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CHAPITRE III

{Croquis n» 23.)

§ 1. — Marche d'approche de la 4^ division bavaroise.

Nous avons montré précédemment le prince royal de Prusse envoyant, le 5 au soir, un ordre particulier au général de Hartmann pour attirer son attention sur les environs de Langensoultzbach.

Cet ordre prescrivait de disposer une des divisions du II® corps bavarois de telle sorte que si, le lendemain matin, le canon se faisait entendre du côté de Wœrth, cette division pût marcher aussitôt dans le flanc droit des Français par Langensoultzbach. Le reste du IP corps bavarois devait conserver sa position du 5 et surveiller la direction de Bitche.

En conséquence, le général de Hartmann ordonna, le soir même (le 5), à sa 4® division de se préparer à marcher, le 6 dès la pointe du jour, sur MattstaU et Langensoultzbach.

Au départ de la 4® division bavaroise, qui a lieu vers 4 heures du matin, la 7* brigade d'infanterie tenant la tête détache deux bataillons du 5* d'infanterie et un escadron de chevau-légers vers Huhbrticke (sur la Sauer), par MattstaU, afin d'assurer la liaison du IP corps bavarois avec le V® corps.

La 7* brigade est précédée du 6« bataillon de chasseurs avec un peloton de chevau-légers formant avant-garde.

Le gros de cette brigade, composé des trois bataillons du 9® de ligne, du 3^ bataillon du 5^ de ligne, de trois escadrons de chevau-légers moins un peloton et d'une batterie de 4, traverse MattstaU et la forêt au sud, puis se déploie au débouché dans la plaine, face à Langensoultzbach.

La 8® brigade, pourvue de trois batteries, se déploie, en même temps, de son côté, au nord de Mattstall.

Ces dispositions sont à peine terminées (vers 7 h. 1/2), qu'on entend le canon dans la direction de Wœrth.

Le 6® bataillon de chasseurs bavarois est jeté aussitôt sur Langensoultzbach. La canonnade de Wœrth, augmentant d'intensité, le général de Hartmann, présent sur les lieux, prescrit au commandant de la 4® division bavaroise de marcher sur le village de Frœschwiller, auprès duquel on aperçoit un grand rassemblement de troupes françaises (1), et il envoie l'ordre à la brigade de ulans, ainsi qu'à l'artillerie de corps, laissées au bivouac, de se rapprocher.

L'avant-garde de la 7« brigade débouche de Langensoultzbach à 8 h. 1/4.

Commentaires.

La situation de la 4® division bavaroise au moment où, avant d'avoir entendu le canon de Wœrth (entre 7 heures et 7 h. 1/2) elle terminait le déploiement de ses deux brigades, la 7®, à 1000 mètres au nord-est de Langensoultzbach, la 8«, au nord et près de Mattstall, appelle la discussion.

Le général de Bothmer, chef de la 4« division, ignore s'il aura à combattre immédiatement ou plus tard.

(1) Ce rassemblement était constitué par la dinsion Ducrot.

Les escadrons de chevau-légers, détachés auprès de la 7® brigade, ont rendu compte de bonne heure que Langensoultzbach est Ubre, et ce n'est qu'après avoir effectué son déploiement que la 7® brigade y envoie son bataillon d'avantgarde (6® chasseurs à pied).

Mais, puisque Fennemi n'occupe pas Langensoultzbach, Faction ne pourra, dans tous les cas, s'engager qu'au sudouest de ce village, ou tout au moins, sur sa lisière occidentale.

Le rôle d'expectative attribué à la 4® division bavaroise ne doit devenir offensif que si le canon se fait entendre à Wœrth.

Donc, avant d'avoir entendu le canon de ce côté, le général de Bothmer aurait dû profiter à l'instant de la négligence de Fennemi en faisant tenir fortement Langensoultzbach par les cinq bataillons disponibles de sa brigade de tête (la 7®).

La 8® brigade, au lieu de se déployer au nord de Mattstall, se serait alors rassemblée — ce qui n'est pas la même chose — entre Langensoultzbach et Mattstall, au sud des bois.

On ne conçoit pas, en effet, les motifs qui ont incité le général de Bothmer à faire déployer simultanément ses deux brigades à distance d'écoulement.

La 7« brigade formait-elle Favant-garde?

Si oui, elle était beaucoup trop forte pour ce rôle, puisque la 4® division, seule, avait l'ordre de s'avancer des environs de Lembach sur Langensoultzbach.

Dans le cas contraire, l'avant-garde de la 7® brigade composée du 6® bataillon de chasseurs et d'un peloton de cavaliers était insuffisante.

Au lieu de séparer la 8^ brigade de la 7®, il convenait de les laisser réunies et de faire précéder le division d'une avant-garde composée de quatre bataillons (6® bataillon de chasseurs et 9* de ligne) d'un escadron et d'une batterie.

La flanc-garde détachée de Mattstall sur le Vieux-Moulin aurait pu comprendre seulement un bataillon et un escadron.

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§ 2. — Dispositif d'approche de la 4^ division bavaroise

et déploiement de sa 7^ brigade.

Revenons au récit.

La 8® brigade reçut Tordre, vers 8 heures, de suivre le mouvement de la 7« brigade, sans même laisser un détachement à Mattstall que devait venir occuper un élément tiré des troupes non endi visionnées du IP corps bavarois.

La direction indiquée à la 4® division bavaroise par le commandant du corps d'armée était Frœschwiller

Voyons comment cet ordre a été exécuté par la 7® brigade.

Le 6® bataillon de chasseurs, avant-garde de cette brigade, après avoir laissé une compagnie auprès de la batterie d'avant-garde qui s'est portée au nord-est et près de Langensoultzbach, débouche du village et déploie ses trois compagnies restantes en formation de combat le long de la lisière orientale de la forêt, face au mamelon au-dessus duquel émerge Neehwiller.

Derrière le 6® bataillon de chasseurs, le 9® d'infanterie forme deux bataillons (le 2® à droite) en lignes de colonnes de compagnie et dispose son 3® bataillon en colonne double en arrière de l'aile droite des deux premiers.

Le 3® bataillon du 5® de ligne, qui marche en queue, occupe Langensoultzbach comme repli.

Le dispositif d'approche formé par le 6® bataillon de chasseurs et les trois bataillons du 9® de ligne s'engage dans la forêt de Langensoultzbach et se dirige sur Neehwiller.

Pourquoi ce point de direction, quand l'ordre du général de Hartmann disait de marcher sur Frœschwiller?

Tout simplement parce que les officiers bavarois lisaient mal la carte, ou bien, étaient trop émotionnés par le bruit du canon et la perspective d'un combat prochain pour s'en servir utilement.

Des hauteurs au nord de Langensoultzbach on voit distinctement le clocher de Frœschwiller, mais, une fois à Touest de Seltzbach, on ne Taperçoit plus, tandis que certaines maisons de Neehwiller apparaissent au-dessus des arbres.

La 7* brigade a cru marcher vers Frœschwiller en prenant

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son point de direction sur Neehwiller, commettant ainsi une erreur d'angle de 60 degrés environ.

Quoi qu'il en soit, la brigade, une fois dans la forêt, marche à l'aventure (1). Les compagnies de chasseurs com-

(i) La bouisole est d'un excellent usage dans la marche à trayers bois. Mais, que pouvaient faire d'une boussole des gens qui, au moment de pénétrer dans la forât, s'imaginaient marcher sur Frœschwiller?

posant sa l'« ligne se mélangent, les colonnes de compagnie suivantes se perdent de vae, enfin le dispositif du départ n'existe plus que de nom lorsque enfin les tirailleurs du 6« bataillon de chasseurs atteignent la lisière opposée. Seulement ce n'est plus à NeehwiUer qu'ils font face, c'est au sud.

Nous n'exagérons rien : qu'on en juge plutôt par l'extrait suivant de Y Historique officiel prussien (1) :

« L'avant-garde prend sa direction vers la pente boisée qui

« monte à Neehwiller Cependant, après avoir péniblement

« gravi les pentes, ils (les chasseurs de l'avant-garde) par- « viennent jusqu'au bord sud du bois. »

L'Historique officiel prussien est muet sur les causes d'un changement de direction aussi imprévu. Pour nous, il y en a deux : l'une d'ordre tactique, l'autre d'ordre psychologique.

Commentaires.

Tactiquement, un dispositif d'approche comme celui de la 7« brigade bavaroise, présentant une largeur de 500 mètres et une profondeur égale, était bon en plaine, mais ne convenait nullement à la marche sous bois.

En efiet, une troupe qui s'avance à l'intérieur d'une forêt de haute futaie est comme plongée dans les ténèbres. Elle ne distingue pas une fraction amie ou ennemie au delà de 50, 100, 150 mètres au plus.

Il est universellement admis que pendant la nuit l'infanterie doit manœuvrer et combattre groupée, en comptant bien plus sur la baïonnette que sur le feu.

Pourquoi ne pas adopter dans la marche d'approche sous bois un dispositif analogue à celui que l'on prendrait dans une opération nocturne?

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Quand la forêt est de haute futaie, ainsi qu'est plantée celle de Langensoultzbach, les troupes peuvent marcher en colonne, et alors, le dispositif qui s'impose doit être extrêmement dense, de manière que tous ses éléments restent liés entre eux, intimement.

Dispositif de la 7* brifl^ade bavaroise & son entrée dans la forêt

de Langensonltsbach.

Si, au cours de la marche sous bois, on rencontre Tennemi, ime charge à la baïonnette le mettra en fuite ou rompra sa ligne en morceaux, et les balles qu'il tirera de loin contre notre formation iront presque toutes se loger dans les arbres.

Pour conclure, voici comment nous comprenons la marche d'approche à travers bois qu'aurait dû organiser le conmiandant de la 7® brigade bavaroise, en supposant, bien entendu, qu'il eût à se porter réellement sur Neehwiller.

Il existe un assez bon chemin qui prolonge la route de Mattstall jusqu'à Neehwiller.

Le premier soin consistait à le prendre pour axe du mouvement.

On aurait ensuite disposé sur ce chemin la compagnie centrale du 6« bataillon de chasseurs, les deux autres compagnies

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à droite et à gauche, à 100 mètres d'intervalle, reliées avec la compagnie du centre par une escouade à mi-intervalle. Chacune de ces compagnies aurait été précédée, à 50 ou 100 mètres, suivant le rayon de visibilité, par une escouade de pointe, celles des ailes détachant, à 50 mètres sur le flanc extérieur, une autre escouade.

Les deux bataillons de 2® ligne auraient suivi, en colonne double serrée en masse, de part et d'autre du chemin, à 100 mètres, la ligne des chasseurs.

Enfin, le 3® bataillon du 9®, formant la réserve, se serait mis dans les traces du 2® bataillon (à Taile droite), à 100 mètres de lui et dans la même formation.

Est-ce à dire qu^un tel dispositif doive marcher ainsi, d^un seul bloc, jusqu'à la lisière opposée? Evidemment non.

Lorsque les cavaliers attachés à la brigade, ou bien, les quelques officiers montés précédant l'infanterie auront reconnu que le débouché en plaine est libre, le commandant de la brigade arrêtera le 3® bataillon du 9* à 300 ou 400 mètres de la lisière, les deux autres bataillons du même régiment à 200 mètres, et laissera les chasseurs seuls la border ou la dépasser de façon à reprendre en terrain découvert les distances normales. Ensuite le commandant de la brigade prendra telles dispositions que commanderont les circonstances, soit que la marche puisse être continuée au delà de la forêt, soit qu'il faille combattre avant de pouvoir déboucher.

On ne doit pas se dissimuler qu'une brigade, une division, exécutant une marche d'approche sous bois, est en situation périlleuse, voire même critique, à moins que des troupes amies ne la flanquent en suivant les lisières extérieures, ou tout au moins, des chemins parallèles à la direction de la marche.

En général, il est dangereux de pénétrer en grandes masses dans un grand bois dont les lisières sont à la discrétion de l'ennemi.

On doit éviter d'engager beaucoup d'artillerie dans une forêt, toutes les fois qu'on n'aura pas la certitude de pouvoir en déboucher assez facilement.

Passons à la cause d'ordre psychologique qui a dû attirer d'une façon irrésistible les troupes de la 7* brigade bavaroise sur la lisière méridionale de la forêt de Langensoultzbach.

Le général de Bothmer, on s'en souvient, avait pris la précaution, peut-être exagérée, d'envoyer, par Mattstall, deux bataillons du 5® de ligne et un escadron de chevau-

légers sur le Huhbrûcke pour se relier avec la droite du V® corps.

Ce détachement, ayant continué au delà du point fixé, gravissait le mamelon boisé compris entre le Vieux-Moulin (sur la Sauer) et la Scierie (sur le Seltzbach) lorsqu'il vint se heurter à des groupes de turcos du 2* régiment.

La fusillade éclate aussitôt, très vive.

Entendant des coups de feu sur ses derrières, le 3® bataillon du 9® de ligne, qui venait de pénétrer dans la forêt en colonne double, fait demi-tour, sort du couvert et déploie ses premières compagnies sur le plateau entre la forêt de Soultzbach et la Scierie.

Les autres éléments de la 7® brigade tournent à gauche (au sud) tumultueusement et viennent former, sans distinction de bataillons ni de compagnies, une chaîne confuse à la lisière méridionale de la forêt.

Ces mouvements, aussi instinctifs qu'incohérents, furent terminés vers 9 h. 1/4.

Le plus curieux, c'est que les Bavarois, en arrivant sur la lisière sud de la forêt, ouvrirent un feu désordonné contre la lisière nord du bois de Frœschwiller, éloignée de 300 à 400 mètres, et cela, dans un moment où celle-ci n'était pas encore occupée.

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