LA TROISIÈME RÉDACTION DES « CHRONIQUES
nances et pactions assises, et de ce est le roi aidé; et en temps de guerre on double la paction.... Angleterre est la terre du monde la mieux gardét». Autrement les Anglais ne pourraient et ne sauraient vivre. Il convient bien qu'un roi, qui est leur sire, s'ordonne après eux, et s'incline h moult de leur volonté.... Ceux de Londres sont les plus puissants de toute l'Angleterre..., et là où les Londriens s'accordent, nul n'ose résister. Ils peuvent plus que tout le demeurant de l'Angleterre.... Ils disaient, ceux de Londres : « Nous n'avons que faire d'un roi endormi a et pesant, qui trop demande ses aises et ses déduits ; « nous en occirions avant un demi-cent, tout l'un « après l'autre, que nous n'eussions un roi à notre « volonté!... » La nature des Anglais est telle que toujours ils craignent qu'on les trompe... Sont cruels et orgueilleux... Dessous le ciel n'y a pas de si périlleux peuple, ni de si merveilleux à tenir, ni plus divers que sont Anglais. Ils sont de belle accointance et de beau semblant; mais nul qui sage est ne doit y avoir trop grande fiance. »
Quel admirable portrait historique! Toute l'histoire de l'orgueilleuse nation démocrate et libre tient en ces quelques lignes en essence et en raccourci. Et malgré l'objectivité si haute et si sévère du tableau du maître, combien on sent, en même temps, la colère sourde, la longue rancune du grand artiste qui le trace! Il n'a point pardonné à ceux qui ont
assassiné le petit-fils de la bonne reine Philippe. Ce réquisitoire contre le peuple anglais, cette dénoiciation du meurtre de Richard II, que le protégée du duc Aubert n*a pas le droit de prononcer, l'historien d'Edouard III trouve moyen de les fulminer; et ne pouvant atteindre le coupable illustre, il en foudrDÎe toute la race.