LE XI« CORPS DANS LE NIEDER-WALD
§ 3. — Pertes du 3« zouaves dans le Nieder-Wald.
Le 3® zouaves présentait, le matin du 6 août, un effectif de 2,200 hommes et de 66 officiers.
Le lendemain, à Saverne, il ne lui restait plus que 425 sous-officiers ou soldats et 21 officiers. Ainsi, 19 officiers avaient été tués, 22 blessés, et, pour la troupe, les pertes avaient été de 578 tués, de 900 blessés et de 300 disparus.
Ces pertes sont à peu près doubles de celles qu'a subies le régiment le plus éprouvé de la garde royale prussienne à la bataille de Saint-Privat. Le 3® zouaves, à Frœschwiller, a eu les 67/100 de son effectif hors de combat, tandis que le 2® régiment à pied de la garde prussienne a eu, le 18 août, 20 officiers tués, 19 blessés, 333 soldats tués, 715 blessés; au total 1087 sur 3,000 environ ou les 36/100 de son effectif.
Cette constatation montre qu'au début de la guerre de 1870, nos troupes étaient aussi capables, sinon plus, que les meilleures de l'ennemi, de supporter sans fléchir des pertes excessives et telles que l'histoire des guerres en offre peu d'exemples.
Le fait n'est pas isolé. A la fin de cette étude, nous montrerons la ténacité de nos régiments en cette journée de Frœschwiller, qui a coûté à l'armée française les 38/100 de son effectif, un peu plus du 1/3, sans compter les disparus.
Laissons les Allemands s'exalter sur « le tombeau de la garde » et sur « la chevauchée de la Mort ». Nous n'avons rien à leur envier sous le rapport de la bravoure.
§ 4. — Les troupes du général de Schkopp continuent leur mouvement. Nouvelle marche d'approche du détachement de Schkopp débordant par la vallée de l'Eberbach.
Pendant que le 3® bataillon du 95® et les deux premiers bataillons du 83« pénétraient dans le Nieder-Wald par sa
lisière méridionale, les bataillons du général de Schkopp s'étaient rapprochés d'Eberbach.
Le 3® bataillon du 94« formant Faile gauche de la 44« brigade, masque le village, au sud, avec une compagnie et commence à le déborder vers l'ouest, lorsque les défenseurs se retirent sur la hauteur nord-ouest.
Le 32® est désigné pour forcer la nouvelle position prise par les débris de la division de Lartigue. Après un court engagement, ce régiment refoule les Français dans la direction de Reichshoflen, et se met à leur poursuite, à travers un pays ondulé et boisé.
Le 94®, lui, continue sa marche vers le nord et, au lieu de pénétrer dans le couvert du Nieder-Wald, il contourne la lisière occidentale de cette forêt, en suivant le vallon de l'Eberbach.
§ 5. — Envahissement du Nieder-Wald du sud au nord par les renforts venus du pont de Gunstett.
Une fois dans le Nieder-Wald , le 3® bataillon du 95® et les l®f et 2® bataillons du 83®, qui en ont forcé la lisière méridionale, avancent vers le nord, suivis d'une foule d'isolés appartenant aux 1®' et 2® bataillons du 95®, au 80®, au 87® et au H® bataillon de chasseurs.
Les effets de la contre-attaque suprême de la 4® division française ont été tels sur les forces prussiennes refoulées au pied des pentes du Lansberg, qu'à part les bataillons frais venus de Gunstett, il n'existe plus trace, de ce côté, d'une troupe organisée.
La résistance, dans l'intérieur du fourré, est vive. Les zouaves forment une ligne qui ne cède le terrain que pied à pied.
Les Allemands en arrivent donc à déployer sur un rang^ leurs douze compagnies encore organisées, et celles-ci progressent peu à peu vers le nord.