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CHAPITRE XVI

ENSEIGNEMENTS A TIRER DES COMBATS A L'OUEST DE GUNSTETT, DE SPACHBAGH ET DE WŒRTH

§ 1. — Tout grand effort réclame une période consécutive

de détente et de reconstitution.

Le décousu des contre-attaques françaises contraste avec la méthode qui a présidé aux attaques prussiennes.

Si nous nous reportons aux opérations du XP corps, à partir de midi et demi, nous voyons Tattaque de front, à l'ouest de Gunstett, s'arrêter et se reformer aussitôt après la première occupation de la ferme de Lansberg et du terrain environnant.

Pendant que nos troupes reculent vers le nord-ouest, les chefs prussiens, une fois maîtres du plateau de Lansberg, remettent de Tordre dans leurs unités.

Il faut ajouter que, durant cette réorganisation, un violent retour offensif des Français fait perdre tous les bénéfices du succès précédent.

La 44^ brigade, après la prise de possession de Morsbronn, reforme ses bataillons en ordre tactique, et c'est pendant cette opération que se produisent les charges de la brigade Michel.

Cette même brigade, ou plutôt le 94® qui, seul, a continué, par l'Eberbach et le Nieder-Wald, dans la direction du nord, se reforme, après l'échec qu'il fait subir au 2® bataillon

du 96®, et, grâce à son bon ordre, contribue un peu plus tard à faire avorter la charge du l**" tirailleurs algériens.

Certes, U n'est pas toujours possible de remettre en ordre une troupe d'infanterie qui vient de livrer un violent combat, mais c'est pour les officiers un devoir impérieux que d'employer toute leur énergie à reformer leurs troupes momentanément en désordre.

Quoi qu'il en soit, chez les Prussiens apparaît la volonté, plus ou moins suivie d'efiFet, de marcher de résultat en résultat, de s'accrocher à chaque position conquise et d'en faire la base d'un nouveau mouvement en avant.

§ 2. — Influence du combat de mousqueterie rapproché

sur le moral de la troupe.

Le combat rapproché détruit les troupes d'infanterie avec une rapidité que Ton ne soupçonnait pas avant l'adoption des armes de précision à tir rapide.

Quelques exemples empruntés aux engagements soutenus par l'infanterie du XP corps feront ressortir l'exactitude de notre assertion.

Les dix compagnies de la brigade d'avant-garde qui, de Spaclibach, se sont précipitées, le matin, dans le secteur boisé du Nieder-Wald, ne présentent plus, après leur retour sur la rive gauche de la Sauer, qu'une cohue de soldats démoralisés. Ces compagnies serviront plus tard de soutien aux deux bataillons du 88® marchant, frais et dispos, à la nouvelle attaque du secteur boisé.

Les débris de cette avant-garde ne sont pas moins impuissants à combattre en première ligne. Ils feront nombre derrière les troupes fraîches et seront plus aptes à donner le signal de la retraite qu'à procurer l'impulsion.

Ces deux bataillons du 88®, une fois la lisière nord du Nieder-Wald atteinte, ont perdu leur capacité offensive. Ils

passent la main au 3^ bataillon du 83* et aux deux bataillons disponibles du 82', venus les derniers de Gunstett par Spachbach, que l'on voit agir avec énergie contre le petit bois et, plus tard, sur Ëlsasshausen.

L'attaque de front dirigée par le pont de Gunstett, à midi et demi, droit à l'ouest, réussit, après un combat violent, à gravir le plateau de Lansberg et à refouler les troupes de la division Lartigue.

Sous l'effort désespéré de nos troupes, les vingt compagnies prussiennes qui combattent de ce côté sont rejetées, vers 1 h. 1/4, au bas des pentes, et ne doivent leur salut qu'à l'artillerie de Gunstett ainsi qu'au renfort opportun de quatre bataillons frais (3« bataillon du 95* et tout le 83«).

De ces vingt compagnies, c'est à peine s'il sera question plus tard d'une ou de deux compagnies du 11® bataillon de chasseurs. Les autres ont semé leurs hommes dans le Nieder- Wald, durant leur marche derrière le 83®, et ne se rallieront qu'après la bataille.

Le 83®, lui-même, est complètement épuisé quand il parvient à la lisière nord du Nieder-Wald.

Ce régiment, mis en déroute par le 2® bataillon du 96® français, ne doit son salut qu'à l'intervention du 94® (44® brigade) encore intact.

Donc» le feu de mousqueterie à courte distance consume rapidement l'infanterie soumise à son action, surtout quand elle agit offensivement.

Cette constatation suffit à justifier le principe en vertu duquel nos ennemis n'engageaient que les troupes indispensables, exigeaient d'elles le maximum d'eflforts, et les renforçaient progressivement par des troupes fraîches en nombre strictement nécessaire.

Ce principe ne s'applique évidemment qu'au combat de front, car, lorsqu'il est question d'un combat décisif, il faut faire agir brusquement une masse, aussi forte que possible, là oii l'on a l'intention de provoquer un événement.

382 II« PARTIE. — CHAPITRE XVi.

Les dispositions essentielles de la tactique prussienne, que la campagne de Bohême avaient révélées à quelques officiers français clairvoyants, avaient été exposées, comme il suit, par le commandant Heintz (1), du 3® voltigeurs de la garde, dans sa conférence de 1869 sur la tactique de l'infanterie pendant la campagne de Bohême :

« Un fait reste constant : c'est, en principe du moins, le « dessein de faire jouer à Tavant-garde un rôle distinct, tout « diflTérent de celui que nous donnons à nos avant-gardes. Sa « mission consiste, en eflfet, non seulement à engager le « combat, mais encore à le soutenir aussi longtemps que ses « efforts, même tendus à leur dernière limite, le permettent : « les Prussiens ayant pour règle générale de tl engager que « le moins de forces possible à la fois^ en exigeant de chacune a d'elles son maocimum cT énergie.

« Chaque fois qu'on aura à lutter contre un corps d'infan- « terie prussien, on le trouvera partagé en trois fractions « distinctes, pouvant, chacune, combattre isolément (avant- « garde, gros, réserve), formées, chacune, en profondeur « plutôt qu'en largeur, et devant opérer par la succession « plutôt que par la simultanéité des efforts. Ce fractionne- « ment est la conséquence d'un système adopté en principe, « et qui constitue Fordre perpendiculaire^ pour lequel les « Prussiens, s'ils veulent bien en faire remonter l'idée à « Napoléon P', prendraient volontiers un brevet de perfec- « tionnement, et qu'ils ont, disent-Us, substitué avec un « incontestable avantage à V ordre linéaire régnant encore « dans la plupart des autres armées, même dans F armée « française I »

Les effets déprimants et destructeurs du feu, que nous venons de constater chez les Allemands , ont exercé des ravages analogues dans nos troupes, mais d'une façon moins

(i) Devenu général de division.

durable. Ainsi, on a pu noter plusieurs fois que des bataillons français, en particulier ceux des régiments d'Afrique, après avoir livré un combat violent, ont puisé en eux-mêmes, sans s'être reconstitués et sans avoir reçu de renforts, assez de force et de vigueur pour entamer une nouvelle action.

Les zouaves et les turcos, le 21® de ligne, le 56®, le 45®, le 96®, le 1®' bataillon de chasseurs, et bien d'autres troupes françaises, ont fait preuve, en ces circonstances, d'une élasticité physique et morale qu'on cherche en vain dans les rangs allemands.

§3. — La brigade, unité de manœuvre et de combat dans

le corps d'armée à deux divisions.

Les réflexions qu'ont fait naître dans notre esprit les combats à l'ouest de Gunstett, de Spachbach et de Wœrth, nous ramènent à l'observation déjà présentée (1) au sujet de l'emploi des brigades d'infanterie.

Le XI® et le V® corps lancent, lun après l'autre, leur brigade d'avant-garde sur la rive droite de la Sauer et engagent la lutte d'artillerie avec tous leurs canons.

Après plusieurs heures d'un combat que nous appellerons de reconnaissance, le XI® corps, puis le V® font donner le gros de leurs forces d'infanterie : sur le front, au V® corps ; sur le front et sur le flanc extérieur, au XI® corps.

Comment ces forces sont-elles organisées?

Par brigade.

Dans chacim de ces deux corps d'armée, on ne voit pas agir la division d'infanterie sous l'impulsion de son chef.

L'artillerie divisionnaire forme avec l'artillerie de corps une batterie unique dirigée par le commandant de l'artillerie du corps d'armée.

(1) Page 260.

La brigade d'avant-garde subit un premier échec, passe au second plan, et sert de soutien à une nouvelle brigade bientôt prolongée par une autre brigade.

Enfin la dernière brigade forme la réserve que Ton jettera, en entier ou par fractions, sur la ligne de combat pour lui donner une impulsion décisive.

Le terrain de la bataille de Frœscbwiller, très difficile, est traversé par un cours d'eau (la Sauer) que les Prussiens avaient à franchir avant de pouvoir se déployer.

Sur un champ de bataille moins tourmenté et en admettant trois corps d'armée complets en première ligne dès le matin, les conmiandants de ces corps eussent peut-être prescrit des mouvements par divisions entières. Encore cela est-il douteux, car, même à la bataille de Saint-Privat, pas une division n'a combattu réunie.

En se basant sur les faits, on peut dire que les batailles du commencement de la guerre de 1870 ont été livrées, du côté allemand, par les généraux de corps d'armée s'inspirant de la situation générale.

Ils ont été les maîtres absolus de l'exécution.

Or, comment est-il possible à un général n'ayant sous ses ordres que deux divisions d'engager une avant-garde, de la soutenir et de la prolonger, de lancer une attaque et de jouer sa dernière carte sur une réserve, en maintenant intacte l'unité divisionnaire?

Le nombre de 3, et mieux encore, de 4 unités, est indispensable au chef qui veut mener un combat dans toutes ses phases.

Certes, nous admettons que, sur les champs de bataille de l'avenir, des corps entiers pourront marcher à l'attaque du point décisif; mais les actions de ce genre seront l'exception et, sur toute l'étendue du front qui mesurera un grand nombre de kilomètres, les généraux de corps d'armée engageront leur infanterie par brigade et se réserveront Femploi de toute leur artillerie.

Notre conclusion viserait à supprimer la division d'infanterie actuelle, si des considérations d'un ordre quelque peu étranger à la tactique ne devaient doter chaque corps d'armée de trois divisions. Dans ces conditions nouvelles, la division reprendra son importance d'autrefois, surtout si on l'allège au profit des troupes et services de corps d'armée.

,^4. — Influence variable du terrain suivant les péripéties

de r action.

Sans compter les contre-attaques de la matinée et celle du 1®^ turcos exécutée vers 4 heures du soir, nous avons examiné successivement cinq contre-attaques françaises qui se sont déroulées depuis le moment où les Prussiens de la 18* brigade ont commencé à gravir les pentes du Calvaire jusqu'à celui où le petit bois (NeugeisweUer) est tombé au pouvoir du XP corps.

Tout d'abord, on remarque que, de part et d'autre, attaques et contre-attaques sont menées contre l'ennemi le plus gênant ou le plus menaçant, et cela, indépendamment du terrain qu'il occupe :

1® Les Prussiens de la 18® brigade, débouchant des abords du remblai de la route de Haguenau, attaquent en flanc les Français postés au Calvaire, non pas tant pour s'emparer de cette hauteur que pour détruire l'ennemi qui a empêché jusqu'alors la majorité du V® corps de déboucher de Wœrth ;

2^ Presque au même instant, le 3® bataillon du 2® zouaves est attaqué par deux bataillons du S8« prussien dans le but d'assurer le débouché de la 19® brigade au delà de Wœrth ;

3^ La contre-attaque du 3® de ligne est dirigée sur les Prussiens, venus de Spachbach, qui se sont rendus maîtres du Calvaire et menacent de progresser encore vers Elsasshausen ;

4® Le général Maire conduit la contre-attaque suivante à la

rencontre de la masse ennemie la plus dangereuse, parce qu'elle est la plus forte, qui vient de déboucher de Wœrth par la grande route de Frœschwiller ;

5° Enfin, la contre-attaque du général Wolff est entamée dans la direction de Wœrth pour la même raison.

Le terrain joue néanmoins dans Faction un rôle très important, mais combien divers !

Tel terrain favorise la résistance, tel autre se prête au mouvement. Par suite, le même terrain est un aide, à un moment donné, pour la troupe qui l'occupe, et un obstacle, pour cette même troupe, à un autre moment.

A.insi, les pentes méridionales du Calvaire, d'un accès difficile, semblent présenter aux Prussiens un obstacle infranchissable, battues comme elles sont par les Français postés en haut.

Un incident fortuit (retour offensif contre le 7* prussien, repoussé) dégage la crête. Vite, les Prussiens du talus de la route y grimpent et, une fois là, balayent le plateau de leurs feux.

Ce plateau devient alors intenable pour les Français qui l'évacuent, laissant ainsi la crête et les pentes au-dessous au pouvoir de l'ennemi.

Mais celui-ci ne pourra déboucher sur le plateau du Calvaire qu'après l'échec, par le feu, d'une nouvelle contreattaque française. Alors, il franchira ledit plateau et ira s'accrocher aux pentes du bois opposé.

Le terrain n'a de valeur qu'au moment où les troupes doivent s'en servir pour un objet déterminé.

La reconnaissance du terrain en pré\ision d'une bataille problématique est décevante en même temps qu'elle fausse le jugement.

Tout autre est l'étude du terrain, dans une situation donnée, avec un but précis.

Napoléon écrivait, le 10 octobre 1806, au prince Murât, chef de son avant-garde :

« Il faut, à tout événement, reconnattre une belle position, « en avant de Schleiz, qui puisse servir de champ de bataille « à plus de 80,000 hommes. »

La zone indiquée, le but défini, la direction de Tennemi connue, Murât avait simplement à chercher au nord de Schleiz un terrain de trois lieues de large sur deux de profondeur présentant des villages, des bois, des hauteurs, sans obstacles de longue étendue, où les trois armes pussent aisément manœuvrer et combattre.

§ 5. — Congidérations généraleB sur les trois contre-attaques françaises lancées des abords d'Elsasshausen.

Examinons maintenant les conditions de lieu, de temps et de forme des trois contre-attaques françaises lancées, coup sur coup, à la rencontre des Prussiens du V® corps gravissant les pentes de la rive droite de la Sauer.

La première, conduite par le colonel Champion, du 3® d'infanterie, part, entre 2 h. 1/4 et 2 h. 1/2, d'une position abritée au sud-ouest d'Elsasshausen.

Elle a lieu dans la formation déployée, les trois bataillons en bataille, le drapeau au centre, et elle réussit dans une certaine mesure.

Après une courte fusillade, le colonel Champion enlève son régiment et met Tennemi en fuite jusqu'à ce que les efforts physiques et moraux dépensés par sa troupe la forcent à ralentir sa marche, puis à s'arrêter. A l'action oiBensive succède un combat de pied ferme, tout au désavantage de nos hommes qui luttent à découvert contre un ennemi plus nombreux et bien posté derrière la crête du Calvaire.

Le 3® de ligne avait fourni à ce moment sa complète contingence de force morale; il était comme anémié, exsangue, et devait succomber à bref délai si une seconde ligne disposée en arrière, à peu de distance, ne venait le ranimer, lui

infuser, en quelque sorte, un sang nouveau, et lui permettre d'exécuter un nouveau bond qui le porterait au cœur de la résistance ennemie.

Cette impulsion que, seule, pouvait procurer une seconde ligne, ne vint pas.

Peines perdues, le 3® de ligne dut rétrograder et ne s'arrêta que lorsqu'il se vit protégé par les deux bataillons (17* bataillon de chasseurs et 1®' bataillon du 47«) déployés, pour le recueillir, entre le petit bois et le Nieder-Wald.

L'effet moral procuré par une seconde ligne marchant à 300 ou 400 mètres de la première est considérable, surtout durant la période d'épuisement qui suit le premier bond en avant. Les combattants de première ligne ont dû s'arrêter, faute de souffle, mais les tambours et les clairons qui se font entendre derrière eux leur produisent l'effet d'une musique céleste. Peu à peu, le cœur bat moins vite, les forces renaissent, le courage aussi, et lorsque la deuxième ligne n'est plus qu'à 100 mètres de la première, celle-ci redonne un effort égal au précédent.

Privée d'une seconde ligne, l'attaque du 3® d'infanterie ne pouvait réussir en face d'un ennemi énergique et opiniâtre, et cependant, elle peut servir de modèle, indépendamment de l'isolement où on l'a laissée, pour le cas où une infanterie en butte à une artillerie très supérieure aura la mission d'attaquer, quand même, de l'infanterie.

Bugeaud a dit excellemment :

« La formation en bataille est la seule qui permette à l'in- « fanterie de manœuvrer sous le canon. »

Mais si nous cherchons dans l'histoire des temps modernes matière à analogies pour l'avenir, il faut que nous tenions compte du présent.

Aujourd'hui, le 3* d'infanterie marcherait sur deux lignes, une de tirailleurs, une de soutiens déployés, ou mieux, une première ligne de deux bataillons, subdivisée en deux échelons, tirailleurs et soutiens, et une seconde ligne formée, soit

de quatre colonnes de compagnie à intervalles variables, soit d'un bataillon déployé en bataille.

Il faut également adapter les moyens au but et aux résistances à vaincre.

Les efforts successifs courent le risque de se briser, les uns à la suite des autres, contre un ennemi énergique, alors que, réunis. Us auraient les plus grandes chances de vaincre.

Cette observation vient à Tesprit en considérant la somme d'efforts extraordinaires dépensés par les deux attaques successives menées. Tune par le 3® de ligne, l'autre par les quatre bataillons disponibles de la brigade Maire.

On ne sait ce qu'il fût advenu de l'attaque simultanée, sur deux lignes, de huit bataillons (trois du 3* de ligne et cinq de la brigade Maire) lancés, à 2 h. 3/4, contre les Prussiens du Calvaire.

L'attaque qui suivit le retour en arrière du 3® de ligne fut toute différente de la première.

Elle fut dirigée contre le nouvel assaillant qui surgissait de Wœrth par la route de Frœschwiller.

Laissant alors Elsasshausen à sa droite (sud), le général Maire fit marcher les quatre bataillons disponibles de sa brigade en une seule ligne de colonnes de bataillon.

Cette formation était-elle inspirée par le récent échec du 3* d'infanterie et par l'espoir que des colonnes serrées réussiraient mieux qu'une ligne mince? Nul ne le sait, le général Maire ayant été tué au cours de l'attaque.

Toujours est-il que la brigade fut forcée de se déployer d'elle-même quand elle arriva dans la zone des feux efficaces.

Quels trésors d'énergie renfermaient ces troupes !

Nos soldats ne se débandent pas sous le feu terrible qui les disperse; ils se mettent confusément en bataille, puis, sans -prendre le temps d'ébranler l'ennemi par un feu rapide, ils s'élancent, au signal de la charge, à sa rencontre, et le mettent en fuite jusqu'à ce que l'épuisement arrête leur course.

Ici, comme là, point de seconde ligne, point d'impulsion nouvelle d'arrière en avant

La présence d'une deuxième ligne, chargée de pousser la première et de lui communiquer la vigueur dont elle a tant besoin, a été reconnue, depuis longtemps, indispensable.

Aux batailles de l'ère napoléonienne, toujours les attaques ont été formées sur plusieurs lignes.

Le major saxon d'Odeleben, que son souverain avait placé, en 1813, auprès de Napoléon comme aide de camp, a raconté, dans un livre publié en 1818, que, le jour de Lutzen, au moment où la possession du village de Kaia parut de première importance aux Prussiens comme aux Français, Napoléon n'hésita pas à se placer devant la deuxième ligne d'attaque de la jeune garde pour lui donner l'impulsion décisive.

La troisième contre-attaque d'infanterie est celle que le général Wolff dirigea contre les troupes prussiennes de plus en plus nombreuses qui menaçaient directement Frœschwiller.

Elle n'eut qu'un commencement d'exécution, car, le petit bois venant de tomber au pouvoir des tirailleurs du XP corps, il s'agissait bien plus à ce moment de défendre Elsasshausen contre le XP corps que d'attaquer le V® corps venant de Wœrth.

Dans cette circonstance, les bataillons du 18^ français ont débouché du sud de Frœschwiller en ligne de colonnes de bataillon.

Est-ce à la vulnérabilité qu'offre cette formation, ou bien, à l'imminence du désastre qu'il faut attribuer la mollesse de cette contre-attaque?

A l'une et à l'autre, sans doute.

Plus tard, vers 4 heures du soir, après que les V* et XP corps soudés ensemble eurent repoussé les charges des cuirassiers de la division de Bonnemains et quand Elsasshausen fut tombé aux mains des Prussiens, le 1®' régiment de turcos exécuta, en bataille, la contre-attaque que nous avons racontée et commentée.

Non soutenue, elle eut le sort de toutes les attaques isolées, et d'ailleurs, à cette heure-là la ruine de Farinée d'Alsace était consommée.

Mais elle était bien perdue, la bataille de Marengo, au moment où, vers le soir, Desaix à la tête de sa division arriva au secours de Bonaparte et changea en victoire éclatante une défaite désastreuse.

La division Guyot de Lespars, n'eût-elle débouché de ReichshoJ3en qu'à 2 heures, pouvait jouer le même rôle, car, lorsqu'on a vu à quel degré d'épuisement étaient tombées les troupes allemandes vers 3 heures, on est en droit d'admettre que l'entrée en action, à cette heure-là, d'une division française intacte, aurait modifié du tout au tout la situation.

Quoi qu'il en soit, l'analyse critique des combats livrés à l'ouest de Wœrth et de Spachbach console notre patriotisme et autorise nos espérances.

Ces combats font bien ressortir, d'autre part, l'inanité des dispositifs normaux, des schémas, et en général, de toute règle absolue, quand il s'agit de lutter contre un adversaire redoutable.

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