LA VICTOIRE DBS ALLEMANDS
Nous nous faisons, à vrai dire, une idée différente de Faction que doit exercer un commandant en chef sur les luttes de son armée, et jamais nous n'admettrons qu^une bataille doive être seulement la résultante des combats livrés par les divers corps qui la composent.
Le vrai chef d'armée ne saurait abdiquer, ni partager avec ses lieutenants le pouvoir et la responsabilité qui lui sont propres.
Dans le camp français, on constate Tabsence de toute idée militaire, et, par suite, de toute combinaison.
La victoire ne pourra résulter que de Tépuisement prématuré de l'ennemi sur tout le front. C'est la bataille, dite parallèle, dans toute sa simplicité.
Voulant combattre malgré l'immense supériorité numérique des Allemands, il y avait lieu de préparer une bataille défensive, avec le secours de la fortification, et on en avait le temps; or, rien ne fut fait dans ce sens.
Napoléon a écrit :
« Chez les modernes, l'art d'occuper une position pour y u camper ou pour s'y battre, est soumis à tant de considé- « rations, qu*il exige de l'expérience, du coup d'œil, du « génie. »
Mais, depuis de longues années, l'armée française avait désappris la guerre.
Une école toute puissante, composée de soldats aussi heureux que braves, affichait hautement son mépris pour l'étude de l'art militaire.
Les guerres de Crimée et d'Italie avaient paru confirmer l'opinion de ceux qui faisaient reposer le succès uniquement dans la valeur des troupes.
Aussi, quelle stupeur produisit la défaite!
Aujourd'hui, chacun dans l'armée française est convaincu de la nécessité de l'étude, mais tous ne sont pas encore bien fixés sur le genre de travaux qui conviennent aux officiers
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appelés à exercer une influence directe ou indirecte sur les événements de la guerre.
Les méthodes en usage à l'Ecole supérieure de guerre et leur généralisation récente dans les états-majors sont appelées & exercer une influence des plus heureuses sur l'éduca* tion des futurs généraux, et c'est par elles que sera fondée sur des assises immuables l'unité de doctrines, ce bien su^ prême du commandement.
A Frœschwiller, notre soldat s'est surpassé.
Ardent, dévoué, brave, il a montré là, comme partout, les qualités de race du Français.
Les Prussiens, eux aussi, ont été courageux, et, de plus, vainqueurs.
Mais les grenadiers de Grftwert qui, le jour d'Iéna, perdirent, avant de lâcher pied, les deux tiers de leur effectif, étaient-ils moins braves?
Les soldats d'Austerlitz et d'Auerstaedt avaient pour pères les vaincus de la guerre de Sept ans.
Les Français, commandés par les faibles généraux de Louis XY, ont été honteusement battus à Rossbach, parce que l'armée prussienne était supérieurement préparée, instruite et commandée.
A léna et Auerstaedt, l'armée française, mieux organisée et mieux commandée que l'armée prussienne, a infligé à celle-ci un désastre sans précédent.
En 1870, le contraire s'est produit.
Les troupes opposées ont fait preuve de qualités et de défauts depuis longtemps connus.
Quant aux soldats des deux nations, ils ont été semblables à leurs ancêtres; les nôtres, plus personnels, mieux trempés, plus vifs et moins disciplinés que les soldats allemands, et ceux-ci, plus calmes et plus maniables que les Français.
Les deux armées se sont différenciées surtout par l'organisation et le commandement.