‹ FroeschwillerChapitre 48 sur 100 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

L'AVANT-GARDE DU Ve CORPS EST LANCÉE

SUR ELSASSHAUSEN

(Croquis n*> 24.)

§ 1. — La 20^ brigade désignée comme avant-garde.

Un peu après 10 heures, le général de Kirchbach, ne doutant plus de Timmense supériorité de son ai'tiUerie et de la défaite prochaine des batteries opposées, donna l'ordre au général de Montbarrj^ de porter sa brigade d'avant-garde (20®) au delà de la Sauer pour marcher vers la hauteur d'Elsasshausen.

Ce hameau, qui paraissait constituer un des points d'appui de la défense, se voit très bien, grâce à son altitude, et n'est qu'à un kilomètre de Wœrth.

Commentaires.

La désignation de la 20® brigade était une faute, attendu que quatre de ses bataillons, sur six, étaient disséminés en couverture des ailes de l'artillerie.

C'était bien plutôt la 19® brigade, tout entière réunie sur la route de Preuschdorf à Wœrth, qu'il eût été bon de désigner pour le rôle de reconnaissance offensive.

Nous allons voir que la dissémination originelle de la

268 n« PARTIE. — CHAPITRE V.

20® brigade a empêché qu'elle reçût une direction unique, condition nécessaire de l'unité d'action.

En principe, une avant-garde qui a formé de nombreux détachements de sûreté ne doit pas être désignée pour jouer le prologue offensif.

Il convient de dire qu'après la fin du petit engagement du matin (7 h. 3/4, 8 h. 1/2), les tirailleurs de la division Raoult, déployés entre le chemin de Wœrth à Ëlsasshausen et le bois de Frœschwiller, face à la Sauer, étaient restés en position à la limite orientale des couverts du terrain, ayant derrière eux leurs soutiens et, plus en arrière encore, les bataillons en ligne (en bataille), tous assez bien abrités dans les vignes hautes, les vergers, ou derrière des plis de terrain.

Au moment où l'ordre d'attaque parvint à l'avant-garde du V* corps (20* brigade), elle comptait seulement deux bataillons disponibles (2® et 3« bataillons du 37«), au nord et près de Dieffenbach. Deux autres bataillons de cette brigade (1®' et 3® du 50®) se trouvaient, l'un à Oberdorf (3«), l'autre {l^') au sud du petit bois de Diefienbach (Fuchshûbel sur la carte allemande) et pouvaient, à la rigueur, être considérés, eux aussi, comme prêts à marcher.

En raison des emjplacements qu'ils occupent, les deux bataillons (2® et 3®) du 37®, auxquels se joint une compagnie (4*) appartenant au soutien d'artiQerie, devront occuper Wœrth et pousser au delà vers Ëlsasshausen, tandis que les deux bataïQons (1®' et 3®) du 50® traverseront la Sauer à Spachbach et marcheront, de leur côté, sur le même hameau.

La distance de la Sauer (vis-à-vis de Spachbach) à Ëlsasshausen est plus que double de celle qui sépare ce hameau de Wœrth.

Il n'y a pas de pont à Spachbach ou, du moins, on n'en connaît pas, et l'on sait que la rivière, grossie par les pluies des jours précédents, est presque partout non guéable.

En supposant que les 1" et 3^ bataillons du 50® puissent traverser la Sauer près de Spachbach, cette attaque sera

l'avant-garde du v^ corps sur elsasshausen. 269

séparée de l'attaque qui débouchera de Wœrth par un intervalle de 1500 mètres.

Cette dernière rencontrera donc l'ennemi la première, et les deux attaques ne pourront en aucune manière se prêter un mutuel appui. En réalité, deux bataillons (2® et 3® du 37®) vont attaquer isolément l'ennemi qui se trouve aux abords de la route de Wœrth à Elsasshausen, et deux bataillons (1®' et 3® du SO®) s'efforceront de pénétrer par le ravin (Regers-Graben sur la carte allemande) au sud du Calvaire jusqu'aux abords d'EIlsasshausen.

Deux attaques aussi décousues et aussi faibles étaient vouées, non seulement, à un échec, ce qui n'avait rien de surprenant, mais, à une destruction sans remède. . Ainsi, le général de Kirclibach, quoiqu'il ait obéi à un sentiment très juste de la situation en jetant une brigade d'infanterie sur la rive droite de la Sauer au moment où la défaite de l'artillerie française était consommée, a pris des mesures d'exécution si fâcheuses que la ruine de sa 20® brigade devait en résulter.

Le récit des faits accomplis va en donner la preuve.

§ 2. — DispositionB d'approches de la 20^ brigade.

Voici, en détail, conmient s'effectua l'opération prescrite aux quatre bataillons disponibles de la 20^ brigade :

v.f^^a^h v.SouUk-

iv>.\\\ ^^^l2«

Commençons par les deux bataillons du 37^ affectés à l'attaque par Wœrtli.

Le 2® bataillon du 37®, primitivement rassemblé en colomie double, prend sa formation de combat et se dirige sur Wœrth, sa gauche longeant la grande route. Il a les 6® et 7* compagnies en tirailleurs et soutiens, et les 5* et 8® compagnies, ainsi que la 4® compagnie (1), en réserve de bataillon (2).

Le 3® bataillon du 37®, rassemblé ainsi que le précédent en colonne double mais au sud de la route, prend comme lui sa formation de combat en deux échelons, les 10* et 11® compagnies en tête, et marche, la droite à la route, dans la direction de Wœrth.

En arrivant à ce bourg qu'elles trouvent inoccupé, les compagnies de tête du 2® bataillon façonnent rapidement une passerelle avec des perches à houblon, franchissent la Sauer et vont garnir la lisière occidentab de Wœrth. La 5® compagnie du 2® échelon améliore la passerelle et, en moins d'une demi-heure, la rend praticable aux chevaux.

Pendant ce temps, la 8® compagnie (réserve de bataillon), impatiente de se porter en ligne, cherche un gué, le trouve au nord de Wœrth ^ passe la rivière, et va se joindre aux 6® et 7® compagnies, sur le pourtour occidental du bourg.

La 4® compagnie (réserve de bataillon), ne voulant pas non plus rester en arrière, s'efforce de traverser la Sauer, en aval de Wœrth; elle y parvient, au prLx de grandes difficultés, sous un feu violent de mousqueterie.

Vers H heures, le 2® bataillon du 37® a ainsi quatre compagnies (6®, 7®, 8®, 4®) sur la rive droite, à Wœrth, prêtes à s'élancer à la conquête des hauteurs.

Le 3® bataillon du 37® arrive devant la Sauer, en aval et près de Wœrth, mais il est arrêté par la profondeur et la largeur

(i) Venu du soutien des batteries.

(2) Le dispositif normal des compagnies dans un régiment prussien rassemblé

41 10 7 6 3 2 en ligne de colonnes doubles était celui-ci : ZZ ZZ ZZ ZZ ZZ ^

l'avant-garde du v« corps sur elsasshausen. 271

de Tobstacle. Ses compagnies de tôte (10® et H*) construisent, tout en tiraillant, une passerelle à quelques centaines de mètres au sud du bourg.

Ce bataillon traverse la Sauer ^ son tour et, tandis que ses deux compagnies de queue (9® et 1 2®) se masquent derrière une houblonnière, ses compagnies de tôte, déployées en tirailleurs et soutiens, avancent dans les prés de la rive droite jusqu'à la route de Haguenau dont elles bordent le fossé, face au Calvaire (1).

Les deux bataillons du 50® descendent sur Spachbach, trouvent une passerelle construite par l'avant -garde du XI® corps, passent sur la rive droite et prennent leur direction sur Elsasshausen.

Pendant cette marche, le 3® bataillon du 50®, en formation de combat, est suivi du 1®' bataillon en lignes de colonnes de compagnie.

Ainsi disposés, ces deux bataillons se j^réparent à remonter le vallon (Regers-Graben) conduisant à Elsasshausen lorsque, d'un mamelon au sud de ce vallon, part une fusillade qui prend en flanc le 3® bataillon du 50® (en 1'® ligne).

Trois compagnies (9®, 10®, il®) de ce bataillon exécutent, aussitôt, un changement de front à gauche et vont border la route de Haguenau, tandis que la 12® compagnie s'élance vers le saillant nord-est du Nieder-Wald, pénètre dans le bois et s'y joint à des fractions de l'avant-garde du XI® corps.

Le 1®' bataillon du 50® (en 2® ligne) se déploie alors en formation de combat, et continue à s'avancer vers Elsasshausen.

A H h. 1/2, ses tirailleurs ont atteint les vignes au sud du Calvaire pendant que ceux du 37®, venant de Wœrth, gagnent du terrain vers l'ouest, tout en se maintenant au sud de la

(1) Sur remplacement de l'ancien Calvaire, a été construit le monument funèbre du 50^ régiment d'infanterie prussienne.

route de Frœschwiller à Elsasshausen. Alors surgit un événement.

§ 3. — Premier échec de la 20« brigade.

On se souvient que le 1*' bataillon du 21* (1) (division Conseil-Dumesnil) était posté, depuis le 5 au soir, sur le plateau du Calvaire.

Le 17® bataillon de chasseurs, de la même division, occupait le petit bois, et le 3* de ligne formait une première réserve à 200 mètres en arrière (à l'ouest) d'Elsasshausen.

Le 2® zouaves était à cheval sur le chemin dTlsasshausen à Wœrth et sa gauche s'étendait jusqu'à la route de Wœrth à Frœschwiller.

Lorsque les deux groupes de la 20® brigade prussienne, composés chacun de deux bataillons, prononcèrent leur mouvement offensif, à 11 heures, en partant, l'un de Wœrth et du gué au sud, l'autre de Spachbach, ils avaient devant eux, mais sans les voir, les fractions d'infanterie française suivantes :

Une compagnie du 17® bataillon de chasseurs postée sur la croupe au sud du plateau du Calvaire ;

Le 1®' bataillon du 21®, ayant quatre compagnies sur six déployées en tirailleurs à la crête du plateau du Calvaire ;

Le demi-régiment de droite du 2® zouaves, en bataille au sud de la route d'Elsasshausen, face à la Sauer, précédé de trois compagnies en tirailleurs et soutiens.

Ces troupes présentaient ensemble 16 compagnies avec un effectif de 2,000 hommes, dont 700 à 800 déployés en tirailleurs et soutiens.

(1) Voir la répartition de l'armée française, page 192, et le croquis u9 19. Les deux autres bataillons de ce régiment, retenus à Haguenau, n'ont pas assisté à la bataille.

l'avant-gakde du v« corps sur elsasshausen. 273

Les quatre bataillons de la 20* brigade prussienne comptaient au moins 4,000 soldats, dont 2,000 déployés en tirailleurs, les autres en soutiens et réserves.

La compagnie détacbée du 17® bataillon de chasseurs avait, comme on Ta vu, provoqué le changement de front des tirailleurs du 3® bataillon du 50® prussien.

En rmême temps, les tirailleurs du 1®' bataillon du 21® français faisaient feu sur le 1®' bataillon du 30® prussien, tandis que ceux de l'aile droite du 2® zouaves s'engageaient contre les compagnies de tête (10® et 11®) du 3® bataillon du 37® prussien.

Enfin, les quatre compagnies du 2® bataillon du. 37? prussien (4®, 6®, 7®, 8®), débouchant des vergers de Wœrth,^ venaient se heurter aux tirailleurs du 2® bataillon du 2® zouaves.

Sur cette partie du champ de bataille, nos tirailleurs ne formaient qu'un rideau. Les chaînes prussiennes, très renforcées, prennent l'avantage, et bientôt refoulent les tirailleurs français, lesquels démasquent leurs bataillons et vont se rallier dans les intervalles de la ligne bien abritée.

Vers H h. 1/2, les tirailleurs des 2® et 3® bataillons du 37® prussien avaient atteint le plateau du Calvaire et les vergers au nord. Excités par leur premier succès, ils continuent à marcher sur Elsasshausen, lorsque tout à coup un ouragan de plomb les renverse et les met en fuite.

C'était le demi-régiment de droite du 2® zouaves qui, en voyant apparaître l'ennemi à 200 mètres, s'était levé et avait exécuté un feu à volonté, sur deux rangs, d'une puissance écrasante.

C'est à cet épisode que fait allusion le capitaine d'étatmajor prussien de Heydekampf lorsqu'il dit :

« La croupe occupée par l'infanterie ennemie était coupée <c de haies et de murs en pierres sèches (1); la défense en avait

(1) Ces murs n*ont existé que dans l'imagination de l'auteur.

<( été organisée à r avance (1), si bien que, au moment où Ton « ne croyait avoir affaire qu*à des lignes de tirailleurs, des « rangs entiers apparurent soudain comme sortant de dessous « terre et criblèrent nos troupes assaillantes d'une grêle de « balles. »

La citation vient à Tappui des considérations qu'on lira plus loin sur les procédés tactiques de l'infanterie française (2) au début de la guerre de 1870.

§ 4. — Deuxième échec de la 20« brigade.

Pendant que le 37® prussien se portait vers les hauteurs, le lieutenant général de Schmidt, chef de la 10® division, avait fait occuper Wœrth par deux bataillons du 6® régiment de grenadiers (19® brigade).

Après leur premier insuccès, les compagnies du 37®, soutenues par le 1®' bataillon du 6®, reprennent Toffensive et abordent de nouveau le terrain compris entre la route de Frœschwiller et le chemin d'Elsasshausen.

Elles vont se heurter encore contre le demi-régiment de droite du 2® zouaves; cette fois, les zouaves exécutent une charge qui les conduit jusque dans Wœrth.

Les compagnies de zouaves d'extrême droite poursuivent, à travers les prairies au sud de Wœrth, les 9® et 12® compagnies du 37® prussien, les forcent à se jeter à l'eau, faute de moyens de passage assez nombreux, et quelques groupes de zouaves, après avoir traversé la Sauer, pêle-mêle avec les soldats prussiens, courent dans la direction de la grande batterie du Y® corps (3). Cette tentative ne pouvait aboutir.

(1) Erreur, fi) Voir page Î77.

(3) Les croquis au 1/25000, qui accompagnent cette étude, sont extraits d*uiie carte faite par les Allemands après la guerre.

On y remarquera, au nord-est de Wœrth, et à 1000 mètres de cette localité,

l'avant-garde du v« corps sur elsasshausen. 27S

Mais le 3* batailloii du 6® prussien a eu le temps de se barricader dans les maisons du bourg; en outre, un bataillon du 46® prussien, placé en réserve sur la rive gauche, s'est déployé en face des débouchés orientaux de Wœrth.

Les zouaves sont criblés de balles.

Resserrés dans des rues étroites, sans appui sur les ailes, ces braves gens se voient bientôt forcés de rétrograder (midi 1/2). Si, à ce moment, tout le 2® zouaves eût été porté en avant pour soutenir ses compagnies de droite, Wœrth leur restait, et de longtemps les Prussiens n'auraient pu effectuer le passage de la Sauer.

Mais que peuvent les efforts, même surhumains, d'une infanterie dépourvue d'artillerie, en face d'un adversaire supérieur en nombre et dont les armes essentielles se prêtent un mutuel appui?

La prise de Wœrth nous aurait-elle donné la victoire? Il fallait pour cela, non seulement s'y maintenir, mais encore en déboucher.

Or, les quatorze batteries prussiennes du V® corps étaient capables, à elles seules, de paralyser toute tentative de passage sur la rive gauche.

Le retour en arrière des zouaves du demi-régiment de droite fut pénible et sanglant.

Néanmoins, ils occupèrent les constructions, murs, vergers, qui surmontent les pentes orientales du Calvaire et, une fois abrités, ils interdirent pendant longtemps à l'ennemi le débouché de Wœrth par la route de Haguenau.

A la droite des zouaves du 2® régiment, les tirailleurs du 1«' bataillon du 21® et ceux de la compagnie détachée du

trois croix accompagnées de la mention : Soldaten Grâben, qui indiquent des tombes de soldats français.

C'est en cet endroit, à peu de distance de la ligne des batteries prussiennes, qu'un groupe de zouaves s'est fait exterminer.

17* bataillon de chasseurs, entraînés par l'exemple j avaient marché de Tavant, mais sans pousser leur attaque aussi loin que les zouaves. : - •" * , ' - , ' .--'.'•.

Dans. le même temps, le 2* bataillon du 3® zouaves (4* division), arrivant de l'ouest et sous bois au secours de. sa compagnie de grand'garde ' refoulée dans le. Nieder-Wald par une partie de l'avant-garde du XI® corps, parvenait, avec le concours du 2® bataillon du 56® {4« division) à rejeter hors du bois les onze compagnies (1) prussiennes qui l'avaient envahi et à les mettre en fuite jusqu'au delà de la Sauer. Nous étudierons plus loin cette action.

§ 5. — L'aile gauche (6 compagnies) de la 20« brigade

échappe au désastre.

Les quatre bataillons de la 20* brigade, avant-garde du V® corps, sont donc mis en déroute et rejetés,' partie sur Wœrth, partie dans la Sauer où beaucoup de- Prussiens se noient; mais six compagnies prussiennes (2), repoussées par le -1®' bataillon du 21® et la compagnie détachée du 17® ^bataillon de chasseurs, peuvent s'accrocher au ',talus de la -route de Haguenau dans le coude qu'elle forme en' pénétrant dans le vallon (Regers-Graben) à l'est d'Elsasshausen. " ■-''

I • Ce"talus*a'jbué ce jour-là un rôle important, et il en sera souvent question dans notre récit.

§ 6. — Emplacements de la 20« brigade prussienne

^ après son second échec. . ,

Après le retour du demi-régiment de droite du 2® zouaves sur les pentes du Calvaire, les quatre bataillons de la 20® bri-

(i) Six compagnies du 87«, la 12« compagnie du 50' (V« corps) et quatre compagaies,du80«. (Voir page 297.) .'....

(2) Savoir : I0« et !!• compagnies du 37« et !•' bataillon du 50«.

l'avant-garde du v« corps sur elsasshausen. 277

gade (avant-garde du V* corps), rejetés sur;la Sauer, se trouvaient morcelés en quatre groupés, savoir.;:.

a) A Wœrth, le 2® bataillon du 37®, la 4« compagnie ({«'bataillon) du 37®, une partie de la H® compagnie (3® bataillon) du37«;

b) Au sud de Wœrth, près de la rivière, les 9* et 12« compagnies (3« bataillon) du 37«.

« Ces deux compagnies furent ramenées ultérieurement « vers le petit bois de Dieffenbach pour y couvrir TartQ- (i lerie (1). »

Cela veut dire, en bon français, que les 9® et 12® compagnies du 37®, mises en fuite et jetées à Teàu, disparurent du thé&tre de l'action ;

c) Dans le vallon au sud du Calvaire, bordant la route de Haguenau en tranchée à cet endroit, les 10® et 11® compagnies (3® bataillon) du 37® et le 1®' bataillon du 50® ;

d) Devant Spachbach et sur la rive droite de la Sauer, le 3® bataillon du 50®.

En outre, quatre bataillons de la 19® brigade (3 bataillons du 6® et 2® bataillon du 46®) étaient à Wœrth, et l'un d'eux avait participé à l'échec du 37® prussien»

§ 7 . — Commentaires sur les deux attaques avortées

de la 20® brigade prussiemie.

Les traditions assez confuses qui inspiraient la tactique des grandes unités de l'armée française, en 1870, peuvent se résumer ainsi :

Dans la défensive, on déployait une mince ligne de tirailleurs, fournie pour une ou deux compagnies (2) par bataillon,

(1 ) Relation officielle allemande, p. 230.

(2) Le bataillon français de cette époque comprenait 6 compagnies de i20 hommes sur pied de guerre.

avec mission de harceler ou de contenir Teimeini. Quand celui-ci attaquait vivement, les tirailleurs se repliaient dans les intervalles ménagés entre les bataillons, lesquels, une fois démasqués, exécutaient le feu à volonté destiné à rompre l'ennemi et à préparer un retour ofiensif général avec le concours des bataillons de deuxième ligne, formés en colonne d'attaque (colonne serrée par division), et des réserves.

Dans l'ofiensive, le mécanisme était le même, sauf que les bataillons de première ligne se portaient à la hauteur des tirailleurs, ralliés de pied ferme vis-à-vis des intervalles, avant d'exécuter les feux préparatoires à l'attaque.

Déjà, en 1859, nos soldats avaient quitté leur rang de bataille avant l'exécution des feux de ligne pour s'égrener en essaims, et l'on avait vu des régiments entiers se fendre en de grandes bandes de tirailleurs, contrairement aux intentions du commandement. C'était la conséquence des progrès de l'armement.

En Prusse, au contraire, on admettait depuis dix ans, à la suite de l'examen attentif de la campagne de 1859, qu'il convient de transporter le combat de feux sur la ligne des tirailleurs, dont la densité doit s'accroître par des renforcements successifs jusqu'au moment de l'attaque, afin d'acquérir, puis de conserver, la supériorité du feu.

Les attaques menées par les lignes de colonnes de compagnie ou de demi-bataillons avaient donc à doimer une impulsion aux chaînes de tirailleurs et ne devaient pas attendre, pour avancer, que celles-ci se fussent ralliées sur leurs flancs.

Les Prussiens, en régularisant les effets de dispersion constatés dans notre infanterie en 1859, avaient fait preuve d'un grand sens tactique et montraient qu'ils se rendaient parfaite* ment compte des conditions nouvelles du tir rapide à longue portée.

. D'ailleurs, les combats et batailles de 1866 n'avaient fait que corroborer leurs prévisions.

l'avant-garde du v« corps sur elsasshausen. 279

Les considérations qui précèdent éclairent le récit des premiers engagements d'avant-garde du V® corps coiitre une partie de la division Raoult et permettent de comprendre pourquoi et comment les bataillons de la 20® brigade prussienne ont pu déboucher de Wœrth et des passages improvisés sur la Sauer en amont et en aval du bourg, se former au pied des pentes de la rive droite, enfin progresser jusqu'à la ligne formée par nos bataillons déployés en bataille.

Pour expliquer la déroute des quatre bataillons de la 20« brigade et du bataillon de la 19® brigade, lancés de Wœrth et de Spachbach sur Elsasshausen, V Historique officiel prussien invoque la grande supériorité numérique des Français sur cette partie du champ de bataille^

Il se trompe ou déguise la vérité.

L'échec des cinq bataillons prussiens a été le résultat de la contre-offensive exécutée par moins de trois bataillons français.

Or, comme les bataillons prussiens étaient de 9S0 hoinmes et les nôtres de 700, ceux-ci ont lutté dans la proportion de un contre deux.

La valeur des soldats français, en particulier des zouaves, et la puissance des feux que procure la formation en bataille furent les causes principales de l'événement.

La tactique des feux de masse, qui a procuré au demirégiment de droite du 2® zouaves des résultats décisifs contre les deux attaques successives menées par les 2® et 3® bataillons du 37® prussien, soutenus par un bataillon du 6®, entre 11 heures et midi, répondait parfaitement à la circonstance de lieu, mais ne constituait pas en elle-même un avantage sur la tactique de l'infanterie prussienne.

Le principe, admis en Prusse, de transporter le combat de feux sur la ligne des tirailleurs et de le nourrir avec des éléments tirés des colonnes de compagnies était assurément

280 Il« PARTIE. — CHAPITRE V.

supérieur, en ce qu'il permettait de nuancer l'intensité des efforts d'après les résistances à vaincre, de conserver dans la main des capitaines les fractions réservées,' d'ofitir aux premiers coups de l'ennemi des lignes minces peu vulnérables et souples, enfin de profiter de tous les abris pour masquer les groupes non encore dispersés en tirailleurs.

Cependant, cette tactique, aujourd'hui adoptée par toutes les armées européennes et qui dérive des procédés usités par nos troupes dans les guerres de la Révolution et du premier Empire, n'est, à bien la considérer, qu'un expédient employé pour faire arriver sans trop de pertes, ou économiquement, la majorité des assaillants à courte portée du défenseur.

Une fois parvenue à la distance des feux décisifs, inséparable d'une crise aiguë de courte durée, l'attaque, menée suivant le mode prussien, présente une première ligne ou avantligne (Vortreffen), très renforcée, dans laquelle sont venus se fondre les éléments conservés jusqu'alors en ordre compact'. Cette première ligne oHre, dès lors, la densité de la formation en bataille, au désordre près. • . «

Il résulte de ce qui précède que, si les préliminaires de l'acte décisif ont été profondément modifiés par les procédés tactiques de la nouvelle école, l'exécution proprement dite de cet acte par le feu porté à son maximum de puissance ne diffère pas sensiblement du mode d'action des lignes de bataille; encore usité dans l'armée française de 1870.

Seulement, de telles lignes, plus vulnérables que les chaînes de tirailleurs, se désagrègent sous l'influence du feu, ou même, des mouvements exécutés en terrains tant soit peu difficiles.

Elles sont donc presque fatalement condamnées, de par Tefficacité des armes modernes et la nécessité, de se mouvoir en tous lieux, à se transformer en une chaîne confuse où régnera un désordre d'autant plus f&cheux qu'il se sera produit contre la volonté des chefs.

La situation particulière des défenseurs du Calvaire et en>irons, disposés à Tabri des vues éloignées de l'ennemi, était,

l'avant-garde du v« corps sur elsasshausen. 281

au contraire, très favorable à l'emploî de la formation en bataille, parce que Tinfanterie ennemie allait se trouver contrainte, par la nature des couverts, à pousser sa chaîne de tirailleurs renforcée jusqu'à la distance des feux décisifs, avant d'avoir pu en aucune manière préparer en sa faveur le dénouement d'une crise qu'elle ne prévoyait pas.

Nous avons exposé plus haut que le général de Kirchbach, en prescrivant aux quatre bataillons disponibles de la 20* brigade de franchir la Sauer, puis de marcher à la conquête d'Elsasshausen, avait dû obéir à un point de doctrine visant rassociation de l'artillerie et de l'infanterie pour user l'eniiemi. :.

La situation, à 10 h. 1/2 du matin, était des plus favorables au V® corps, puisque l'artillerie française était à ce moment réduite à se dérober aux coups des batteries prussiennes, . L'artillerie du V® corps allait donc pouvoir agir de concert avec la 20® brigade pour détruire l'infanterie opposée. . Mais, pour cela, il fallait qu'elle pût tirer sans crainte d'atteindre sa propre infanterie.

En choisissant Elsasshausen comme point de direction des attaques de la 20® brigade, le général de Kirchbach aurait dû prévoir que les bataillons de son avant-garde disparaîtraient promptement : ceux de droite dans les vergers qui bordent les pentes nord-est du Calvaire, ceux de gauche dans le Regers- Graben, et qu'alors son artillerie ne leur serait d'aucun secours.

Son dessein de faire coopérer l'artillerie à la reconnaissance et à l'usure de l'infanterie adverse aurait dû lui imposer un autre point de direction qu'Elsasshausen pour la reconnaissance offensive de son avant-garde.

Si. Frœschwiller eût été donné comme point de direction en choisissant la grande route de Wœrth comme axe du mouvement, la. brigade d'avant-garde aurait, été. précédée comme' d'un remous, d'obus déblayant le terrain devant elle, et,

après avoir gagné 500 ou 600 mètres à l'ouest de Wœrth, cette brigade se serait bornée à entretenir un combat de feux tout à son avantage, parce (jue l'artillerie du V* corps y aurait eu la plus grande part.

Quel était, en définitive, le but de l'envoi d'une brigade d'avant-garde à l'ouest de Wœrth?

Démasquer l'infanterie ennemie, précipiter son usure en la contraignant à subir des feux combinés d'artillerie et d'infanterie, enfin constituer comme une tête de pont en vue du passage ultérieur du gros du V® corps, lorsque le moment serait venu pour lui de procéder aux attaques décisives.

Ces diverses conditions ne pouvaient être remplies que si la brigade choisie pour entamer l'action contre l'infanterie ennemie débouchait de Wœrth par des ponts nombreux et restait réunie sous la direction de son chef, ainsi qu'il eût été possible de faire si Wœrth eût été occupé, dès 9 h. 1/2, par deux bataillons du 37® (20® brigade) ; si de nombreux passages y eussent été préparés de 9 h. 1/2 à 10 h. 1/2; si, enfin, les six bataillons de la 19® brigade se fussent portés, dans une formation de combat appropriée, à 500, 600 ou 700 mètres à l'ouest de Wœrth vers Frœschwiller.

On peut donc dire que si la direction d'Elsasshausen, donnée aux deux groupes d'approche de la 20® brigade, était favorable, d'une façon absolue, en raison des couverts et des cheminements que le terrain présente de ce côté à l'infanterie, le choix de ce point de direction était relativement mauvais, parce que son choix impliquait l'impossibilité pour l'artillerie du V® corps de combiner ses efforts avec ceux de l'infanterie d'avant-garde.

Il convient d'observer que les troupes d'infanterie française engagées, de H heures à midi et demi, contre les cinq bataillons du Y® corps, venus de Wœrth et de Spachbach puis rejetés sur leurs points de départ, perdirent, elles aussi, leur

l'avant-garde du v« corps sur elsasshausen. 283

cohésion, subirent des pertes assez fortes et virent leur capacité combative diminuer sensiblement.

La faiblesse numérique de Tannée d'Alsace s'opposait à la constitution de grosses réserves maintenues à l'abri. Il en résulta que, sur la majeure partie du champ de bataille, la défense fut assurée par une ligne unique de combattants.

Quand ceux-ci seront usés, brûlés en quelque sorte, il ne restera plus que des débris épars pour faire face aux attaques ultérieures d'un ennemi avare de son infanterie jusqu'au moment du grand coup qui doit tout décider.

Alors on verra des soldats qui, le matin, se conduisaient en héros, s'en aller, le soir, devant la simple menace de l'abordage.

§ 8. — La situation devant Wœrth après les échecs

de la 20* brigade.

Revenons à Wœrth au moment où les zouaves du demirégiment de droite se virent forcés de l'évacuer (midi et demi).

La situation sur la lisière occidentale du bourg, entre les routes de Frœschwiller et de Haguenau, va demeurer stationnaire pendant une heure et demie, c'est-à-dire jusqu'à 2 heures du soir.

Dans cet intervalle, Français et Allemands feront plusieurs tentatives partielles, les unes pour pénétrer dans Wœrth, les autres pour en sortir. Chaque pointe offensive sera repoussée par le feu, avec pertes considérables pour l'assaillant.

Au nord-ouest de Wœrth, les 3® et 2* bataillons du 48® (2® brigade de la 3* division), déployés, face à cette localité, de part et d'autre du grand ravin, furent, jusque vers une heure, très peu engagés.

- Le 2® bataillon avait ses tirailleurs sur les pentes est du mamelon sud du grand ravin.

Le 3® bataillon occupait, avec ses tirailleurs, le flanc nord du grand ravin et faisait face à Wœrth, ayant ses soutiens à la lisière méridionale du bois de Frœschwiller.

Les pentes du grand ravin, très escarpées, surtout au nord, sont en grande partie couvertes de vignes hautes.

A partir de 10 h. 1/2, le feu ajusté des Prussiens postés aux étages supérieurs et sous les toits des maisons de Wœrth, ainsi que dans, le clocher de l'église, fit éprouver aux tirailleurs du 48® des pertes sensibles.'

Vers la même heure, tous les soutiens du 2® comme du 3® bataillon de ce régiment avaient reculé jusque sur la lisière méridionale du bois de Frœschwiller, afin d'échapper aux effets écrasants du tir de l'artillerie prussienne débarrassée désormais de l'artillerie française.

A ce moment, le colonel Suzzoni, du 2® turcos, fit demander du renfort aux troupes établies sur le plateau de Frœschwiller.

Fait peu. croyable, on lui donna les soutiens et compagnies disponibles du 2« bataillon du 48®, en sorte que les tirailleurs de ce bataillon furent absolument abandonnés à eux-mêmes.

§ 9. — Une marche d'approche fautive.

, Vers H heures, le 78® (2® division), de la réserve générale, ([ui n'avait pas combattu à Wissembourg, fut appelé à renforcer la 2® brigade de la 3® division, dont le front d'action était très étendu.

Le 78® était rassemblé, au sud-ouest de Frœschwiller, en ligne de colonnes serrées par division. Il rompt par la droite en' colonne de régiment, contourne Frœschwiller par le sud, et s'engage sur le plateau qui mène au grand ravin. : Aussi longtemps que les vergers cachent à l'artillerie prussienne la marche du 78®, ce régiment avance sans difficultés.

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