LK RETOUR EN ANGLETERRE
l'Empire pour ses comtés de Hollande et de Zélande, savait faire marché de ses sympathies et aimait jouer double jeu. Personne ne savait au juste ce que pensait le duc Aubert, qui affichait une décoration anglaise et mariait ses enfants aux cousins du roi de France. Froissart n'avait plus h compter avec les préjugés de Guy de Blois; rien ne le retenait plus, et il se décida à se mettre en route.
a Plusieurs raisons m'émouvaient, nous dit-il. J'avais été nourri à la cour du noble roi Edouard d'Angleterre et de la noble reine Philippe sa femme, entre leurs enfants et les barons d'Angleterre (Dieu, comme il nous parle en grand seigneur ce petit secrétaire d'autrefois!). Aussi désirais voirie pays : si je n'y trouvais les seigneurs lesquels à mon départ j'y avais vus et laissés, je verrais leurs hoirs et cela me ferait trop grand bien; aussi pour justifier les histoires et les matières dont j'avais tant écrit d'eux. Et en parlai à mes chers seigneurs, qui par le temps régnaient, monseigneur le duc Aubert de Bavière, comte de Hainaut, et monseigneur Guillaume son fils — et à ma très chère et honorée dame, Jeanne, la duchesse de Brabant et de Luxembourg. » Froissart demanda également des lettres de crédit à Enguerrand de Coucy et au sire de Gommignies, mais, chose significative, il ne demanda rien au comte Guy de Blois. Pourvu de recommandations pour le roi d'Angleterre comme
pour les ducs royaux, Froissart se mit en route au mois de juillet 1394.
11 emportait avec lui un manuscrit relié en velours avec des fermoirs d'argent doré, contenant « tous les traités amoureux et de moralité que au terme de trente-quatre ans j'avais — par la grâce de Dieu et d'Amour — faits et compilés ». C'était un cadeau pour le jeune roi, si malheureux par amour, qui pleurait toujours sa jeune femme et « ne la pouvait oublier, pour tant qu'ils avaient été jeunes mariés ensemble ». Ce roi, Froissart Pavait vu vingt-sept ans auparavant, quand on tenait l'enfant sur les fonts de la cathédrale de Bordeaux.
Rien n'est hasardeux comme de revisiter le lieu de notre félicité passée. Le 12 juillet, Froissart mit le pied de nouveau sur le sol anglais. « Et quand je fus venu à Douvres, je n'y trouvai homme de ma connaissance du temps que j'avais fréquenté en Angleterre ; et étaient les hôtels tout renouvelés de nouvel peuple, et les jeunes enfants devenus hommes et femmes qui point ne me connaissaient, ni moi eux. »
Deux jours plus tard Froissart poussa jusqu'à Gantorbéry, où il vit le tombeau du Prince Noir et la cotte de mailles vide qui y pend encore aujourd'hui. Le même jour on annonça l'arrivée du Roi, et Froissart se décida à l'attendre. Mais quand, le lendemain, le roi arriva, avec son cortège de damoiseaux