‹ FroissartChapitre 19 sur 45 · Bâtard · texte numérisé non relu

Bâtard

courtisans du xiv^ siècle, quand les grands seigneurs aimaient veiller, et que les châteaux étaient trop étroits pour loger toute la cour. En vain les poètes s'insurgent-ils contre les lits hasardeux des tavernes et les risques des chemins nocturnes. En vain Eustache Deschamps maudit-ii

L'aller de nuit, qui trop me fait dolent.

Il faut savoir vaincre ses rhumatismes, puisque tout le monde ne peut pas loger au château. Mais, au moins, dans les autres cours, quand il fallait sortir à l'heure de minuit, c'était pour regagner son logis en ville : tandis qu'à Orthez la corvée ne faisait que commencer. Froissart ne se tait pas sur les inconvénients de cette coutume.

Six semaines devant Noël *,

Et quatre après, de mon hostel

A mie nuit je me partois

Et droit au chastel m'en allois.

Quel temps qu'il faisoit, pluie ou vent,

Aller m'y convenoit! Souvent

Estois, je vous dis, mouillé;

Mais j'estois bien accueille

Du comte ; il me faisoit des ris.

Adonc j'estois tout guéris.

Et ossi, d'entrée première,

En la salle avoit tel lumière

(Ou en sa chambre) à son souper

Que on y véoit ossi cler

Que nulle clarté peut estre.

C'estoit un paradis terrestre.

Et je l'y comparois souvent.

Page 1