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CHAPITRE XII

LE Xle CORPS DANS LE NIEDER-WALD

§ 1. — Enlèvement de la lisière sud du Nieder-Wald.

(Croquis n» 27.)

On se rappelle que le général de Bose fît lancer vingt compagnies, représentant la valeur de cinq bataillons, contre les troupes françaises établies aux abords du plateau de Lansberg, et qu'il conserva en réserve, près de Gunstett, sept bataillons frais (3« du 9S«; 1«', 2« et 3« du 83«; 2« et 3« du 82% et 3« du 88«).

Pendant Faction très vive des vingt compagnies en question sur le plateau de Lansberg, quatre nouveaux bataillons furent envoyés, par le pont de Gunstett, à leur secours.

Ces bataillons avaient en partie débouché sur la rive droite lorsqu'eut lieu (1 h. 1/2) la contre-attaque des Français, qui rejeta les premiers assaillants au bas des pentes.

Les bataillons prussiens de renfort arrivèrent dans Tordre suivant : 3« bataillon du 95«; !•', 2« et 3« bataillons du 83®.

Le 3® bataillon du 95®, formé en ligne de colonnes de compagnie, traverse le flot des fuyards, gravit les pentes, laisse à sa gauche la ferme de Lansberg, puis lance ses tirailleurs contre la portion de lisière du Nieder-Wald comprise entre la ferme de Lansberg et la grande route de Haguenau.

Les deux premiers bataillons du 83®, sur deux lignes de colonnes de compagnie, la première précédée de tirailleurs, marchent à Tattaque des défenseurs du mamelon situé au

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nord-ouest de la ferme de Lansberg, et laissent, par conséquent, cette ferme sur leur droite.

Pendant ce temps, le 3° bataillon de ce régiment s'avance sur la route de Wœrth afin de déborder le Nieder-Wald par Test.

Le gros du 83® refoule, partie sur TEberbach, partie sur le Nieder-Wald, les groupes épars de la 4® division française déjà si éprouvée, et, sans s'inquiéter du feu assez inoffensif des batteries françaises postées au sud-ouest d'Eberbacli, ce régiment converse légèrement à droite, puis aborde tambours battant le Nieder-Wald par la lisière comprise entre la route de Morsbronn et le saillant sud-ouest déjà envahi par le 3« bataillon du 95«.

« Les défenseurs ne se replièrent dans Fintérieur du bois (t qu'au moment où l'assaillant n'était plus qu'à 50 pas (1). »

L'examen de la carte seule permet de constater que les deux premiers bataillons du 83® purent arriver à 100 mètres de la lisière sans être vus des défenseurs.

Le combat sur le plateau de Lansberg, que nous venons de décrire, fut mené rapidement.

Entre 1 h. 1/2 et 2 heures, la décision, sur ce point du champ de bataille, était obtenue, en sorte qu'il devenait possible au XP corps de continuer son offensive à travers le Nieder-Wald pour prendre à revers le centre français lui-môme engagé à fond contre les forces principales du V® corps.

' La participation des bataillons du général de Schkopp n'avait pas été étrangère à la défaite de la 4® division française, bien qu'elle ne se fût exercée qu'à distance.

Commentaires.

Le fait de trois bataillons intacts se frayant un passage au

(\) Guerre franco-allemande, p. 257.

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travers d'une colonne de fuyards, pour attaquer énergiquement, offre matière à réflexion.

Nos soldats, épuisés par une lutte de sept heures, écrasés par une artillerie toute-puissante, ont la suprême énergie de courir sus aux nombreux ennemis qui viennent d'occuper la ferme de Lansberg et le plateau avoisinant. Les Prussiens descendent à toutes jambes les pentes du côté de la Sauer.

Le moral de ceux-ci est épuisé, mais celui des poursuivants n'est pas indemne, car les obus prussiens font rage.

Arrivent des troupes prussiennes fraîches, environ 3,000 hommes; tout cède devant elles.

Quelle puissance n'exerce pas le spectacle de la force organisée sur des soldats épars, sans direction, qui comprennent tous, instinctivement, l'inanité de leurs efforts décousus contre des troupes nouvelles vigoureusement conduites.

Et puis la fatigue, la vue des morts et des blessés, l'explosion des projectiles d'artillerie, exercent une action déprimante. La volonté lutte contre les instincts de la chair, jusqu'au moment où l'espoir du succès fait place à la conviction que de nouveaux efforts ne changeront rien au destin.

Alors chacun s'efforce de sauver une existence désormais précieuse. L'égoïsme succède tout à coup au dévouement sans bornes, à l'ardeur guerrière; et, tels soldats qui, à midi, se seraient fait tuer plutôt que de rompre d'une semelle, s'en vont maintenant, courbés, les yeux hagards, fuyant le danger jusqu'à ses apparences, inconscients de leur pusillanimité.

Ces phénomènes sont inhérents à la nature humaine. On les a vus se produire, le 14 octobre 1806, dans l'armée prussienne, et, le soir de Waterloo, dans l'armée de Napoléon. On peut même admettre que leur intensité est en raison directe de l'héroïsme déployé antérieurement à leur apparition.

Que, dans une nouvelle guerre, les armées allemandes subissent des désastres, on verra la jactance des premiers jours faire place à une indiscipline d'autant plus grande

qu'elle aura été plus longtemps et plus sévèrement comprimée.

§ 2. — Retraite de la division de Lartigue.

A partir du moment où les trois bataillons frais venus de Gunstett marchèrent à Fattaque des hauteurs de Lansberg, conjointement avec la brigade du général de Schkopp débouchant de Morsbronn, la défaite de la division de Lartigue fut consommée.

C'est en vain que des fractions encore organisées du 56*^ français essayèrent d'enrayer par leurs feux la marche des Prussiens marchant de Morsbronn vers le nord.

La masse des combattants français vint se reformer, tant bien que mal, sur les hauteurs de la rive droite de TEberbach, au sud et près de ce village.

C'est là que, dans un verger, le général de Lartigue, comme le maréchal Ney en 1812, prit un fusil et fit le coup de feu à la tête d'une poignée de braves.

L'arrivée, par la vallée d'Eberbach, de bataillons appartenant à la brigade de Schkopp ne permit même pas aux débris de la 4® division française de se maintenir sur les hauteurs de la rive droite. Il leur fallut rétrograder jusqu'à Schirlenhof.

Les 1®' et 2® bataillons du o6® qui présentaient plus de cohésion que les autres troupes de la 4® division française, ayant été moins engagés, formèrent l'arrière-garde. Sous leur protection, quelques centaines d'isolés — zouaves pour la plupart — purent échapper à la captivité. Des clairons furent envoyés sur la lisière ouest du Nieder-Wald, et, longtemps, ils sonnèrent la retraite.

Malgré ces dispositions, un grand nombre d'officiers et de soldats du 3® zouaves ne purent échapper à l'enveloppement final. Beaucoup continuèrent à se battre, pour l'honneur, sachant bien qu'ils étaient entourés de toutes parts.

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