‹ FroissartChapitre 26 sur 45 · HISTOIRE DE BÉARN · texte numérisé non relu

HISTOIRE DE BÉARN

lementy avec un couteau petit et long qu*il tenait entre ses doigts. Il ouvrit la porte du cachot, vit son fils exténué. « Traditor^ fit-il, pourquoi ne manges-tu? » En prononçant ces mots, il souffleta son fils de la main droite — celle qui tenait toujours le petit couteau — et sortit aussi brusquement qu'il était entré.

Un instant après, le valet revint blanc comme linge :

« Monseigneur, Gaston est mort!

— Mort! fit le comte.

— Mort pour vrai, monseigneur. »

Le petit couteau oublié dans la main du père avait tranché une des artères du cou. L'enfant, faible d'un jeûne trop prolongé, n'avait pas pu supporter la perte du sang. Le comte mena grand deuil, les cheveux ras. II fit à son fils de magnifiques funérailles. Et peut-être, quand il pensait que tous les fruits de son règne devaient passer à un cousin détesté, il pleurait, sinon le fils, du moins l'héritier.

Ainsi ce comte de Foix, « si très parfait en toutes choses, » était le meurtrier de son enfant. Gela ne diminua en rien l'admiration de Froissart pour un tel seigneur. N'était-il pas un des plus vaillants chevaliers de son temps, et, partant, aussi affranchi de la vulgaire morale cléricale et bourgeoise que s'il eût été l'un d'entre les « dieux et déesses dont parle récriture » ? L'accident de Gaston était assurément

une chose fort regrettable, et Ton pourrait souhaiter que le comte n'eût point mis « à mort moult horrible B quinze jeunes gens des plus nobles familles de Béarn; mais ce souverain courroucé n*en demeurait pas moins un homme d'État sage et subtil, un guerrier redoutable entre tous, un chevalier large et courtois, secourable à toute dame et demoiselle ayant besoin de son épée.

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