Déploiement de la 8^ brigade bavaroise
A son tour, la 8® brigade bavaroise déboucha de Langensoultzbach vers 9 h. 1/2.
Le général de Bothmer fit déployer les bataillons de cette brigade, au fur et à mesure qu'ils arrivaient, dans l'espace découvert compris entre la forêt et la Scierie.
Cette usine fut occupée par deux compagnies.
En même temps, des fractions appartenant aux 7* et 11® de ligne (8® brigade) vinrent renforcer les 1" et 2® bataillons du 5« (7® brigade) luttant contre les turcos du 2« régiment pour
la possession du mamelon boisé formant promontoire entre le Soultzbach et la Sauer.
Un peu plus tard, quelques groupes bavarois, après avoir longé la rive gauche du Soultzbach, marchèrent sur le saillant nord-est du bois de Frœschwiller et réussirent à y pénétrer; mais ils en furent promptement chassés par les turcos qui les poursuivirent jusqu'à hauteur de la Scierie.
Entre 10 heures et 10 h. 1/2, la division Bothmer présentait 12 bataillons en tirailleurs sur un front de i kilomètres, depuis la Sauer jusqu'au saillant sud-ouest de la forêt de Soultzbach, n'ayant pour toute réserve que le 3® bataillon du 5® de ligne et le 10® bataillon de chasseurs, laissés à Langensoultzbach.
§ 4. — Contre-dispositions françaises.
Passons du côté français.
Le 2* régiment de tirailleurs algériens (3® division, 2® brigade) avait, le 6 au matin :
Son 2* bataillon, au saillant, nord-est du bois de Frœschwiller, qui confine au Soultzbach ;
Son !«' bataillon, au saillant sud-est du même bois;
Son 3® bataillon, à la droite du 1®', sur la portion de la lisière orientale du bois de Frœschwiller qui forme rentrant.
Lorsque la flanc-garde de gauche de la 7® brigade bavaroise, arrivant du Vieux-Moulin par la route de Mattstall à Wœrth, pénétra dans le promontoire boisé qui domine la rive gauche du Soultzbach, les 1®' et 2® bataillons du 2® turcos jaffluèrent de ce côté. Il en résulta que, vers 9 heures, le saillant nord-est du bois de Frœschwiller se trouvait presque iîomplètement abandonné.
Après que la 7« brigade bavaroise, attirée par les coups de fusil tirés à la Scierie et aux environs, se fut portée, par un rabattement désordonné, sur la lisière sud de la forêt de
242 lie PARTIE. — CHAPITRE III.
Langensoultzbach (1) et eut ouvert le feu contre la lisière opposée alors sans défenseurs, celle-ci se garnit, en quelques instants, de bataillons français qui ripostèrent au fur et à mesure de leur arrivée en position*
C'étaient, en commençant par la droite, le 2® bataillon du 2^ turcos, le 1®' bataillon du 48% les 1« et 2« bataillons du 36% tous appartenant à la 3® division, et, plus à gauche, le 3« bataillon du 96®, de la l'« division.
Établi en potence, parallèlement au chemin de FrœschwiUer à Neehwiller, le 1®'. bataillon du 1®^ zouaves (division Ducrot) battait de ses feux la clairière, large de 200 à 400 mètres, qui sépare la forêt de Langensoultzbach du bois de FrœschwiUer, pendant que les deux batteries de canons de la 1'® division, établies au nord de FrœschwiUer, tiraient sur la croupe à Test de la forêt de Langensoultzbach et que la batterie de mitrailleuses de la même division, postée près du l®*" bataillon du 1®' zouaves, enfilait la clairière dont il a été question plus haut.
§ 5. — Attaques partielles et directes des Bavarois, contreattaque du 3^ bataillon du l^r zouaves, et retraite de la 40 division bavaroise.
La situation du 3® bataillon du 9® bavarois et des bataillons de la 8^ brigade, comme lui en action sur le plateau à Test de la forêt de Langensoultzbach, était particulièrement défavorable.
Ces troupes avaient été rejointes sur le plateau par deux batteries, mais, avant que ceUes-ci eussent achevé le réglage de leur tir contre l'artillerie de la division Ducrot, elles furent soumises à un feu de mousqueterie qu'elles voulurent éviter au plus vite en allant rejoindre les autres batteries de la
(1) Gemeinde-Wald sur la carte allemande.
4® division sur les hauteurs au nord de Langensoultzbach, où elles n'étaient d'aucun secours pour l'infanterie, étant trop loin d'elle et emprisonnées dans les bois.
Les balles qui avaient tant effarouché les artilleurs bavarois provenaient de la portion de lisière nord du bois de Frœschwiller, contiguê au saillant nord-est.
Là se trouvaient 500 ou 600 tireurs français, resserrés sur un front de 200 à 300 mètres, exécutant inconscienmient un tir incliné (1) des plus rasants, attendu que, ayant pris la hausse de 350 mètres correspondant à peu près à la distance réelle, ils visaient le bord du plateau en face qui les dominait de 10 à 15 mètres.
Entre 10 h. 1/2 et 11 heures, les défenseurs du bois de Frœschwiller virent leurs adversaires disparaître vers le nord, et le feu cessa de part et d'autre, sauf aux abords de la Scierie et dans le promontoire boisé entre Seltzbach et Sauer.
Précédemment et à plusieurs reprises, des fractions bavaroises s'étaient efforcées de franchir la clairière et d'aborder la lisière nord du bois de Frœschwiller. Chaque fois, elles avaient été assaillies de front et de flanc par une rafale de projectiles qui les avait contraintes à la fuite.
Pour quel motif les Bavarois abandonnaient-ils la lutte, sauf à la Scierie, pour se retirer précipitamment au delà de Langensoultzbach ?
La relation allemande invoque une cause bien étrange :
« Telle était la situation quand, à 10 h. 1/2, un officier « d'ordonnance prussien vint apporter au général de Hart- « mann l'invitation verbale de cesser le combat (2). »
D'après le capitaine Stieler de Heydekampf, de l'état-major du V® corps, le général de Hartmann aurait répondu, vers midi, au lieutenant de Reibnitz, envoyé par le général de
(i) Le tir incliné n'était même pas soupçonné, en ce temps-là, par les officiers d'infanterie les plus au courant des questions de tir. (2) Historique officiel prussien, p. 224.
Kirchbach pour réclamer son concours, qu'il avait un ordre écrit, reçu à Tinstant, lui prescrivant de cesser le combat.
D'autre part, le major de Hahnke, de Tétat-major de la IIP armée, après avoir reproduit Thistoire de la communication verbale faite au général de Hartmann, ajoute :
« Il n'a pas été possible de retrouver l'officier qui a com- « muniqué ces instructions au général de Hartmann, ni de « savoir par qui elles lui furent envoyées. On comprend faci- « lement, d'après la situation même, que ce ne put être le <( général de Kirchbach. »
Pour qui n'est pas dupe de ces réticences, l'ordre de retraite, s'il a été donné, émanait du général de Hartmann en personne.
Mais, pour nous, cet ordre était bien inutile. Après une tentative plus sérieuse que les précédentes pour traverser la clairière, les groupes bavarois, rejetés sur la lisière de la forêt de Soultzbach, furent attaqués en flanc et poursuivis par le 3* bataillon du 1®' zouaves qui avait pénétré dans la forêt de Langensoultzbach par le saillant sud-ouest, pêle-mêle avec les tirailleurs bavarois repoussés.
Les zouaves s'avancèrent sous bois de l'ouest à l'est et parvinrent jusqu'à la lisière orientale de la forêt, à peu de distance de la partie sud de Langensoultzbach.
Pour les Bavarois établis sur la croupe découverte à l'est de la forêt, la position n'était plus tenable; ils prirent la fuite et ne revinrent plus.
Nous avons encore aujourd'hui la vision très nette de petits groupes se tenant, vers 10 heures, auprès des pommiers qui parsèment la croupe découverte au sud de Langensoultzbach. Les Bavarois qui les composaient se tenaient debout, serrés les uns contre les autres, derrière les pommiers en question, et n'avaient même plus le courage de tirer.
En réalité, la division Bothmer presque tout entière a déserté la lutte, entre 10 h. 1/2 et 11 heures, parce que, découragée par ses tentatives infructueuses d'offensive, battue
par un feu supérieur, non soutenue par son artillerie emprisonnée dans les bois, elle s'est crue tournée par la forêt de Langensoultzbach (pointe du 3^ bataillon du 1^' zouaves).
Commentaires.
Pourquoi douze bataillons bavarois, après s'être déployés sur la lisière sud de la forêt de Langensoultzbach et à Test, n'ont-ils pu s'emparer du bois de Frœschwiller que défendaient des troupes inférieures en nombre?
Comment le 3* bataillon du 1" zouaves a-t-il pu, malgré son faible effectif, exercer une action en quelque sorte décisive sur la 4* division bavaroise?
Questions bien intéressantes, auxquelles l'analyse des circonstances de diverse nature permet de répondre sans trop de difficultés.
La lisière méridionale de la forêt de Langensoultzbach est séparée de la lisière nord du bois de Frœschwiller par un vallon gazonné, de 200 à 400 mètres de largeur, dont la pente ascendante mène aux vergers qui bordent Frœschwiller au nord-est.
Le 3® bataillon du 96® posté dans ces vergers, ainsi que le 1®' bataillon du 1®' zouaves déployé à sa gauche, enfilaient par leur feu la clairière et voyaient le bord sud de la forêt de Langensoultzbach.
Là aussi, tout près de Frœschwiller et pouvant faire face à Langensoultzbach ou à la Scierie, étaient placées les deux batteries de canons et la batterie de mitrailleuses de la division Ducrot, bientôt rejointe par la batterie de mitrailleuses de la division Raoult (1).
Le 3® bataillon du 1®' zouaves formait un arc concave
(1) Cette batterie, d'abord établie sur la lisière orientale du bois de Frœschwiller, face à Gœrsdorf, fut obligée, Ters 9 heures, de quitter cette position, et Tint se poster auprès de l'artillerie de la division Ducrot.
246 ll« PARTIE. — CHAPITRE III.
autour du saillant sud-ouest de la forêt de Langensoultzbach. Sur la lisière nord du bois de FrœschwiUer, étaient déployés cinq bataillons (un du 96«, deux du 36®, un du 48® et un de turcos). En outre, le 1®' bataillon du 2« turcos faisait face, sur le Soultzbach, aux fractions bavaroises qui occupaient la Scierie et le promontoire boisé.
Les bataillons français engagés contre la division Bothmer étaient au nombre de huit (cinq sur la lisière nord du bois de FrœschwiUer et trois en crochet oifensif entre FrœschwiUer et NeehwiUer).
Les douze bataiUons bavarois présentaient un effectif minimum de 10,000 hommes, alors que nos huit bataiUons comptaient au plus 6,000 fusUs.
Toutefois, îl convient de tenir compte des trois batteries du général Ducrot, mieux placées que l'artlUerie bavaroise pour produire un effet utile.
Mais la longue Ugne bavaroise disposée sur la Usière méridionale de la forêt de Soultzbach était incapable d'exécuter un mouvement d'ensemble.
Pour qu'une division déployée sur un grand front puisse se mouvoir simultanément, U faut que les chefs placés à la tête de ses diverses unités se voient et puissent facUement communiquer entre eux.
Les baUes peuvent-eUes déterminer à eUes seules la retraite d'un ennemi brave et bien posté?
Plus le feu est intense, plus la troupe qui le subit se dissimule et s'aplatit en quelque sorte.
Chaque soldat de la défense se rend fort bien compte, à ce moment, que fuir c'est doubler les chances de mort; aussi se rase-t-il à la façon du Uèvre.
Quand donc le défenseur abandonne-t-U la partie? Il s'en va lorsqu'il a perdu tout espoir d'enrayer les progrès de l'assaiUant, et cette espérance l'abandonne au moment où, après avoir subi de grosses pertes par le feu, il voit surgir à
rimproviste et à faible distance (1) une grande masse de troupes disposées en plusieurs lignes qui s'avancent imperturbablement comme une marée humaine dont les flots semblent devoir tout submerger.
Le défenseur éprouve alors un sentiment d'angoisse qui fait bientôt place à la terreur. Toute raison Tabandonne. Les réflexes de Thomme primitif qui sont en lui redeviennent toutpuissants ; c'est la fuite instinctive avant même que la rencontre se soit produite.
Il ne faut pas croire qu'une attaque, même très nombreuse et bien disposée, soit susceptible de réussir, à une période quelconque de la bataille.
Le défenseur, non ébranlé par des feux d'artillerie et d'infanterie très supérieurs, ne se laissera pas intimider par les préparatifs, ou même, la marche d'une grande attaque.
Plein de confiance dans l'efficacité de son arme, il se réjouira, tout au contraire, de voir l'ennemi s'offrir en holocauste.
Et si l'attaque a lieu dans ces conditions, il se produira une hécatombe comme la garde prussienne en a offert un exemple mémorable sur le glacis de Saint-Privat.
Mais, et c'est justement là un des côtés vraiment psychologiques du conmiandement, le vrai général sait apprécier la situation réelle de l'ennemi qui lui fait face, en tenant compte des pertes que lui ont fait subir les feux d'artillerie et d'in- Janterie; il pèse en quelque sorte le moral de son adversaire, et, lorsqu'il le sent amoindri à point, le moment d'attaquer est venu.
Le général de Bothmer pouvait-il espérer que sa division dispersée sur un front de quatre kilomètres, sans soutiens, sans réserves, toutes les unités confondues ensemble, pourrait emporter de haute lutte le bois de Frœschwiller?
(1) Par faible distance, il faut entendre 1000 à 400 mètres.
Dans de telles conditions, jamais attaque ne réussira.
D'ailleurs, une lisière de bois favorise lé défenseur aux dépens de l'assaillant contraint de marcher à découvert, et rend très difficile le débouché d'une grande attaque sur plusieurs lignes.
En réalité les Bavarois n'exécutèrent que des attaques partielles.
Chaque fois qu'un millier de leurs soldats, tantôt plus, tantôt moins, quittaient l'abri du couvert, ils étaient en butte aux feux de toute la défense.
A ce jeu d'attaques partielles repoussées par le feu, le moral de l'assaillant se déprime, tandis que celui du défenseur s'exalte. Que celui-ci prononce ensuite un vigoureux retour offensif, la déroute de l'adversaire est certaine.
L'effet décisif produit sur la division Bothmer par la contre-attaque du 3® bataillon du 1" zouaves, exécutée au saillant sud-ouest de la forêt de Langensoultzbach, n'a pas d'autre cause.
La poussée de flanc s'est communiquée, à la façon d'une traînée de poudre, de la gauche à la droite bavaroise, et toute la 4® division s'est enfuie en désordre, à l'exception des fractions accrochées à des points d'appui comme la Scierie, le Vieux-Moulin et le promontoire intermédiaire. Il faut dire aussi que les troupes bavaroises se montrèrent, ce jour-là, comme à Wissembourg, bien médiocres.
Si la contre-attaque du 3® bataillon du 1®' zouaves eût été soutenue et poussée jusqu'à Langensoultzbach, ce point d'appui serait tombé presque sans coup férir entre ses mains et son occupation aurait amené l'évacuation, par les Bavarois,* de la Scierie, du mamelon adjacent et du Vieux-Moulin, sans compter l'avantage de diviser l'attention et les forces du V® corps prussien.
Chose étonnante, la retraite de la 4® division bavaroise ne fut nullement inquiétée par les bataillons français déployés
à la lisière nord du bois de Frœschwiller. L'ennemi s'en allait; on le laissa partir sans même le faire suivre pour savoir où il s'arrêterait. Cette négligence, imputable au commandement supérieur et au manque d'initiative des officiers français, était la conséquence de notre ignorance des règles les plus élémentaires de la tactique, comme aussi de la situation d'ensemble et des projets du maréchal.
A 11 heures, la division Bothmer, à l'exception des défenseurs de la Scierie et du Vieux-Moulin, était en pleine déroute.
Ses divers éléments ne commencèrent à se reformer, tant bien que mal, qu'au delà (nord) de Langensoultzbach.
L'échec de cette division avait été si complet que, pendant le reste de la journée, pas un de ses bataillons ne revint prendre part à l'action.
Les abords du bois de Frœschwiller ne furent le théâtre d'un nouvel engagement que vers 2 heures, au moment où la 1" division bavaroise (P' corps), après avoir débouché de Gœrsdorf et traversé la Sauer, vint unir ses efforts à ceux des bataillons d'aile droite du V® corps pour vaincre la résistance des troupes de la division Raoult, cramponnées à ce bois désormais célèbre.
§ 6. — Expédition d'un détachement bavarois sur Neehwiller.
Pour clore le récit des combats livrés par les troupes appartenant au IP corps bavarois, nous allons dire un .mot sur l'expédition étrange organisée, vers midi, par le général de Hartmann.
Après la retraite de la 4® division bavaroise au nord de Langensoultzbach, il ne restait de troupes fraîches que le 3® bataillon du 5« de ligne, affecté dès le début de l'engagement à la garde de Langensoultzbach, et le 10® bataillon de chasseurs, faisant partie des éléments non endi visionnés, venu au même point à la suite de la 8® brigade.
Le 3« bataillon du 5® fut disposé, vers 11 heures, au sud et près de Langensoultzbach pour en couvrir les approches contre un retour offensif des Français.
Quant au 10® bataillon de chasseurs bavarois, voici quelle fut la mission étonnante confiée à son chef :
Après lui avoir adjoint un escadron du 2® chevau-légers et la batterie Speck de la réserve d'artillerie, le général de Hartmann ordonna au 10® bataillon de marcher à travers bois sur Neehwiller et de s'emparer de cette localité.
Le lieutenant-colonel de Heckel, chef de ce bataillon, laissa une compagnie à la lisière orientale du bois, comme repli, et s'avança dans la direction prescrite.
Parvenue à la lisière nord du bois, la petite colonne bavaroise fut criblée de balles partant de Neehwiller et se mit en retraite, vivement poursuivie par quelques compagnies appartenant au 1®' zouaves et au 45* de ligne.
Le détachement bavarois ne s'arrêta qu'à Langensoultzbach. Les poursuivants l'y suivirent, mais, une fois devant le village, ils ne surent que faire. Alors ils revinrent à leur point de départ.
§ 7. — Renforts prussiens.
Disons, dès maintenant, qu'entre midi et une heure, la 17® brigade (V® corps, 9® division) détacha au Vieux-Moulin, par Gœrsdorf, le 5® bataillon de chasseurs (moins une compagnie), afin de fortifier la liaison du V® corps avec le II® corps bavarois.
Le 5® bataillon de chasseurs prussiens se joignit aux deux compagnies du 37® placées la veille en avant-postes aux environs de Gœrsdorf.
Ces cinq compagnies prussiennes s'avancèrent du Vieux- Moulin sur la Scierie, se joignirent au 3® bataillon du 11® bavarois et aux 1®' et 2® bataillons du 5® bavarois, puis
tentèrent, de concert avec eux, de pénétrer dans le bois de Frœschwiller par son saillant nord-est.
Leurs efforts vinrent se briser contre la résistance du défenseur.
§ 8. — Passivité de la défense.
Après la retraite de la division de Bothmer, les trois bataillons du 2® turcos, les l*' et 2® bataillons du 36* et ceux de la division Ducrot restèrent où ils étaient. Seul, le 1®' bataillon du 48® fut rassemblé sur le plateau sud du bois de Frœschwiller, puis envoyé en soutien du 3® bataillon de turcos, un peu en arrière du milieu de la lisière est du même bois.
§ 9. — Considérations générales sur ce combat.
Des divers épisodes qui se sont produits au cours des engagements de la 4® division bavaroise, on peut tirer quelques enseignements généraux.
D'abord, les troupes bavaroises ont fait preuve d'une mollesse extrême.
Si Moltke a pu dire, en parlant des contingents de l'Allemagne du Sud au début de la campagne de 1866, qu'ils étaient encore « un ennemi à naître », on admettra bien l'impossibilité pour des troupes aussi embryonnaires d'arriver en trois ou quatre ans à la maturité complète.
Les Prussiens avaient pu octroyer à l'armée bavaroise leur organisation et leurs règlements d'exercices, mais sans pouvoir lui infuser, en quelque sorte, l'esprit guerrier et le sens tactique.
La 4® division bavaroise a employé la formation schématique du règlement prussien pour la marche d'approche de l'attaque, et n'a pas su y apporter les modifications qu'exige toute adaptation à une circonstance déterminée.
Cette formation même n'avait aucune consistance puisqu'il a suffi de quelques coups de fusil tirés au loin pour amener sa rupture et la dislocation de toutes les unités qui la composaient.
Que Ton suppose une division d'infanterie de la VieUle- Prusse, au lieu et place de la 4® division bavaroise !
D'abord, elle ne se serait pas morcelée en deux groupes égaux avant d'arriver devant Langensoultzbach.
Son avant-garde n'aurait pas pris un objectif pour un autre. Elle aurait jeté un bataillon dans la forêt de Langensoultzbach, une ou deux compagnies à la Scierie, sans s'occuper du Vieux- Moulin qui était en dehors de sa zone d'action, se serait déployée, ayant en arrière et non loin d'elle toute l'artillerie de la division sur le plateau, et aurait avancé, en combattant, vers le bois de Frœschwiller.
Le gros de la division serait venu se rassembler à l'ouest et près de Langensoultzbach qu'aurait occupé un bataillon, et le combat aurait suivi son cours normal, par le renforcement successif de l'avant-garde, jusqu'au moment où une action de vigueur aurait été jugée possible contre le saillant nord-est du bois de Frœschwiller, après s'être garanti, toutefois, contre les contre-attaques si faciles à exécuter par l'ennemi, des environs de Frœschwiller, dans son flanc droit.
Le défaut d'énergie des troupes de la 4® division bavaroise ressort bien du tableau de leurs pertes.
Les trois bataillons du 9® de ligne, le 6® bataillon de chasseurs et deux batteries de cette division ont été engagés de 9 à 11 heures.
Dans ce laps de temps, le 9® de ligne a eu 5 officiers tués et 8 blessés, 21 soldats tués et 223 blessés (1); le 6« bataillon
(I) Le rapport des blessés aux tués est tout à fait anormal. 11 est probable que sur les 223 blessés, il y avait plut de 100 éclopés.
de chasseurs, 1 officier tué et 7 blessés, 1 soldat tué et 53 blessés (1).
Les deux batteries ont eu, ensemble, 2 canonniers et 7 chevaux blessés. Or, ces deux batteries ont quitté le plateau sud de Langensoultzbach pour prendre position au nord du village, bien avant la déroute de leur infanterie.
Les troupes qui composaient Texpédition entamée sur Neehwiller , vers midi, ont perdu :
!' 1 officier tué, 2 officiers blessés, ,14 hommes blessés.
1^ , . . J 1 cheval tué,
( 1 cheval blessé.
Les pertes de la 8^ brigade ont été encore plus faibles.
Ainsi, la 4® division bavaroise, renforcée d'un bataillon de chasseurs et de trois batteries de la réserve d'artillerie, a quitté le champ de bataille pour n'y plus reparaître, après une perte totale de 36 officiers, dont 9 tués, et de 667 soldats, dont 52 tués et 91 disparus.
Ces chifiFres, quoique très fortement majorés, en ce qui concerne les soldats disparus et blessés, ont leur éloquence.
Tout en tenant compte de l'incapacité, de l'inexpérience et de la faiblesse constatées à la 4® division bavaroise, on peut tirer de l'étude de ses engagements du 6 août au matin, quelques principes généraux n'ayant rien d'absolu et qui, ainsi que toutes les règles, autorisent des exceptions :
a) Une marche d'approche sous bois peut être très dangereuse lorsque ses flancs ne sont pas bien protégés ;
b) Elle exige un dispositif analogue à celui usité aux manœuvres de nuit ;
(1) Même obserration que page 252.
c) Les troupes qui avancent sous bois en formation d'approche doivent être d'excellente qualité ;
d) Les compagnies déployées sur une lisière de bois ne sont guère maniables, et il parait nécessaire de les rassembler avant de les lancer à découvert contre l'ennemi qui leur fait face ;
e) Le combat sur une lisière de bois, amenant presque toujours le mélange des unités, la direction en est difficile;
/) Une lisière de bois favorise le défenseur quand il s'agit de repousser, par le feu, une attaque insuffisamment préparée ou faible ;
g) Les bois inspirent une crainte instinctive à l'assaillant, même lorsqu'ils sont peu défendus, parce que l'homme qui attaque redoute surtout le danger qu'il soupçonne mais ne voit pas ;
h) Enfin, l'histoire n'a pas encore mentionné une seule grande attaque ayant débouché d'une forêt ou d'un bois étendu.
Cette constatation ne doit pas nous étonner, car si les bois sont extrêmement précieux pour les marches d'approches qui précèdent les engagements sur toute l'étendue du front de bataille, ils ne permettent qu'exceptionnellement la combinaison intime des trois armes, sans laquelle on ne saurait préparer ni produire un résultat décisif.
DÉPLOIEMENT DE L'ARTILLERIE ET DISPOSITIF PRÉPARATOIRE DE COMBAT AU V* CORPS
{Croquis n» 22.)
§ 1. — Grave décision prise par le chef d*état-major
du V« corps.
Le général de Montbarry avait commis, sans le savoir, une grave imprudence en faisant tirer le canon sur Wœrth, puisque, à ce bruit attendu comme un signal d'exécution, la 4« division bavaroise s'engageait à fond, contrairement aux intentions formelles du commandant en chef de ne pas livrer bataille ce jour-là.
Mais, la situation amenée par l'imprudence du général de Montbarry, il n'était au pouvoir de personne d'empêcher qu'elle ne présentât un grave danger pour la IIP armée allemande.
Au cours de l'escarmouche provoquée par la reconnaissance du général de Montbarry, le chef d'état-major du V® corps, colonel d'Esch, s'était porté sur la hauteur de Dieffenbach. Il y fut bientôt rejoint par le commandant de l'avant-garde, revenant de Wœrth.
Le feu avait cessé devant le V® corps, mais on percevait maintenant les échos d'un violent combat d'artillerie et de
mousqueterie du côté de Langensoultzbach. On voyait même les batteries de la division Ducrot en action, au nord de Frœschwiller, contre les Bavarois.
Au même moment, un autre engagement commençait près de Gunstett.
Convenait-il d'attendre les événements, tandis qu'on enverrait prévenir le général de Kirchbach à Preuschdorf où l'avaient retenu jusqu'à ce moment les souffrances d'une blessure reçue à Wissembourg?
Le colonel d'Esch, chef d'état-major du V® corps, prit sur lui de prescrire au nom du général de Kirchbach une mesure qui engageait de la façon la plus grave la responsabilité de celui-ci.
« Dans ces conditions, dit V Historique officiel prussien (1), « le colonel d'Esch, d'accord avec le commandant de l'avant- « garde, jugeait opportun de reprendre le combat à Wœrth, « afin d'empêcher l'adversaire de porter peut-être toutes ses « forces contre l'une des ailes de l'armée allemande. »
Commentaires.
L'unité de doctrine, seule, explique Faudacieuse détermination, pour ne pas dire l'usurpation de pouvoir, du colonel d'Esch.
Cet officier supérieur est absolument certain que le général de Kirchbach, non seulement, jugera la situation comme lui, mais encore, adoptera et fera siennes les mesures prescrites par lui en son absence.
L'un et l'autre, à des époques différentes, ont passé par l'académie de guerre et le grand état-major.
(i) Page 226.