons étaient à 6 compagnies de 2 sections chaque.
(2) M. Hepp, frère du général mort à Besançon en 1893.
de nombreux isolés, allèrent acheter des provisions à Wissembourg et s'y trouvaient encore lorsque éclatèrent les premiers coups de canon tirés par les Bavarois.
La reconnaissance prescrite se fit de la manière suivante :
L'infanterie et l'artillerie allèrent prendre position sur les pentes nord du Geisberg, à mi-distance d'Altenstadt, en vue de recueillir les deux escadrons en cas d'échec, et ceux-ci se portèrent sur Wissembourg, sous le commandement du chef d'escadron de Bonne.
Ces escadrons, en colonne de route et dépourvus de toute patrouille, furent dirigés vers la porte de Haguenau, mais n'entrèrent pas dans la ville ; ils prirent ensuite la route de Lauterbourg jusqu'à Altenstadt, traversèrent ce village, et, une fois de l'autre côté, firent demi-tour, puis ils suivirent la route de Seltz jusqu'à la ferme de Gutleithof ; enfin, tout le détachement fut de retour au camp, vers 8 heures, sans avoir rien vu de l'ennemi.
Une demi-heure plus tard, la batterie bavaroise, établie sur les pentes sud de la hauteur de Schweigen, ouvrait le feu sur Wissembourg.
§ 13. — Premiers engagements du 1^^ turcos.
Au bruit du canon, on court aux faisceaux, les corvées et les isolés encore dans la ville rentrent au camp à la course.
Le général Pelle, qui arrivait à ce moment au camp de sa brigade, ordonne aux trois bataillons de turcos, campés en bataille suivant la coutume d'alors, de laisser les sacs et de se porter vers l'ennemi. La batterie Didier est désignée en même temps pour suivre le 1" tirailleurs.
Les trois bataillons (2®, 3*^, 4«) sont prêts en quelques instants et descendent vers la ville à une allure folle. En
braves enfants qu'ils sont, les turcos poussent des « youyou » aigus, dansent, sautent, jettent leur chéchia en Tair. Ils vont faire parler la poudre !
Le général Douay, prévenu à Steinseltz où il avait couché, rejoint bientôt le général PeUé, approuve ses premières dispositions, et les complète en lui recommandant d'engager très peu de monde, l'action de l'ennemi contre Wissembourg lui paraissant être le fait d'une grande reconnaissance chargée de tâter la ville.
Le général Pelle dispose alors le 2* bataillon (1) dans les prairies de la rive droite de la Lauter avec deux compagnies en tirailleurs aux moulins. Les quatre autres compagnies se dissimulent derrière quelques tertres, derniers vestiges des lignes de Wissembourg.
Le 3* bataillon est placé, comme deuxième ligne, en bataille sur la route de Wissembourg à Lauterbourg, la gauche un peu à l'est de la gare.
Le 4® bataillon va prendre position un peu au sud de la porte de Bitche, à l'extrémité ouest de la place.
La batterie Didier s'établit d'abord au nord de la gare; mais là, recevant des balles, elle change bientôt de position et en prend une nouvelle à 400 ou 500 mètres au sud.
Cette batterie choisit comme objectif les deux batteries bavaroises de Schweigen et ne leur fait aucun mal, ses coups étant trop longs de 500 mètres.
Les dispositions qui précèdent reçurent leur exécution entre 9 h. et 9 h. 1/4.
Cependant, vers 9 h. 1/2, quelques fractions d'infanterie, et particulièrement un bataillon de chasseurs qui formait l'aile gauche bavaroise, descendirent vers la Lauter à travers les vignes, et engagèrent un combat assez vif avec les deux compagnies du 2*^ bataillon de turcos déployées en tirailleurs.
(1) Le 1*' bataillon du 1*' tirailleurs avait été maintenu en Algérie.
Celles-ci furent bientôt renforcées par deux autres compagnies du même bataillon. {Croquis n° 8.)
Du côté de la porte de Landau, le 3* bataillon de turcos eut aussi à lutter contre des Bavarois assez nombreux qui se portaient de ce côté en se masquant dans les \dgTkes hautes.
Vers la porte de Bitche, le 4® bataillon n'avait que des escarmouches avec quelques pelotons bavarois.
Le combat durait ainsi depuis une heure et demie environ avec des alternatives diverses, mais sans qu un seul Bavarois eût franchi la Lauter, pourtant guéable en beaucoup de points dans cette région, lorsque se produisit la première attaque de la demi-avant-garde, de Rex, débouchant au sud d'Altenstadt.
Cette localité importante, située sur la rive gauche de la Lauter, à 1200 mètres de la porte de Landau, est bâtie à l'extrémité sud du pont de la route de Kapsweier. Son occupation par une flanc-garde (une ou deux compagnies) détachant un poste au pont du chemin de fer de Landau, à 800 mètres en aval, nous paraîtrait aujourd'hui tout indiquée.
On n'envoya même pas de ce côté une patrouille de combat (1).
L'aile droite du 1®' tirailleurs fut donc surprise, à 10 h. 1/2, par l'arrivée des compagnies prussiennes du colonel de Rex.
Le général PeUé fit rapidement face au danger.
Les deux compagnies de réserve du 2® bataillon d'abord, puis d'autres fractions retirées du combat sur les bords de la Lauter, vinrent se déployer au nord du chemin de fer, perpendiculairement à la grande route et, d'un premier élan, refoulèrent les Prussiens jusqu'aux abords d'Altenstadt. {Cro^ quis n® 10.)
Au même moment, les Bavarois, au nombre de plusieurs bataillons, firent un ejffort sérieux dans la direction de la porte
(J) Non seulemeat Tobjet, mais encore le terme, étaient inconnus dans l'armée française de 1870.
H 8 Ii'e PARTIE. — CHAPITRE IV.
de Landau, mais ne parvinrent pas à faire reculer d'une semelle les tirailleurs du 3® bataillon dont l'aile droite s'appuyait maintenant à la gare, et la gauche à la porte en question. [Croquis n° 10.)
Un peu après 11 heures, le 2^^ bataillon commence à pher sous l'ejffort combiné de 3,000 Prussiens qui s'avancent, partie en tirailleurs, partie en soutiens, d'Altenstadt sur Wisseml)ourg, par les deux rives de la Lauter.
L'enclos, entouré de murs, qui s'élève à 500 mètres à Test de la gare, au sud et contre la route de Lauterbourg, est occupé par une centaine de turcos qui font là une défense désespérée, semant la mort dans les rangs ennemis. {Croquis /î« H.)
Vers midi, le 2^ bataillon du 1®' tirailleurs et une partie du 3<^, envoyée à son secours, sont refoulés jusqu'à la gare, qu*ils occupent ainsi que le faubourg adjacent.
Le combat a pris de ce côté une violence inouïe, et les deux bataillons de turcos qui s y trouvent sont exposés non seulement aux balles de 2,000 à 3,000 fusils, mais encore aux obus de cinquante pièces de canon.
C'est alors seulement que le général Pelle se décide à rompre le combat, bien qu'il ait déjà reçu, à 10 h. 1/2, Tordre du général Douay de reculer lentement vers les hauteurs du Vogelsberg, afin de donner le temps au 2® bataillon du 74® d'évacuer Wissembourg.
§ 14. — Dispositions d'ensemble prises par le général Douay.
Lorsque les 2^ et 3® bataillons du 1*^' tirailleurs commencèrent à s'engager, un peu après 9 heures, contre les Bavarois, le général Douay ignorait encore la gravité de la situation.
Par son ordre, la 1'® brigade (1) resta sous les armes sur
(i) 1" et 3 bataillons du 50», 1" et 3« bataillons du 74».
remplacement de son camp, ayant auprès d'elle les deux batteries disponibles et en arrière la brigade de cavalerie légère
(5 escadrons) abritée derrière les pentes méridionales du Geisberg.
120 l'e PARTIE. — CHAPITRE IV.
' A ce moment, le maire de Schleithal vint dire au général Douay qu'une petite colonne ennemie avait débouché, le matin, sur Schleithal.
Un escadron du 3® hussards fut aussitôt envoyé dans cette direction, mais il dut rebrousser chemin devant les coups de feu qui l'accueillirent en approchant du Niederwald.
Vers 10 heures, le combat sur les bords de la Lauter ne faisait que croître en violence et en étendue, [Croquis n° 9.)
Le commandant de la division conclut de l'ensemble des circonstances que l'affaire serait chaude et qu'il y avait lieu de prendre des mesures défensives pour recueillir les turcos en cas d'insuccès.
Par son ordre, les deux bataillons disponibles du 50® allèrent s'établir, Tun (le 3'), au nord du château de Geisberg, derrière une houblonnière, couvert à 300 mètres vers le nord par une compagnie en tirailleurs; l'autre (le 1®'), à 200 mètres à l'est du château, face à la ferme de Gutleithof, ayant devant lui, à 300 mètres, une compagnie en tirailleurs. [Croquis nP 9.)
A peine ces bataillons étaient-ils en position qu'une batterie ennemie, bientôt rejointe par une autre, ouvrit le feu d'un emplacement situé à l'est de la bifurcation du chemin de fer et dirigea son tir sur le château et les fractions \Tisibles du 50®.
La batterie de mitrailleuses fut chargée d'éteindre le feu de cette artillerie. Elle prit position sur la hauteur du Geisberg, au nord-est des trois peupliers. [Croquis de la page H9.)
La batterie de 4, disponible, s'avança au nord-ouest de cette hauteur, et prit pour objectif les batteries bavaroises du Schweigen.
En même temps, un bataillon du 74® (3®) fut placé en réserve, à Touest et près du mur du château, et Tautre bataillon (1®') du même régiment, à quelques centaines de mètres en arrière du bataillon de droite (l®*") du 50®, lequel formait un crochet défensif. Enfin, la cavalerie (5 escadrons) fut chargée de relier le 1®' tirailleurs à la 1"* brigade et> pour ce
faire, elle s'avança dans le vallon, à l'ouest de la coupe qui descend du Geisberg sur Âltenstadt, forma ses trois escadrons de hussards en bataille et déploya en avant d'eux les deux escadrons disponibles du il* chasseurs en fourrageurs.
La batterie de mitrailleuses fut bientôt prise entre le feu des batteries du chemin de fer et le feu des batteries bavaroises en position entre Schweigen et Windhof . Pour lui venir en aide, la batterie de 4 prit une deuxième position à sa gauche (nord) et face à l'est. [Croquis de la page 119.)
§ 15. — Préparatifs de retraite, et mort du général Douay.
A ce moment, vers 10 h. 1/2, le général Douay comprit que ses troupes ne pourraient pas lutter longtemps contre les forces allemandes qu'il voyait se concentrer en masses profondes au nord d'Altenstadt et, près de la route de Lauterbourg, sur la lisière ouest du Niederwald. Il chargea un capitaine d'état-major de porter au commandant Liaud l'ordre d'évacuer Wissembourg et au général Pelle celui de battre en retraite lentement dans la direction de son camp. Le général de Montmarie, se trouvant auprès du général Douay, fut aussitôt prévenu de ces dispositions.
Quelques instants après, un peu avant H heures, le général Douay, qui se tenait auprès de la batterie de 4 placée au nord de la batterie de mitrailleuses, reçut dans le ventre un éclat d'obus qui le fit tomber de cheval sans connaissance.
On le transporta dans une voiture de cantinière à la ferme de SchaSbuch.
L'officier d'état-major dont il est question plus haut alla d'abord auprès du général PeUé, lui communiqua l'ordre du commandant de la division et se présenta devant la porte de Haguenau, gardée par un poste de sous-officier.
Au lieu de faire baisser le pont-levis et de porter lui-même au commandant Liaud l'ordre d'évacuer la ville, l'officier
d' état-major se contenta de crier à la sentinelle placée audessus de la porte qu'on eût à prévenir le commandant de rentrer immédiatement au camp avec tout son bataillon. Cette faute devait amener la perte de la garnison.
§ 16. — Le général Pelle prépare, puis ordonne la retraite
des turcos.
Le général Pelle ne crut pas devoir entamer la retraite aussitôt. Il commença par envoyer un adjudant-major au 4® bataillon de turcos, disposé au sud de la porte de Bitche, pour lui transmettre Tordre de venir prendre position au sud-ouest de la gare, sur la route de Strasbourg, afin de recueillir les deux autres bataillons qui allaient bientôt entamer la retraite vers leur camp.
Il y a 1500 mètres de la gare à remplacement qu'occupait le 4® bataillon de turcos, et la distance est la même de cet emplacement à la position de recueil indiquée. Le général Pelle a dû compter qu'il fallait près d'une heure pour la transmission de son ordre et les diverses opérations qu'avait à effectuer le 4® bataillon de turcos pour l'exécuter, à savoir : faire effort contre les fractions bavaroises les plus rapprochées afin de se donner de l'air, rassembler le bataillon et le mettre en marche sous le couvert d'une arrière-garde, parcourir 1500 mètres à travers champs, enfin se former en bataille le long de la route de Strasbourg.
En cela, il ne se trompait pas, et l'on peut affirmer que son intention de tenir ferme avec les 2® et 3® bataillons jusqu'à midi était conforme aux nécessités de la situation.
Le combat continua donc contre des forces sans cesse croissantes qui contraignirent les turcos à reculer pas à pas jusqu'à la ligne : Gare — Pointe de Landau^ qu'ils défendaient vers midi avec la plus grande opiniâtreté. [Croquis 7i^ H.)
A ce moment, l'aide de camp du général Pelle, précédem-
ment envoyé au Geisberg pour demander des secours et des munitions^ rejoignit son chef et lui apprit la nouvelle de la mort du général Douay.
Le général Pelle étant le plus ancien des généraux de brigade, c'est à lui que revenait le commandement de la division.
Il donna Tordre de la retraite aux 2« et 3^ bataillons.
La gare fut évacuée presque aussitôt par le 3* bataillon qui l'occupait depuis 11 heures, tandis que le 2® bataillon s'échappait en passant entre la ville et la gare. Cependant, un groupe de turcos se maintint à la gare, dont il assura la possession jusqu'à 1 h. 1/2.
Grâce à cette arrière-garde de fortune, en quelque sorte martyre de son acharnement, les 3® et 2^ bataillons parvinrent à se dégager sans trop de peine et s'écoulèrent, de part et d'autre du 4® bataillon posté sur la route de Strasbourg pour les recueillir. (Croquis n^ 12.)
Ce 4« bataillon, fort heureusement, était presque intact.
En remontant les pentes qui mènent au Yogelsberg, la batterie Didier, qui suivait le mouvement des turcos, se vit obligée d'abandonner un canon, faute de chevaux.
Le 1*^' tirailleurs venait de perdre, en trois heures de luttes, 16 officiers et 600 hommes, et ces pertes portaient presque exclusivement sur les 2® et 3® bataillons.
§ 17. — Retraite de la brigade Montmarie.
Laissant les turcos se retirer dans la direction de leur camp, le général Pelle courut au Geisberg où se trouvait la l'® brigade et deux batteries, dont une de mitrailleuses.
Quand il arriva, le général de Montmarie prenait ses dispositions pour organiser la retraite de ses quatre bataillons et des deux batteries (une de mitrailleuses) du Geisberg, celles-ci très maltraitées par Tartillerie allemande. [Croquis n« 12.)
Sur ces entrefaites, les attaques prussiennes dirigées d'Altenstadt, de la ferme de Gutleithof et de la tranchée du chemin de fer sur le Geisberg, avaient progressé presque sans coup férir, grâce aux 66 pièces de canon (12 bavaroises, 42 du V® corps et 12 du XP corps) qui balayaient avec leurs obus les abords du château.
Le général de Montmarie, laissant une compagnie du 3® bataillon du SO* à la houblonnière au nord du château, fit replier ce bataillon, ainsi que le 3® bataillon du 74®, sur la ferme de Schafïbuch, puis il envoya Tordre aux i^^ bataillons du 50® et du 74®, postés à Test du château, de reculer dans la même direction. Mais, lorsque ceux-ci voulurent se retirer, il était bien tard, engagés qu'ils étaient à courte distance contre une chaîne épaisse de tirailleurs qui, s'étendant de plus en plus sur leurs flancs, menaçaient de les envelopper.
A ce moment, il pouvait être une heure et demie.
Le commandant Cécile, du 74®, entraîna son bataillon (1®') à la.baïonnette pour dégager le 1®'^ bataillon du 50®, très compromis; mais cet effort n'eut d'autre résultat que de rendre la situation plus critique encore.
La retraite de ces deux bataillons (1®" du 50® et du 74®) se fit à la course, au moment où ils allaient être abordés de front et sur leur flanc droit (sud) par une nuée de tirailleurs.
Le lieutenant-colonel, prince de La Tour-d'Auvergne, du 50®, qui les dirigeait, réussit à se faire suivre de 200 ou 300 hommes qui parvinrent à s'échapper vers la ferme de Schaftbuch ; mais les autres, affolés par un feu terrible exécuté presque à bout portant, se réfugièrent, instinctivement, dans la cour du château.
§ 18. — Défense du château de Geisberg.
Le château de Geisberg, vieux d'une centaine d'années, est une construction massive à laquelle sont adossés des bâtiments de ferme entourés, eux-mêmes, d'un mur élevé.
Sur la face Est, un potager s'avance en forme de terrasse et domine la campagne de plusieurs mètres.
La cour de ferme, contiguë au château, du côté de l'ouest, n'a que deux portes donnant, l'une vers le nord, l'autre vers le sud.
Une fois dans la cour à l'ouest du château, les 450 hommes qui s'y sont réfugiés avec une douzaine d'officiers sont promptement remis en ordre par les soins du commandant Cécile.
Celui-ci forme une colonne correspondant à la largeur de la porte sud, se place devant, à cheval, puis, à un signal, les deux battants de la porte sont ouverts et tous se précipitent, officiers en tête, pour percer dans la direction de Schaflbuch.
Mais le cercle des assaillants s'est resserré.
Un ouragan de plomb s'abat sur la tête de colonne, couche par terre la majorité des officiers, y compris le commandant, tue ou blesse de nombreux soldats et fait refluer dans la cour les survivants.
Alors, s'organise la défense proprement dite du château et de la ferme. Toutes les ouvertures donnant sur l'extérieur sont garnies de fusils.
La ligne d'investissement n'est qu'à 200 ou 300 mètres des murs. Les tirailleurs prussiens postés sur le mamelon des trois peupliers (1) dominent l'intérieur de la cour et en rendent le séjour intenable.
Plusieurs batteries prussiennes viennent s'établir à 300 mètres des portes et les démolissent à coups de canon.
Quelques fractions d'infanterie rampent jusqu'aux murs de la ferme et s'introduisent dans la cour par les brèches ainsi faites. Elles sont presque aussitôt obligées de s'enfuir sous le feu des défenseurs postés aux fenêtres et jusque dans les greniers.
(1) Le château est en contre-bas par rapport au mamelon du Geisberg, sur lequel s'élèTent trois peupliers.
126 l"** PARTIE. — CHAPITRE IV.
En outre, Tartillerie prussienne ne discontinue pas de bombarder le château.
C'est seulement à 3 heures que les défenseurs, après avoir épuisé leurs munitions, entamèrent des pourparlers qui aboutirent à leur reddition.
§ 19. — Défense de la ferme de Schaifbnch.
Pendant que la défense du château immobilisait la 9* division et la 41« brigade prussiennes, les débris de la 1"* brigade de la division Douay s'étaient reformés le long de la route de Strasbourg, de part et d'autre de la ferme de Schaflbuch occupée elle-même, ainsi que son verger, par des fractions du 3« bataillon du S0«.
La batterie Didier, précédenmient détachée auprès du [er régiment de tirailleurs algériens, s'était jointe à l'autre batterie de 4, à Faile droite de l'infanterie, et ces deux batteries s'efforçaient de dégager par leur tir les défenseurs du château.
Quant à la cavalerie, elle avait quitté son emplacement de la matinée lorsque la 9® division prussienne s'était avancée d'Altenstadt sur le Geisberg et elle avait pris une position d'attente au sud de Schaffbuch dans la vallée (R. G.) du Seltzbach.
A peine le château fut-il tombé au pouvoir de Fennemi, que l'aile gauche de la 41® brigade s'avança vivement vers Steinseltz, par le revers sud des pentes du Geisberg, menaçant ainsi la retraite des troupes françaises en position près de la ferme de Schaffbuch, en môme temps que son aile droite, ainsi que de nombreuses fractions de la 9® division, s'élançaient directement contre cette ferme. [Croquis n9 14.)
Les deux bataillons français (3*^* du 30® et du 74«) les arrêtent un instant par leurs feux ; les deux batteries de 4 en prolitent pour filer sur Steinseltz et prendre le chemin de Clée-
bourg, dans les traces de la batterie de mitrailleuses qui a pris les devants.
Enfin, devant Fimminence d'un enveloppement irrémédiable, les deux bataillons de Schafibuch se retirent vers le Grossenwald sous la protection d'un groupe de braves qui continuent à défendre la ferme et le verger de Schafibuch.
De trois côtés, les Prussiens s'élancent à l'assaut de la ferme et s'en emparent.
Les petits blessés de la f® brigade et de l'artillerie avaient été réunis dans cette ferme, qu'ils encombraient, privés de secours.
La 2® division n'étant pourvue ni d'ambulance ni de voitures pour le transport des blessés, force lui fut d'abandonner ses grands blessés sur le terrain de la lutte, d'où ils furent enlevés par les soins des ambulances allemandes.
§ 20. — Marche en retraite des turcos.
Nous avons laissé le 1®' régiment de tirailleurs en retraite, des abords de Wissembourg, vers son camp du Vogelsberg.
L'attention des Prussiens était trop attirée vers le Geisberg pour que la poursuite des turcos pût être énergique.
Ceux-ci eurent donc le loisir, une fois de retour à leur camp, de mettre sac au dos.
Leur marche rétrograde continua ensuite, sans être inquiétée, dans la direction de Roth, et, de là, par le col du Pigeonnier, sur Climbach.
§ 21. — Défense de la ville de Wissembourg.
Retournons à Wissembourg.
Nous avons dit précédemment qu'à H heures la sentinelle du 74®, placée sur le rempart au-dessus de la porte de
Haguenau, avait été prévenue par un capitaine d'état-major que, par ordre du général Douay, le bataillon détaché dans la ville devait revenir immédiatement au Geisberg.
Depuis le début de l'action, le 2« bataillon du 74«, en entier, était déployé sur le rempart nord et tirait contre les Bavarois» Un poste de 15 hommes, avec un sergent, était préposé à la garde de la porte de Haguenau qui se trouvait à l'abri des attaques.
Jusque vers 10 heures, les compagnies du 74* firen avorter par leurs feux les tentatives des Bavarois pour descendre dans le fossé et leur infligèrent des pertes sensibles.
A partir de cette heure-là jusqu'à midi, les défenseurs de Wissembourg furent relativement tranquilles, l'ennemi dirigeant tous ses efforts contre les turcos.
Mais après que ceux-ci eurent évacué la gare et les abords des portes de Landau et de Bitche, l'artillerie bavaroise se remit à tirer sur la ville, pendant que des groupes d'infanterie bavaroise, de plus en plus nombreux, s'approchaient à courte distance des portes contiguôs au rempart nord.
Un peu après 1 heure, nouvelle accalmie.
A ce moment, le bruit du canon et de la fusillade s'était déplacé vers le sud, donnant ainsi à penser que la division Douay avait subi un échec.
On vint dire alors au commandant Liaud qu'un capitaine s'était présenté devant la porte de Haguenau, avec mission de transmettre l'ordre d'évacuer la ville, et que la sentinelle en avait reçu verbalement communication.
Le commandant, fort étonné d'une telle négligence, pensa qu'il était peut-être encore temps de sortir et il envoya l'ordre à tout le bataillon de se rassembler sur la place d'armes.
Les compagnies étaient réunies sur cette place vers 1 heure et demie.
Mais le commandant apprit, sur ces entrefaites, que des forces ennemies considérables débouchaient des abords de la
LE COMBAT DE WIS8EHB0UR6. 129
gare et se portaient, par la route de Lauterbourg, vers la porte de Haguenau.
Se voyant entouré de toutes parts par un ennemi très supérieur en nombre, le commandant Liaud prit le parti de prolonger la résistance jusqu'à épuisement complet des munitions. Il divisa en conséquence son bataillon en trois groupes de deux compagnies, à raison d'un groupe par porte, et les fit rompre sans plus tarder.
Le commandant marchait avec les deux compagnies désignées pour la défense de la porte de Haguenau lorsqu'il fut prévenu que, non seulement le pont de cette porte était baissé, mais encore que l'ennemi commençait à pénétrer par cette issue.
Aussitôt les deux compagnies, enlevées au pas de course, se précipitent à la baïonnette, rejettent hors de la ville les patrouilles allemandes envoyées prudemment à la découverte, puis vont garnir le rempart et déterminent par leur feu la fuite des 2,000 à 3,000 Prussiens en colonne serrée, qui attendaient, l'arme au pied, le retour de leurs patrouilles avant de se risquer à entrer dans la ville.
On relève le pont que des habitants avaient abaissé après le départ du poste, rappelé, lui aussi, sur la place d'armes, au moment où le bataillon s'v rassemblait.
Le commandant se rend ensuite à la porte de Bitche pour en inspecter la défense.
Là, on vient lui dire que les Bavarois sont entrés en ville par la porte de Landau.
Ceux-ci avaient profité du départ des défenseurs de cette porte, occasionné par le rassemblement que nous savons, pour faire tomber le tablier du pont sans coup férir.
Sur ces entrefaites, le commandant fut mis hors de combat.
L'adjudant-major prit avec lui une section des compagnies de la porte de Bitche et s'élança, au pas de course, dans la direction de l'ennemi. En arrivant sur la place d'armes, cet
130 lf« PARTIE» — CHAPITRE IV.
officier se trouva en présence d'un bataillon bavarois rassemblé en colonne double.
Un autre bataillon bavarois était occupé à se rassembler à côté du précédent et, d'autre part, le boulevard Nord était envahi par l'ennemi.
Le capitaine adjudant-major retourne alors avec sa section à la porte de Bitche et y trouve les deux compagnies destinées à l'occupation de la porte de Landau, venues là par erreur.
La résistance n'était plus possible. Cependant, on embusque des hommes dans les maisons voisines de la porte et un dernier engagement va se produire dans un cul-de-sac quand des conseillers municipaux s'interposent entre les combattants et obtiennent une suspension d'armes.
Un capitaine du 74® alla demander au général bavarois que le bataillon de Wissembourg fût autorisé à sortir, par capitulation, avec armes et bagages.
Cette faveur lui fut refusée. Alors, après quelques pourparlers, le bataillon se rendit; il pouvait être 3 heures.
§ 22. — Commentaires sur les opérations françaises
au combat de Wissembourg.
Les opérations et les engagements partiels de la division Douay dont l'ensemble constitue, du côté français, le combat de Wissembourg, donnent matière à des critiques nombreuses et variées.
Nous ne reviendrons pas sur l'idée décevante en vertu de laquelle les deux divisions formant l'avant-garde de l'armée d'Alsace devaient être déployées, le 4 août, sur une série de plateaux montagneux, la droite au Geisberg, la gauche vers le Menenberg, à la façon des lignes du siècle dernier.
Prenons la 2® division (Douay) dans la situation qui lui a été
imposée, et voyons si les ordres qu'elle a reçus, le 3 et le 4, étaient judicieux.
Convenait-il de faire occuper .Wissembourg par un bataillon?
Assurément, à la condition d'attribuer au commandant de cette troupe, pour le moins, un escadron de cavalerie, afin de lui permettre de s'éclairer, à plusieurs kilomètres, au nord, à l'ouest et à l'est.
En outre, il fallait occuper Altenstadt avec deux compagnies au moins et avoir un poste à Weiler.
Un bataillon était donc insuffisant, à l'avant-garde de la division Douay qu'il eût été convenable de constituer avec deux bataillons et deux escadrons; mais, par contre, le 2« bataillon du 50® n'aurait pas dû être laissé à Seltz, le 3 août, et la liaison de la 2® division avec la 1'®, par Climbach, aurait pu être assurée au moyen d'un bataillon et d'un escadron.
Alors, le général Douay aurait eu :
1® En avant-garde^ à Wissembourg et environs : 2 bataillons,
2 escadrons ;
2® En flanc-garde^ à Climbach (assurant la liaison avec la première division) :
1 bataillon,
1 escadron;
3*» Comme gros^ au Geisberg :
9 bataillons,
3 batteries,
2 escadrons.
Toutefois, dans la pensée du général Ducrot, le bataillon envoyé à Wissembourg n'était pas une avant-garde, c'était la garnison d'un poste fortifié.
Nous ne nous étendrons pas sur le piteux résultat de la reconnaissance mixte envoyée, le 4, à 5 heures du matin, sur Wissembourg et Altenstadt.
L*armée française avait désappris la guerre à un point que ne peuvent s'imaginer ceux qui n'ont pas servi dans ses rangs à cette époque.
La prise de position du bataillon de turcos et de la section d'artillerie aflfectés à cette reconnaissance, à mi-pente entre le Geisberg et Altenstadt, ne répondait à aucune idée militaire.
C'est évidemment, à Altenstadt même, que le bataillon aurait dû être placé, comme repli des deux escadrons du 11® chasseurs.
Quant à ceux-ci, leur rôle consistait à s'avancer jusqu'à Kapsweier pour y faire halte, pendant que des reconnaissances d'officier, ou tout au moins des patrouilles, auraient rayonné à quelques kilomètres.
A la vérité, les deux escadrons se seraient heurtés aux avant-postes bavarois avant d'atteindre Kapsweier. Mais alors le but de la reconnaissance était rempli puisqu'elle procurait le contact.
Au moment où les premiers coups de canon bavarois provoquèrent la prise d'armes de la 2* division, le général Pelle, puis le général Douay, ont-ils bien fait de lancer immédiatement le 1®' tirailleurs, suivi d'une batterie, à la rencontre de l'adversaire?
A notre avis, ces deux officiers généraux ont eu le sentiment juste de la situation, et leur premier mouvement ne mérite que des éloges.
Comment! On est surpris et l'on n'irait pas reconnaître à coups de fusU un adversaire qui signale sa présence d'une façon aussi soudaine?
L'inspiration du général Pelle répondait d'ailleurs au vœu de tous; nous n'en voulons d'autre preuve que l'allégresse des turcos courant à rennemi en dansant.
Ainsi, du moment que la reconnaissance du matin n'avait pas su découvrir l'ennemi, il était nécessaire de contraindre
LE COMBAT DB WlSSEBiBOURG. 133
celui-ci à montrer ses forces afin qu'il fût possible de prendre une détermination, en connaissance de cause, soit pour repousser une attaque faible, soit pour rétrograder sur Glimbach, par le col du Pigeonnier, au cas où la 2® division n'eût pas été en mesure de combattre utilement un adversaire supérieur en nombre.
Encore une fois, le sentiment qui a dicté l'envoi du !•' tirailleurs et d une batterie sur les bords de la Lauter, de part et d'autre de Wissembourg, est louable, mais il convenait d'adjoindre à ces troupes un ou deux escadrons de cavalerie afin de leur permettre de s'éclairer à plusieurs kilomètres, sur les flancs, principalement vers l'est.
L'occupation d'Altenstadt par un bataillon s'imposait, tandis que les difficultés du terrain à l'ouest de Wissembourg auraient dû restreindre à deux ou trois compagnies le détachement destiné à garantir la porte de Bitche contre toute attaque.
La ferme de Gutleithof constituait un excellent point d'appui trop rapproché du Geisberg pour qu'il ne dût être occupé, dès le premier coup de canon, par deux compagnies de la 1"* brigade.
Si ces conditions eussent été remplies, et si, d'autre part, le commandant de la division se fût imposé la tAche de mettre le général Pelle au couran^t de la situation en lui recommandant de rompre le combat devant des troupes très supérieures, il est probable que la 2® division aurait obtenu, sans essuyer de grandes pertes, l'avantage inappréciable de faire déployer devant elle la majorité de la IIP armée allemande et, par suite, de permettre au maréchal de Mac-Mahon d'être fixé sur l'importance des forces contre lesquelles il allait avoir à manœuvrer.
Nous ne dirons qu'un mot de la présence, à Wissembourg, le 4 au matin, de corvées, voire même de nombreux isolés, venus du camp pour acheter des comestibles. De telles
mœurs militaires indiquent un sans-gêne et une insouciance coupables.
Nous verrons le même fait se reproduire, le matin du 6 août, à Wœrth.
Le dispositif choisi pour relier le combat du 1®"^ tirailleurs à celui de la 1'® brigade, et qui consistait à tendre un rideau de cavaliers en fourrageurs entre les deux foyers de lutte, est puéril.
Quelques patrouilles détachées d'un escadron bien abrité auraient suffi.
Un ordre verbal comme celui d'évacuer immédiatement Wissembourg et de rompre le combat sur la Lauter avait une telle importance qu'un seul officier ne suffisait pas à assurer sa transmission.
Cet officier pouvait être tué en route. Il convenait donc de faire porter cet ordre en duplicata et par écrit.
On eût ainsi évité la prise du bataillon de Wissembourg.
Le commandant de la 2® brigade n'a pas été informé de l'approche du V® corps prussien, faute de moyens d'investigation à longue portée, et aussi, parce que l'occupation d'Altenstadt lui semblait, comme à tous les officiers présents, beaucoup plus dangereuse qu'utile.
La notion des flanc-gardes de combat et des points d'appui constitués par les lieux habités n'existait pas alors dans notre armée. C'est donc sous l'empire de la nécessité, en quelque sorte d'instinct, que les soldats français utilisèrent, le 4 août, les constructions en maçonnerie pour compenser leur infériorité numérique et prolonger la résistance.
Les points d'appui de cette nature, qui jouèrent ce jour-là un rôle défensif efficace, furent l'enclos bâti au sud de la route de Lauterbourg, à 500 mètres d'Altenstadt, la gare et les maisons voisines, le château du Geisberg, la ferme de Schaffbuch, enfin Wissembourg.
Si, à 11 heures, au moment du retour offensif des turcos qui rejeta le détachement Rex sur Altenstadt, le général Pelle avait su qu'il allait avoir sur les bras plus de 3,000 Prussiens, sans compter les Bavarois, appuyés par 42 pièces de canon, il aurait certainement profité de ce léger avantage pour rompre le combat et faire sa retraite sur le Vogelsberg. Fallait-il attendre pour cela que le 4*^ bataillon de turcos fût arrivé en position de recueil sur la route de Strasbourg, à quelques centaines de mètres au sud de Wissembourg? Nous ne le pensons pas, ce bataillon pouvant se dégager très facilement, grâce à la mollesse des Bavarois.
Il est vrai de dire qu'une heure plus tard, un peu après midi, les 2® et 3® bataillons de turcos, très éprouvés par la lutte disproportioniiée quïls venaient de soutenir à Test de Wissembourg, trouvèrent un appui précieux dans la ferme contenance du 4® bataillon.
Dans l'hypothèse, admissible seulement avec les procédés actuels, où le commandant de la 2® brigade, informé à il heures de l'orage qui se préparait à fondre sur lui, se fût mis en retraite incontinent, le désastre de la 2® di\'ision était évité.
C'est, en effet, pour permettre aux tirailleurs algériens de regagner leur camp que le général de Montmarie, encouragé d'ailleurs dans ses dispositions par le général PeUé, a tenu la position du Geisberg plus longtemps que ne le comportait la situation.
Les 2® et 3** bataillons du 1®' tirailleurs furent beaucoup plus éprouvés entre 11 heures et midi que durant les deux premières heures du combat, en sorte que l'on peut affirmer que leur retraite, entamée dès 11 heures, aurait eu pour conséquence de conserver les trois quarts de leur effectif et d'éviter à la l'*' brigade un combat rapproché contre des forces décuples, qui amena sa dispersion complète accompagnée de pertes excessives.
Les dispositions tactiques adoptées à la 1" brigade en
position au Geisberg sont critiquables en ce sens que le crochet défensif formé à l'avance, quand Fennemi encore éloigné (41® brigade) menace de déborder une aile, facilite l'enveloppement de cette aile.
C'est comme si l'on signalait à l'ennemi la manœu\Te à faire.
On conçoit le crochet défensif dans un seul cas, c'est lorsque l'ennemi a gagné un flanc par surprise. Le crochet forme aloi*s une barrière provisoire qui permet aux troupes échelonnées en arrière d'intervenir.
Mais, en règle, la défense d'un flanc est beaucoup mieux et plus sûrement assurée par un échelon postérieur débordant que par toute autre disposition.
L'attaque du château fut menée par trois groupes partis, simultanément, du terrain au sud d'Altenstadt, de la ferme de Gutleithof et de la tranchée du chemin de fer qui se trouve au sud de cette ferme.
Les 1«" bataillons du 50® et du 74®, à commencer par celui du 50®, subirent le choc des deux groupes de la 41® brigade, et ces deux bataillons, étant en crochet défensif par rapport aux deux autres qui faisaient face à Altenstadt, durent demeurer en position afin d'assurer la retraite de ceux-ci sur la ferme de SchafiPbuch.
En plaçant les 1®" bataillons du 50® et du 74® en échelon refusé derrière la croupe qui descend du Schaflbuch vers la tranchée du chemin de fer, à 700 ou 800 mètres au sud du château, on aurait évité le désastre dont ils ont été victimes, tout en protégeant suffisamment la retraite des deux bataillons de la l*"® brigade, disposés au nord du château.
Du rôle joué par l'artillerie française, le 4 août, nous dirons peu.
Suivant les errements de l'époque, chaque capitaine d'artillerie se croyait à peu près indépendant, et beaucoup pensaient que le suprême de l'art consistait à se déplacer très souvent
pour induire rennemî en erreur sur la distance et, par suite, diminuer les pertes.
Les canons à balles, sur lesquels on fondait les plus grandes espérances, donnèrent ce jour-là des résultats assez médiocres.
A la vérité, les batteries prussiennes dirigèrent de préférence leur tir sur ces engins, dans le but de garantir Finfanterie contre l'effet destructeur et démoralisant que leur prêtait la renommée.
Ce fut, de la part de Tartillerie allemande, une tactique ordonnée, car on la retrouve dans toutes les batailles de la première partie de la guerre.
Le canon de 4 français était, on le sait, un jouet d'enfant, comparé au canon allemand.
Sa mobilité, très grande, constituait sa seule qualité.
Les cinq escadrons de la brigade de Septeuil, présents au combat de "Wissembourg, ne rendirent aucun service.
Il était difficile qu'il en fût autrement avec les idées, ou, plutôt, le manque d'idées sur l'emploi de la cavalerie que les événements de cette guerre ont permis de constater, de Wissembourg à Sedan.
§ 23. — Qualités et défauts des deux adversaires, que le combat
de Wissembourg met en évidence.
Les faits que nous avons développés dans cette étude du combat de Wissembourg envisagé d'abord au point de vue allemand puis au point de vue français montrent déjà, quoique à une échelle réduite, les qualités et les défauts des adversaires.
Chez les Bavarois, faiblesse et pusillanimité des chefs, mollesse des troupes.
Au V® corps prussien, quelle différence ! Généraux et officiers font preuve d'inteUigence militaire, d'initiative et
d^énergie; aussi, les soldats formés et commandés pai* eux sont-ils entre leurs mains d'excellents outUs de guerre,
La 41® brigade du XP corps est moins ardente à la lutte, bien qu'elle soit commandée et encadrée, en majorité, par dés officiers d'origine et d'éducation prussiennes. Ce corps d'armée est de création récente: voilà la cause de son infériorité.
Et puis, le V® corps, naguère commandé par le général de Steinmetz, a subi de longue date un entraînement exceptionnellement vigoureux, et son chef actuel, le général de Kirchbach, possède les qualités du bon commandant de corps d'armée.
Du côté français, nous voyons des chefs braves à l'excès, confiants dans leur étoUe, amis du soldat parce qu'Us s'intéressent à lui et le lui font voir, et ces chefs ont du coup d'œil, de la décision, en un mot les qualités qui s'acquièrent par l'expérience, mais Us ne savent pas la guerre.
Leur ignorance, dont Us ne sont pas coupables parce qu'eUe résulte des institutions militaires du pays, s'étend à tout, depuis les hautes conceptions stratégiques jusqu'au détaU du placement d'une ligne d'avant-postes.
Les soldats sont admirables, comme toujours. S'ils laissent à désirer sous le rapport de l'ordre et de la discipline. Us rachètent ces péchés véniels par une vigueur, un entrain, un dévouement sans bornes, et surtout, par le sentiment de leur supériorité sur tous les soldats du monde.
Après la guerre, on a dit que nos soldats tiraient mal, n'écoutaient pas leurs chefs, se montraient trop impressionnables, ne possédaient pas la discipline du rang, etc.
Des censeurs graves ont môme affirmé que nous avons été battus par le maître d'école prussien et que Tune des principales causes de nos défaites a été notre ignorance en géographie
Ces critiques hétérogènes sont démenties par Texamen consciencieux et impartial «des événements, ainsi qu'on va le voir.
Les faits observés dans les meilleures armées de TEurope tendent à démontrer que, dans le combat de mousqueterie à courte distance, le fantassin charge, épaule et tire automatiquement, autrement dit, inconsciemment.
Par courte distance, il faut entendre la distance qui correspond, avec un fusil donné, aux effets de destruction décisifs.
Cette distance était de 150 à 200 mètres sous Napoléon, de 250 mètres pendant la campagne de 1859, de 350 à 400 mètres avec le chassepot, et elle sera probablement de 500 mètres avec le fusil Lebel.
Les fantassins dressés à charger, épauler et tirer mécaniquement avec une certaine correction, et très vite, rendront d'assez bons services dans le combat de feux rapprochés. Les conscrits, et en général ceux qui ont besoin de réfléchir pour se servir de leurs armes, ne feront rien qui vaille, et brûleront de la poudre en pure perte.
Les Prussiens qui ont attaqué les turcos une première fois à 10 h. 1/2, et une seconde fois après 11 heures, tiraient-ils si bien?
De 11 heures à midi, ils ont utilisé 2,000 fusils au moins pour infliger aux 1200 turcos qui leur résistaient une perte de 400 hommes environ.
En admettant que chacun des tireurs prussiens ait brûlé, dans ce laps de temps, en moyenne 40 cartouches, nous restons probablement au-dessous de la vérité, car nous savons par expérience avec quelle rapidité se consomment les cartouches dans un combat rapproché.
Les Prussiens auraient donc tiré 80,000 coups de fusil pour mettre 400 turcos hors de combat, sans compter les faibles pertes occasionnées par les 30 à 40 pièces prussiennes mal placées pour bien voir le terrain de la lutte engagée sur les bords de la Lauter.
140 ir» PARTIE. — CHAPITRE IV,
Gela fait 200 coups de fusil tirés à courte distance (200 à 400 mètres) pour atteindre un homme.
Dans le même temps, de 11 heures à midi, les 1200 turcos (2® et 3® bataillons), engagés à Test de Wissembourg, ont dû brûler, à raison de 40 cartouches par homme, 48,000 cartouches pour infliger aux assaillants ime perte (1) de 23 officiers et 381 hommes, en tout 404.
A vrai dire, les Prussiens combattaient à découvert en des formations assez denses, tandis que les turcos utilisèrent les constructions pour s'abriter.
Ti » * • -1 ^ *8,000 , ,
Il nest pas moms vrai que le rapport , donnant
120 coups de fusil pour mettre un homme hors de combat, est tout à fait à l'avantage des turcos qui auraient eu ainsi un tir presque deux fois plus efficace que celui des Prussiens,
Ce résultat n'a rien qui puisse étonner quand on a vu les turcos à l'œuvre.
D'ailleurs, depuis les guerres de la Révolution, nos soldats ont constamment affirmé leur supériorité dans le combat de tirailleurs, quelles que fussent les troupes opposées.
Même en 1813, alors que nos régiments étaient composés, en majorité, de conscrits, les soldats prussiens, sans en excepter ceux provenant des classes instruites, ne purent égaler les nôtres dans le combat de tirailleurs.
Le fait est constaté nettement par le général de Waldersée dans son Manuel d'éducation du soldat prussien pour le service en campagne^ ouvrage antérieur, il est vrai, à la guerre de 1870.
Nos soldats n'auraient pas obéi aux ordres de leurs chefs ?
Il faut avoir été au feu, lors des premières rencontres du
(\) D'après V Historique officiel allemand.
mois d'août 1870, pour apprécier la fausseté d*un pareil reproche.
Au contraire, le soldat français ne demandait qu'à être commandé. Il implorait du regard une direction qui parfois,
faisait défaut.
La discipline du rang ? Elle est ce qu'on l'a faite en temps de paix : question de commandement et de méthode d'éducation.
Enfin, on a si bien déplacé les responsabilités qu'au lendemain de nos désastres au lieu de reconnaître que l'absence d'une bonne doctrine de guerre avait été la cause principale de nos premiers échecs on s'est mis à enseigner la lecture et l'écriture aux soldats illettrés, lorsqu'il fallait, avant tout, créer des centres intellectuels pour les officiers désireux d'apprendre la guerre.
Mais, il y a vingt-cinq ans, qui aurait pu l'enseigner, la guerre ?
Aujourd'hui, la science et l'art de la guerre ont acquis dans l'armée française, principalement à l'état-major, un développement tel que nous pouvons envisager l'avenir avec confiance, sachant, d'autre part, que les qualités de race de nos soldats sont à peu près les mêmes qu'il y a un siècle.
Les modifications d'ordre biologique, résultant de la transformation des milieux, s'effectuent, en effet, avec une si excessive lenteur, qu'en supposant les agents extérieurs tout à fait déprimants — hypothèse fort gratuite — les qualités d'une Tace comme la nôtre n'en subiraient profondément les atteintes qu'à la suite d'un très grand nombre de générations. Or les arrière-grand-pères des soldats actuellement sous nos drapeaux étaient à léna.
§24. — Ordres pour la concentration de l'armée d'Alsace,
lancés le 4 août.
Le 4 août, de bonne heure, la division Ducrot (1") fut mise en mouvement de Reichshoflen sur Lembach.
On se rappelle que le 78® (2* division, 2« brigade) se porta, dès 5 heures du matin, de son camp du Vogelsberg à Climbach, pour y relever le 96* (1" division, l^ brigade), lequel avait un demi-bataillon à chacun des cols du Pigeonnier et de Pfaflfenschlich.
Durant la relève des grands postes établis aux cols ci-dessus indiqués, on entendit, de Glimbach, le canon de Wissembourg.
En présence de cet événement inattendu, le colonel du 96* ne crut pas devoir emmener son régiment à Wingen, ainsi qu'il en avait reçu Tordre la veille.
D'autre part, il attendit jusqu'à 11 heures, à Glimbach, de nouveaux ordres qui n'arrivèrent pas, et alors seulement, il envoya un exprès à Lembach pour rendre compte au général Ducrot des engagements que voyait très distinctement le poste du Pigeonnier.
Ainsi, pendant plus de deux heures, deux bataillons du 96* et deux bataillons du 78* restèrent à Glimbach, l'arme au pied, pendant que le canon faisait rage à moins de 8 kilomètres d'eux.
Est-ce un sentiment de pusillanimité, ou bien, la doctrine ambiante qui ont empêché les deux colonels de marcher au canon?
Ges deux officiers supérieurs devaient montrer, le surlendemain à Frœschwiller, qu'ils étaient capables d'aflTronter la mort sans sourciller,
G'est donc uniquement aux idées de l'époque en matière d'obéissance passive qu'il faut attribuer la cause d'une pareille inertie.
Arrivé de bonne heure à Lembach, le général Ducrot ne pouvait y entendre la canonnade, à cause des massifs boisés qui le séparaient du champ de bataille, et c'est à midi seulement que lui fut remis le rapport du colonel de Franchessin, commandant du 96*.
Le général Ducrot se porta aussitôt à Climbach, fit remonter tout le 78® au col du Pigeonnier, et envoya Tordre k sa division (1") de rejoindre le 96« à Climbach.
Un bataillon du 78* descendit à Cléebourg qu*il occupa comme poste avancé, tandis que le 43® et le 13® bataillon de chasseurs allaient s'établir au col de Pfaffenschlich.
Le général Ducrot, qui avait poussé rapidement de sa personne jusqu'au col du Pigeonnier, y parvint assez tôt pour voir les débris de la division Douay, divisés en deux groupes, se retirant, l'un sur Cléebourg, l'autre sur Bremmelbach.
Le maréchal de Mac-Mahon, dont le quartier général était encore à Strasbourg ce jour-là, se proposait de prendre le train pour Wissembourg à 9 heures du matin.
Au moment où le maréchal allait s'embarquer, le chef de la gare de Strasbourg reçut le télégramme suivant :
Gare à gare, de Wissembourg à Strasbourg. Le 4 août, 8 h. 25 matin.
J'ai fait arrêter le train 20-39 à Soultz : on tire en ce moment sur la Tille ; les boulets arrivent jusqu'à la gare.
Le maréchal adressa alors coup sur coup au général Raoult, en marche avec sa division (la 3®) de Haguenau à Reichshoffen, les deux télégrammes suivants :
Maréchal de Mac-Mahon au général Raoult.
De Strasbourg, À août, 9 h. 49, à Reichshoffen.
Je reçois Tavis d*une attaque sur Wissembourg. Que tos troupes se tiennent prêtes à marcher au premier ordre. Je part pour Soultz, d*où je me porterai sur la ligne des avant-postes.
Maréchal de Mag-Mahon au général Raoult.
4 août, 40 h. 25 matin.
Je pars pour Wissembourg en chemin de fer. De Wissembourg j*irai k chenal yisiter les postes jusqu'à Reichshoffen, où Je compte vous rencontrer.
Puis, le maréchal, à 10 h. 1/2, monta dans un train spécial, emmenant avec lui quelques officiers et des chevaux de selle.
Le commandant de l'armée d'Alsace descendit de wagon à Soultz, ordonna des mesures de vigilance au chef du 3* bataillon du 36® chargé d'occuper ce bourg, et se rendit, à cheval, au col du Pigeonnier en passant par le col de Pfaffenschlich et le chemin de la crête.
Le maréchal rencontra le général Ducrot au col du Pigeonnier.
Tous les deux observèrent longuement les bivouacs de la IIP armée, qu'ils estimèrent à 80,000 hommes (1).
Au reçu des télégrammes du maréchal, le général Raoult, qui arrivait vers 10 heures à Reichshoflfen, laissa ses premières troupes former leur camp sur le terrain à l'ouest du bourg, et se préoccupa de chercher, pour sa division, une position défensive.
On ne pouvait, en eflfet, demeurer dans le bas-fond de Reichshoflfen, entouré de toutes parts de collines boisées, qu'à la condition de placer des avant-postes vers Niederbronn- Neehwiller et Frœschvviller. Or, en ce temps-là, de telles mesures de sûreté eussent été jugées imprudentes, sinon folles. Les camps furent donc levés vers midi, et la 3® division continua sa marche sur Wœrth pour s'arrêter sur le plateau, à l'est de Frœschwiller, où elle bivouaqua.
(1 ) Cette estimation des forces allemandes, qui nous fut rapportée, le 5, par un capitaine de Tétat-major de la 3* division, était exacte. On avait vu, du Pigeonnier, les bivouacs du II" corps bavarois, du y^ et du XP corps prussiens.
Cette division prenait ainsi, toute entière, un emplacement qui la dispensait de détacher des avant-postes au loin : elle se gardait elle-même, et, par conséquent, s'exposait aux vues prochaines de Tennemî.
Le 4 dans la soirée, le maréchal de Mac-Mahon vint à Reichshofien, par Glimbach, Lembach et Mattstall.
Les débris de la division Pelle (Douay), qui s'étaient retirés par Cléebourg (1), se dirigèrent sur le col de Pfaffenschlich et se rallièrent à Lembach. Ceux qui avaient pris par Bremmelbach (2) continuèrent sur Birlenbach, Keffenach, Memelshoffen, et, de là, par Soultz, sur Haguenau. En effet, la division Douay étant venue de Ilaguenau, il était naturel que la 1"* brigade, qui n'avait pu recevoir aucune indication sur la ligne de retraite prévue par le général Ducrot, cherchât à revenir à son point de départ.
Avant de quitter le col du Pigeonnier, le 4 au soir, le maréchal donna Tordre au général Ducrot de rallier la 3® division à Reichshoffen avec les troupes composant les l"* et 2* divisions, et, en arrivant au château du comte de Leusse pour y passer la nuit du 4 au 5, il envoya au général de Lartigue, qui était arrivé ce jour-là à Haguenau, venant de Strasbourg, Tordre de continuer immédiatement sur Wœrth. La réserve générale d'artillerie et la brigade de cuirassiers Michel, également à Haguenau, reçiu'ent Tordre de venir à Reichshoffen sans perdre de temps.
La 3® division allait donc former le noyau de la concentration du 1*' corps d'armée.
On remarquera tout d'abord que, le 4 août au matin, la 2« division est à Wissembourg, tandis que les trois autres
(1) Le 1*' régiment de tirailleurs et Tartillcrie.
(2) Les débris de la 1" brigade (30« et 74»J.
to
sont en marche : la l*"®, de Reichshoffen à Lembach; la 3®, de Haguenau à Reichshoflfen ; la 4®, de Strasbourg à Haguenau.
Les quatre divisions du 1®*" corps sont donc échelonnées, ce jour-là, sur une seule route, depuis Strasbourg jusqu'à Wissembourg, occupant ainsi une profondeur de soixantequinze à quatre-vingts kilomètres.
En second lieu, s'il est tout naturel que le maréchal, à la suite de l'échec de Wissembourg, ait voulu concentrer son corps d'armée sur la 3* division arrivée, le 4, à Reichshoffen, on est surpris qu'aucun de ses ordres ne mentionne aux l^y 2® et 4® divisions la position de FrœschwUler comme zone de concentration.
L'intention très nette du maréchal était de rencontrer le général Raoult, le 4 au soir, à Reichshoffen.
La position de Frœschwiller semble donc avoir été choisie par le général Raoult uniquement pour procurer à sa division des vues étendues, ainsi qu'un terrain favorable à la défense.
A ce moment, le maréchal était-il déjà décidé à recevoir une bataille défensive sur la Sauer, aux environs de Wœrth, ou bien, la concentration du 1®' corps d'armée sur la position de Frœschwiller a-t-elle été le résultat du mouvement exécuté, dans l'après-midi du 4 août, par le général Raoult, agissant en vertu de son initiative propre ?
Il est assez difficile de répondre à la question, bien que le terrain de Frœscli^willer ait été présenté, dans un mémoire émanant du général Frossard, comme une position de flanc excellente pour le cas où l'armée d'Alsace , réduite à la défensive, voudrait arrêter la marche d'une masse allemande supérieure en nombre se portant de la basse Lauter vers Strasbourg.