‹ FroissartChapitre 12 sur 45 · PREMIER LIVRE DES CHRONIQUES · texte numérisé non relu

PREMIER LIVRE DES CHRONIQUES

lisons : a Ce livre a été fait à la prière et requête d'un mien cher seigneur et maistre, Monseigneur Robert de Namur, seigneur de Beaufort, à qui je veuii devoir amour et obéissance. Et Dieu me laisse faire chose qui lui puisse plaire. »

Le livre a dû plaire à tout le monde — du côté des Anglais. Rien n'égale la vigueur, le pittoresque des récits. Aussi cette première œuvre de jeunesse eut un immense succès qui n'a rien de surprenant. Tandis qu'il ne nous reste qu'un manuscrit unique de la troisième rédaction et seulement deux de la seconde, nous possédons encore de trente à quarante manuscrits de la rédaction originale du premier livre des Chroniques, Ces manuscrits ne s'arrêtent pas tous au même point. Les uns terminent le récit au siège de Bourdeilles en 1369, d'autres à la prise de la Roche-sur- Yon, d'autres enfin à la reddition de la Rochelle en 1372. L'auteur, encombré de commandes, menait chaque exemplaire jusqu'à la date de la livraison : cette chronique était presque une revue courante. Le succès était franc, la gloire immédiate. Le certain Froissart, ditteur, était enfin un écrivain célèbre.

Pourtant il ne fallait pas trop longtemps se reposer sur ses lauriers; les guerres reprenaient : il fallait reprendre la chronique. Hélas I c'est entre les patrons de Froissart que reprenait la guerre. Le 22 avril 1371, à la bataille de Bastweiler, le duc

Wenceslas fut capturé par les troupes du duc de Juliers. Wenceslas attribuait ce revers inattendu à la mauvaise volonté de Robert de Namur, qui ce jourlà commandait les réserves de l'armée brabançonne. C'était en effet le retard des troupes de Namur qui avait fait tourner les hasards de la bataille à l'avantage de l'ennemi. Dans une pastourelle composée vers cette époque, Froissart exprime l'étonnement que lui inspire la défaite imprévue d'un bataillon d'excellents troupiers confiés à un capitaine aussi célèbre que le « damoisel de Namur ». Cet étonnement courtois ne va pas sans un sous-entendu assez désobligeant pour Messire Robert. — Le beau Wenceslas dut passer une longue année en prison, et Froissart le consolait de son mieux avec une chante-fable de circonstance, la Prison Amoureuse, où, sous une transparente allégorie, il flétrit le rôle joué à Bastweiler par son ancien patron. On voit que Froissart a épousé la querelle du duc Wenceslas. Nous comprenons à présent pourquoi le nom de Robert de Namur a disparu dans les manuscrits revisés du Prologue des Chroniques, pourquoi dans le Joli Buisson de Jeunesse, le poète, en déroulant la liste homérique de ses maîtres et seigneurs, ne dit pas un mot de celui pour qui il avait rédigé le premier livre de son grand œuvre.

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