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CHAPITRE XIlï

§ 1. — La 10® division prussienne appelée sur la Sauer.

(Croquis n» 27.)

Lorsque le général de Kîrchbach reçut communication, vers 1 h. 1/2, de Tordre, signé Blumenthal, reproduit précédenmient, sa 10® division, moins les détachements (1) de Gœrsdorf et de Gunstett, était à Wœrth et luttait sur ses lisières ouest et sud pour en défendre l'accès aux tirailleurs du 2® zouaves, du 1*' bataillon du 21* de ligne, des 17* et 8® bataillons de chasseurs (2).

A ce moment (1 h. 1/2), le XP corps venait d'obtenir un éclatant succès sur la division de Lartigue et le général de Kirchbach pouvait, des hauteurs à Test de Wœrth, voir les progrès des attaques par Gunstett et Morsbronn.

C'est alors seulement qu'il prit la décision de porter toute son infanterie sur la rive droite de la Sauer.

La relation prussienne insinue que le commandant du

(1) Ces détachements étaient : 1« à Gunstett et au Bruck-Mûhie, le 2* bataillon du 50' ; 2° à Gœrsdorf et à Touest, les l'" et 2* compagnies du 37», les !•' et 3* bataillons du 59", le 5" bataillon de chasseurs moins ia 4" compagnie.

(2) Deux compagnies du 8* bataillon de chasseurs, placées le matin en soutien de la réserve d'artillerie, vinrent, à Jl heures, se joindre au 1*' bataillon de zouaves.

V® corps a pris Tinîtiative de l'attaque de front avec toutes ses forces.

Cet officier général n'a dirigé sa 9® division sur la Sauer, pour la lancer au delà vers les hauteurs d'Elsasshausen, qu'après avoir vu l'attaque du XP corps en bonne voie et appris de la bouche même du général von der Tann que la 1'® division bavaroise, arrivant de Preuschdorf, allait entrer en ligne à l'ouest de Gœrsdorf .

(( Du point où il se trouvait sur la colline de Dieffenbach, le « prince royal pouvait suivre distinctement l'ensemble de la «< bataille et, en particulier, les progrès du XP corps. En « conséquence, à 1 h, 1/2, il avait déjà invité le général « von der Tann à passer la Sauer pour venir appuyer le « V* corps (1). »

Donc, à partir de 1 h. 1/2, le général de Kirchbach fait affluer l'infanterie de la 9* division vers la Sauer, la 17® brigade sur Wœrth, la 18® brigade sur Spachbach, chacune en ordre de combat sur deux lignes.

La 17® brigade, formée des 58®, 59® et 5® bataillon de chasseurs, ne présentait plus que quatre bataillons depuis le départ, le matin, pour Gœrsdorf, des 1®' et 3® bataillons du 59*, suivis un peu plus tard du 5® bataillon de chasseurs.

A 2 heures, les 1®' et 3® bataillons du 58® parvenaient à grand'peine à se frayer un passage dans les rues de Wœrth encombrées.

<( Les rues étaient remplies de troupes, de blessés, d'habi- (( tants affolés; les obus (?), éclatant au milieu de cet encom- « brement, venaient encore accroître le désordre, de sorte « que l'on ne parvenait à réunir tout d'abord, au débouché « nord-ouest du bourg, que le 1®' bataillon et le bataillon de c< fusiUers (3«) du 58® (2). »

(I) Historique officiel prussien, p. 268. (9) Historique officiel prussien, p. 243.

Ce que la relation ne dit pas, c'est la grande difficulté qu'éprouvaient les officiers à faire sortir leurs hommes de Tabri des maisons pour les former hors du débouché nordouest, qui, pourtant, n'était que faiblement battu par les balles.

Quatorze ans après, un habitant de Wœrth nous montrait l'endroit précis où des officiers excitaient les soldats à déboucher, et cet homme nous expliquait avec force gestes leurs moyens de persuasion « touchants ».

Le 2« bataillon du 58® et le 2« bataillon du 59« furent maintenus à ce moment sur la rive gauche, près de l'entrée est de Wœrth.

§ 2. — Attaque infructueuse de la 18^ brigade, dirigée des abords de Spachbach contre les détenseurs du Calvaire.

La 18® brigade (47« et 7®), de son côté, s'était portée vers Spachbach.

Les 1®' et 2® bataillons (1) du 47® traversent la Sauer (1 h. 3/4) en partie à gué, au nord de Spachbach, et se portent rapidement, à travers les prairies, au secours des six compagnies du 37® et du 50®, cramponnées, depuis 11 h. 1/2 du matin, au talus de la route de Haguenau, contigu au Regers-Graben.

Le mouvement des deux bataillons du 47® à travers les prés ne put être empêché par le feu des tirailleurs assez clairsemés qui occupaient les pentes du Calvaire.

En outre, la traversée des prairies leur avait été facilitée par la présence, sur la lisière nord du secteur boisé du Nieder-Wald, d'une ligne de tirailleurs du XI® corps (2).

(4) Le 3* bataillon du 47* ayait été laissé en soutien de rartillerib. (2) Voir pages 316 et 343.

Dès qu*ils ont rejoint les six compagnies du 37** et du 50* blotties derrière le talus de la route de Haguenau, les deux bataillons du 47% suivis du i^^ bataillon du 50®, escaladent les pentes méridionales du Calvaire, refoulent devant eux les tirailleurs français et s'avancent sur le plateau dans la direction d'Elsasshausen.

Au même moment, le 7® prussien (1) traverse, lui aussi, la Sauer en amont de Spachbach, se déploie dans les prés de la rive gauche en ligne de colonnes de compagnie et marche sur les traces du 47®.

En voyant surgir sur le plateau du Calvaire les tirailleurs du 47®, le 1®' bataillon du 2® zouaves, qui se tenait abrité à quelque distancie en arrière de la crête du plateau, s'élance à la baïonnette.

Aux zouaves se joignent les l'« et 2® compagnies du 8® bataillon de chasseurs ainsi que le 1®' bataillon du 21® de ligne.

Les Prussiens lâchent pied et vont chercher un refuge derrière le talus de la route de Haguenau. Quand les Français lancés à leur poursuite atteignent les pentes orientales du Calvaire, ils voient devant eux, dans la prairie, ime ligne de dix compagnies du 7® prussien, en mouvement vers le vallon d'Elsasshausen (Regers-Graben).

Cette ligne, aussitôt chargée (2 h. 1/4), est mise en déroute. Le 7® prussien est poursuivi jusqu'au delà du pied des pentes.

Pendant que le 7® prussien fuit en désordre, nos soldats lancés à leur poursuite sont fusillés, de flanc et de dos, par les Prussiens (1®' et 2® bataillons du 47® et 1®' bataillon du 50®) qui ont couru se réfugier derrière le talus de route et par ceux du XI® corps, arrivant de la lisière nord du secteur boisé au secours de la 18® brigade.

Quelques compagnies du 2® zouaves pénètrent dans Wœrth

(1) Ce régimcDt, avant de fraDchir la rivière, avait disposé deux compagnîfts» en position de recueil, dans une tranchée construite à l'est de Spachbach.

alors bondé de troupes ennemies, sans pouvoir dépasser les premières maisons, pendant que des groupes contournent le bourg par le sud, poussent jusqu'à la rivière, la franchissent, et courent sur l'artillerie du V® corps, renouvelant ainsi la tentative héroïque de la matinée, mais sans plus de succès.

L'artillerie du XP corps couvre de ses projectiles les groupes français lancés à la poursuite du 7« prussien et les contraint à rétrograder.

Le retour de nos troupes sur le mamelon du Calvaire fut long, pénible et meurtrier.

Comme il arrive souvent en pareil cas, le recul après une attaque avortée fait perdre une partie du terrain occupé précédemment.

Le 1®' bataillon du 2* zouaves et, en général, les défenseurs primitifs du Calvaire firent leur retraite, pas à pas, en combattant.

Les Prussiens surent exploiter l'échec de nos soldats en les faisant suivre immédiatement par celles de leurs troupes qui se trouvaient sur la rive droite aux environs de Spachbach.

Les compagnies du 47® prussien, qui s'étaient réfugiées, lors de la contre-attaque que nous venons de raconter, derrière le talus de la route de Haguenau, pêle-mêle avec ses anciens occupants, quittèrent leur abri et gravirent le Calvaire, par ses pentes méridionales, sur les talons des groupes français en retraite.

Le 1®' bataillon du 50*^, lui aussi, gagna du terrain dans le vallon d'Elsasshausen, malgré les efforts du 2* bataillon du 56® français posté, on s'en souvient, au saillant extrême nord du Nieder-Wald.

Les progrès du 1®' bataillon du 30® furent bientôt enrayés par le feu du 3® bataillon du 3® zouaves, qui vint se déployer entre le saillant extrême nord du Nieder-Wald et le petit bois d'Elsasshausen.

Le colonel du 7® prussien, après avoir remis son régiment à peu près en ordre, dirige deux compagnies (7® et 8®) vers les

pentes méridionales du Calvaire, en soutien des compagnies du 47® qui ont grimpé sur le plateau, en envoie deux (11* et 12*) dans le Nieder-Wald, et soutient le l®*" bataillon du 50® dans le Regers-Graben avec son 1®' bataUlon.

Le plateau du Calvaire n'est cependant pas encore au pouvoir des Prussiens (2 h. 1/2) qui en occupent les pentes méridionales, le saiUant sud-est, et la crête correspondante.

§3. — La 17^ brigade, après avoir débouché de Wœrth, est ramenée par le 2® zouaves, puis renouvelle son attaque, cette fois avec succès.

Revenons à la 17® brigade.

Nous avons vu que, vers 2 heures, les 1®' et 3® bataillons du 58® étaient parvenus à se frayer un passage à travers les rues encombrées de Wœrth et à se déployer au delà du débouché nord-ouest.

Leurs tirailleurs s'avancent vers Frœschwiller, leur droite côtoyant la grande route, et refoulent assez facilement les tirailleurs du 2® zouaves appartenant au 3® bataillon et aux compagnies de gauche du 2® bataillon.

Lorsqu'ils arrivent, grâce aux nombreux couverts du terrain, à courte distance du gros des zouaves, ceux-ci exécutent un feu rapide, puis s'élancent sur eux, à la baïonnette, en poussant de grands cris (1).

Tout cède devant l'attaque des zouaves qui pénètrent dans Wœrth, mais en sont promptement chassés sous un feu violent.

« La soudaineté et l'impétuosité de cette attaque sont telles, « que tirailleurs et officiers prussiens se débarrassent de leurs

(i) Les cris des zouaves du 3^ bataillon du 2' régiment, au moment de la charge, ont dominé le bruit de la bataille au point d*ôtre entendus distinctement à 1500 mètres.

« manteaux en sautoir (1) pour fuir plus vite. Les soutiens « ennemis, massés dans les vignes, à peu de distance de « Wœrth, ne font aucune résistance, et les zouaves pénètrent « pêle-mêle avec eux dans le village. Ils y sont accueillis « par une fusillade meurtrière partant des soupiraux, des « fenêtres, et surtout, des toitures où les défenseurs ont pra- « tiqué des ouvertures (2). »

Nous empruntons à un de nos camarades du 2® zouaves, le récit suivant de la charge exécutée par le 3® bataillon (commandant Coiffé) et les trois compagnies de gauche du 2® bataillon de son régiment :

a Mon bataillon (3®) était formé en ligne le long d'un fossé « pourvu d'un bourrelet de terre. Le feu était des plus vifs. « Les Prussiens étaient arrivés à 150 ou 200 mètres de nous, « mais n'osaient plus avancer.

« Alors passe un général (3). Le capitaine Prévault lui ii crie : « C'est le moment de charger ». — « Pas encore », « répond le général.

« Le feu redouble d'intensité; nos pertes sont grandes

<( Tous à coup, le cri répété par tous : à la baïonnette! « retentit.

« Les officiers sautent de l'autre côté du fossé, les hommes « ajustent leur baïonnette au bout du fusil; un formidable « cri de : En avant! part de toute la ligne, et nous nous pré- « cipitons comme une avalanche sur l'ennemi qui fuit à

« toutes jambes Nous courrions très vite, le terrain s'y

« prêtait, étant incliné vers Wœrth; aussi, dès la première « centaine de pas, nous étions sur sept ou huit rangs, et le (( dernier tirait par-dessus les autres (4) ; les balles sifflaient

(1) Le 6 août, l'infanterie du V<> corps prussien a combattu sans sacs, le bonnet sur la tète, le casque accroché au fourreau de baïonnette^ le manteau^ en sautoir, portant la marmite individuelle, les cartouches dans Tétui-musette.

(2) Historique du 2* zoiuives.

(3) Général Lhériller.

(4) Le fait n*est pas spécial à nos troupes. Un colonel allemand a écrit

352 1I« PARTIE. — CHAPITRE XIU.

« aussi bien par derrière que par devant Je passe à côté

« de deux officiers prussiens blessés qui sont adossés à un « arbre; je crie aux hommes de les respecter. Nous joignons « rennemi près de Wœrth; j'ajuste un Prussien avec mon « revolver, mais, la baguette se trouvant engagée dans le « barillet, le coup ne part pas; ledit Prussien est tué par <( un de mes voisins. Enfin, toujours courant, nous arrivons « à Wœrth et nous nous y engouffrons. Là, nous sommes « assaillis par un feu extrêmement violent; nous tourbillon- « nous dans la rue. Je m'abrite un instant dans l'encadre- « ment d'une maison pourvue d'une boîte aux lettres, puis « je suis emporté par un flot d'hommes qui se retirent; je « passe près d'un petit calvaire et je me retrouve sur la route « de Wœrth à Frœschwiller

« La montée ne s'effectue pas aussi facilement que la des-

« cente quand nous chargions ; nous sommes éreîntés.

« Nous souhaitons presque de recevoir une balle pour ne pas « avoir à aller plus loin. »

La contre-attaque si vigoureuse du demi-régiment de gauche du 2® zouaves avait suivi, à un quart d'heure d'intervalle, celle non moins brillante des troupes du Calvaire, que nous avons exposée précédemment.

h' Historique officiel prussien^ faisant allusion à l'attaque que nous venons d'exposer, s'exprime ainsi :

« Vers 2 heures (plus exactement 2 h. 1/2), les Français « venaient d'être repoussés encore une fois dans une san- « glante tentative contre Wœrth (1). »

A peine remis de leur panique, les 1®' et 3® bataillons du 38® prussien (17** brigade) sont remis face en tête, quittent

(Songe (Tune nuit d'été^ 1888) : « Beaucoup de gens se sont déjà cassé la tête à chercher comment on pourrait arriver à diminuer les pertes causées par l'ennemi, mais je n*ai encore lu ni entendu comment on évitera les pertes bien plus grandes causées par les coups de fusil, venant de derrière, tirés par les eamarades. »

(I) Page 245.

Wœrth à la suite des zouaves et se déploient, tant bien que mal, de part et d'autre de la route de Frœschwillep, dégageant ainsi le débouché ouest. '

Le moment paraissant favorable, les cinq bataillons disponibles de la 19® brigade (1®' et 2« bataillons du 46® et trois ^ bataillons du 6®) suivent le mouvement par la même issue et vont prolonger à gauche (sud) la ligne formée par le 58® prussien.

Le Calvaire est alors débordé (2 h. 1/2) sur ses deux flancs.

Ceux de ses défenseurs (appartenant, en majorité, aux compagnies de droite du 2® bataillon du 2® zouaves), qui occupent les pentes raides au sud-ouest de Wœrth, près du débouché de la route de Haguenau, tiennent bon et font échouer toutes les tentatives des Prussiens pour déboucher de ce côté. La défense leur est d'ailleurs facilitée par de nombreux obstacles (murs, cabanes, boquetaux, talus), qui parsèment les pentes en question.

§ 4. — Pointe d'un bataillon prussien dans le grand ravin

de FrœschwiUer.

Pendant que les événements que nous venons d'exposer se produisaient, un incident assez étrange avait lieu dans le grand ravin qui descend de Frœschwiller sur Wœrth.

Le colonel d'Esch, chef d'état-major du V® corps, lorsqu'il vit les difficultés qu'éprouvaient les 1®' et 3® bataillons du 58® à se déployer, puis à s'avancer à l'ouest de Wœrth le long de la route de Frœschwiller, alla chercher le 3® bataillon du 46® (de la 19® brigade) en réserve dans Wœrth et le fit déboucher au nord par la route de Langensoultzbach. Il le dirigea ensuite, une compagnie en tirailleurs précédant la marche, vers le grand ravin qui monte à Frœschwiller.

Les pentes latérales de ce ravin aboutissent à deux croupes, celle du nord jlantée de vignes hautes, l'autre, assez décou-? verte. .

354 Il« PARTIE. — CHAPITRE XIH.

Vers 2 heures, le 3* bataillon du 46® s'engage dans le grand ravin et refoule les tirailleurs peu nombreux du 3® bataillon du 48® qui se tenaient depuis le matin dans les vignes, sans soutiens, tous les espaces découverts étant depuis de longues heures absolument déserts en raison des effets de Tartillerie prussienne contre toute troupe qui se montrait à elle.

En outre, les soutiens et réserves du 2® bataillon du 48®, affecté à la défense de la croupe sud du grand ravin, avaient été portés, vers 10 h. 1/2, sur la lisière nord du bois de FrœschwiUer.

Cette circonstance diminuait ainsi le nombre des troupes susceptibles de repousser la tentative du colonel d'Esch.

Quoi qu'il en soit, les tirailleurs du 3® bataillon du 46* prussien suivent, pas à pas, les tirailleurs du 3® bataillon du 48® français qui remontent les pentes.

Au moment où les tirailleurs du 3® bataillon du 48® atteignent la crête et crient à leurs camarades, postés à la lisière sud du bois, que les Prussiens les suivent de près, le lieutenant-colonel Thomassin (1) quitte le saillant sud-est du bois où il se tenait, et entraîne sur Tennemi quelques soutiens du 3® bataillon du 48® ainsi qu'une partie du 2® bataillon du 78® établi non loin de là, en réserve.

Un feu rapide, exécuté à 50 mètres, rejette les Français dans le bois, en leur faisant essuyer de fortes pertes.

C'est en vain que le lieutenant-colonel Thomassin, accompagné d'un clairon sonnant la charge, s'efforce de renouveler l'attaque. Son képi au bout du sabre, il s'élance seul contre rennemi, essuie son feu sans être atteint, continue sa course, trébuche en arrivant à la crête, tombe et va rouler dans les jambes des Prussiens (2).

(1) DeYenu inspecteur d'armée.

(2) Le lîeuteDaDt-colonel Thomassin, relevé à coups de crosse, fut aussitôt conduit à Wœrth, sous Tescorte de deux soldats qui lui laissèrent le côté des balles, en marchant tous les deux h sa gauche.

A leur tour, quand ceux-cî voulurent dépasser la crête pour déboucher sur la croupe au nord du grand ravin, ils furent arrêtés net et rejetés en arrière par les feux partant de la lisière sud du bois de FrœschwiUer.

Résultats moraux de cette pointe audacieuse.

L'expédition du colonel d'Esch, hautement louée par la Relation allemande^ n'eut pas un effet immédiat, car, à 4 h. 1/2 du soir, au moment où les Bavarois envahissaient les vergers de FrœschwiUer par le nord, le 3® bataillon du 46® n'avait pas encore pu faire déboucher un homme sur l'étroite bande de terrain découvert comprise entre le grand ravin et le bois de FrœschwiUer.

Cependant, la pénétration, par le grand ravin, d'un bataiUon ennemi au cœur de la position française, si eUe ne procurait pas un résultat matériel, devait être un gain moral dont l'influence se fit sentir aiUeurs.

En effet, lorsque les bataiUons de la 17® et de la 19® brigades, déployés au pied des pentes, de part et d'autre de la route de FrœschwiUer, aperçurent leurs camarades du 46® dans les vignes au nord du grand ravin, bien en avant (ouest) d'eux, ils virent leur courage s'accroître et, redoublant d'efforts, parvinrent à gagner du terrain.

Les bataiUons de la 18® brigade, engagés dans le vaUon d'Elsasshausen (Regers-Graben) et à la crête sud-est du Calvaire, avancèrent de leur côté, de teUe sorte qu'entre 2 h. 1/2 et 2 h. 3/4 le plateau du Calvaire tomba en leur pouvoir.

A ce moment (2 h. 3/4), conmiencèrent, du côté français, une série de contre-attaques qui se succédèrent à court intervaUe jusqu'à ce que la diversion puissante du XI® corps, par la Usière nord du Nieder-Wald, vint démontrer au maréchal de Mac-Mahon l'impossibiUté de vaincre un ennemi aussi supérieur en nombre.

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