VUE D*£NSEMBLE DE LA BATAILLE
En voyant le Calvaire débordé par ses flancs, le maréchal de Mac-Mahon envoie Tordre au 3® de ligne, puis à la brigade Maire (47®, 99*), appartenant à la division Conseil-Dumesnil, de rejeter Tennemi dans Wœrth.
Le colonel Champion, du 3® de ligne, mène son régiment contre les assaillants qui ont envahi le Calvaire par le sud. Son mouvement réussit tout d'abord à les refouler au pied des pentes, mais, n'étant pas soutenu, le 3® de ligne s'arrête, puis recule sous un feu terrible.
La brigade Maire est menée contre les Prussiens sortis de Wœrth par la route de Frœschwiller et qui ont débordé le Calvaire par le nord.
Son premier élan fait reculer l'ennemi, mais elle ne tarde pas à subir le même sort que le 3® de ligne.
Auparavant, le maréchal a envoyé des officiers au général Ducrot pour lui demander de diriger sur Elsasshausen toutes les troupes d'infanterie dont il peut disposer.
La brigade Wolff (96®, 18®), maintenue jusque-là en réserve, vient au secours de la division Dumesnil.
Le 96*, premier disponible, renforce l'occupation du petit bois (Neugersweiler) par- un bataillon qu'il lance ensuite contre la lisière nord du Nieder-Wald, bordée à ce moment par une chaîne épaisse de tirailleurs du XI* corps.
L'ennemi n'attend pas l'attaque et plie. Mais les bataillons de l'aile gauche du XI* corps, non encore engagés et maintenus en ordre serré, interviennent, repoussent les compagnies du 96* et pénètrent à leur suite dans le petit bois (Neugersweiler) qui tombe ainsi en leur pouvoir.
Il est alors 3 h. 1/2.
Dès la prise du petit bois (Neugersweiler), les fractions du V* corps prussien et du XI*, qui se sont élevées sur le plateau par le ravin (Regers-Graben) à l'est d'Elsasshausen, se précipitent en avant.
Du côté français, la réserve générale d'artillerie tout entière (8 batteries) débouche des environs, au nord-ouest, immédiats
de Frœschwiller, se forme en bataille et s'apprête à rejoindre au galop les deux batteries à cheval de la division de cuirassiers de Bonnemains, déjà en action au nord-ouest d'Elsasshausen et qui tirent à coups redoublés sur le petit bois (Neugersweiler).
Elsasshausen est défendu par un bataillon du 99® français auquel se sont joints de nombreux isolés.
A ce moment, la situation de l'armée française est désespérée.
Le maréchal fait appel à la division de Bonnemains (3 h. 1/2).
Cette division (1®% 2®, 3®, 4® cuirassiers), disposée sur une seule ligne de régiments en colonne serrée par escadron, dans le vallon de TEberbach, à quelques centaines de mètres au sud-ouest de Frœschwiller, lance d'abord ses quatre escadrons de tête, puis les suivants jusqu'aux derniers, contre les Prussiens du V® corps, venus de Wœrth par la route de Frœschwiller et qui débordent Elsasshausen au nord.
Le terrain est très défavorable à la cavalerie.
Les cuirassiers ne parviennent pas à joindre une infanterie bien embusquée qui leur fait essuyer de grosses pertes.
Dès que les escadrons français ont vidé le terrain, le général de Bose, jugeant qu'un plus long arrêt dans l'offensive peut compromettre le succès, fait sonner : En avant j partout.
Aussitôt, les Allemands débouchent par milliers de tous les couverts et se précipitent sur Elsasshausen, qu'ils envahissent de toutes parts.
Au même instant (3 h. 3/4), la réserve générale d'artillerie française, accourue au galop, se met en batterie tout près d'Elsasshausen.
Les tirailleurs prussiens se précipitent sur les pièces, fusillent les servants, et contraignent les batteries à s'enfuir au plus vite.
YUE d'ensemble DE LA BATAILLE. 223
A 4 heures, les turcos du l**" régiment, ceux-là môme qui se sont si vaillamment conduits à Wissembourg, voient revenir les batteries de la réserve, désemparées; quittant aussitôt leur position d'attente abritée derrière la hauteur au nord-ouest d'Ëlsasshausen, ils exécutent une charge à la baïonnette qui renverse tout jusqu'au Nieder-Wald.
Non soutenus, ces braves gens, après un tel effort, s'arrêtent épuisés. Alors, de toutes parts, les balles pleuvent sur eux, leur tuant ou blessant 800 hommes en quelques minutes. Quelques groupes épars échappent seuls à la destruction.
La victoire des Allemands n'est plus contestable.
C'est en vain que les défenseurs du bois de Frœschwiller tiennent à distance les troupes bavaroises et prussiennes dont les attaques se renouvellent à tout instant. Le bois sera, un peu plus tard, dépassé, tourné, enveloppé, sans qu'il puisse s'en échapper un seul Français.
Il ne s'agit plus, de notre côté, que d'enrayer autant que possible la poursuite des Allemands.
Le général Ducrot y pourvoit.
Sur son ordre, la brigade du Houlbec (43® de ligne, l" zouaves) est retirée du combat qu'elle livre aux Bavarois devant les lisières du bois de Langensoultzbach et va s'établir à la lisière orientale du Gross-Wald, comme troupe de recueil.
Après la prise d'Ëlsasshausen, les contingents prussiens du V* et du XP corps, renforcés de la 2® brigade wurtembergeoise, venue, sur ces entrefaites, de Gunstett par la route de Haguenau et le ravin (Regers-Graben) d'Ëlsasshausen, forment autour de Frœschwiller une chaîne concave qui s'épaissit au fur et à mesure qu'elle avance.
Le réduit de la position française tombe bientôt aux mains de l'ennemi, faute de défenseurs.
Alors intervient la brigade du Houlbec [i^ division). Trois
de ses bataillons marchent du Gross-Wald vers le sud de Frœschwillei:, afin d'arrêter la poursuite des Allemands. Le mouvement est suspendu avant terme, non sans obtenir le résultat cherché, qui est Farrêt de la poursuite.
Les Prussiens du V* et du XP corps ne poussent pas au delà de la lisière orientale du Gross-Wald, laissant à la cavalerie wurtembergeoise et aux quelques escadrons prussiens du XP corps, le soin de déborder Faîle droite française, par Gundershoffen et Reichshoffen, tandis que des troupes bavaroises de toutes armes avancent de leur côté sur Niederbronn.
La retraite de la division de Lartigue s'était effectuée vers Gundershoffen; celle du gros de l'armée française s'opère, par Reichshoffen, sur Niederbronn et, de là, dans les directions de Bitche et de Saverne.
La division Guyot de Lesparre, du 5® corps, partie de Bitche le 6 au matin, arrive à Niederbronn juste assez tard pour recueillir les derniers groupes de l'armée d'Alsace.
Elle s'écoule ensuite par les deux routes de Bitche et de Saverne, n'ayant obtenu d'autre résultat que d*empêcher avant la nuit les escadrons wurtembergeois et quelques bataillons bavarois de pousser au delà de Niederbronn.
La 4® division de cavalerie prussienne, laissée inactive pendant la bataille, entame la poursuite la nuit suivante; elle parvient, le 7, à BouxwiUer, pousse même, dans la soirée, jusqu'à Steinbourg, mais ne tarde pas à revenir en arrière, de peur d'être compromise, et perd ainsi tout contact avec l'adversaire.
Dans la journée du 7 août, les débris de l'armée française parvinrent, les uns formant la majorité, à Saverne, les autres à Bitche. En ces deux points on remit de l'ordre dans les unités que l'on reconstitua, tant bien que mal, en brigades et divisions.