‹ FroeschwillerChapitre 32 sur 100 · A. — DU COTE ALLEMAND · texte numérisé non relu

A. — DU COTE ALLEMAND

A Tissue du combat de Wissembourg , la division de Bothmer fut rejointe par le gros du II* corps bavarois, et, dans le même temps, le P*" corps bavarois établit ses bivouacs entre Langenkandel, Minfeld et Minderslachen.

La reconnaissance, commencée à 3 h. 1/2 par le 4® dragons dans la direction de Ilaguenau, était rentrée, n'apportant d'autre renseignement positif que l'occupation de Soultz par de l'infanterie.

Le commandant de la IIP armée ignorait donc, le 4 au soir, la direction qu'avait prise l'ennemi battu.

N'ayant aucun motif de supposer le rassemblement principal des Français ailleurs qu'à Haguenau et environs, le prince royal se décida pour la continuation du mouvement dans la direction de Strasbourg, tout en faisant exécuter à la 4® division de cavalerie une grande reconnaissance vers Haguenau.

En conséquence, une fois de retour à Schweighoffen, choisi comme quartier général, l'état-major de la IIP armée fut chargé de rédiger puis d'expédier l'ordre suivant :

148 l*"* PARTIE. — CHAPITRE V.

§ 1 . — Ordre de mouvement de la IIP armée.

Quartier général de Schweighoffen, le i août i870. [Probablement à 6 ou 7 heures du soir.)

L'armée continuera demain sa marche sur Strasbourg. A cet effet :

1® La A* division de cavalerie quittera ses bivouacs {\) (d'Ober-Otterbach) à

5 heures du matin et s'avancera par Altenstadt sur la route de Haguenau, pour rechercher l'ennemi dans la direction de Haguenau, Suffelnheim et Roppenheim, et surtout pour éclairer le pays ; un régiment sera dirigé de Soultz (Soultz-sous-Foréts) vers Touest jusqu'à Wœrth, et éclairera le pays jusqu'à Reichshoffen. Les deux chemins de fer de Haguenau seront détruits, autant que possible, ainsi que la ligne ferrée de Reichshoffen.

2® Le corps Hartmann (11* bavarois) se portera par la route de Bitche jusqu'à Lembach où il bivouaquera. Des avant-postes seront établis au delà de Lembacb, se reliant à ceux du Y" corps. Quartier général à Climbach. Départ à 6 heures.

3° Le XI* corps d'armée marchera par la grande route de Haguenau et par le chemin de fer jusqu'à Soultz (sous forêts), et s'installera au bivouac, au sud de cette localité. Avant-postes vers la forêt de Haguenau. Départ du bivouac à

6 heures du matin.

A^ Le V° corps rompra, à 8 heures, et s'avancera, en deux colonnes, par Soultz (sous forêts), sur Preuschdorf, où il bivouaquera, face à Wœrth, avec des avant-postes vers Reichshoffen (? ).

5^ Le corps Werder se portera dans la direction de Soultz (sous forêts), et bivouaquera sur la voie ferrée, à l'ouest d'Aschbach. Avant-postes vers Rittershoffen, Hatten et Niederrœdern.

Départ du bivouac à 6 heures du matin.

6^ Le I*' corps bavarois (von der Tann) partira à 5 heures, et, passant par Altenstadt, ira s'établir au bivouac, à Ingolsbeim.

7^ Le quartier général sera probablement demain à Soultz. Les trains, suivant le mouvement, viendront : ceux du II* corps bavarois à Wissembourg, ceux des autres corps sur la Lauter.

Signé : Frédéric-Guillaume, prince royal de Prusse.

(1) La 4* division de cavalerie ayant dû s'arrêter, le 4 au matin, près de Billigheim, pour laisser passer le V* corps, ne se forma au bivouac, à l'est d'Ober-Otterbach, qu'à une heure et demie ou deux heures de l'après-midi ; et, bien que son chef ne pût ignorer qu'on se battait à quelques kilomètres au sud, il ne fit rien pour marcher au canon.

§ 2. — Dispositif de la IIP armée après la marche du 5 août.

L'idée maltresse de cet ordre peut se résumer de la façon suivante : {Croquis n® 16.)

La IIP armée, continuant son mouvement sur Strasbourg, aura, le 5, après la marche, trois corps en première ligne sur le front : Preuschdorf (V® corps), Soultz (XP corps), Aschbach (corps Werder), qui mesure 12 kilomètres, et deux corps en deuxième ligne, en arrière des ailes de la première ligne, savoir : le IP corps bavarois à 7 kilomètres au nord du V® corps et . le P*" corps bavarois à 4 kilomètres au nord du corps Werder.

Schéma des bivonacB que formeront les corps de la III* armée,

le 6, après la marche.

Au moment où Tordre pour le 5 fut donné, il ne pouvait être question pour le V® corps de faire face à l'ouest, car on ignorait alors d'une façon absolue, au quartier général de la

IIP armée, qu'une concentration de troupes françaises existât près de Frœschwiller.

C'est donc après coup et en vertu d'un procédé familier aux rédacteurs de Y Historique officiel prussien^ que le texte de l'ordre du 4 août pour la journée du 5 a été modifié. En réalité, le V® corps a formé ses bivouacs face à Wœrth, mais c'est parce que, au cours de la marche, son chef a été informé de la présence de l'ennemi à l'ouest et près de ce bourg important.

Schéma de la transformation du dispositif précédent en un autre

pour une bataille sur la Sauer.

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On remarque que le dispositif de la IIP armée, tout en étant orienté vers le sud, est susceptible de se transformer assez rapidement (5 ou 6 heures au plus) en un dispositif préparatoire de bataille, face à l'ouest.

Cette facilité de manœuvre vers l'un des flancs résulte du dispositif, en bataillon carré, que montre le schéma des

emplacements assignés aux corps de la IIP armée, le 5 août, après la marche.

§ 3. — La 40 division de cavalerie allemande, le 5 août.

Quoique la 4* division de cavalerie eût bivouaqué, pendant la nuit du 4 au 5 août, à Test et près d'Ober-Otterbach, à 5 ou 6 kilomètres au nord de Wissembourg, on n'hésite pas à la pousser, le 5, en avant de Farmée « surtout pour éclairer le pays » en lui faisant doubler les colonnes du XP et du V** corps sur la route de Haguenau.

Ce n'est donc pas une impossibilité matérielle qui Fa fait maintenir en arrière, la veille, mais bien un motif d'ordre moral, ainsi que nous l'avons montré précédemment dans nos commentaires de l'ordre de la IIP armée pour la journée du 4 août.

Le commandant de la 4^ division de cavalerie va-t-il disperser la majorité de ses escadrons pour battre la plaine?

Non certes; il détache seulement une brigade de ulans avec le régiment de hussards, sous les ordres du général Bernhardi et, avec les trois autres régiments, il va établir ses bivouacs au sud d'Hunspach, en arrière (nord) de ceux que doit occuper le corps Werder.

La brigade de ulans, précédée d'un escadron de hussards, marche sur Haguenau par la grande route. Elle détache deux escadrons de hussards sur Wœrth, avec mission de pousser jusqu'à ReichshofiFen, comme flanqueurs de droite, et un escadron de hussards, en flanqueurs de gauche, du côté du Rhin, par Niederrœdern, sur Roppenheim.

Avant de pénétrer dans la forêt de Haguenau, le général Bernhardi fait assurer chacun de ses flancs immédiats par un escadron de ulans. L'un contourne la forêt, par Touest, l'autre s'avance sur Suflfelnheim.

L'escadron de l'ouest, voulant se porter de Gunstett sur

152 l''* PARTIE. — CHAPITRE V.

Mertzwiller, aperçoit, à faible distance au delà du pont (R. D.), deux pelotons de lanciers français en reconnaissance. Cet escadron se lance aussitôt à Tattaque, mais les cavaliers opposés se dérobent.

Les ulans, entraînés par la poursuite, tombent alors sous le feu d'un groupe de turcos postés aux environs de la ferme de Lansberg (au sud de Nieder-Wald), se débandent et repassent vivement le pont de Gunstett.

La brigade Bernhardi, après avoir débouché de la forêt, est accueillie, près de Haguenau, par le feu d'un bataillon du 21® de ligne posté en cette ville, et se voit contrainte de rétrograder sans avoir même pu se déployer.

En résumé, les nouvelles procurées par la 5® division de cavalerie sont à peu près nulles.

Cependant, les deux escadrons de hussards envoyés en flanqueurs de droite, s'ils n'ont pu franchir la Sauer, ont très bien vu les bivouacs français installés sur les hauteurs de la rive droite, et leurs constatations suffiront à convaincre le chef de la IIP armée que le danger est beaucoup plus à l'ouest qu'au sud.

Encore une fois, quand le moral de l'adversaire n'est pas entamé, le rôle de la cavalerie d'exploration est assez restreint. Il suffit de 200 fantassins placés devant un débouché pour en interdire la sortie à un grand nombre d'escadrons.

On aura remarqué que, contrairement aux termes de l'ordre de la IIP armée, le général Bernhardi n'a pas détaché un régiment de Soultz vers Rcichshoffen, mais seulement deux escadrons. Cet officier général a voulu conserver à Tavantgarde un escadron armé de carabines et avoir, sur ses deux flancs, des escadrons également pourvus d'une arme à feu. Il pouvait, à la vérité, détacher tout un régiment de ulans (1) sur Wœrth et au delà, mais alors, le même inconvénient se

(i) Ed 1870» les ulans n'étaient pas pourrus^ comme aujourd'hui, de carabines.

présentait : pas de carabines pour soutenir le moral des explorateurs.

Ce détail, seul, indique combien était faible, avant la victoire décisive de Frœschwiller, la hardiesse de ces ulans devenus légendaires après nos premiers désastres, quand ils n'eurent plus devant eux que des troupes démoralisées. Pour qui sait à quel point le culte de Tordre reçu est développé dans Tarmée prussienne, la désobéissance du général Bernhardi est significative.

Il était prescrit à la 4® division de cavalerie de détruire les deux chemins de fer qui aboutissent à Haguenau ; elle n'en fit rien, et pour cause.

§ 4. — Commentaires sur la marche ordonnée

au IP corps bavarois.

Le IP corps bavarois (Hartmann), auquel appartenait la division Bothmer, engagée le 4 devant Wissembourg, n'avait guère que seize kilomètres à parcourir pour se rendre de Wissembourg à Lembach où il devait bivouaquer.

Ce corps d'armée, ayant rompu à 6 heures, a dû commencer l'installation de ses bivouacs entre 10 et H heures du matin (tète du gros).

On ne saisit pas le motif qui a fait désigner Climbach comme quartier général du IP corps bavarois, alors que, pour les autres corps, il n'est nullement question de placer le quartier général ailleurs qu'à proximité des troupes bivouaquées.

Mattstall, à trois kilomètres et demi (sud) de Lembach, était le point tout indiqué pour l'avant-garde, celle-ci poussant ses avant-postes sur les hauteurs au nord-est de Langensoultzbach, depuis Mattstaller, Glashutte (point d'appui de droite) jusqu'au Huhbrticke (sur la Sauer).

C'est en effet à Mattstall que fut placée l'avant-garde du IP corps bavarois, à la suite de la marche du 5 août.

154 l'e PARTIE. — CHAPITRE V.

Un détachement du IP corps bavarois fut envoyé en flancgarde sur la route de Lembach à Bitche jusqu'à la croisée des routes de Steinbach et de Schônau. Un poste intermédiaire a dû occuper Disteldorf. Enfin un autre détachement, formé d'un bataillon, est allé s'installer à Wingen.

En résumé, le IP corps bavarois était couvert, du côté de Frœschwiller, par sa brigade d'avant-garde, et, à l'ouest, par deux flanc-gardes détachées du gros.

D'après le récit du grand état-major prussien, la ligne des avant-postes fournis par l'avant-garde se serait étendue, à gauche, au delà du Huhbrucke, sur la rive gauche du Sauerbach, jusque vers Liebfraubourg. Cette assertion nous paraît douteuse et faite après coup, parce que les deux compagnies du V® corps qui ont été envoyées, comme on le verra plus loin, à Gœrsdorf, pour organiser de ce côté le service de sûreté sur la Sauer, n'ont pénétré dans le village qu'entre 5 et 6 heures du soir, ainsi que nous l'avons constaté nous-même.

Les trois avant-gardes du IP corps bavarois, le S, après la marche, étaient chacune à environ 4 kilomètres du gros, et celui-ci remplissait vis-à-vis de la IIP armée le rôle d'un corps de flanc chargé, éventuellement, de contenir les troupes que le 5® corps français pourrait amener de Bitche.

D'ailleurs, Tenvoi du IP corps bavarois à Lembach était en quelque sorte imposé par la nécessité de ne négliger aucune des routes peu nombreuses qui conduisent de la basse Lauter dans la direction de Ilaguenau.

Le IP corps bavarois, au lieu de bivouaquer près de Lembach comme il en avait reçu l'ordre, a stationné au nord de Pfaffenbronn, au pied de la route qui traverse le Hoch- Wald par le col de Pfaffenschlich et fait communiquer Lembach avec la plaine du Rhin.

Cette infraction à l'ordre du prince royal montre à quel point le général Hartmann se préoccupait d'assurer sa retraite éventuelle sur le gros de la IIP armée.

§ 5. — Commentaires sw la marche ordomiée au XI® corps

et au I^r corps bavarois.

Le XP corps doit se porter sur Soultz par la route de Haguenau et par le chemin de fer.

La marche d'une colonne sur une voie ferrée est on ne peut plus fatigante, et Finfanterie est à peu près seule à pouvoir utiliser un chemin de fer comme route, à Texclusion de la cavalerie et surtout des voitures.

Le rédacteur de l'ordre de la IIP armée pour la journée du 5 août a certainement sous-entendu que toute l'infanterie du XP corps suivrait la voie ferrée, la route étant réservée aux chevaux et voitures.

Même en admettant qu'il en ait été ainsi, ce qui constituerait une lourde faute tactique, attendu que la séparation des armes, en marche de guerre, est de la dernière imprudence, les calculs d'écoulement sur lesquels furent basées les heures de départ des colonnes appelées à utiliser la grande route de Haguenau, étaient entachés d'erreur.

On va en juger.

Supposons que toute l'infanterie du XP corps se soit engagée sur le chemin de fer et que les chevaux et voitures de ce corps d'armée aient, seuls, suivi la grande route de Wissembourg à Soultz.

La colonne des chevaux et voitures du XP corps mettra plus de deux heures à s'écouler.

De ce fait, la colonne de gauche du V® corps qui doit marcher sur la route, en partant du Geisberg à 8 heures du matin, subira un retard, que l'on peut évaluer à une heure.

Le P' corps bavarois, débouchant d'Altenstadt à 10 heures, ne pourra pas commencer à suivre la route de Wissembourg à Soultz avant midi ou une heure de l'après-midi, parce que la colonne de gauche du V® corps qui comprendra certaine-

156 l"* PARTIE. — CHAPITRE V.

ment une division avec Tartillerie de corps mettra plus de trois heures à s'écouler.

Il fallait donc, dans l'hypothèse où l'infanterie du XP corps tout entière se mettrait en marche sur la voie ferrée, que la colonne des chevaux et voitures de ce corps d'armée partit à 4 heures, et la colonne de gauche du V® corps à 7 heures.

En réalité, l'infanterie de la 22® division a, seule, suivi le chemin de fer, de telle sorte que la durée d'écoulement de la colonne de gauche (21® division, chevaux et voitures du corps d'armée) ayant été d'au moins 4 heures, la tête de la colonne de gauche du V® corps qui venait derrière, sur la grande route, n'a pu commencer sa marche qu'entre 10 et 11 heures, et le P' corps bavarois a dû attendre jusqu'à 3 heures du soir avant de pouvoir s'engager à son tour sur la même route.

A l'issue de la marche, le XP corps a placé des avantpostes sur la ligne Surbourg — Schwabwiller — Ober et Nieder — Betschdorf, à 4 kilomètres de Soultz.

§ 6. — Commentaires sur la marche ordonnée au V® corps.

Le Y® corps a marché en deux colonnes de division, l'une par la grande route de Haguenau (la 9® et l'artillerie de corps) jusqu'à Soultz et, de là, par la route de Wœrth, sur Preuschdorf, l'autre (la 10®) par de mauvais chemins^ vers la même localité au sud de laquelle tout le corps a bivouaqué.

L'itinéraire de la 10® division a été par Steinseltz, Bremmelbach, Birlenbach, HeJBfenach, Memelshojffen, Lobsann, Lampertsloch, en longeant le pied des contreforts orientaux du Hoch-Wald.

Cette division, partie de ses bivouacs du Geisberg vers 8 heures du matin, est arrivée à l'emplacement de ses nouveaux bivouacs, situé à 20 kilomètres du point de départ, après huit heures de marche.

Dès son arrivée à Preuschdorf , entre 4 et S heures du soir,

la 20® brigade, de la colonne de droite, fut désignée comme avant-garde du V® corps, et s'établit, à l'ouest du Dieffenbach, avec une batterie et un escadron du 14® dragons.

Elle fit occuper aussitôt DieiFenbach par un bataillon chargé de mettre ce village en état de défense.

Faute de pouvoir disposer son service de sûreté au delà de la Sauer, vers Reichshoffen, comme le prescrivait l'ordre, la 20® brigade envoya comme réserves partielles d'avant-postes :

Deux compagnies et quelques dragons, à Gœrsdorf ;

Un bataillon et un escadron de dragons, à Gunstett.

L'étendue du front des avant-postes du V® corps était de 6 kilomètres, et la profondeur du réseau, depuis la rivière jusqu'au gros de la 20® brigade, de 1500 mètres seulement. En dehors de l'avant-garde, la 10® division fit occuper et mettre en état d*î défense Mitschdorf et Preuschdorf, chacun, par un bataillon.

A tout événement, Dieffenbach, Preuschdorf et Mitschdorf formeront trois points d'appui, un à chaque aile et un autre derrière le centre d'un front défensif de 2,800 mètres que le V® corps est à même d'occuper, face à la Sauer.

La 9® division est-elle arrivée au bivouac de Preuschdorf avant ou après la 10® division (colonne de gauche)?

Elle a suivi une excellente route ; donc toutes les probabilités sont pour la première de ces alternatives.

Il n'en a rien été, par suite des erreurs commises dans les calculs d'écoulement des troupes sur la grande ro.ute de Haguenau, et la preuve en est dans le choix de la 20® brigade pour constituer l'avant-garde et, par conséquent, les avantpostes du V® corps d'armée.

§ 7 . — Le corps Werder pendant sa marche du 5 août.

Nous avons laissé le corps Werder, le 4 août, à Lauterbourg, ayant ses avant-postes sur la ligne Oberlauterbach — Wintzenbach — Motheren .

La division badoise avait, seule, pénétré ce jour-là dans Lauterbourg, tandis que la division wurtembergeoise restait sur la rive gauche de la Lauter.

Le mouvement de ce corps d'armée, pour se rendre, le 5 août, de Lauterbourg à Aschbach, présente un certain intérêt en ce qu'il constitue une marche de flanc à proximité d'un adversaire que l'on suppose concentré au sud et près de la forêt de Haguenau.

Le corps d'armée part, à 6 heures, en deux colonnes. Celle de gauche, formée par la division badoise, marche d'abord sur Wintzenbach, par la route de Lauterbourg à Strasbourg.

Son avant-garde détache une flanc-garde de gauche qui se porte de Motheren sur Munchhausen et Schaflhausen.

Cette flanc-garde, forte d'un bataillon et d'un escadron, reconnaît, à Munchhausen, un groupe de 200 ou 300 fantassins français qui n'acceptent pas le combat et se retirent sur Seltz.

Alors, l'avant-garde badoise, au lieu de continuer sur Aschbach, par Eberbach, Seltz et Trimbach, pousse droit au sud jusqu'à Seltz, après avoir dirigé sur Niederrœdem une flanc-garde de droite^ composée d'un régiment et d'un escadron, laquelle envoie sur Roppenheim une reconnaissance qui constate le départ des Français (détachement Nansouty) pour Suffelnheim.

Pendant ce temps, le gros de la division badoise s'est rassemblé près de Eherhof.

Ces divers mouvements avaient absorbé un temps considérable, et c'est dans l'après-midi seulement que l'avant-garde, devenue arrière-garde, ralliait sa division avant la reprise de la marche sur Aschbach.

La division wurtembergeoise, après avoir traversé la Lauter en amont de Lauterbourg, marche par Scheibenhard, Niederlauterbach, Siegen et Keidenbourg. Arrivée là, elle apprend la présence des Français dans la forêt de Haguenau, s'arrête et pousse une brigade sur Oberrœdern.

Sur de nouveaux renseignements fournis par la division

badoise, elle reprend sa marche dans Taprès-midi vers Aschbach, où le corps est enfin concentré, au bivouac, avant la nuit.

Les avant-postes de la division wurtembergeoise fournis par l'avant-garde de cette division, placée à Oberrœdern, occupèrent la ligne Rittershojffen — Hatten jusqu'au Seltzbach.

La di\'ision badoise fît surveiller par ses avant-postes le cours du Seltzbach, depuis Bûhl jusqu'à Niederrœdern.

Le corps Werder était ainsi couvert à plus de 4 kilomètres par ses avant-postes.

Nous nous sommes trop étendu sur les erreurs commises par Tétat-major de la IIP armée dans la mise en mouvement des colonnes du XP, du Y® et du P' corps bavarois sur la route de Wissembourg à Haguenau, pour que nous jugions nécessaire de faire ressortir les fatigues inutiles que ces erreurs ont causées aux troupes allemandes, le S août, principalement au P' corps bavarois, dont les derniers éléments n'arrivèrent au bivouac qu'à minuit.

§ 8. — Observations relatives aux trains de la IIP armée.

Après avoir donné Soultz comme quartier général probable, le 5 août. Tordre indique aux trains des corps d'armée une ligne géographique, la Lauter, qu'ils atteindront sans la dépasser.

Exception est faite pour ceux du IP corps bavarois qui iront à Wissembourg.

La question de la marche des trains mérite qu'on s'y arrête.

Et d'abord, que désigne-t-on dans l'armée allemande par trains ?

Les trains d'un corps d'armée allemand comprenaient, en 1870 :

1° 10 colonnes de munitions, dont 6 d'artillerie et 4 d'infanterie ;

2^ 5 colonnes de vivres attelées par le train ; 5 convois de subsistances dont les voitures, les conducteurs et les chevaux étaient fournis par la réquisition opérée en territoire national;

3° 1 colonne de boulangerie ;

4® 1 dépôt de chevaux ;

5° 1 équipage de ponts de corps d'armée ;

6® 12 hôpitaux de campagne.

Les colonnes de munitions étaient attelées par Tartillerie; les autres, par le train des équipages.

En 1870, les grands éléments (avant-garde, divisions et artillerie de corps) d'une colonne de corps d'armée étaient iii lédiatement suivis par leurs chevaux de main, leurs voitures de munitions (caissons de batterie et caissons de bataillon) et les voitures de pionniers.

D'autre part, les trains se subdivisaient en :

1'*'' échelon des colonnes^ constitué par 2 colonnes de munitions d'artillerie et 1 colonne de munitions d'infanterie auxquelles on adjoignait, généralement, 3 ou 4 hôpitaux de campagne, quelquefois 1 ou 2 colonnes de vivres.

2® échelon des colonnes^ comprenant 2 colonnes de munitions, 3 ou 4 hôpitaux de campagne et i ou 2 colonnes de vivres. Ce 2® échelon devait pouvoir rejoindre les troupes, le soir d'une bataille ou la nuit suivante.

Deux autres échelons, dits 1®' et 2® échelons des colonnes et convois^ renfermaient le complément des trains.

Le premier échelon des colonnes renfermait les personnels et les approvisionnements susceptibles, même après une grande bataille, de subvenir joene/an/ un jour aux besoins du corps d'armée en personnel de santé, en fournitures pour les hôpitaux, en vivres et en munitions.

Le second échelon des colonnes était maintenu à une petite journée de marche en arrière, et les deux échelons des colonnes et convois encore plus loin.

On aura déjà remarqué, en examinant Tordre de mouvement du V*' corps pour la journée du 4 août, que 5 hôpitaux de campagne sur 12 marchaient avec la colonne de combat, indépendamment des ambulances, dont c'est la place normale.

§ 9. — Avant-gardes ou avant-postes?

On constate dans Tordre de la IIP armée, en date du 4 août, Tabsence de toute désignation des points où doivent se trouver, le S après la marche, les avant-gardes du II® corps bavarois, des XP et Y® corps, enfin du corps Werder.

L'ordre en question indique seulement, d'une façon très vague, la direction des avant-postes à placer à l'issue de la marche. Il prescrit :

Au IP corps bavarois : « Des avant-postes seront établis au « delà de Lembach »

Au XP corps : « Avant-postes vers la forêt de Haguenau. »

Au V® corps : « Avant-postes vers Reichshoffen. »

Au corps Werder : « Avant-postes vers Rittershojffen, Hatten « et Niederrœdern. »

Quand on examine les ordres de la IIP armée postérieurs à la bataille de Frœschwiller, on y voit figurer toujours l'emplacement des avant-gardes et, très rarement, l'indication de la ligne des avant-postes.

De même aussi, les ordres du prince Frédéric-Charles n'omettent jamais de préciser les points qu'occuperont les avant-gardes et sont muets sur la position des avant-postes.

En effet, un commandant d'armée n'a pas à s'immiscer dans le choix des emplacements favorables à l'établissement des avant-postes ; c'est l'affaire des commandants de corps d'armée, ou mieux encore, des chefs d'avant-garde.

Par contre, l'indication des points de stationnement des avant-gardes suffit à étayer la charpente du réseau de sûreté pour l'ensemble de l'armée.

Schématiquement, soient irois corps de première ligne s'arrétant, après une marche, en A, B, C.

L'ordre d'année de la veille a prescrit aux avant-gardes d'atteindre les points a, à, c, placés près des routes à suivre.

Le commandant du corps B s'entendra avec les commandants des corps A et C au sujet des points de suture de la ligne des avant-postes, et le réseau présentera trois secteurs, ayant chacun, au sommet, une avant-garde.

Tout au plus, l'ordre d'armée dîra-t-il que les points n et o limitent le secteur central, et appartiennent, par exemple, le point n au corps A et le point o au corps B.

§ 10. — Psychologie de l'officier d'état-major chargé de la préparation des ordres d'armée.

Si, le 4. août, le rédacteur de l'ordre de la III* armée pour la marche du 5 n'a pas fait mention des emplacements à. occuper par les avant-gardes, il faut en chercher la cause dans la surexcitation inséparable d'un premier engagement.

Le cerveau, alors plus ou moins anémié par une dépense nerveuse excessive, est incapable de creuser, les questions comme d'habitude ; d'où il résulte que les ordres élaborés dans un tel moment sont incomplets, vagues ou entachés d'erreurs.

Tel a été l'ordre de la IIP armée, rédigé le 4 au soir.

Cet ordre indiquait d'une façon trop sommaire les lignes d'avant-postes, sans rien dire des avant-gai'des, ne donnait pas d'itinéraire à la colonne de droite du V® corps, et commettait, au sujet des durées d'écoulement sur la grande route de Haguenau, des erreurs que saurait éviter un candidat quelconque à FEcole supérieure de guerre.

On aurait donc tort de conclure de ces défaillances intellectuelles à la faiblesse technique des officiers de Tétat-major prussien, affectés à la rédaction des ordres d'armée.

Néanmoins, le fait est bon à retenir comn^e une leçon expérimentale destinée à mettre en garde les officiers d'état-major contre les excès de fatigue physique, morale et intellectuelle.

L'officier d'état-major ne doit pas oublier, en effet, que si, après une journée de combat, les troupes peuvent trouver, dans un sommeil réparateur, l'oubli de leurs fatigues et de leurs angoisses, lui n'a pas encore terminé sa tâche.

Il faut qu'il revienne du terrain de la lutte au quartier général, situé parfois à 8 ou 10 kilomètres en arrière et, une fois là, qu'il se mette au travail de préparation des ordres à expédier dans la nuit.

Les officiers d'état-major chargés de la préparation des ordres d'une armée doivent donc posséder des qualités exceptionnelles ; mais leurs forces s'épuisei^aient quand même si l'on n'avait pour eux quelques ménagements.

C'est sans doute pour diviser le travail au mieux des intérêts de tous et de chacun que l'organisation allemande comporte un petit nombre d'officiers d'état-major du plus haut mérite constituant pour le commandement des auxiliaires inestimables, alors qu'elle affecte une catégorie d'officiers,

distincte de la première, aux services de transmission et de chancellerie,

§ 11. — Changement de dispositif ordonné à la III<^ armée

pour la matinée du 6 août.

Le 5 août, dans l'après-midi, le prince royal vint s'installer avec son quartier général, à Soultz-sous-Forêts.

Des rapports de la 4® division de cavalerie arrivèrent, disant que l'on voyait sur le plateau de Frœschwiller de nombreux bivouacs français, que les ponts de Wœrth étaient coupés ; enfin, que Haguenau était occupée par un ennemi dont il était impossible d'apprécier la force.

Ces renseignements ne suffisaient pas à donner une idée exacte de la situation.

Dans le doute, et pour parer au danger le plus visible, le commandant de la IIP armée forma le projet d'établir le XP corps face à l'ouest, à intervalle de déploiement sur la gauche (sud) du V® corps, de maintenir le IP corps bavarois où il était, de faire serrer le P"^ corps bavarois dans l'intervalle laissé entre le IP corps bavarois et le V® corps; enfin, de disposer le corps Werder devant les débouchés nord de la forêt de Haguenau.

Comme il fallait se mettre en garde contre une attaque possible du V® corps par les Français, un ordre particulier fut expédié au général Hartmann (commandant le IP corps bavarois) pour lui prescrire qu'au cas où il entendrait le canon du côté de Wœrth, une de ses divisions serait poussée sur Frœschwiller, dans le flanc gauche de l'ennemi, à titre de diversion.

Cette prescription ne figurait pas dans l'ordre général que le prince royal fit expédier, le S, à 5 h. 1/2 du soir, pour assurer la mise à exécution de son projet consistant à disposer, le 6 au matin, trois corps d'armée, à intervalle de déploiement, en face des bivouacs français.

Quoi qu'il en soit, voici cet ordre :

§ 12. — Ordre de changement de dispositif.

Quartier géoéral de la III* armée à Soultz, le 5 août 1870.

L'armée exécutera demaio un changement de front en restant concentrée autour de Soultz :

4 0 Le U* corps bavarois et le Y* corps prussien conserveront leurs positions actuelles, à Lembach et à Preuschdorf ;

2® Le Xh corps prussien, conversant à droite, viendra bivouaquer è Hœischloch, lançant des avant-postes Ters la Sauer. Il occupera Surbourg et gardera la route de Haguenau ;

30 Le P' corps bavarois se portera jusqu*aux environs de Lobsann et de Lampertsioch, poussant ses avant-postes à travers le Hoch-Wald, vers la Sauer;

4** La 4* division de caTalerie, tout en demeurant dans ses bivouacs, fera face à Touest ;

5* Le corps Werder gagnera Reimerswiller et fera front vers le sud. Grandegardes, vers la forêt de Haguenau. De forts avant- postes garderont la route à Kûhlendorf et la voie ferrée à Hoffen*

Le quartier général restera à Soultz.

L'ordre qui précède est clair, court, mais incomplet.

Il ne dit rien de Tennemi, rien des motifs du mouvement prescrit et ne donne aucune heure de départ aux corps ayant à marcher.

Bien que le changement de dispositif prescrit ne se soit pas effectué dans les conditions de Tordre, puisque la bataille s'est engagée vers 7 heures du matin, il est intéressant d'étudier les dispositions de marche adoptées, ce jour-là, par les chefs des XP corps prussien, corps bado-wurtembergeois et P"^ corps bavarois. [Croquis n^ 17.)

§ 13. — Commentaires sur Tordre concernant le XI"^ corps.

Le XP corps, après avoir passé la nuit du 5 au 6 au bivouac, près et au sud de Soultz, mettra son avantgarde (41® brigade) en mouvement, à 6 heures du matin, par la route de Soultz à Surbourg.

166 l^^ PARTIE. — CHAPITRE V.

A partir de ce \allage, la colonne devait tourner à droite (ouest), prendre la route de Gunstett et bivouaquer près d'Hœlschloch.

Les ordres du général de Bose, chef du XP corps, prescrivaient à la brigade d*avant-garde d'occuper Hœlschloch et de placer des avant-postes depuis les environs de Gunstett jusqu'à Surbourg, en suivant la lisière du bois Kreuzhecke.

La 22^ division avait à mettre un bataillon dans Surbourg et à assurer la liaison avec les avant-postes wurtembergeois dont la droite devait aboutir à Schwabwiller.

Le récit officiel allemand (1 ) masque très habilement cette marche du XP corps en une seule colonne. Il semble, à la lecture, que ce corps d'armée ait opéré sur deux colonnes de division.

Il n'en est rien, et les faits démontrent jusqu'à l'évidence que la 22® division a marché derrière l'artiUerie de corps, celle-ci à la suite de la 21® division, le tout sur la même route.

La marche du XP corps en une seule colonne de route, pour parcourir un arc de peu d'étendue (6 à 8 kilomètres), était une faute.

En effet, sachant l'ennemi en contact direct avec le V® corps, on va exécuter un changement de front presque sous les yeux d'un adversaire en position, et l'on utilisera dans ce but une seule route pour transporter, à 8 kilomètres de ses bivouacs, un corps d'armée qui met à s'écouler plus de six heures !

En admettant que le général de Bose n'ait pas cru pouvoir recourir à la marche, par unités tactiques massées, à travers champs, en réservant, à la rigueur, la route à l'artillerie, il pouvait, tout au moins, multiplier les colonnes, en faire deux au minimum.

Or, aux termes de V Historique officiel prussien^ la tête de la

(1) Page 231.

41« brigade (avant-garde), ayant atteint le débouché occidental du bois Kreuzhecke à 8 heures du matin, Tartillerie de corps n'est parvenue en ce point qu'à 11 heures, et la 22® division n'a pu atteindre Surbourg qu'entre 11 heures et midi.

Pour nous, le XI® corps tout entier et, plus tard, la division wurtembergeoise, quand elle reçut l'ordre de participer à la bataille, auraient dû marcher, par brigades ou divisions massées, l'artillerie, en partie, sur la route de Surbourg à Gunstett, en partie, dans les intervalles des unités tactiques. Dans ces conditions, la bataille eût été gagnée par les Allemands, deux heures plus tôt, avec des pertes beaucoup moindres et des résultats plus complets.

Le terrain se prêtait bien à une marche par unités groupées. Si l'on examine la carte, on voit que, de Surbourg comme de Reimerswiller, on disposait, pour marcher vers la Sauer, d'un couloir découvert, légèrement ondulé, qui, dans sa plus faible largeur, non loin du chemin de fer de Haguenau à Wissembourg, présente un front de 400 à 500 mètres.

C'était assez pour faire marcher les troupes par 6 bataillons de hauteur (en colonne double) avec artillerie divisionnaire entre les régiments.

L'avant-garde et l'artillerie de corps pouvaient suivre la route de Surbourg à Gunstett, comme elles l'ont fait d'ailleurs.

§ 14. — Commentaires sur Tordre concernant

le corps Werder.

Le paragraphe de l'ordre concernant le corps bado-wurtembergeois portait :

« Le corps Werder gagnera Reimerswiller et fera front c< vers le sud. Grand'gardes vers la forêt de Haguenau. De <( forts avant-postes garderont la route, à Kûhlendorf, et la « voie ferrée, à HofTen. »

Passons à l'exécution.

Le général Werder forme son corps d'armée en une seule colonne de route pour le transporter de ses bivouacs, situés à l'ouest du chemin de fer et près d'Aschbach;en de nouveaux bivouacs non loin de Reimerswiller. Il y a six kilomètres des anciens aux nouveaux bivouacs, par l'itinéraire : station de HolTen — Hermersw^iller — Hohwiller.

Jj Historique du Grand État-Maior dit que la 1^ brigade wurtembergeoise, en avant-garde, partie à 6 heures du matin, était, à 9 heures, au delà de Reimerswiller, occupée à placer des avant-postes sur la ligne : Schwabwiller-Ober et Nieder^ belschdorf, et que la tête du gros atteignit Reimerswiller vers 10 heures.

. C'était marcher bien lentement que de parcourir six kilomètres en trois heures.

La division wurtembergeoise se trouvant exceptionnellement composée de trois brigades, il s'ensuit qu'à 10 heures il y avait, sur la route de Reimerswiller à Hermerswiller, et au nord de la première de ces localités, deux brigades wurtembergeoises complètes, trois escadrons et huit batteries, occupant, avec les caissons de munitions et les ambulances, une longueur de 8 kilomètres au moins. C'est dire que la queue de la division wurtembergeoise ne put quitter ses bivouacs qu'à 10 heures au plus tôt.

Et YHistorique raconte que la division badoise rompit à 7 h. 1/2 du matin! L'inexactitude est voulue, car on ne peut mettre une pareille erreur sur le compte de l'ignorance ou de la légèreté.

L'officier qui a rédigé le fragment de YHistorique relatant la bataille de Wœrth a voulu pallier les fautes des chefs de l'armée allemande. Son intention part d'un bon naturel, mais ne satisfait pas la critique historique.

Aussi la Relation officielle allemande se garde-t-elle bien de dire à quelle heure la division badoise est parvenue à ses emplacements nouveaux; on y lit, en effet :

<( La division badoise, qui n'avait rompu qu'à 7 h. 1/2, était

« arrivée à Hohwiller; elle avait ordre de s'y tenir prête à « continuer son mouvement en avant, n

Pour nous, la tête de la division badoise n'a pu atteindre Hohwiller qu'à 11 heures, parce que ce village est à 4 kilomètres de l'emplacement des bivouacs, sur la route de marche suivie par la division wurtembergeoise.

En mettant de côté l'hypothèse, qui s'est confirmée, d'une bataille pour le 6, le corps Werder devait former au moins deux colonnes de marche ce jour-là.

Il ne lui était pas possible de marcher par unités massées, à cause de la voie ferrée, et surtout du Seltzbach, que l'on ne peut traverser que sur des ponts.

D'où l'on conclut que si le besoin de sécurité amène à camper en deçà d'un obstacle percé seulement de quelques débouchés, la facilité d'évolutions, la liberté de manœuvres en sont fortement diminuées.

En définitive, rien n'est absolu à la guerre où les déterminations, le plus souvent, sont le résultat de la lutte qu'entament, dans l'esprit du chef, les arguments contraires, tour à tour transformés en avantages et en inconvénients.

Pour en revenir à la marche sur deux colonnes, la diWsion wurtembergeoise pouvait suivre son itinéraire par Hermerswiller et Hohwiller, tandis que la division badoise, allongeant un peu sa marche, fût passée par le Fincken-Muhl, Leiterswiller et Kûhlendorf, puis, de là, sur Reimerswiller ou bien Hohwiller.

De cette façon la division badoise eût été réunie au nord-est de Reimerswiller, vers midi. Elle eût pu avoir, dès 10 heures du matin, une brigade d'avant-garde, face au sud, avec avantpostes sur la ligne : Schwabwiller-Ober et Niederbetschdorf^ laissant ainsi à la division wurtembergeoise la complète disposition de ses trois brigades d'infanterie.

Or, le 6 août, la 1" brigade wurtembergeoise est restée depuis 9 heures du matin jusqu'au soir en position, derrière la ligne Schwabwiller-Ober et Niederbetschdorf^ face au sud.

§ 15. — Commentaires sm* Tordre concernant

le I^i* corps bavarois.

En ce qui concerne le P' corps bavarois, l'ordre disait :

« Le 1®' corps bavarois se portera jusqu'aux environs de <( Lobsann et de Lampertsloch, poussant ses avant-postes, à « travers le Hoch-Wald, vers la Sauer. »

Or, il n'y avait pas place sur la Sauer pour eux, puisque les avant-postes de la 4« division bavaroise devaient, en exécution de Tordre particulier du prince royal au IP corps bavarois, entrer en liaison, le 6 au matin, avec les avant-postes du V® corps, par le Vieux-Moulin.

La Relation officielle allemande raconte, page 238 :

« Les deux escadrons d'extrême avant-garde du P' corps « bavarois avaient pris les devants et s'étaient dispersés sur les « deux aUes de la ligne des avant-postes, qui devait s'étendre « de Mattstal à Gœrsdorf. »

Cela est du pur roman, car le Hoch-Wald est pour la cavalerie un massif impénétrable.

Pourquoi le prince royal envoyait-il le P"^ corps bavarois à Lobsann et à Lampertsloch par les chemins que la 9* division prussienne avait appris à maudire la veille, quand il était si simple de faire arriver ce corps à Lampertsloch, par Soultz, Kutzenhausen, Merckwiller, et, de là, pendant deux kilomètres et demi seulement, sur un chemin vicinal?

Est-ce parce que la belle route : Preuschdorf — Soultz — Ingolsheim était encombrée?

Mais le P' corps bavarois Ta empruntée depuis Ingolsheim jusqu'à Schœnenbourg.

La cause déterminante du choix de l'itinéraire par Momelshofien nous échappe.

D'Ingolsheim jusqu'à Lampertsloch, village que la 2® brigade d'infanterie bavaroise, avec une batterie et un régiment de chevau-légers en avant-garde, atteignit, suivant I^l Relation

officielle allemande^ vers 10 h. 1/2, il y a 14 kilomètres, par Schœnenboupg, MemelshofTen et Lobsann.

« Les chemins (et quels chemins) détrempés par la pluie « avaient rendu sa marche (de Favant-garde) particulièrement « pénible. » [Relation officielle allemande.)

Cette brigade, partie dlngolsheim à 6 heures du matin, a donc parcouru 14 kilomètres en 4 h. 1/2, ce qui fait trois kilomètres à Theure. Il est permis de douter que, dans de tels chemins, l'avant-garde du P' corps bavarois ait marché avec une vitesse relativement aussi considérable.

La Relation officielle allemande se charge elle-même de confirmer nos doutes ; elle dit en effet :

« A une demi-heure de l'avant-garde suivaient le reste de « la 1'* division, puis, toujours sur le même chemin^ la

Sous l'influence des nouvelles qui lui parvieiment et au bruit du canon, l'avant-garde se masse à partir de 10 h. 1/2 et se déploie au débouché occidental de Lampertsloch. Cette opération est terminée, d'après la relation officielle , à 11 h. 1/2.

Citons encore :

« Vers 11 h. 1/2, son intensité (la canonnade), toujours

« croissante, déterminait le commandant de la 1'® division <( — lieutenant général de Stéphan — qui marchait avec « l'avant-garde, à assigner à cette dernière, comme nouvel « objectif, le village de Frœschwiller, que l'on apercevait au (( loin. Une dépêche était adressée au général Dietl, qui se « trouvait au gros, pour l'inviter à faire suivre la 1'® brigade (( dans la même direction, etc »

Ainsi, la tête du gros suit, d'une part, à une demi-heure de l'avant-garde. Celle-ci met une heure à se déployer de pied ferme, et il faut envoyer une dépêche & la tête du gros.

La vérité, c'est que la marche sur les chemins qui longent le revers oriental du Hoch-Wald fut extrêmement lente et laborieuse.

L*avant-garde ne fît son apparition sur les bords de la Sauer qu'après une heure de Taprès-midi, et la 2^ brigade, qui formait la tête du gros, ne parvint à se mettre en ligne que vers trois heures.

Quant à la 2® division, elle n'a pas paru sur le champ de bataille.

Le terrain ne se prêtait nullement à la marche du P' corps bavarois par unités massées. D'ailleurs, la distance à parcourir était trop grande pour cela.

Mais le P*" corps bavarois aurait dû marcher en deux colonnes, l'une parla route de Soultz, jusqu'à Merkwiller ou même Preuschdorf, l'autre par Bremmelbach, Birlenbach, KeSenach, Memelshoffen et Lobsann.

La première colonne fût arrivée à Preuschdorf à 1 1 heures du matin, et l'autre, au même point, à 4 heures du soir.

En résumé, quand une armée est très rapprochée de l'ennemi, et qu'elle doit marcher à lui, il faut que ses corps d'armée forment autant de colonnes que le réseau routier le permet ; de plus, ceux qui n'ont qu'un faible espace à parcourir (4 à 10 kilomètres) en terrain découvert, gagnent beaucoup à marcher par unités massées, à travers champs, dans un ordre très militaire.

§ 16. — Erreurs d'exécution imputables à une idée préconçue.

Les erreurs d'exécution que nous venons de relever au XP corps, au corps Werder et au P"" corps bavarois, ont eu pour causes deux lacunes dans l'ordre de la IIP armée du S au soir.

Cet ordre ne donne, en effet, aucun renseignement sur la situation et ne fait rien connaître des projets du général en chef. Il se borne à prescrire un changement de front à droite sans indiquer pourquoi on l'exécute. S'il eût fait prévoir une bataille prochaîne sur la Sauer, les commandants de corps

d'armée auraient certainement pris des dispositions mieux appropriées à la circonstance.

Mais, ainsi qu'on Ta déjà constaté à plusieurs reprises, le prince royal de Prusse ayant admis, par hypothèse, que l'armée d'Alsace se concentrait au sud de la forêt de Haguenau, ridée préconçue exerçait encore, le 5 août, une grande influence sur son esprit.

En résumé, le commandant supérieur de la IIP armée allemande n'avait pas su discerner, le 3 août au soir, si la bataille prochaine se livrerait sur FrœschwiUer ou bien sur Haguenau.

C'est afin de répondre à l'une ou à l'autre de ces deux éventualités que le changement de front prescrit ne préjugeait rien, quoique toutes les apparences fussent pour une bataille à l'ouest.

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