LAVANT-GARDE DU V« CORPS TIRE LE CANON
si différentes de celles de Tarmée prussienne que le général de Montbarry a pu interpréter comme les préparatifs d'un départ les bruits insolites qu'il entendait dans Wœrth pendant sa ronde de la pointe du jour.
En effet, bien avant le réveil, nombre de soldats français avaient quitté leurs bivouacs pour aller à Wœrth dans l'intention de se réconforter.
Les cabarets et auberges regorgeaient de soldats au moment où les premiers obus, tombant sur le bourg (7 heures du matin), provoquèrent un sauve-qui-peut général.
Le général de Montbarry ne pouvait discerner l'origine du vacarme qu'il entendait dans Wœrth ; il en a été impressionné au point de ne pas vouloir exposer son bataillon de reconnaissance à tomber dans une embuscade ; c'est sans doute la cause du bombardement.
Quoi qu'il en soit, le général de Montbarry a commis un abus d'initiative.
Personne autre que le général en chef n'a le droit de faire tirer le canon, aussi longtemps que l'ennemi ne démasque pas les préparatifs d'une attaque imminente.
Une autre conclusion s'impose : le canon ne doit être choisi qu'exceptionnellement comme signal d'exécution, car l'ennemi est tout aussi libre que nous de tirer le premier.
Enfin, le prince royal aurait dû prévenir le conmiandant du V® corps que le bruit d'une canonnade près de Wœrth serait, pour le IP corps bavarois, le signal d'une attaque de l'aile gauche française par une division.
La batterie de l'avant-garde du V® corps, après avoir chassé de Wœrth tous les isolés qui s'y trouvaient, dirigea son tir contre les deux batteries françaises de la division Raoult (3®) établies, ainsi que les quatre batteries montées de la réserve générale d'artillerie, sur le plateau à l'est de Frœschwiller.
Les premiers projectiles de la batterie prussienne causèrent une stupéfaction profonde à nos officiers d'artillerie.
228 Il« PARTIE. — CHAPITRE II.
La distance était d'environ 3,000 mètres.
Après avoir réglé son tir en trois ou quatre coups, cette* batterie tira méthodiquement et fit des ravages sérieux dans Faccumulation d'hommes et de chevaux qui s'offraient à ses obus.
Vers 8 h. 1/2, après que le bataillon dont elle avait protégé la reconnaissance sur Wœrth se fut mis en marche pour rallier son bivouac près de Diefienbach, la batterie prussienne cessa le feu.
§ 2. — La division Raoolt (3^) prend les armes.
Au premier coup de canon, la division Raoult avait pris les armes.
Dans la 2^ brigade, le 2® turcos garnit les lisières est et nord du bois de Frœschwiller, de part et d'autre du saillant limitrophe du Soultzbach. Le 48® déploya en tirailleurs et soutiens son 2® bataillon, entre la route de Frœschwiller à Wœrth et le fond du grand ravin qui descend des environs de Frœchswiller pour aboutir au nord-ouest de Wœrth. Le 3® bataillon de ce régiment fut réparti de même entre le grand ravin précité et le saillant sud-est du bois de Frœschwiller. Le 1®' bataillon, déployé en bataille face à l'est, resta provisoirement en réserve à quelques centaines de mètres derrière le 3« bataillon.
Le 3® bataillon du 36® et les trois bataillons du 2® zouaves continuèrent la ligne des 3® et 2® bataillons du 48®, entre la route de Wœrth à Frœschwiller et le chemin de Wœrth à Elsasshausen.
Au début de l'engagement, le 48®, le 36® et le 2® zouaves détachèrent, en général, deux compagnies par bataillon pour fournir des tirailleurs devant le front.
Chacune de ces compagnies déploya une section en tirail-
l'avant-garde du v« corps tire le canon. 229
leurs, l'autre section formant la réserve (soutien actuel), conformément au règlement d'alors (1).
Les tirailleurs français descendirent à mi-coteau et engagèrent la fusillade avec les tirailleurs prussiens de Wœrth. Pendant ce temps, les soutiens étaient restés à la crête militaire ou s'étaient portés un peu en avant d'elle, tandis que les bataillons, en bataille, demeuraient sur le plateau.
Grâce aux vignes très hautes et aux vergers qui couvrent cette région, les bataillons disposés entre le bois de Frœschwiller et le chemin d'Elsasshausen à Wœrth échappèrent pendant longtemps aux vues et aux coups de l'artillerie ennemie.
(I) La compagnie, ou peloton, comprenait deux sections.