CHAPITRE n
L'ATANT-GARDE DU Te CORPS TIRE LE CANON
§ 1. — Reconnaissance prussienne sur Wœrth.
L'avant-garde du V** corps (20® brigade, une batterie, un escadron) avait passé la nuit au bivouac, près et à Fouest de Dieflenbach.
Le 6 août, un peu avant le jour, une fusillade assez vive éclata entre les avant-postes français et prussiens, séparés seulement par la Sauer.
Dès 4 heures, le général de Kirchbach envoya son chef d'état-major, le colonel d'Esch, à l'avant-garde, pour savoir la cause de ce feu.
De son côté le général de Montbarry, chef de l'avant-garde du V® corps, s'était porté, au même moment, du côté de Wœrth dans le même but.
Cet officier général « remarquait dans le camp ennemi un c< bruit et des mouvements qui lui parurent être les indices « d'un départ. Afin de s'en assurer, il ordonnait une recon- « naissance offensive sur Wœrth (1) ».
En conséquence, ordre est donné à la batterie d'avant-garde de se déployer sur le mamelon à l'ouest de Dieflenbach et au 2® bataillon du 37* de descendre sur Wœrth.
(\) Hiitorique officiel prussien, p. 219.
Pendant que celui-ci exécute son mouvement en colonne double, la batterie ouvre le feu sur Wœrth; îl est un peu moins de 7 heures.
Après avoir lancé une dizaine d'obus sur le bourg, la batterie d'avant-garde allonge son tir et prend pour but Fartillerie de la 3® division (général Raoult) qui s'étale à micoteau.
Le 2® bataillon du 37® atteint Wœrth, fait traverser la Sauer à gué par un peloton, lequel va se déployer sur la lisière occidentale du bourg et commence à escarmoucher contre une mince ligne de tirailleurs français. Au bout de trois quarts d'heure, le 2* bataillon du 37® rappelle son peloton et rentre à son bivouac de Dieffenbach après avoir placé, toutefois, un autre peloton dans le cimetière de Wœrth (rive gauche).
Commentaires.
Voilà le fait.
Le général de Montbarry, contrairement à toutes les règles admises, a fait tirer le canon sans songer que d'autres troupes pouvaient interpréter cette canonnade comme le signal d'exécution d'une opération convenue.
C'était justement le cas ; le IP corps bavarois avait l'ordre de faire marcher une division contre la gauche française s'il entendait le canon du côté de Wœrth. Seulement, le prince royal avait conmiis la faute de n'en point prévenir le général de Kirchbach.
Le général de Montbarry a donc été l'instigateur inconscient de la bataille contre la volonté de son commandant en chef.
Comment expliquer l'ordre donné par cet officier général à la batterie d'avant-garde de tirer sur Wœrth?
Les mœurs militaires des troupes françaises d'alors étaient